Leçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier








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pour pas mal de choses

…le terme de « recherche » je m’en méfie.
Pour moi, je ne me suis jamais considéré comme un chercheur. Comme l’a dit un jour PICASSO,

au grand scandale des gens qui l’entou­raient :
« Je ne cherche pas, je trouve. »
Il y a d’ailleurs dans le champ de la recherche dite scientifique, deux domaines qu’on peut parfaite­ment reconnaître :

celui où l’on cherche, et celui où l’on trouve…

Chose curieuse, ceci correspond à une frontière assez bien définie quant à ce qui peut se qualifier de science.


La frontière recouvre très significativement deux versants parfaitement qualifiables dans ce champ de la recherche. Aussi bien, y a–t–il sans doute quelque affinité entre cette recherche et ce que j’ai appelé

le versant religieux. Il s’y dit couramment :

« Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

Et « trouvé » est derrière.
La question peut–être dont il s’agit, est de savoir s’il ne s’établit pas une sorte d’ouverture

à une recherche…

voire à une recherche complaisante

…dans la mesure où quelque chose de l’ordre de l’oubli frappe ce qui a été déjà trouvé.
La recherche, en cette occasion, nous intéresse par ce qui dans le débat s’établit au niveau de ce que nous pouvons appeler de nos jours « les sciences humaines ».
On voit comme surgir, sous les pas de quiconque trouve, ce que j’ap­pellerais la revendication herméneutique qui est justement celle qui cherche, celle qui cherche

la signification toujours neuve et jamais épui­sée, qui serait, au principe, menacée d’être coupée

dans l’œuf par celui qui trouve !
Or cette herméneutique, nous autres analystes y sommes intéressés parce que, ce que l’herméneutique se propose comme voie de développement de la « signification » c’est quelque chose qui n’est pas, semble–t–il, étranger,

en tout cas qui dans bien des esprits se confond

avec ce que nous analystes appelons « interprétation ».
Et par tout un côté il semble que…

si tant est que cette « interprétation » n’est pas du tout peut–être dans le même sens que ladite herméneutique

l’herméneutique s’en accommode, voire s’en favorise assez volontiers
Le versant par où nous voyons tout au moins

un couloir de communi­cation entre la psychanalyse

et ce que j’ai appelé le registre religieux…

de l’avoir ouvert ici n’est point sans importance

…nous le retrouverons en son temps.

Donc, pour autoriser la psychanalyse à s’appeler

une science, nous exigerons un peu plus.
Repartons de notre praxis. Ce qui spécifie une science, c’est d’avoir un objet. On peut le soutenir : qu’une science est spécifiée par un objet défi­ni au moins par un certain niveau d’opération reproductible

qu’on appelle expérience. Le rapport de l’objet

à la praxis, en tout cas, est un rapport nécessaire.
Est–il suffisant ? Je n’en trancherai pas tout de suite.

Pour la science nous devons être très prudents parce que cet objet change – et singulière­ment ! –

au cours de l’évolution d’une science.
Nous ne pouvons point dire que l’objet de la physique moderne

est le même maintenant qu’au moment de sa naissance, que - je vous le dis tout de suite - je date au XVIIème siècle.
Est–ce que l’objet de la chimie moderne est le même

qu’au moment de sa naissance, que je date à LAVOISIER !
Peut–être ces remarques nous forcent–elles à un recul au moins tac­tique pour un moment, et à repartir de

la praxis, nous demander si dans le fait que la praxis délimite un champ, c’est au niveau de ce champ que

le savant de la science moderne se trouve spécifié : non point comme un homme qui en sache long en tout.
Je m’entends, nous laisserions ici de côté toute référence de la science à un système unitaire

dit « système du monde »…

à cette exigence, de DUHEM4 pour la qualifier, voire MEYERSON5, dans les rapports entre identi­té et réalité, référence, plus ou moins qualifiable d’idéaliste

…au besoin d’identification.
J’irai même à dire que nous pouvons nous passer,

nous abstraire de ce complément transcendant, implicite même, dans la posi­tion du positiviste :

il se réfère toujours à une unité dernière de tous les champs.
Nous nous en abstrairons d’autant mieux,

d’autant plus qu’après tout c’est discutable

et ce peut–être même être tenu pour faux : il n’est nullement nécessaire que l’arbre de la science n’ait qu’un seul tronc.

