Leçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier








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7,

dans mon séminaire concer­nant l’objet mystérieux,

l’objet le plus caché, celui de la pulsion scopique.

Il s’agit de ce court poème qu’à la page 70

du Fou d’Elsa, ARAGON inti­tule Contre–chant :
Vainement ton image arrive à ma rencontre

Et ne m’entre où je suis qui seulement la montre

Toi te tournant vers moi tu ne saurais trouver

Au mur de mon regard que ton ombre rêvée
Je suis ce malheureux comparable aux miroirs

Qui peuvent réfléchir mais ne peuvent pas voir

Comme eux mon oeil est vide et comme eux habité

De l’absence de toi qui fait sa cécité
Je dédie ce poème à la nostalgie que certains peuvent avoir de ce séminaire interrompu8 et de ce que

j’y développais au niveau des problèmes, spécialement l’année dernière, de l’angoisse et de la fonction de l’objet(a).
Ils saisiront, je pense, ceux–là…

je m’excuse d’être aussi

abrégé, ellip­tique, allusif

…ils saisiront la saveur du fait qu’ARAGON dans cette œuvre admirable où je suis fier de trouver l’écho

des goûts de notre génération, celle qui fait que

je suis forcé de me reporter à mes camarades du même âge que moi, pour pouvoir encore m’entendre sur ce poème d’ARAGON, qu’il fait suivre de ces lignes énigmatiques :
« Ainsi dit une fois An­–Nadjî 9comme on l’avait invité pour une circoncision ».
Point où ceux qui ont entendu mon séminaire de l’année dernière, retrouveront cette correspondance des formes diverses de l’objet(a) avec la fonction centrale et symbolique du (–ϕ) ici évoqué par cette référence singulière…

et certainement pas de hasard

…qu’ARAGON confère à la conno­tation, si je puis dire « historique » de l’émission par son personnage,

le poète fou, de ce « contre–chant ».
Il y en a ici quelques–uns – je le sais –

qui s’introduisent à mon ensei­gnement.
Ils s’y introduisent par des écrits

qui sont déjà datés.
Je vou­drais, avant d’introduire mon propos d’aujourd’hui :


  • qu’ils sachent qu’une des coordonnées indispensables pour apprécier la direction, le sens de ce premier enseignement, doit être trouvée dans ceci qu’ils ne peuvent, d’où ils sont, imaginer à quel degré, dirais–je, de mépris ou sim­plement de méconnaissance pour leur instrument peuvent arriver les praticiens…




  • qu’ils sachent que pendant quelques années,

tout mon effort a été nécessaire pour revaloriser aux yeux de ceux–ci cet instrument : la parole, pour lui redonner, si je puis dire, sa dignité et faire que, pour eux, la parole ne soit pas toujours ces mots, d’avance dévalorisés, qui les for­çaient à fixer leurs regards ailleurs pour en trouver le répondant.
C’est ainsi que j’ai pu passer…

au moins pour un temps

…pour être hanté, dans mon enseignement,

par je ne sais quelle philosophie du lan­gage…

voire heideggerienne !

…alors qu’il ne s’agissait que d’un travail propédeutique.

Ce n’est pas parce que je parle ici [ E.N.S. rue d’ Ulm ],

que je parlerai plus en philosophe, et pour m’attaquer à quelque chose d’autre qui concerne bien les psy­chanalystes, mais que je serai effectivement plus à l’aise ici pour dénom­mer : ce dont il s’agit est quelque chose que je n’appellerai pas autrement que « le refus du concept ».
C’est pourquoi…

comme je l’ai annoncé au terme de mon premier cours …c’est aux concepts freudiens majeurs, que j’ai iso­lés comme étant au nombre de quatre et tenant proprement cette fonction, que j’essaierai aujourd’hui de vous introduire.
Ces quelques mots – au tableau noir – sous le titre des concepts freudiens, ce sont les deux premiers :

  • l’inconscient et la répétition,

  • les deux autres étant le transfert et la pulsion.


J’essaierai d’avancer aussi loin que possible aujourd’hui dans la voie de vous expliquer

ce que j’entends par « fonction » de ces concepts,

nom­mément l’inconscient et la répétition.
Le transfert

je l’aborderai, j’espère la prochaine fois

…nous intro­duira directement aux algorithmes que j’ai cru devoir introduire dans la pratique, spécialement aux fins de la mise en œuvre proprement de la technique analytique comme telle.
La pulsion est d’un accès encore si difficile et à vrai dire si inabordé que je ne crois pas pouvoir faire plus cette année que d’y revenir seule­ment après

que nous aurons parlé du transfert.

