Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […]








télécharger 28.02 Kb.
titreBulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […]
date de publication26.10.2017
taille28.02 Kb.
typeBulletin
c.21-bal.com > comptabilité > Bulletin
Petit Littré des idées reçues sur le renouveau

par Amine Tehami

 

À certains égards, en tout cas à certains yeux, le renouveau pédagogique s’inscrit dans une rupture aussi totale que condamnable. Pour d’autres, il se situe dans la continuité d’idées souvent oubliées. L’idée de continuité, à titre d’exemple, est ordinairement attribuée à Lavoisier, pour son célèbre « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». C’est oublier que le célèbre chimiste du XVIIIe siècle empruntait cette maxime à Anaxagore, un philosophe mort en l’an 428 avant J-C.

Le renouveau pédagogique est du même ordre. La plupart de ses idées apparemment radicales prennent quelques rides si on prend la peine d’en retracer les sources. S’inspirant de Gustave Flaubert (et son Dictionnaire des idées reçues) et d’Émile Littré (et son recours aux citations dans son dictionnaire), ce texte propose de recadrer, sur un ton humoristique, une vingtaine d’idées reçues sur le renouveau pédagogique.

Animateur-Accompagnateur : Mutation récente dans le métier d’enseignant, prônée par des pédagogues réformateurs. « Dans cette école où le maître ne se tiendra plus constamment à sa tribune mais participera aux recherches en équipe […] les relations du maître et de l'élève et l'atmosphère de l'école seront modifiées. L'école, se donnant pour mission d'habituer les élèves à apprendre, à comprendre, à travailler, verra le maître en train lui aussi de chercher la solution à un problème qui lui a été posé, beaucoup plus souvent qu'en train de transmettre des connaissances livresques […]; le manuel sera un ouvrage de consultation, comme le dictionnaire, la grammaire; mais l'expérimentation et la recherche personnelle seront une source tout aussi fréquente et ordinaire de connaissances. […] Les parents ont, eux aussi, tout comme les maîtres, à comprendre et accepter ces méthodes nouvelles, plus profitables à l'enfant. Et le maître sera ainsi, à son tour, une sorte d'élève; il apprendra de ses écoliers bien des choses […]. » (Rapport Parent, 1963)

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. « […] le régime de compétition et de concurrence des bulletins, des rangs, des examens et notes d'examens de l'organisation scolaire traditionnelle n'est pas de nature à favoriser des sentiments de camaraderie cordiale et généreuse entre les élèves; il faudrait habituer l'écolier à se sentir en compétition avec lui-même et avec ses résultats antérieurs plutôt qu'en compétition et en état d'infériorité ou de supériorité vis-à-vis ses camarades. » (Rapport Parent, 1963)

Cheminement particulier temporaire : Abandonné, au nom de la politique de l’intégration. « Moins de 1 % des élèves du CPT sont parvenus à retourner en classe régulière. »(MELS 2006)

Connaissances : Ont récemment été supplantées. « Ce serait se tromper que de ne voir dans le maître que celui qui transmet des connaissances. Qu'il le veuille ou non, il est beaucoup plus que cela. Il est un éveilleur ou un endormeur des jeunes esprits; il est celui qui intéresse ou celui qui rend indifférent, celui qui apprend au jeune à dialoguer ou celui qui l'en rend incapable […] L’enseignement d'un véritable maître apporte des connaissances aux élèves, mais il éveille aussi leur esprit, il les familiarise avec de bonnes méthodes de travail, il soutient leur intérêt, il les rend capables et désireux d'étudier par eux-mêmes. Un étudiant qui a eu de bons maîtres possède la curiosité intellectuelle, il sait interpréter, analyser, synthétiser, il sait s'exprimer, il sait travailler. » (Rapport Parent, 1963) « […] le régime pédagogique stipule qu’au primaire, le temps d’enseignement du français est passé de 14 à 16 heures sur les trois cycles et celui des mathématiques de 9 à 12 heures. Au secondaire, le français langue d’enseignement a gagné six unités ainsi que l’histoire et l’éducation à la citoyenneté, et  les arts. Pour ce faire, on a aboli l’inscription à l’horaire de ce qu’on appelle les “ petites matières  (formation personnelle et sociale, éducation au choix de la carrière, économie familiale). » (Déclaration du collectif Réussir la réforme, novembre 2006). Voir « Paradigme ».