Je ne pense pas qu’il en ait beaucoup, il en a peut–être…

sur le modèle du chapitre premier de la Genèse

…deux différents.
Non pas du tout que j’attache une importance exceptionnelle à ce mythe plus ou moins marqué d’obscurantisme,

mais après tout, pourquoi n’atten­drions–nous pas

de la psychanalyse de nous éclairer là–dessus?
À nous en tenir à la notion du champ définissant une expérience, nous voyons bien tout de suite que ceci ne suffit pas à définir une science, pour la raison que par exemple cette définition s’appliquerait très très bien

à l’expérience mystique. C’est même par cette porte qu’on lui redonne une considération scientifique!
Nous arrivons presque à penser que nous pouvons avoir, de cette expérience, une appréhension scienti­fique, car il ne faut pas se dissimuler qu’il y a là une sorte d’ambiguïté. Soumettre à un examen scientifique prête toujours à laisser entendre que l’expérience peut avoir d’elle–même une subsis­tance scientifique.
Or tous ces points d’ambiguïté, forts de malentendus, nous intéres­sent dans notre propos en ceci

qu’il semble bien que tout le problème de la psychanalyse, en ce tournant que nous vivons, soit celui

d’un véritable nœud de malentendus.
Qu’il soit évident - tout aussitôt - que nous ne pouvons pas faire ren­trer dans la science l’expérience mystique.

À condition qu’on fasse remarquer encore :

cette définition d’une praxis, du champ qu’elle détermine, l’appliquerons–nous à l’alchimie pour l’autoriser

à être une science ?
Je relisais récemment un tout petit volume6 qui n’a même pas été recueilli dans les Œuvres Complètes de DIDEROT mais qui semble assurément être de lui.
Si elle naît à LAVOISIER, DIDEROT ne parle pas de chimie, mais de bout en bout de l’alchimie, avec toute la finesse d’esprit que vous savez être la sienne.
Qu’est–ce qui nous fait tout de suite…

malgré le caractère saisissant, étincelant des histoires, qu’au cours des âges il nous situe

…qu’est–ce qui nous fait dire que l’al­chimie,

après tout, n’est pas une science ?
Après tout qu’en savons–nous?
Quelque chose à mes yeux est décisif, c’est que dans l’alchimie, la pureté de l’âme de l’opérateur était, comme telle et de façon dénom­mée, un élément essentiel

en l’affaire.
Cette remarque n’est pas non plus accessoire, contingente.
Vous le sentez, puisque peut–être va–t–on soulever qu’il s’agit de quelque chose d’analogue concernant la présence de l’analyste dans le Grand œuvre analytique et que c’est peut–être ça qui est cherché dans notre psychana­lyse didactique.
Et peut–être moi–même ai–je l’air de dire la même chose dans mon enseignement ces derniers temps…

et connu de tous ceux qui m’ont suivi

…que je pointais tout droit, toutes voiles dehors,

et de façon avouée vers ce point central que je mettais en question, à savoir :
quel est le désir de l’analyste ?
Que doit–il en être du désir de l’analyste

pour qu’il opère d’une façon correcte ?

Et si cette question – on peut l’admettre –

peut être laissée hors des limites du champ,

comme elle l’est en effet dans les sciences…

j’entends, les sciences modernes du type le plus dur

…où personne ne s’interroge sur ce qu’il en est

du désir du physicien.
Il faut vraiment des crises qui se posent,

comme on dit, comme pro­blèmes à l’attention humaine pour que M. OPPENHEIMER nous interroge tous sur ce qu’il en est du désir qui est au fond de la physique moderne : personne d’ailleurs n’y ferait attention,

on croit que c’est un incident politique…

Est–ce que c’est quelque chose du même ordre

que ce qui est exigé de l’adepte de l’alchimie ?
Lui [ le désir de l’analyste ] ne peut nullement être laissé en dehors de notre ques­tion pour la raison que le problème

de la formation de l’analyste le pose.

