Leçon 1 15 janvier 1964 Leçon 2 22 janvier








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23pourra–t–il un jour être allégé ? »
En face de sa certitude, il y a le sujet

dont je vous ai dit tout à l’heure qu’il attend là depuis quelque temps, depuis DESCARTES.
C’est–à–dire que j’ose énoncer comme une vérité…

qui, je pense, ne hérissera

les poils de personne

…que la découverte de l’inconscient…

le champ freudien

…n’était pas possible, sinon un certain temps

après l’émergence du sujet cartésien.
En ceci…

qui est supposé acquis dans mon discours…

non démontré bien sûr, mais c’est là un champ qui n’est pas le mien, qui est à d’autres

…assez largement admis quand même dans le domaine de l’histoire des sciences pour que nous puissions le tenir pour acquis

…que la science moderne ne commence qu’après que DESCARTES ait fait son pas inaugural.
Seulement c’est ça d’où dépend que l’on puisse appeler le sujet à ren­trer chez soi dans l’inconscient : Il est quand même important de savoir qui on appelle.
Ça n’est pas l’« âme » de toujours…

ni mortelle ni immortelle, ni ombre ni double, ni fantôme, ni même psychosphère prétendue carapace, lieu des défenses et autres schématismes

…qu’il importe juste­ment de mettre en cette occasion à leur place.
D’abord, initialement, c’est le sujet qui est appelé, il n’y a donc que lui qui peut y être élu.

Il y aura peut–être – comme dans la parabole –

« beaucoup d’appelés mais peu d’élus » mais il n’y en aura sûrement pas d’autres que ceux qui sont appelés…
Il faut…

pour situer, pour comprendre, les concepts freudiens

…partir de ce fondement :

que c’est le sujet qui est appelé [ Wo es war, soll ich werden ].
Le sujet tel que je viens de le définir, de le pointer de l’origine cartésienne , il n’est pas dans ces foules qu’on ramenait sans discrimination, tout ce qui s’est au cours d’expériences non seulement séculaires, mais d’expériences toujours les mêmes.
Les Dieux dont nous parlions tout à l’heure, simplement ils savent dans les petits rôles – dans ces foules – qu’on les ramenait en contrebande.
Il faut faire ce qu’on fait en le sachant et en le disant, c’est l’essentiel de la démarche scientifique.

Alors, comme il s’agit du sujet, ceci donne sa vraie fonction à ce qu’on appelle, dans l’analyse,

la remémoration : la remémoration n’est pas la

« réminiscence » platonicienne, ce n’est pas le retour d’une forme, d’une empreinte, d’un εἵδος [ eidos ] de beauté et de bien qui nous vient de l’au–delà, d’un Vrai suprême.
C’est quelque chose qui nous vient des nécessités structurantes, de quelque chose d’humble, né au niveau des plus basses rencontres, et de toute la cohue parlante qui nous précède, de la structure du signifiant, d’un langage et de langues parlées de façon balbutiante, trébuchante, mais qui ne peuvent échapper à un type de nécessité, dont les échos, le modèle, dont le style est curieusement à retrouver dans

les élaborations mises à la place de cette réfection tendant à éliminer toute intuition, sur lesquelles

se resituent de nos jours les mathématiques.
Alors, vous l’avez vu, avec la notion du recoupement, la fonction du retour, Wiederkehr est essentielle. Ce n’est pas seulement Wiederkehr dans un sens de « ce qui a été refoulé ». D’ailleurs la constitution même du champ de l’inconscient s’assure de ce Wiederkehr, c’est là que FREUD assure sa certitude.
Mais il est bien évident alors, comme d’ailleurs c’est également visible dans le texte, que si c’est

qu’il l’assure, ce n’est pas de là qu’elle lui vient, mais de ce qu’il y reconnaît…

et là j’interpelle celui qui, après mon premier séminaire, m’a posé la question de mon hésitation devant ce qu’il appelait – ce qui le déroutait – dans ce qu’il lui semblait y avoir de « psychologisme » dans mon discours

…je parlais du discours de FREUD : qu’il touche ici du doigt qu’à ce niveau, pour pouvoir se mettre en corrélation, en balance avec cette certitude où il progresse dans le sujet, ce qui est en relation :



  • c’est qu’il y reconnaît la loi de son désir, à lui FREUD,



  • c’est qu’il n’aurait su avancer avec ce pari de certitude s’il n’y avait été guidé, comme les textes nous l’attestent, par son auto–analyse.


