Résumées et commentées








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André Durand présente
John STEINBECK
(Etats-Unis)
(1902-1968)

Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres qui sont pour la plupart (surtout ‘’Des souris et des hommes’’ et ‘’Les raisins de la colère’’)

résumées et commentées.
Bonne lecture !
C'est à Salinas, au cœur du comté de Monterey, en Californie, lieu où il situa plusieurs de ses romans, que vint s'installer la famille Steinbeck, originaire d'Allemagne et d'Irlande, donc typiquement américaine, laborieuse et provinciale, et qu’il est né le 27 février 1902. Le père, John senior, fut trésorier du comté pendant de longues années, la mère, Olive, institutrice. Il avait trois sœurs : Elizabeth (1894-1992), Esther (1892-1986) et Mary (1905-1965).

Il grandit dans cette région de contrastes où des montagnes escarpées surplombent une côte dont les étés connaissent la douceur des rivages méditerranéens, où les automnes s'embuent d'une humidité moite. Sur cette côte, les pêcheurs mènent une existence précaire. Dans l'arrière-pays, que le printemps submerge de fleurs et que dessèche l'été, fermiers et journaliers livraient un combat quotidien pour faire fructifier une terre ingrate. L’enfance de Steinbeck, qui fut marquée par les travaux agricoles, lui a fourni une ample moisson de sensations et d'idées qui devinrent la matière première de plusieurs de ses livres.

Après avoir terminé ses études secondaires à Salinas, il s'inscrivit, en 1919, à l'université de Stanford ; il y suivit très irrégulièrement des cours de sciences naturelles, de biologie en particulier. Il abandonna ses études sans avoir obtenu de diplôme. Et son tempérament le poussa à se lancer dans une vie plus active, plus mouvementée : les «ranches» de Salinas l'intéressèrent d’abord plus que les salles de cours. Puis, en 1925, il partit pour New York via Panama où il exerça diverses activités mal rémunérées : échouant dans le métier de reporter au ‘’New York American’’, il devint apprenti peintre, maçon, chimiste, et finit, en 1926, par rentrer en Californie où il fut surveillant de plantation et collecteur de fruits.

Cependant, l'amour de la lecture l'amena à l'écriture, mais il se tint loin des coteries littéraires, préférant partager le sort des travailleurs manuels :

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Cup of gold : a life of Sir Henry Morgan, buccaneer, with occasional reference to history”

(1929)

La coupe d'or”
Roman
On suit la vie d’Henry Morgan, son enfance galloise, son apprentissage de la mer, sa captivité, ses exploits de boucanier et, plus particulièrement, la prise de Panama, son amitié pour Cœur-de-Gris, sa vieillesse honorée et sa mort solitaire. Au cours de cette vie mouvementée, il a poursuivi le rêve de la femme idéale qui a nom tour à tour Élisabeth puis la «Sainte rouge», avant de découvir qu’elle n’est qu’une ombre, qu’un mirage, ou, au moins, un idéal inaccessible comme la «coupe d’or» de la lune.
Commentaire
Cette fiction historique offre un cocktail de roman d’aventures, de roman picaresque et de roman poétique.

Le livre n’eut pas de succès.

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En 1930, Steinbeck épousa Carol Henning et déménagea à Pacific Grove.

Il y rencontra Edward Ricketts, un biologiste marin avec qui il se lia d'amitié.

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The pastures of Heaven”

(1932)

Les pâturages du ciel”

(1948)
Roman
Au début du siècle, dans une riche vallée située entre Salinas et Monterrey, on trouve les plus belles terres de la région. On y cultive des fruits et des légumes, on y élève des animaux. Y vivent des gens simples, dont les destins se croisent sans cesse. Chacun des chapitres illustre le quotidien ou le combat d'un personnage ou d'une famille : un faux financier fait une fortune dans sa tête ; sur une ferme maudite semble s'acharner le malheur, sous une forme ou une autre ; un autre personnage est amateur de pendaisons.
Commentaire
Le roman est construit de manière à pouvoir être lu comme un recueil de nouvelles, mais le lecteur a avantage à le lire dans l'ordre, puisque le passage répété des personnages d'un chapitre à l'autre ajoute en précision à la compréhension de chacun d'eux. Le procédé est efficace, le roman est prenant.