L’analyse didactique ne peut servir à rien d’autre qu’à

le mener à ce point que je désigne en mon algèbre comme « le désir de l’analyste ».
Là encore, il me faut laisser la question ouverte,

à charge pour vous de sentir ce que je vous amène

par approximations, comme celle–ci :

l’agriculture est–elle une science ?

On répondra oui, on répondra non.
Cet exemple est avancé par moi, seulement pour vous suggérer que vous faites quand même une différence entre…

  • l’agriculture définie par un objet,

  • et définie – c’est le cas de le dire – par un champ

…entre l’agriculture et l’agronomie.
Ceci me permettra de faire surgir une dimension qui est assurée…

nous sommes dans le b. a. ba, mais enfin, il faut bien y être

…c’est la mise en formules.
Est–ce que ça va nous suffire à faire le lien,

à définir les conditions d’une science ?

Je n’en crois rien.

Une fausse science commune, il est vrai, peut être mise en formules. La question n’apparaît donc pas telle­ment simple, dès lors que la psychanalyse,

comme science supposée, apparaît sous des traits qu’on peut dire problématiques. Il conviendrait

peut–être de prendre la question par d’autres bouts.


  • Que concernent les formules ?




  • Où doivent–elles porter ?




  • Qu’est–ce qui motive et module ce glissement de l’objet ?


Assurément, nous ne pouvons pas éviter la question du concept.


  • Est–ce qu’il y a des concepts analytiques d’ores et déjà formés ?




  • Est–ce que l’extraordinaire préva­lence, le maintien presque religieux des termes avancés par FREUD pour structurer l’expérience analytique,

à quoi ceci se rapporte–t–il ?


  • Est–ce qu’il s’agit d’un fait très marqué, très surprenant dans l’histoire des sciences, qui serait celui–ci : qu’il serait le premier et serait resté le seul dans l’interrogation de cette science supposée à avoir introduit des concepts, non seulement fondamentaux, mais restés isolés ?




  • Sans ce tronc, ce mât, ce pilotis, où amarrer notre pratique ?




  • Pouvons–nous dire même que ce dont il s’agit, ce que je vise, concernant FREUD, ce soit, à proprement parler, des concepts ?




  • Sont–ils des concepts en formation ?




  • Sont–ce des concepts en évolution, en mouvement, et qu’il y ait à réviser ?

Je crois que c’est là un point où nous pouvons tenir qu’une expérience est déjà faite dans une voie

qui ne peut être que de travail, que de conquête

dans le sens de résoudre la question.
Si la psychanalyse est une science, à la vérité,

si le maintien de ses concepts au centre de toute discussion théorique dans cette chaîne las­sante, fastidieuse, rebutante, et que personne ne lit hors les psychana­lystes, qui s’appelle la littérature psychanalytique,

c’est quelque chose qui nous montre en tout cas :



  • qu’on y reste très en retrait de ces concepts,

que la plupart de ceux que FREUD a avancés,

y sont faussés, adultérés, brisés,



  • que ceux qui sont trop difficiles, sont purement et simplement mis dans la poche,



  • que toute l’évolution de ce qui s’est éla­boré autour de « la frustration » est, au regard de ce

de quoi ça dérive dans les concepts freudiens, nettement en arrière, préconceptuel.
Il est tout à fait clair que personne ne se préoccupe plus, sauf de rares exceptions qui sont proprement dans mon entourage, de la structure tierce du complexe d’Œdipe,

ni du complexe de castration.
Il ne suffit nullement, pour assurer un statut théorique à la psycha­nalyse, qu’un écrivain du type FENICHEL ramène tout le matériel accu­mulé de l’expérience au niveau de la platitude

par une énumération du type grand collecteur.
Bien sûr, une certaine quantité de faits ont été rassemblés. Il n’est pas vain de les voir groupés en quelques chapitres. On peut y avoir l’impression que, dans tout un champ, tout est expli­qué à l’avance.
Or l’analyse n’est pas de retrouver dans un cas

le trait différentiel de la théorie et de croire expliquer avec « pourquoi votre fille est muette ».

Car ce dont il s’agit, c’est de la faire parler.

Or cet effet procède d’un type d’in­tervention qui n’a rien à faire avec la référence au trait différentiel.