Et qu’est–ce que c’est que son auto–analyse,

sinon le repérage génial, le premier repérage

de la loi du désir suspendue au Nom–du–Père ?
La certitude de ce sujet…

supportée par l’acte de la découverte du sujet

…FREUD s’y avance, lui, soutenu par un certain rapport à son désir et par ce qui est son acte,

à savoir la constitution de la psychanalyse.
Je ne m’étendrai pas plus, encore que j’hésite toujours à quitter ce ter­rain où il faudrait que j’insiste pour vous montrer qu’il n’y a pas moyen d’échapper à cette conception que la notion de FREUD de l’hallucination…

processus d’investissement régressif

sur la perception initiale

…implique par là que le sujet y doit être complètement subverti.
Ce qu’il n’est en effet que dans des moments extrêmement fugaces, mais ce qui laisse entièrement ouverte la question des rapports avec la véritable hal­lucination. À savoir qu’il ne se reconnaît pas comme subverti, mais il y a un temps, un moment,

un mode sous lequel FREUD conçoit comme suffisant, comme possible…

et sans doute n’est–ce là après tout qu’un épinglage mythique

…qu’il n’est pas sûr qu’on puisse purement et simplement par­ler du désir, de la psychose hallucinatoire et du confusionnel

comme il le dit en le brossant trop rapidement

…comme la manifestation de la régression imperceptible du désir arrêté.
Mais qu’il puisse le concevoir montre bien à quel point il identifie le sujet à ce qui est originellement subverti par le système du signifiant.
Laissons donc ce temps de l’inconscient et si peu que nous le puis­sions aujourd’hui, avançons–nous dans ce qui est écrit au tableau, à savoir ce vers quoi il faut que je m’avance, vers la question de ce que c’est

que la répétition. Cela vaudra plus d’un de nos entretiens.
Ce que j’ai à vous dire y est si nouveau…

encore qu’évidemment, aussi assuré depuis l’origine de ce que j’ai articulé du signifiant

…que j’ai cru devoir dès aujourd’hui…

sans rien garder de mes cartes dans mes manchettes

…vous dire comment j’entends pour vous la situer, cette fonction de la répéti­tion. Cette fonction de la répéti­tion n’a rien à faire avec ce caractère ouvert ou fermé des circuits

que j’ai appelé tout à l’heure Wiederkehr.
Ma thèse, pour être clair et savoir où je vous mène…

que vous sachiez où je vous mène

…est que cette répéti­tion sous le terme où FREUD,

je ne dis pas l’introduit pour la première fois,

mais pour la première fois l’articule dans l’article de 1914 : Erinnern, Wiederholen, Durcharbeiten24

qui est bien l’article sur lequel s’est fondée dans l’analyse la plus grande stupidité

…pour aller aboutir au chapitre V de Jenseits des Lustprinzips25.

Tâchez de le lire dans une autre langue que le français.

Vous l’avez lu – j’espère – déjà, mais je vous prie

de le relire, ce chapitre V, ligne à ligne.
Et pour ceux qui ne savent pas l’allemand,

de le lire dans la traduction anglaise où vous aurez…

ceci soit dit en passant

…bien à vous amuser, car vous y verrez par exemple que le maintien de la traduction de « instinct » pour Trieb et de « instinctual » pour Triebhaft a de tels inconvé­nients pour le traducteur, qu’alors que cette traduction est maintenue de façon uniforme et sans exception…

ce qui institue cette édition toute entière sur le plan du contresens absolu, il n’y a rien de commun entre le Trieb et l’instinct tout simplement

…que là, le discord apparaît si impos­sible

qu’on ne peut même pas mener la phrase jusqu’au bout en tradui­sant Triebhaft par « instinctual ».
Il faut une note écrite :

« Triebhaft : At the beginning of the next paragraph, the word Triebhaft is Much more revealing of the urgency than the word instinctual. »
Le Trieb vous pousse plus au cul mes petits amis,

c’est toute la différence avec l’instinct soi–disant !

Voici comment se transmet l’enseignement psychanalytique !
Voyons comment ce Wiederholen s’introduit.
C’est que le Wieder­holen a rapport avec le Erinnerung,

la « remémoration ». Le sujet chez soi, la remémorialisation

de la biographie, tout ça, ça marche jusqu’à

une certaine limite qui s’appelle le réel.
Si je voulais forger devant vous une formule spinozienne concernant ce dont il s’agit, je dirais :
Cogitatio adaequata semper vitat eamdem rem.