Nous verrons seulement l’essence de l’analyse, et spécialement ce qu’a en elle de profondément problématique et en même temps directeur : la fonction de l’analyse didactique.
Ce n’est qu’après être passé par cet exposé que nous pour­rons, peut–être en fin d’année…

et sans, à nous–mêmes, minimiser le côté difficile, mouvant, voire scabreux de l’approche de ce concept

…aborder la pulsion.

Ceci, dirais–je, par contraste avec ceux qui peuvent s’y aven­turer au nom de références incomplètes

et fragiles.

Les deux petites flèches que vous voyez indiquent…

après l’incons­cient et la répétition 

qui sont écrits ici au tableau

…indiquent non pas ce qui est à l’autre côté de

la ligne, mais le point d’interrogation qui suit.
À savoir que la conception que nous nous faisons

du concept implique qu’il est toujours fait dans

une approche qui n’est point sans rapport avec ce que nous impose, comme forme, le calcul infinitésimal :

à savoir que si le concept se modèle d’une approche à la réalité, à une réalité qu’il est fait pour saisir, ce n’est que par un saut, un passage à la limite qu’il s’achève à se réaliser.
Que dès lors, nous considérons que nous sommes requis

en quelque sorte, que ça nous est un devoir

…de dire quelque chose de ce en quoi peut s’achever, je dirais sous forme de quantité finie, l’élaboration qui s’appelle l’incons­cient. De même pour la répétition.
Les deux termes que vous voyez inscrits sur

ce tableau au bout de la ligne concernent deux termes

de référence essentiels, eu égard à la ques­tion posée la dernière fois :
« La psychanalyse sous ses aspects paradoxaux, singuliers, aporiques,

peut–elle, parmi nous, être considérée comme constituant, à quelque degré,

une science, ou seulement un espoir de science ? »

C’est par rapport à ces deux termes : le sujet et le réel,

que nous serons amenés à donner forme à la question.

Je prends d’abord le concept de l’inconscient.

La majorité de cette assemblée se rappelle

ou a quelques notions de ce que j’ai avancé ceci :

« L’inconscient est structuré comme un langage ».
Une part peut–être moins large, mais aussi très importante de mes auditeurs ici aujourd’hui, et mon audience ordinaire, sait bien que ceci se rapporte à un certain champ, qui nous est beaucoup plus accessible, beaucoup plus ouvert, qu’au temps de FREUD.
Et que, pour l’illustrer par quelque chose qui est matérialisé assu­rément sur un plan scientifique,

je l’illustrerai par exemple par ce champ…

je ne vais pas le cerner ce champ qu’explore, structure, élabore et qui se montre déjà infiniment riche

…ce champ que Claude LÉVI–STRAUSS a épinglé du titre de Pensée sauvage10.
Avant toute expérience, toute déduction individuelle, avant même que s’y inscrivent les expériences collectives qui ne sont rapportables qu’aux besoins sociaux,

quelque chose organise ce champ, en inscrit les lignes

de force initiales, qui est cette fonction que

Claude LÉVI–STRAUSS, dans sa critique du totémisme, nous montre être sa vérité, et vérité qui en réduit l’apparence de cette fonction du totémisme,

à savoir une fonction classificatoire primaire.
Ce quelque chose qui fait qu’avant que les relations s’organisent

qui soient des relations proprement humaines

…déjà s’est organisé ce rapport d’un monde à un autre monde :



  • de certains rapports humains qui sont déterminés par une organisation,



  • aux termes de cette organisation qui sont pris dans tout ce que la nature peut offrir comme support, qui s’or­ganisent dans des thèmes d’opposition.


La nature, pour dire le mot, fournit des signifiants, et ces signifiants organisent de façon inaugurale les rapports humains, en donnent les structures et les modèlent.
L’important est ceci, c’est que nous voyons là

le niveau où, avant toute formation du sujet,

d’un sujet qui pense, qui s’y situe :


  • ça compte,

  • c’est compté,

  • et dans ce « compté », le comptant déjà y est !


Il a ensuite à s’y recon­naître,

et à s’y reconnaître comme « comptant ».
Disons que l’achoppement naïf où le mesureur11

de niveau mental s’esbaudit de saisir le petit homme, quand il lui propose l’interrogation :
« J’ai trois frères, Paul, Ernest et moi, qu’est–ce que tu penses de ça ? »
Le petit n’en pense rien pour la bonne raison,

c’est que c’est tout naturel ! D’abord sont comptés les trois frères Paul, Ernest et moi, et tel je suis moi, au niveau de ce qu’on avance que j’ai à réfléchir : ce moi… c’est moi, et que c’est moi qui compte.
C’est de cette structure, affirmée comme initiale de l’inconscient…

aux temps historiques où nous sommes de formation d’une science, d’une science qu’on peut qualifier d’humaine, mais qu’il faut bien distinguer

de toute psychosociologie, d’une science dont

le modèle est le jeu combi­natoire

…que la linguistique nous permet de saisir

dans un certain champ…

opérant dans sa spontanéité et

tout seul, d’une façon présubjective

…c’est ce champ–là qui donne, de nos jours, son statut à l’inconscient.