Pour la faire parler, on se réfère à l’analyse,

à l’analyse qui consiste justement à la faire parler, de sorte qu’on pourrait définir la psychanaly­se comme consistant, au dernier terme, dans la levée du mutisme.
Et c’est bien, en effet, ce qu’on a appelé un moment l’analyse des résistances. Le symptôme c’est d’abord le mutisme dans le sujet supposé parlant. S’il parle, il est guéri, de son mutisme, évidemment !
Mais cela ne nous dit pas du tout :

  • pourquoi il a commencé de parler,

  • pourquoi il a guéri de son mutisme.

Cela nous désigne seulement un trait différentiel qui est celui…

comme il fallait s’y attendre dans le cas de la fille muette

…celui de l’hystérique.
Or ce trait différentiel est celui–ci que c’est dans ce mouvement même de parler que l’hystérique constitue son désir, de sorte qu’il n’est pas étonnant que ce soit par cette porte que FREUD soit entré dans ce qui était – en réalité – les rapports du désir au langage, à l’intérieur duquel, dans ce champ, il a découvert les mécanismes de l’inconscient.
Que ce rapport du désir au langage comme tel ne lui soit pas resté voilé est justement là un trait de son génie, mais ce n’est pas encore dire qu’il ait été pleinement élucidé même et surtout pas par la question mas­sive de transfert.
Que pour guérir l’hystérique de tous ses symptômes, la meilleure façon soit de satisfaire à son désir d’hystérique

qui est, pour nous, à nos regards, elle l’hystérique,

de poser son désir comme désir insatisfait

…lais­se entièrement hors du champ la question spécifique de ce pourquoi elle ne peut soutenir son désir que comme désir insatisfait, de sorte que l’hystérie, dirais–je, nous met sur la trace d’un certain péché originel de l’analyse.
Il faut bien qu’il y en ait un.
Le vrai n’est peut–être qu’une seule chose,

c’est le désir de FREUD lui–même, à savoir le fait que quelque chose, dans FREUD, n’a jamais été analysé.
C’est exactement là que j’en étais au moment où,

par une singulière coïncidence, j’ai été mis en position de devoir me démettre de mon sémi­naire,

car ce que j’avais à dire sur Les Noms–du–Père ne visait

à rien d’autre qu’à mettre en question l’origine,

à savoir :

par quel privilège le désir de FREUD avait pu trouver, dans le champ de l’expérience qu’il désigne comme l’inconscient, la porte d’entrée.
Remonter à cette origine est tout à fait essentiel

si nous voulons mettre l’analyse sur les pieds,

donc qu’il ne manque pas un d’entre eux.
Quoi qu’il en soit, un tel mode d’interroger le champ de l’expérience va, dans notre prochaine rencontre, être guidé par la référence suivante :

quel statut conceptuel devons–nous donner à quatre des termes intro­duits par FREUD comme concepts fondamentaux ?
Nommément :


  • l’in­conscient,

  • la répétition,

  • le transfert,

  • et la pulsion.


À considérer ces concepts…

à savoir le mode sous lequel dans mon enseignement passé, je les ai situés en relation à une fonction plus géné­rale qui les englobe et qui permet de montrer leur valeur opératoire dans ce champ, à savoir la référence au signifiant comme tel, qui est sous–jacente, implicite mais non explicite

…voilà ce qui nous fera, à notre pro­chaine rencontre, faire le pas suivant.


Je me suis promis, cette année, de mettre un terme fixe à deux heures moins vingt à mon propos.
Je le tiendrai, je pense, fidèlement.
Je me réserve, par ce mode d’interrompre mon exposé en un point fixe, de laisser ensuite, pour tous ceux qui seront en mesure de rester ici, n’ayant point à chercher tout de suite ailleurs l’accrochage à une autre occupa­tion, de me poser les questions que leur auront suggéré, ce jour–là les termes de mon exposé.

22 Janvier 1964 Table des séances

Mesdames, Messieurs, pour commencer à l’heure,

pour vous permettre aussi de prendre place, je vais commencer mon propos d’aujourd’hui par la lecture d’un poème qui, à la vérité, n’a aucun rapport

avec ce que je vous dirai, mais un cer­tain rapport…

et je crois même que certains en

retrouveront l’accent le plus profond

…avec ce que j’ai dit l’année dernière
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