D'où vous vient cette curiosité pour Zatopek? IL y a peu de chances qu'il vous ait impressionné du temps de sa splendeur. Vous aviez un an lorsqu'il a battu son premier record du monde du 10. 000 mètres en 1949








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titreD'où vous vient cette curiosité pour Zatopek? IL y a peu de chances qu'il vous ait impressionné du temps de sa splendeur. Vous aviez un an lorsqu'il a battu son premier record du monde du 10. 000 mètres en 1949
date de publication22.04.2017
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Zatopek N°9


Le livre d'Emile

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer

Pour son dernier livre, l'écrivain français Jean Echenoz a choisi de raconter la vie du coureur Emil Zatopek. Etonnant! Rien ne prédestinait cette rencontre entre l'auteur de Je m'en vais (Prix Goncourt 1999) et celui que l'on surnommait "la locomotive tchèque". Mais ce mariage de la carpe (Echenoz) et du lapin (Zatopek) a donné naissance à un très joli petit bouquin, sobrement intitulé Courir (Editions de Minuit).

Légende
Il faut être prudent lorsqu'on résume la vie de Jean Echenoz. Depuis la fausse biographie qu'il a fait paraître en 1988, les informations erronées se mêlent aux vraies au point que plus personne ne s'y retrouve vraiment. Que peut-on dire avec certitude? Que Jean Echenoz a écrit treize romans et deux "romans biographiques" (Maurice Ravel et Emil Zatopek), qui furent récompensés de nombreux prix, dont le Médicis et le Goncourt. Et que son œuvre se caractérise par un style d'écriture sans concession où la main est chargée de suivre le plus fidèlement possible le cheminement de l'esprit. Dans le cas de Courir, cela produit une alternance de phases d'élévation, avec des images parfois très drôles, et de retours à des choses extrêmement terre à terre qui confère à ce petit bouquin un rythme de lecture évoquant précisément l'expérience du marathon. Cela se lit aussi dans les mêmes temps: plus ou moins deux heures de pur bonheur!

D'où vous vient cette curiosité pour Zatopek? Il y a peu de chances qu'il vous ait impressionné du temps de sa splendeur. Vous aviez un an lorsqu'il a battu son premier record du monde du 10.000 mètres en 1949.
Son nom est tout de même un souvenir d'enfance. On criait "Allez Zatopek!" sur le bord des routes à chaque fois qu'on voyait un coureur à pied. De la même façon qu'on disait d'un conducteur qui roulait trop vite: "il fait son Fangio". Ces noms sont presque devenus des substantifs, des synonymes de la vitesse (*).

Des substantifs en voie de disparition...
Je ne sais pas. Lorsque j'ai commencé à écrire sur Zatopek, j'ai posé la question à mon fils (**) qui est âgé d'un peu plus de 30 ans, et ce nom de Zatopek lui disait assez précisément quelque chose. Pour ma part, j'avais une connaissance très floue du personnage au-delà de l'intérêt pour son patronyme. A l'époque, je voulais travailler sur une légende sportive parce que c'est un domaine que je ne connaissais pas bien, qui était neuf pour moi et sur lequel j’avais envie d’apprendre des choses. J'ai fait quelques recherches superficielles et je me suis rendu compte qu'il n'existait aucun livre sur Zatopek. Sa biographie, qui a pourtant été traduite en français, ne figure pas au catalogue de la Bibliothèque nationale. Et l’ouvrage qu'il a lui-même écrit et qui s'intitule Mes entraînements et mes courses est introuvable lui aussi. Comme il n'existait rien, je me suis dit que, ce livre, j'allais tenter de l'écrire moi-même.