C’est celui–là, en tout cas, qui nous assure

qu’il y a quelque chose de quali­fiable sous ce terme qui est assurément accessible, d’une façon tout à fait objectivable.
Mais est–ce à dire que :

  • quand j’invoque les psychanalystes,

  • quand je les induis,

  • quand je les incite à ne point ignorer ce terrain, ce champ qui est le leur, qui leur donne un solide appui pour leur élaboration,

…est–ce à dire que je pense, à proprement parler, tenir les concepts introduits his­toriquement

par FREUD sous le terme d’inconscient ?
Eh bien non ! Je ne le pense pas.

L’inconscient, concept freudien, est autre chose que je voudrais essayer de vous faire saisir aujourd’hui.
Il ne suffit pas de dire que l’inconscient est un concept dynamique, puisque c’est substituer l’ordre de mystère le plus courant à un mystère particulier : la force, ça sert en général à désigner un lieu d’opacité.
Je voudrais introduire ce que je veux vous dire aujourd’hui, en me référant à la fonction de la cause.
Je sais bien que j’entre là sur un terrain qui,

du point de vue de la critique philosophique,

disons, n’est pas sans évoquer un monde de références.
Assez pour me faire hésiter dans ces références :

nous en serons quittes pour choisir.
Il y a au moins une partie de mon auditoire qui restera plutôt sur sa faim, si simplement j’indique qu’autour des années 1760 – voire 63 – dans

l’Essai sur les grandeurs négatives de KANT12, là nous pouvons saisir combien est serrée de près sinon la crise, voire

la béance que, depuis toujours, offre la fonction de la cause pour toute saisie conceptuelle.

Quand dans cet Essai dont je parle, il est à peu près dit :



  • que c’est un concept, en fin de compte, inanalysable, qu’il est impossible de comprendre par la raison, si tant est que la règle de la raison, Vernunftregel, c’est toujours quelque comparaison, Vergleichung,

ou équivalent


  • qu’essentiellement reste dans la fonction de la cause,

une certaine béance, terme qui est employé dans Les Prolégomènes13 du même auteur.
Et aussi bien je n’irai pas non plus à faire remarquer que c’est depuis toujours ce problème de la cause qui est l’embarras des philosophes, que ce n’est même pas simple, si simple à voir s’équilibrer dans ARISTOTE, ses quatre causes.
Mais je ne suis pas ici philosophant et ne prétends m’ac­quitter d’aucune aussi lourde charge

avec ces références que pour rendre sensible

simplement ce que veut dire ce sur quoi j’insiste.
Je dirai que la cause…

toute modalité que KANT finalement l’inscrive dans les catégories de la raison pure – ou plus exactement qu’il y inscrit au registre, au tableau des relations entre l’inhérent et la communauté

…que la cause n’est pas pour autant, pour nous, plus rationalisée.
Elle se distingue de ce qu’il y a de déterminant dans une chaîne, autrement dit de la loi.
Pour l’exemplifier, je dirais :

pensez à ce qui s’image dans la fonction

de l’action et de la réaction.
Il n’y a, si vous voulez, qu’un seul tenant.

L’un ne va pas sans l’autre.
Un corps qui s’écrase au sol, sa masse n’est pas

la cause de ce qu’il reçoit en retour de sa force vive. Sa masse est intégrée à cette force qui lui revient pour dis­soudre sa cohérence par un effet de retour. Ici pas de béance, si ce n’est à la fin.
Chaque fois que nous parlons de cause, il y a toujours, dans ce terme, quelque chose d’anticonceptuel, d’indéfini.

« Les phases de la lune sont la cause des marées » :
ça, c’est vivant, nous savons à ce moment–là que le mot « cause » est bien employé.
« Les miasmes sont la cause de la fièvre » :
ça ne veut rien dire.
Là, en somme, il y a un trou et quelque chose qui vient osciller dans l’intervalle. Il n’y a de cause que de ce qui cloche. Entre la cause et ce qu’elle affecte, il y a toujours

la clocherie.