Différenciation : Concept nouveau, dont le but inavoué est de couper dans les services aux élèves en difficulté. « Un éducateur conscient ne peut plus enseigner à une classe comme s'il s'agissait d'une masse anonyme, indistincte et docile; il sait qu'il a affaire à un groupe assez différencié et complexe. » (Rapport Parent, 1963) « [… depuis] il faut se féliciter que les actions suivantes aient été menées à terme : un réseau de centres de la petite enfance, l’extension à temps plein de l’éducation préscolaire à 5 ans, des services de garde scolaire, une réduction substantielle du nombre d’élèves par classe à l’éducation préscolaire et au premier cycle du primaire, ainsi qu’une augmentation du temps d’enseignement à partir de la présente année au primaire. Ces actions ont engagé des budgets significatifs […] et sont susceptibles d’améliorer la transition et le début de la scolarisation de nombreux enfants en intervenant tôt auprès des élèves qui ont des besoins particuliers. […] À ces mesures est associé l’ajout au préscolaire et au primaire de quelque 6 195 postes d’enseignants. Cela mérite d’être souligné, dans le contexte démographique et budgétaire actuel. » (Déclaration du collectif Réussir la réforme, novembre 2006)

Effort, manque d'… : Condition affligeant la génération YouTube. « Beaucoup d'éducateurs se plaignent du fait que trop d'étudiants manquent de méthode intellectuelle, qu'ils pensent mollement, se gargarisent de mots, font des affirmations gratuites et se contentent de l'à peu près. […] Les étudiants actuels sont peut-être victimes d'un climat général qui porte à la facilité et au demi-effort. » (Rapport Parent, 1963) Voir « Élèves, plus faibles qu’avant ».

Élèves, plus faibles qu’avant : C’est à cause de la réforme au primaire. « Les jeunes gens sortent des collèges aussi ignorans [de leur langue maternelle] que s'ils avoient esté élevez chez des étrangers. » (Pierre Restaut, Principes généraux et raisonnés de la grammaire françoise, 1730) Voir « Française, langue ».

Enfant, pédagogie centrée sur l’ : Inversion de perspective récente, au détriment des savoirs disciplinaires. « J'ai la conviction que l'école échoue aujourd'hui parce que c'est un lieu conçu d'abord et avant tout pour transmettre un certain nombre de connaissances et d'habitudes. La valeur de celles-ci est pour l'essentiel repoussée à un lointain avenir : ce sont des préalables que l'écolier doit assimiler en vue d'autres préalables, et ainsi de suite. Cette propédeutique, parce qu'elle est déconnectée du vécu de l'élève, n'est pas véritablement éducative. » (John Dewey, Mon credo pédagogique, 1897) « La pédagogie moderne a opéré un retour à un enseignement centré sur l'enfant. C'est un lieu commun de dire que l'école est faite pour l'enfant ; pourtant on pense trop souvent l'enseignement en fonction des programmes, des maîtres ou de l'école elle-même. Cette préoccupation d'un enseignement centré sur l'enfant a présidé à l'élaboration d'une pédagogie active; celle-ci se propose toujours de partir de l'enfant, de ses intérêts, de son jeu, de son imagination, pour développer chez lui la curiosité intellectuelle et l'initiative personnelle. On cherche à éliminer le pédantisme du maître, le carcan des programmes, la passivité de l'enfant. » (Rapport Parent, 1963)

Époque, la nôtre : « Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu'elle n'est pas poétique. L'appeler époque […] de décadence. » (Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues)

Études, toutes les… démontrent que : Argument invoqué par les opposants comme par les partisans de la réforme. « Il n’y a aucune idée trop stupide pour que vous ne sachiez trouver un universitaire pour la défendre » (H. L. Mencken) « Contrairement à l’image un peu simplificatrice que l’on se fait de la science, il n’existe pas une, mais des sciences […] selon la nature des objets auxquels on s’intéresse et selon les questions que l’on pose à propos de ces objets. Tout sujet ou tout objet ne peut donc être étudié au moyen d’un schéma expérimental, tel qu’il est entendu dans son acception scientifique stricte. C’est le cas d’un programme et, à plus forte raison, d’un curriculum, en raison principalement de leur complexité et du caractère irréductible de cette complexité. […] curriculum et programmes ne sont pas des objets de laboratoire […la] réforme d’un système de l’éducation relève du politique au sens large. » (Michel Carbonneau, Vie pédagogique, no 118, 2001)