Pourquoi lui?
Assez vite, j'ai eu l'impression de tenir là un personnage unique: mélange d'humilité, d'orgueil, d'ouverture d'esprit, de douceur, d'exigence extrême, de goût de la souffrance, de naïveté et de joie de vie. Puis il y a le contexte de sa vie et la succession des régimes totalitaires qui ont marqué l'histoire de son pays, l'occupation nazie puis le régime communiste. Lui-même a été instrumentalisé par ces différents pouvoirs. Il débute la course à pied contre son gré, alors qu'il est simple ouvrier dans les usines Bata (ndlr: la marque de chaussures) à Zlin en Moravie. Puis il intègre l'armée et chaque nouvelle victoire lui permet de gravir un échelon supplémentaire dans la hiérarchie militaire. Il termine avec le grade de colonel. Il est considéré comme un héros du communisme jusqu'à la perte de tous ses privilèges après les désillusions du Printemps de Prague. Tout cela lui confère une dimension romanesque extraordinaire.

Dans un passage du livre, vous décrivez Emile qui regarde flotter les drapeaux des pays participant aux Jeux Interalliés de Berlin en 1946 (voir encadré). Et vous précisez: "j'ignore si le vent souffle ce jour-là". Est-ce à dire que tout le reste est scrupuleusement exact?
De fait, je me suis chaque fois inspiré d'articles parus dans la presse de l'époque. J'ai passé des jours et des jours à m'abîmer les yeux à lire sur microfilms les pages réservées à l'athlétisme, notamment dans le journal sportif L'Equipe. Par chance, celui-ci venait d'être relancé en 1946 pour prendre le relais de l'ancien Auto-Vélo dont la parution avait été interdite à la Libération. Or ce nouveau départ correspond au tout début de la carrière de Zatopek. On trouve d'ailleurs son nom dès les premiers numéros. Ensuite, je les ai tous épluchés jusqu'en 1957, date à laquelle Zatopek met fin à sa carrière. Voilà comment j'ai procédé. Dans de rares cas, je me suis même permis d'extraire des phrases ou des expressions directement des textes originaux. Certains de ces articles étaient signés de journalistes d'exception tels Gaston Meyer ou, plus tard, Jacques Goddet. Je conservais des mots ou des fragments de phrases lorsque je ne voyais pas comment faire mieux.

Vous savez ce que répondait Alexandre Dumas (père) à qui l'on reprochait d'avoir souvent violé l'Histoire? "C'est vrai. Mais je lui ai fait de beaux enfants". Qu'en pensez-vous?
Ce n'est pas mon approche. Je vois plutôt ma démarche romanesque, dans le travail sur ces vies réelles, comme une marche délicate sur une ligne de crête. Il faut être absolument fidèle au parcours du personnage mais, en tant que romancier, je peux m'autoriser quelques petites échappées. On écrit ainsi en liberté surveillée. Pour Zatopek, ces poches de fiction ont été extrêmement réduites.

Sur la jaquette du livre, on spécifie pourtant qu'il s'agit d'un roman.
Disons que je m'en suis tenu à décrire des épisodes relatés dans la presse, mais en les traitant sur un mode romanesque. Je les ai donc évidemment retravaillés à ma façon, mais sans rien trahir des faits d'origine. Je ne me suis pas donné le droit de réécrire l'histoire. Et même moins avec Zatopek qu'avec mon livre précédent sur Maurice Ravel dans lequel j'avais créé des scènes à partir de scénarios probables mais sans réelles preuves historiques. Il n'y a pas d'équivalent dans Courir sinon pour deux ou trois petits points de détail plus intimes comme cette curiosité que je prête à Emile lorsqu'il lui arrive de partir très loin de chez lui.

La scène où il est seul dans sa chambre d'hôtel au Brésil et où vous le décrivez en train de noyer des petites boulettes de papier à cigarette dans le lavabo pour observer dans quel sens s'effectue la vidange?
Cette partie-là est effectivement inventée. Je me suis basé sur ma propre curiosité puisque les deux fois que j'ai pu me rendre dans l'hémisphère Sud, en Australie et au Brésil, j'ai évidemment été tenté de vérifier si les lavabos se vident bien dans l'autre sens comme le veut la croyance... Soit dit en passant, ces recherches ne m'ont jamais paru très concluantes.