J’ai dit :

qu’une pensée adéquate en tant que pensée - au niveau où nous sommes -

évite toujours - s’écarte, fût–ce pour se retrouver après en tout - la même chose.
Le réel dans ce texte étant ce qui a nécessité

en son temps de ma part, la formule…

qui par ailleurs n’est pas trop contredite

par l’his­toire de la pensée des hommes

…que « c’est ce qui revient toujours à la même place », à la même place où le sujet en tant qu’il cogite, où le sujet en tant que rêve cogitant, ne le rencontre pas.
Toute l’histoire de la découverte de la répétition comme fonction dans la pensée de FREUD explique ce motif de structure et ne se définit qu’à pointer ainsi le rapport.
Ce fut du beau au début…

parce qu’on avait affaire à des hystériques

…que le processus de la remémoration ! Comme elle était convaincante chez les premières hystériques traitées !
C’est pourquoi fut ponctué en passant…

les deux fois précédentes

…que ce dont il s’agit dans cette remémoration, on ne pouvait pas le savoir au départ : que le désir de l’hystérique c’était le désir du père à soutenir dans son statut.
Rien d’étonnant que, pour celui qui prend sa place, on se remémore les choses jusqu’à la lie.
Qu’à cette occasion, je vous indique la différence qu’il y a :…

et dans les textes de FREUD

jamais d’oscillation sur ce point

…« répétition » n’est pas « reproduction », Wiederholen n’est pas Reproduzieren.

Reproduire, c’est ce qu’on croyait pouvoir faire au début, au temps des grands espoirs de la catharsis.

On avait la scène primitive en repro­duction comme on a aujourd’hui les tableaux de maître pour 9,50 Francs.
Seulement ce que FREUD nous indique quand il fait

ses pas suivants…

et il ne met pas longtemps à les faire

…c’est que nulle [ scène primitive ? ] ne peut être saisie,

ni détruite, ni brûlée, sinon de façon, comme on dit, symbolique : in effigie, in absentia.
La répétition d’abord apparaît sous cette forme qui n’est pas claire, qui ne va pas de soi, qui ne va pas nous permettre tout de suite de nous asseoir :

c’est une reproduction, c’est une présentification,

en acte et voilà pourquoi j’ai mis « L’acte ? »,

avec un grand point d’interrogation dans le bas de

ce tableau pour vous indiquer que cet acte restera…

tant que nous parlerons des rapports

de la répétition avec le réel

…à notre horizon.

Pour la bonne raison que, que ce soit chez FREUD

ou chez ses épi­gones, eh bien c’est assez curieux qu’on n’ait jamais même tenté de se remémorer.
Ce qui est pourtant à la portée de tout le monde concernant l’acte — ajoutons « humain » si vous voulez, puisqu’à notre connaissan­ce,

il n’y a d’acte que d’homme.
Et il s’agirait de comprendre pourquoi un acte

n’est pas une conduite, n’est pas un comportement.
Et de nous fixer les yeux par exemple,

quitte à y revenir, sur ceci : c’est un acte…

qui lui est sans ambiguïté

…un acte : qu’on ne peut par exemple s’ouvrir le ventre

que dans certaines conditions. Qu’on appelle ça :

腹切り[ hara–kiri ]

ou

切腹[ seppuku ]26,

ils font ça parce qu’ils croient que ça va bien embêter les autres, que dans la structure

c’est un acte en l’honneur de quelque chose.
Attendons, ne nous pressons pas, avant de savoir et repérons ceci qu’un acte, un vrai acte, ça a toujours une part de structure de concer­né, un réel qui n’y est pas pris d’évidence.
Wiederholen [ répéter ], rien n’a plus fait énigme…

et spécialement concernant cette bipartition

si structurante de toute la psychologie (si je dis psychologie freudienne)du Principe du plaisir au Principe de réalité

…rien n’a plus fait énigme, que ce Wiederholen,

et tout près, aux dires des étymologistes les plus mesurés, et tout près du « haler »…

comme on fait sur les chemins de hala­ge

…tout près du « haler » du sujet qui tire toujours son truc autour d’un certain che­min d’où il ne peut pas sortir.