[ Schéma du séminaire : L’Objet… séance du 01–06.]
Eh bien l’inconscient freudien, c’est à ce point…

que j’essaie de vous faire viser par approximation

…qu’il se situe. L’important n’est pas que l’inconscient détermine la névrose.
Là–dessus FREUD a très volontiers le geste pilatique de se laver les mains :

un jour ou l’autre, on trouvera peut–être quelque chose, des déterminants humoraux, peu importe.

Ça lui est égal.

Mais l’inconscient, justement, nous désigne cet ordre de béance où j’essayais de vous rappeler la dimension essentielle de cette notion de cause.
L’inconscient nous montre la béance par où, en somme, la névro­se se raccorde à un réel qui peut bien, lui, n’être pas déterminé.
Dans cette béance, il apparaît, il se passe quelque chose. Cette béance une fois bouchée,

la névrose est–elle guérie ?
Vous savez qu’après tout, la question est toujours ouverte. Seulement elle devient autre, parfois simple infirmité, cicatrice comme dit FREUD ailleurs, non pas cicatrice de la névrose, mais de cet inconscient.
Comme vous le voyez, cette topologie, je ne vous la ménage pas très savamment, parce que je n’ai pas le temps.
Je saute dedans et ce que je désigne là en ces termes, je crois que vous pourrez vous sentir, vous en sentir guidés quand vous irez au texte de FREUD.
Et quand vous voyez d’où il part :

proprement de l’étiologie des névroses.

Et qu’est–ce qu’il trouve dans ce trou, dans cette fente, dans cette béance caractéristique de la cause ?
Essayons de l’épeler.
Ce qu’il trouve c’est quelque chose de l’ordre du

non réalisé. On parle de refus. C’est aller trop vite

en matiè­re, depuis quelque temps, quand on parle

de « refus », on ne sait plus ce qu’on dit.

L’inconscient, d’abord, se manifeste à nous comme quelque chose qui se tient en attente dans l’aire, dirais–je du « non–né ».
Que le refoulement y déverse quelque chose,

ça n’est pas étonnant, c’est le rap­port aux limbes

de la faiseuse d’anges. Cette dimension est à évoquer dans ce registre qui n’est ni d’irréel ni de dé–réel : de non–réalisé.

Ce n’est jamais sans danger, après tout, qu’on fait remuer quelque chose dans cette zone des larves,

et peut–être, après tout, est–il de la position

de l’analyste, s’il y est vraiment, de devoir être assiégé – je veux dire : réellement – par ceux chez qui il a évoqué ce monde des larves sans avoir pu toujours les mener jusqu’au jour.
Tout discours, là bien sûr, n’est pas inoffensif,

et le discours même que je tiens…

que j’ai pu, dans ces dix dernières années, tenir

…trouve certains de ces effets, de ces retours,

à cette direction qu’ici je désigne comme l’explication de ces retours.
Ce n’est pas en vain que, même dans un discours public, on vise les sujets et qu’on les touche

à ce que FREUD appelle le nombril, nombril des rêves, écrit–il pour en désigner au dernier terme le centre d’inconnu,

dit–il, mais qui n’est point autre chose…

comme l’image anatomique dont il s’agit,

et s’avère être la meilleure à le représenter

…que cette béance dont nous parlons.
Danger du discours public pour autant qu’il s’adresse justement au plus proche. NIETZSCHE le savait

qu’un certain type de discours ne peut s’adresser qu’au plus lointain.
C’est qu’à vrai dire, cette dimension dont je parle, de l’inconscient, tout cela c’était oublié,

comme FREUD l’avait parfaitement bien prévu. L’inconscient s’était refermé sur son message grâce au soin de ces actifs orthopédeutes que sont devenus

les analystes de la seconde ou de la troi­sième génération, qui se sont employés

en psychologisant la théorie analytique

…à suturer cette béance.
Croyez bien d’ailleurs, que moi–même je ne la rouvre jamais qu’avec précaution. J’ai mieux à faire puisque, dans le domaine de la cause, je suis, à ma date, à mon époque, en position d’introduire la loi, la loi du signifiant où cette béance se produit.

Mais il n’en reste pas moins qu’il nous faut…

si nous voulons com­prendre ce dont

il s’agit dans la psychanalyse

…revenir à évoquer ce concept dans les temps où FREUD a procédé pour le forger, puisque nous ne pouvons l’achever qu’à l’y porter à sa limite.
Je vous passe les consi­dérations ordinaires

où l’inconscient freudien fournit un paragraphe

parmi les autres inconscients.
Il n’a rien à faire avec les formes dites de l’inconscient qui l’ont précédé, voire accompagné, voire qui l’entourent encore.
Ouvrez, pour voir ce que je viens de dire,

le dictionnaire LALANDE. Lisez sa très jolie énumération qu’a faite DWELSHAUVERS
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