Et pour cause! Les forces de Coriolis n'influent pas sur le sens de rotation de l'eau pour des volumes aussi petits que la contenance d'un lavabo. Il s'agit d'une idée reçue. Vous devriez le savoir puisque vous avez fait des études de génie civil.
Non, c'est faux. Je n'ai jamais fait ce type d'études. On le mentionne parfois dans mes biographies. Je ne sais pas d'où cela vient, comme d'autres erreurs récurrentes me concernant dont je ne suis pas responsable (***). Par exemple, je n'ai jamais écrit pour L'Humanité. J'aurais bien aimé, mais ce n'est pas le cas. En revanche, je me suis servi des archives du journal dans le cadre de mes recherches sur Zatopek. J'ai aussi retrouvé d'anciens numéros de Miroir de l'athlétisme qui appartenait au même groupe de presse communiste et qui proposait de ce fait une lecture plus idéologique du personnage.

Donc on ne sait pas si Zatopek a réellement testé la vidange des lavabos. Mais on le sait doté d'une insatiable curiosité.
En effet. Rappelez-vous qu'il a commencé à travailler à l'usine à seize ans. De ce fait, il a reçu assez peu d'instruction. Pourtant, il a fait preuve d'une ingéniosité remarquable tout au long de sa carrière et découvert, par lui-même, un tas de choses, notamment en matière d'entraînement, qui servent aujourd'hui encore. Je suis aussi très admiratif de sa façon de s'exprimer dans sept ou huit langues, par exemple les langues scandinaves qui sont si difficiles à apprendre.

Outre la lecture systématique des journaux, avez-vous trouvé d'autres sources d'inspiration. Des images d'archives, par exemple?
Oui, j'ai visionné des petits films, notamment la fameuse finale du 5000 mètres à Melbourne. Je me suis également inspiré d'un très beau livre de photos paru dans les années 50 où on le voit dans les grandes heures de ses affrontements avec ses principaux adversaires: Reiff, Kutz, Mimoun...

A propos d'Alain Mimoun, vous écrivez que son nom souffle comme celui d'un vent. On pense effectivement au foehn, au mistral...
Au simoun surtout, ce vent sec et chaud d'Afrique du Nord. J'avais écrit à Mimoun en cours de rédaction de l'ouvrage pour obtenir des informations sur Zatopek. Mais ma lettre est malheureusement restée sans réponse. Peut-être ne l'a-t-il jamais reçue. De la même façon, j'aimerais beaucoup faire la rencontre de Dana Zatopkova que vous aviez interviewée au moment du lancement du magazine Zatopek. Je l'avais trouvée formidable. Elle relate des scènes superbes dont j'aurais pu m'inspirer dans mon livre si j'en avais eu connaissance quelques mois plus tôt. A la lecture de cette interview, j'ai ressenti de la frustration et en même temps j'étais rassuré dans la mesure où, finalement, mon récit me semble ne pas coller trop mal avec le portrait qu'elle fait de son mari.

De l'avis des spécialistes, Zatopek se caractérisait par un style de course très peu académique que vous décrivez admirablement en soulignant une simple évidence, mais qui échappe néanmoins à la plupart des observateurs: "on court aussi avec les bras".
Pour ces approches techniques, je me suis fié aux commentaires d'époque qui m'ont paru très savants. Mon expérience personnelle de coureur à pied est plus limitée et remonte à mes années de lycée. Notez, j'aimais bien cela! Je me souviens même qu'on m'avait dit à l'époque que je n'étais pas un mauvais coureur. Contrairement aux sports d'équipe où, très vite, je me suis révélé totalement inapte. Comme Emile, du reste. Aujourd'hui, je continue à nager de temps en temps et je retrouve dans cet effort un peu de la griserie que j'ai connue en course à pied. Cette possibilité de se mettre temporairement en absence du monde...