Fonctionnaire : Rédacteur du programme de formation. « Tel que l’avait souhaité le Groupe de travail sur le curriculum en juin 1997, la rédaction du programme de formation a impliqué plusieurs centaines (900) d’enseignants de métier travaillant au sein de divers comités. Ce programme se propose de corriger les défauts de l’ancien : ainsi, au primaire, les milliers d’objectifs qu’une enseignante titulaire devait poursuivre ont été remplacés par un nombre plus circonscrit de compétences disciplinaires et transversales, de savoirs essentiels et de domaines généraux de formation. Le document tient pour les trois cycles en 350 pages, soit considérablement moins que les anciens fascicules; au secondaire, le programme est quatre fois moins volumineux et tient en un seul volume, contre 39 pour l’ancien; il a 631 pages, au lieu des 2 622 précédentes, et chaque spécialiste disciplinaire y est concerné, en moyenne, par une trentaine de pages! L’ancien programme, dit par objectifs, avait donné lieu à une prolifération excessive d’objectifs (pas moins de 6 000 pour l’ordre secondaire) qu’aucun enseignant n’était en mesure de « couvrir » de manière systématique dans le temps imparti; il découpait trop finement les savoirs et les habiletés, de telle sorte que la vision d’ensemble s’en trouvait cachée et neutralisée. Le nouveau programme a corrigé cette lacune : en effet, l’approche par compétences vise à redonner une cohérence d’ensemble au curriculum en identifiant un nombre restreint de compétences disciplinaires et transversales que l’enseignant doit amener les élèves à développer, en s’appuyant sur des savoirs reconnus essentiels. » (Déclaration du collectif Réussir la réforme, novembre 2006)

Française, langue : Est aujourd’hui victime du clavardage. « Toutes les critiques que l'on formule au sujet des insuffisances en orthographe des écoliers d'aujourd'hui étaient formulées il y a cinquante ans ou vingt ans, avec la même insistance; il n'y a rien de changé sous le soleil. (L. Poriniot, La crise de l'orthographe et l'école primaire, Bruxelles, Lamertin, 1933.)

Jargon : Langue utilisée par les pédagogues-réformateurs. « L’élève développe des stratégies appropriées pour une écoute et une lecture efficaces; il apprend à déduire le sens de textes oraux et écrits (interaction de l’apprenant et du texte) ». (Programme de formation de l’école québécoise, page 102; nombre d’autres fois qu’apparaît, dans le programme, le mot « apprenant » en tant que nom : 2 (à la page 8, puis à la page 100); nombre d’autres fois qu’apparaît le mot « élève » : 935). Voir « Fonctionnaire ».

Marché du travail, la réforme est une réponse servile aux exigences du… : But non avoué des réformateurs. « L'acquisition de la culture est désintéressée mais elle n'est pas désincarnée; elle doit s'inscrire dans des études menant à une profession ou à un métier. » (Rapport Parent, 1963)

Paradigme : On abandonne l’ancien au profit du nouveau. Avant 1962, mot inconnu hors chez les grammairiens professionnels. Depuis, le terme a été popularisé par Thomas S. Kuhn dans La structure des révolutions scientifiques. En 1969, dans l’épilogue à la seconde édition, Kuhn évoque une « lectrice sympathisante [qui] a préparé un index analytique partiel et en a conclu que [paradigme] est utilisé au moins de vingt-deux manières différentes ». Quelques paragraphes plus bas, après avoir invoqué des « inconsistances de style » pour en éliminer une vingtaine, Kuhn reconnaît avoir lui-même semé la confusion avec deux significations distinctes du mot paradigme. La première ne s’applique qu’aux sciences qui ont pour objet des entités sans mémoire ni conscience, comme la physique ou la chimie. Pour elles, un paradigme réfère aux « découvertes scientifiques universellement reconnues qui, pour un temps, fournissent à un groupe de chercheurs des problèmes types et des solutions ». Quant aux praticiens des sciences qui ont pour objet des êtres humains et des finalités sociopolitiques (comme les sciences de l’éducation), ils évoquent souvent la seconde signification, plus molle, celle-là. Pour eux, un paradigme réfère à « l’ensemble des croyances, des valeurs reconnues et des techniques qui sont communes aux membres d’un groupe donné ». Si l’on suit Kuhn dans sa postface de 1969, on constate qu’il n’entend ni valeurs ni croyances au sens où l’entendent les sciences humaines. Plus loin (à la page 282), il se dit « surpris » (dans l’édition originale anglaise, il écrit « puzzled ») par ceux qui ont cherché à étendre la thèse centrale de son livre à d’autres domaines que celui des sciences naturelles.