Et pourquoi d’abord la répétition nous serait–elle apparue au niveau de ce qu’on appelle « névrose traumatique » dans quelque chose qui se caractérise – et ici FREUD, contrairement à tous les neurophysiologues et pathologues et autres, a bien marqué que si cela fait problème que le sujet reproduise en rêve le souvenir par exemple du bombardement intensif d’où part sa névrose, ça semble à l’état de veille ne lui faire ni chaud ni froid !
Quelle est cette fonction de la répétition traumatique si rien…

bien loin de là !

…ne peut sembler la justifier du point de vue

du Principe du plaisir ?
Maîtriser l’événement douloureux ?

Qui maîtrise ?

Où est ici le maître à maîtriser ?
Pourquoi parler si vite quand précisément

nous ne savons où situer l’instance qui se livrerait à cette occasion de maîtriser ?
Que FREUD…

au terme de la série d’écrits dont je vous ai donné ici les deux essentiels, à savoir dans

le dernier

…nous indique que nous ne pouvons ici concevoir ce qui se passe au niveau des rêves de la névrose traumatique, qu’au niveau du fonctionnement le plus primitif, celui où il s’agit d’obtenir la liaison de l’énergie ?
Alors ne présumons pas d’avance qu’il s’agit là d’un écart quelconque ou d’une répartition de fonctions telles que celles que nous pouvons trouver,

à un niveau d’abord infiniment plus élaboré du réel, quand nous voyons alors que le sujet, en effet,

ne peut s’en approcher qu’à se divi­ser lui–même en

un certain nombre d’instances, qui nous permettraient d’en dire ce qu’on dit du royaume divisé,

c’est à savoir que toute unité du psychisme…

prétendu psychisme « totalisant », « synthétisant » (s’entend : vers la conscience)

…que toute cette conception du psychisme y périt.

Enfin, que voyons–nous dans ces premiers temps

de l’expérience où la remémoration peu à peu se substitue à elle–même et, approchant toujours plus d’une sorte de focus, du centre où tout événement paraî­trait devoir se livrer :

précisément à ce moment se manifeste ce que j’appellerai aussi…

entre guillemets, car il faut changer aussi

le sens des trois mots de ce que je vais dire, il faut le changer complètement pour lui donner sa portée

…« la résistance du sujet » et qui devient, à ce moment–là, répétition en acte.
C’est par ce que j’articulerai la prochaine fois,

que je réserve de vous montrer comment nous trouvons, à nous approprier à ce propos les admirables quatrième

et cinquième chapitres du livre de la Physique d’ARISTOTE,

en tant qu’il tourne et manipule les deux termes absolument résistants à sa théorie, pourtant la plus élaborée qui ait jamais été faite de la fonction de la cause, à savoir

ce qu’on traduit improprement, respec­tivement par

le « hasard » et la « fortune », l’αύτόματον [ automaton ], dit­–il…
Et nous qui savons ce que c’est, de nos jours,

au point où nous en sommes de la mathématique moderne, des machines, à savoir précisé­ment : ce réseau de signifiants, nous y sommes là chez nous.
Il s’agit, vous le verrez, de voir le rapport…

complètement à réviser et à définir autrement

que ne le fait ARISTOTE qui pourtant en parle admirablement

…entre :


  • l’αύτόματον [ automaton ],




  • et ce qu’il désigne comme la fortune : la τύχη [ tuché ], à définir justement comme rencontre du réel.



12 février 1964 Table des séances

Je vais poursuivre aujourd’hui, si je le peux, l’énoncé de ce qui regar­de le concept de répétition, tel qu’il est pour nous présentifié par l’indi­cation de FREUD et par l’expérience de la psychanalyse.
Ce que j’entends accentuer, c’est que la psychanalyse,

au premier abord bien faite pour nous diriger

vers un idéalisme

et Dieu sait que c’est ce qu’on lui a reproché :

de « réduire l’expérience », disent cer­tains qui nous sollicitent de trouver dans les durs appuis du conflit, de la lutte, voire de « l’exploitation de l’homme par l’homme », les raisons de nos déficiences