Le portrait que vous faites de Zatopek est celui d'un homme simple, dépositaire d'un talent presque trop grand pour lui. On a parfois l'impression que cette suprématie sportive lui pèse plus qu'elle ne le porte et qu'il est soulagé lorsque la gloire passe enfin. C'est bien cela?
Curieusement, c'est également ce qui m'avait touché avec Maurice Ravel, le personnage sur lequel j’avais travaillé précédemment. Dans sa correspondance, on trouve un passage où il se désespère que ses parents ne l'aient pas aiguillé vers une carrière commerciale alors qu'il est en train de se battre douloureusement avec son travail de composition. Pour lui aussi, l'expression de son talent implique une grosse part de souffrance. Il y a un côté "malgré eux" très touchant chez ces personnages. C'est vrai, Zatopek donne parfois l'impression d'être dépassé par l'importance qu'on lui confère. Il peut alors faire preuve d'une naïveté extraordinaire. Mais elle s'explique à mon sens par son attitude de totale générosité envers le monde. Il répond à tous de la même manière et dans toutes les langues. Il n'est pas dans cette distance aristocratique qu'on retrouve parfois chez les champions. Il est à la disposition des gens comme il l'a toujours été aussi sur le plan institutionnel. Il court, c'est tout. On peut se dire que, courir sous les dictatures, c'est peut-être aussi une façon de gagner un peu de liberté individuelle.

Le sujet était inattendu pour le romancier que vous êtes. Pendant l'écriture de votre livre, vous êtes-vous inquiété de savoir s'il susciterait ou non l'intérêt des lecteurs?
Pendant l'écriture du livre, j'en avais effectivement parlé à trois ou quatre personnes qui ne comprenaient pas trop mon intérêt pour le sujet. J'avais l'impression qu'ils trouvaient cela d'avance un peu inintéressant. J'ai eu moi-même un petit sentiment de doute quand le livre a été terminé et que je l'ai porté chez l'éditeur. Mais, curieusement, la question ne s'est jamais posée pendant tout le temps passé à enquêter sur le personnage. Il y avait une sorte d'enthousiasme communicatif qui émanait de cette histoire: ce type m'a passionné! Je passais parfois des journées entières à la Bibliothèque nationale à lire des journaux d'il y a cinquante ans. Le soir, j'étais un peu hésitant sur le sens de tous ces efforts. Mais j'y retournais le lendemain avec une grande impatience.

A vous entendre, cela tournait presque à l'obsession!
Peut-être. Je me suis mis à tout recopier. Au bout du compte, je disposais d'un tas d'informations dont je ne savais pas toujours que faire. Par exemple, j'avais de très belles descriptions d'une visite de Zatopek à la piscine à Paris. J'aurais aimé m'en servir, mais cela n'a pas été possible. Il fallait faire des choix pour conserver un rythme de lecture dynamique. Alors, même si cela faisait un peu mal, j'ai dû couper.
En presse magazine, on est souvent confronté au décalage entre l'attention du public qui se porte sur le numéro en kiosque et les recherches du moment qui sont tournées vers le futur. Est-ce aussi le cas de l'écrivain obligé de parler de son livre précédent alors qu'il est déjà absorbé par celui à paraître?
Non, pas pour moi. J'ai toujours envie d'apprendre des choses nouvelles sur Maurice Ravel ou Emil Zatopek. La fin d'un livre ne marque pas la fin d'une recherche. Je le vois plutôt comme un passage de témoin. Comme pour une carrière sportive du reste. Pendant ses dernières années de coureur, Emil Zatopek entraînait déjà des athlètes plus jeunes, et parfois ceux-ci étaient aussi ses rivaux sur la piste. Une façon finalement très habile et très belle de passer la main.


(*) D'autres noms célèbres ont évidemment trouvé place dans des expressions du langage courant, mais souvent ils ont bénéficié pour cela d'un effet de dynastie. Or ni Fangio, ni Zatopek n'eurent d'enfant.

(**) Jérôme Echenoz, plus connu des amateurs de rap sous le nom de "Tacteel", producteur du groupe TTC.

(***) D'autres erreurs sont de son chef. On pense à la note autobiographique qu'il a envoyée en 1988 à la rédaction du Dictionnaire des écrivains contemporains de langue française (par eux-mêmes) (Editions des mille et une nuits). "Né le 4 août 1946 à Valenciennes. Etudes de chimie organique à Lille. Etudes de contrebasse à Metz. Assez bon nageur." Tout est faux, sauf la natation.