Privées, écoles : Fournissent, à un coût acceptable, un abri contre la réforme. « La Fédération des établissements d’enseignement privés croit qu’il est impératif de poursuivre et réussir l’implantation de la réforme en cours, au nom des finalités énoncées dans les politiques qui sont à son origine. […] Nous adhérons sans aucune réserve aux buts fixés par cette ambitieuse réforme et nous pensons, nous aussi, qu’il faut se donner collectivement les moyens pour qu’elle réussisse, déclare le président de la Fédération, M. Jean-Marc St-Jacques. […] La Fédération des établissements d’enseignement privés regroupe actuellement 180 établissements d’enseignement privés fréquentés par plus de 105 000 jeunes de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire et secondaire. » (Communiqué de presse, Montréal, 11 décembre 2006)

Redoublement : Pratique récemment limitée à une seule fois lors du parcours primaire. « Si tous les maîtres de ce premier cycle savent constituer une équipe et si on assouplit le régime du classement des élèves, on pourra éviter de faire redoubler un écolier. À la fin du premier cycle seulement, si vraiment l'écolier n'est pas prêt à entreprendre le second, il sera dirigé vers une troisième année spéciale. […] Là encore, par une distribution judicieuse et souple des élèves et par un travail d'équipe très poussé chez les professeurs, on pourra éviter de faire redoubler les classes. Il ne sera même pas question d'une sixième spéciale. À douze ans, au plus tard à treize ans, tous les élèves passeront au secondaire qui, lui, ouvrira une classe préparatoire pour ceux qui en auront besoin. » (Rapport Parent, 1963)

Suisse : Pays sur lequel nous venons de calquer notre dernière réforme. « Nous savons que l'école active exigera une transformation profonde de notre vie scolaire et ne se réalisera pas du jour au lendemain. Mais ce que nous avons vu en Europe, en Angleterre, en Allemagne et en Suisse, par exemple, nous donne raison de croire que ce n'est pas une utopie que de proposer la réforme de l'école élémentaire. Nous croyons que des maîtres éclairés en psychologie de l'enfant et conscients des exigences de l'heure peuvent réussir dans une bonne mesure, s'ils sont incités et encouragés à le faire, à imprégner leur enseignement de l'esprit de l'école active qui table sur la curiosité de l'enfant, qui habitue l'enfant à travailler de façon autonome. » (Rapport Parent, 1963)

Tutorat, titulariat, école orientante et tutti quanti : Diversions récentes de l’acte d’enseigner. « L'enseignement deviendra de plus en plus un travail d'équipe […] Il faudra conserver la fonction de titulaire de classe, surtout aux niveaux des 7e , 8e et 9e. Mais il sera sans doute nécessaire aussi que tous les professeurs qui ont les aptitudes requises acceptent de diriger et de conseiller une vingtaine d'élèves auxquels ils s'intéresseront, non seulement quant à la matière qu'ils enseignent eux-mêmes, mais quant à la marche générale des études et quant aux problèmes particuliers de la formation de ces élèves. Au cours de rencontres nombreuses, le tuteur s'intéressera à tous les aspects de la vie scolaire de l'étudiant et particulièrement au problème de son orientation. » (Rapport Parent, 1963)

M. Amine Tehami est directeur du Centre Rose-Virginie-Pelletier, de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

VIE PÉDAGOGIQUE NO 145 NOV-DÉC 2007

similaire:

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconLeçon 1 physique 2
«j’aime comprendre le monde où je vis») pouvoir ultérieurement oser poser des questions sur tout phénomène physique avec des repères...

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconLa recherche et l’enseignement supérieur
...

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconRécemment des analystes économistes américains ont déclaré que les...

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconParoles de profs – mpsi 2005/2006
«Son intérêt pour les papillons est bien connu» Mmmh Ca me rappelle une conversation sur les ours polaires que j’ai eu récemment

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconP : Nous parlerons justement des réserves de pétrole un peu plus...
«La France après le fossile» édité aux éditions Mirandole. Enfin, Jean Carnesecchi, concepteur du jeu «la course à l’énergie» récemment...

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconDiscours recents
«Si j’avais voulu répondre aux critiques, écrivait-il récemment à M. Falcomer, un spirite italien, mon temps tout entier depuis trente...

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconComprendre: Lois et modèles

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconComprendre: Lois et modèles

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconComprendre: Lois et modèles

Bulletin : On en a récemment retiré rangs et classements faciles à comprendre. […] iconTp 21 comprendre la notion de mole (d’atomes)








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com