…que l’expérience soit par elle, dirigée vers je ne sais quelle ontologie de « tendances » toutes primitives, toutes internes, toutes données déjà par la condition du sujet.
Il suffit de nous reporter, depuis ses premiers pas, au tracé de cette expérience pour voir qu’au contraire, rien en elle qui nous permette de nous résoudre à l’aphorisme qui s’exprimerait comme « La vie est un songe » !
Rien n’est plus centré, orienté vers ce qui,

au cœur de notre expérience, est le noyau du réel.
Où, ce réel, le rencontrons–nous ?
C’est bien en effet de la structure de cette rencontre,

de la fonction nodale, de la fonction répétitive d’une rencontre essentielle

d’un rendez–vous auquel nous sommes toujours appelés avec un réel qui se dérobe

…qu’il s’agit dans tout ce que la psy­chanalyse a découvert.
Et c’est pour cela que j’ai mis au tableau ces quelques mots qui sont pour nous aujourd’hui repère de ce que nous voulons avancer.
À savoir d’abord la τύχη [ tuché ] que nous avons empruntée…

je vous l’ai dit la dernière fois

…au vocabulaire d’ARISTOTE en quête de sa recherche de la cause :

  • le réel au–delà de l’αύτόματον [ automaton ], du retour, de la revenue, de l’in­sistance des signes,

  • ce à quoi nous nous voyons commandés par le principe du plaisir,

…c’est cela qui gît toujours derrière et dont il est si évident, dans toute la recherche de FREUD, que c’est là

ce qui est son souci.
Rappelez–vous le développement de L’homme aux loups,

si central pour nous, pour comprendre ce qui est

la véritable préoccupation de FREUD à mesure et dans la mesure même où se révèle plus pour lui la fonction du fantasme : il poursuit, il s’attache…

et sur un mode presque angoissé

…à en inter­roger quel est ce réel, quelle est cette rencontre première que nous pou­vons assurer, affirmer, derrière le fantasme.
Ce réel, nous sentons qu’à travers toute cette observation, il a…

entraînant avec lui le sujet, et le pres­sant …tellement dirigé sa recherche qu’après tout nous pouvons aujour­d’hui nous demander si cette pression, si cette présence, si ce désir, de FREUD dans l’analyse de L’homme aux loups n’est pas ce qui chez lui

a pu conditionner l’accident tardif de sa psychose.
Ainsi donc…

nous l’avons dit la dernière fois

il n’y a pas lieu de confondre ni retour des signes, ni reproduction

modulation par la conduite de quelque chose qui, en quelque sorte, ne serait qu’une remé­moration agie

…il ne s’agit pas de confondre cela avec ce dont il s’agit au fond, dans la répétition.
Quelque chose nous est toujours volé de sa véritable fonction, de sa véritable nature – dans l’analyse – par quelque chose dont il faut bien dire que c’est une faiblesse dans la conceptuali­sation qu’ont donné les analystes, du transfert, l’identifiant, en quelque sorte, à la répétition.
Or, c’est bien là le point où il y a lieu de porter la distinction. La relation au réel dont il s’agit dans le transfert a été exprimée par FREUD en ceci, dit–il, que :
« Rien ne peut être appréhendé in effigie, in absentia ».
Et pourtant le transfert ne nous est–il pas donné comme effigie et relation à l’absence ?
Cette ambiguïté de la réalité en cause dans le transfert,

nous ne pourrons arriver à la démêler qu’à partir d’une saisie de ce dont il s’agit dans la fonction

du réel concernant la répétition.
Ce qui se répète…

en effet toute l’expérience

de l’analyse nous le montre

…c’est toujours quelque chose dont le rapport à la τύχη [ tuché ] nous est suffisamment désigné par l’expression qui image le mieux…

  • ce devant quoi, à tout instant, nous nous trouvons arrêtés,

  • ce qui nous retient, et d’où que cela vienne en apparence dans l’expérience, pas seulement de l’intérieur mais aussi de l’extérieur

…ce qui se produit « comme par hasard ».
À quoi nous ne nous laissons…

par principe si je puis dire

…nous analystes, jamais duper.
Tout au moins que nous marquons toujours du pointage de ceci : qu’il ne faut pas nous y laisser prendre quand le sujet nous dit qu’il est arrivé quelque chose qui, ce jour–là, l’a empêché de réa­liser

sa volonté, soit de venir à la séance.
Ceci nous indique qu’il n’y a pas à prendre

les choses au pied de la déclaration du sujet,

que ce dont il s’agit, ce à quoi précisément nous avons affaire, c’est à cet achoppement, à cet accroc dont la présence, dont la formule…

vous le verrez, j’y revien­drai à tous les étages, non seulement les « défauts » de notre expérience, mais la structure même que nous donnons à la formation du sujet