Retour à Berlin

L'une des premières grandes victoires de Zatopek sur la scène internationale date de sa participation aux Jeux interalliés organisés à Berlin en 1946. Dans son livre, Echenoz fait le récit détaillé du périple qui lui a permis de s'aligner in extremis au départ du 5000 mètres et de gagner ensuite la course avec une facilité écœurante. Mais l'existence même de cette compétition constitue un fait historique tout à fait étonnant! Le nom interalliés signifie que seuls les représentants des pays alliés avaient le droit de participer aux épreuves. L'idée d'une telle organisation était venue au général américain John Pershing, trente ans auparavant. Il s'agissait alors de marquer symboliquement la fin des conflits qui avaient endeuillé l'Europe. La première édition de ces Jeux s'est donc déroulée à Paris en 1919. Elle rassemblait 1500 participants originaires de dix-huit nations et annonçait à sa façon le rétablissement des Jeux olympiques qui devaient se tenir à Anvers un an plus tard. Après la Seconde Guerre mondiale, on a voulu répéter l'expérience. Cette fois, la décision fut prise d'organiser ces Jeux dans le stade olympique de Berlin. Construit hors de la ville, ce dernier avait peu souffert des bombardements. Seule une tour avait entièrement brûlé. Les Allemands disaient que c'était le fait d'un soldat russe qui avait mis le feu en s'éclairant avec des allumettes... Nul ne sait vraiment. Contre toute attente, ces compétitions rencontrèrent un grand succès populaire. Dix ans après les Jeux olympiques qui avaient glorifié le nazisme, Berlin refaisait stade comble pour célébrer sa chute. Avec les mêmes spectateurs, si cela se trouve! Certes, l'ambiance n'était plus vraiment la même: pas de svastika, pas de "Heil Hitler" parcourant les gradins. Et bien sûr aucun athlète allemand sur la piste pour rafler les médailles. Mais l'enthousiasme était resté et paraissait même décuplé après des années de privations et de souffrances! Le public applaudissait à tout rompre aux exploits des sportifs venus de l'Est et de l'Ouest dans un contexte de paix retrouvée et qui n'annonçait pas encore les années de guerre froide. En se quittant, les délégations prirent des engagements pour vite se revoir. Mais la troisième édition des Jeux interalliés n'eut jamais lieu.


Zatopek, j'écrirai ton nom

Dans le livre Courir, l'auteur prend soin d'ajouter un "e" final au prénom de Zatopek, sans doute pour marquer un petit décalage entre le personnage historique (Emil) et le héros de son histoire (Emile). De la même façon, son nom de famille n'est cité que dans un seul passage... Mais quel passage! Lors du lancement du magazine Zatopek en 2007, nous avions beaucoup réfléchi nous aussi à la force particulière de ces trois syllabes et à leur consonance familière même si, malheureusement!, beaucoup de gens ignorent tout de la vie de celui qu'elles désignent. Les confusions possibles sont nombreuses: on pense au révolutionnaire Zapata, au clown Zavatta ou encore aux Indiens Zapotèques... Aujourd'hui encore, et malgré nos deux ans d'existence, il arrive assez régulièrement qu'on nous demande de justifier le choix du titre. Et nous voilà repartis pour essayer de faire comprendre en quoi ce coureur se différenciait des autres et ce qui faisait sa grandeur. Pour se simplifier la vie (et si nous avions disposé de beaucoup d'argent au lancement du magazine), nous aurions peut-être opté pour une tout autre solution. Nous aurions commandé alors un ouvrage sur la carrière de Zatopek à l'un de nos écrivains préférés et, à chaque nouvelle salve de questions, nous aurions orienté les gens vers ce livre porteur de toutes les explications. Imaginez alors notre surprise -et notre bonheur- en apprenant que Jean Echenoz avait fait le boulot spontanément. Et de quelle façon! Pour vous faire une idée, voici un passage où il s'amuse lui aussi de la force extraordinaire que dégage ce patronyme: Za-to-pek!
"Ce nom de Zatopek qui n’était rien, qui n’était rien qu’un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite: on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette machine est lubrifiée par un prénom fluide: la burette d’huile Émile est fournie avec le moteur Zatopek.
C’en serait même presque injuste: il y a eu d’autres grands artistes dans l’histoire de la course à pied. S’ils n’ont pas eu la même postérité, ne serait-ce pas que chaque fois leur nom tombait moins bien, n’était pas fait pour ça, ne collait pas aussi étroitement bien que celui d’Émile avec cette discipline- sauf peut-être Mimoun dont le patronyme sonne, lui, comme souffle un des noms du vent. Résultat, on les a oubliés, ce n’est pas plus compliqué, tant pis pour eux.
C’est donc peut-être au fond ce qui a fait sa gloire, du moins puissamment contribué à la forger, on peut se le demander. Se demander si ce n’est pas son rythme, son battement qui font qu’il parle encore à tout le monde et fera longtemps encore parler de lui, si ce n’est pas lui qui a fabriqué le mythe, écrit la légende- les noms peuvent aussi réaliser, à eux seuls, des exploits. Mais enfin n’exagérons rien. Tout ça est bien joli sauf qu’un patronyme, on peut lui faire dire ou évoquer ce qu’on veut. Émile eût-il été courtier en grains, peintre non-figuratif ou commissaire politique, on eût sans doute trouvé son nom tout à fait adapté à chacun des métiers, dénotant aussi bien la gestion rationnelle, l’abstraction lyrique ou le froid dans le dos. Ç’aurait chaque fois aussi bien collé."


Exercice de style

Le visage de Zatopek à l'effort exprimait toujours une immense souffrance. Avec son humilité habituelle, il disait qu'il n'était pas assez fort pour courir et sourire en même temps. Et il n'y a avait pas que son visage. Son corps tout entier semblait se déglinguer sous la puissance du moteur intérieur qui actionnait ses jambes. Une impression très étrange et tout à fait perceptible sur les images d'archives que l'on peut notamment visionner sur le site YouTube. Dans un autre très beau passage de l'ouvrage, voici comment Jean Echenoz décrit cette étrange façon de courir: "Il y a des coureurs qui ont l’air de voler, d’autres qui ont l’air de danser, d’autres paraissent défiler, certains semblent avancer comme assis sur leur jambes. Il y en a qui ont juste l’air d’aller le plus vite possible où on vient de les appeler. Émile, rien de tout cela. Émile, on dirait qu’il creuse ou qu’il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d’élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. Ses traits sont altérés comme déchirés par une souffrance affreuse, langue tirée par intermittence, comme avec un scorpion logé dans chaque chaussure. Il a l’air absent quand il court, terriblement ailleurs, si concentré que même pas là sauf qu’il est là plus que personne et, ramassée entre ses épaules, sur son cou toujours penché du même côté, sa tête dodeline sans cesse, brinquebale et ballotte de droite à gauche. Poings fermés, roulant chaotiquement le torse, Émile fait aussi n’importe quoi de ses bras. Or tout le monde vous dira qu’on court avec les bras. Pour mieux propulser son corps, on doit utiliser ses membres supérieurs pour alléger les jambes de son propre poids: dans les épreuves de distance, le minimum de mouvements de la tête et des bras produit un meilleur rendement. Pourtant Émile fait tout le contraire, il paraît courir sans se soucier de ses bras dont l’impulsion convulsive part de trop haut et qui décrivent de curieux déplacements, parfois levés ou rejetés en arrière, ballants ou abandonnés dans une absurde gesticulation, et ses épaules aussi gigotent, ses coudes eux aussi levés exagérément haut comme s’il portait l’apparence d’un boxeur en train de lutter contre son ombre et tout son corps semble être ainsi une mécanique détraquée, disloquée, douloureuse, sauf l’harmonie de ses jambes qui mordent et mâchent la piste avec voracité. Bref il ne fait rien comme les autres, qui pensent parfois qu’il fait n’importe quoi".

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