…nous la retrouverons à chaque instant comme étant

le mode – le mode d’ap­préhension par excellence –

de ce qui, pour nous, commande cette sorte de déchiffrage nouveau que nous avons donné des rapports du sujet

à tout ce qui fait sa condition.
De cette fonction de la τύχη [ tuché ]

du réel comme rencontre, de la rencontre en tant qu’elle peut être manquée, qu’essentiellement elle serait

« présence » comme « rencontre manquée »

…voilà ce qui d’abord s’est présenté dans l’histoire de la psychanalyse sous la forme première…

qui, à elle toute seule, suffit déjà à faire naître notre attention

…celle du traumatisme.
Est–ce qu’il n’est pas remarquable que, à l’origine…

l’accès qui a été le nôtre au début de l’expérience analytique

…le réel se soit présenté sous la forme de ce qu’il y a en lui d’inassimilable, sous la forme du trauma, déterminant toute sa suite comme quelque chose imposant au dévelop­pement une origine en apparence accidentelle ?
Par là nous nous trouvons au cœur de ce qui peut nous permettre de comprendre le caractère radical, essentiel, de la notion conflictuelle qui est introduite par l’opposition du principe du plaisir au principe de réa­lité.

Ce qui fait que le principe de réalité ne saurait être…

par le progrès de son ascendant

…aucunement conçu comme donnant le dernier mot, enveloppant dans sa « solution » la direction indiquée par la fonction du principe du plaisir.
Car, si le trauma est conçu comme devant être tamponné par l’ho­méostase subjectivante qui oriente tout le fonctionnement défini comme principe du plaisir, il ressort que ce que notre expérience nous pose alors comme problème, c’est justement que c’est en son sein…

au sein des processus primaires

…que nous voyons conservée l’insistance à se rappe­ler à nous

dans les formes motivées par le principe du plaisir

…de ce trauma, qui y reparaît et reparaîtrait souvent

à figure dévoilée, et qui nous pose la question : comment, si le rêve est défini comme manifestant le vœu – le Wunschporteur du désir du sujet, si ce rêve est ainsi défini, comment peut–il produire ce qui

si souvent se présente comme faisant resurgir

– et à répétition – sinon la figure du moins l’écran derrière lequel s’indique encore le trauma ?
Ainsi le système de la « réalité », si long qu’il se développe, laisse en quelque sorte prisonnière

une partie essentielle de ce qui est bel et bien pourtant à rapporter au réel, partie essentielle

comme prisonnière des rets du processus primaire.
C’est ceci que nous avons à sonder, cette « réalité »

si l’on peut dire, qui représente pour nous – sous une forme majeure – cette présence supposée exigible pour que le développement, l’enchaînement, le déboîtement, si l’on peut dire, de la théorie la plus récente de l’analyse

celle qu’une Mélanie KLEIN par exemple nous

repré­sente comme donnant le mouvement du développement

…ne soit pas réductible à ce que j’ai appelé

tout à l’heure « La vie est un songe ».
Il n’y a pas d’autre « sens du sens » concevable dans ce registre que l’exigence de ces points particuliers, en quelque sorte radicaux dans le réel, que j’appelle

la « rencontre » et qui nous font concevoir la réalité comme unterlegt, untertragen, ou si vous voulez ce qui

en français se traduirait par le mot même…

en sa superbe ambiguïté dans la langue fran­çaise

…de « souffrance ». La réalité est « en souffrance »

se présentant pour nous en quelque sorte comme

ce qui est « là, qui attend ».
Et ce Zwang, cette contrainte à quoi nous sommes obligés, dit FREUD, qu’il définit par la Wiederholung [ répétition ],

ce quelque chose par où toujours nous ne pouvons que cerner ce point central où elle commande le détour même du processus primaire.
Ce processus primaire, qui n’est autre que ce que j’ai essayé pour vous de définir dans les dernières leçons sous la forme de « l’inconscient »,

il nous faut bien une fois de plus le saisir

dans son expérience de rupture « entre perception et conscience »,

vous ai–je dit, dans ce lieu, ce lieu intem­porel et qui force à ce que FREUD appelle « FECHNER’s
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