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‘’The red pony’’

(1933)

"Le poney rouge"
Nouvelle
Jody, petit garçon rêveur et solitaire, vit dans un «ranch» de Californie, avec ses parents et Billy Buck, le garçon d'écurie, son ami. Sa vie est paisible, entre l'école et les travaux de la ferme. Un matin, il découvre dans la grange un poney rouge, un cadeau de son père. Aidé par Billy Buck, il entreprend de dresser Galiban, le poney. Et peu à peu arrive le moment où, pour la première fois, il va pouvoir monter Galiban ! Mais le poney tombe malade...
Commentaire
Steinbeck fit briller l’amour de son pays natal à travers cette histoire exquisement nostalgique.

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To a god unknown”

(1933)

Au dieu inconnu”
Roman
Joseph Wayne quitte son père, traverse les États-Unis et arrive en Californie où la terre est d'excellente qualité et la nature d'une vitalité débordante. Là, sur cette terre encore insoumise, i décide qu'il sera fermier. Bientôt, il est rejoint par ses frères, Thomas, Burton et Benjamin, et la famille, s'agrandissant au rythme des mariages et des naissances, développe une exploitation agricole de plus en plus importante. Mais la nature se montre rebelle, décide d'une immense et longue sécheresse, emporte, dans la mort ou dans l'exil, bêtes et pauvres gens. Seul, tel un veilleur, Joseph, épuisé, au bout de lui-même, attend le bon vouloir de la nature pour qu'elle lui accorde enfin la pluie, et finit par faire corps avec elle.

Commentaire
Si John Steinbeck évoque dans ce roman les difficultés des pionniers au début du XXe siècle, pour qui tout était à construire dans un mélange de courage et d'exaltation, il se livra surtout à une étrange effusion panthéiste, à un poème aux divinités de la Grèce et de l’Orient qui n’ont pas encore été détrônés par Iahweh.

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Sa mère étant très malade, Steinbeck resta à son chevet jusqu'à fin 1934 où elle décéda.. Son père meurt à son tour en 1935.

Ses trois premiers romans n’avaient rencontré que l'indifférence de la critique et du public. On ne les découvrit ces oeuvres qu'après la parution de :

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Tortilla flat”

(1935)
Roman
À Monterey, petit port de pêche californien, le quartier populaire de ‘’Tortilla flat’’ est le domaine incontesté des «paisanos». «Qu’est-ce qu’un paisano? C’est le produit d’un assortiment de sang espagnol, indien, mexicain et caucasien». L’un des plus misérables de ces «paisanos», Danny, hérite de deux masures. Il s’installe dans l’une et loue l’autre à son ami, Pilon, qui, aussi pauvre que lui, ne sera jamais en mesure de payer le moindre loyer. Pilon prend à son tour comme sous-locataires deux miséreux, Pablo et Jesus-Maria. Une nuit où les trois hommes sont ivres, la maison est entièrement détruite par un incendie. Danny se sent alors délivré du fossé que sa situation de propriétaire commençait à creuser entre lui et ses amis. Après avoir manifesté la colère que la bienséance exige, c’est avec des sentiments fraternels qu’il accepte d’héberger les rescapés de l’incendie. Aux quatre hommes se joignent bientôt le Pirate, qu’accompagnent ses cinq chiens, et Big Joe Portagee, dont l’existence se partage habituellement entre la familière prison de Monterey et de pénibles périodes de vagabondage.

‘’Tortilla flat’’ est la chronique de la vie de ces six hommes unis un moment en une fraternelle communauté. Tous, sauf le brave Pirate, ont un total mépris pour le travail. Ils vivent de rapines et des déchets que le Pirate quémande «pour ses chiens» aux portes des restaurants. Le temps qu’ils ne consacrent pas à chaparder, à faire la cour aux prostituées du quartier ou à dormir se passe en énormes beuveries. Aussi leur principale préoccupation est-elle d’obtenir du «bootlegger» Torrelli le vin dont ils sont si friands. Pour parvenir à leurs fins, ils inventent nombre de stratagèmes généralement aussi malhonnêtes qu’ingénieux. Pourtant, les «paisanos» ne se considèrent pas comme de méchants hommes. Ils se sont créés une religion à eux, mi-chrétienne mi-païenne, et avant de commettre leurs mauvais coups se lancent avec délices dans de grandes palabres casusitiques à l’issue desquelles vols et escroqueries se transforment en actions bonnes et justes.

Cependanrt, la réussite du groupe produit sa désintégration : Danny finit par se lasser d’une vie qui devient trop facile et monotone. Après avoir cherché à secouer l’apathie naissante de ses compagnons, il va au-devant d’une mort mystérieuse. Ses amis détruisent alors la maison qui les avait abrités et se dispersent à nouveau sur les chemins.
Commentaire
Le roman est la chronique truculente, humoristique et tendre, compatissante et émue, de la vie misérable de marginaux savoureux et hauts en couleur, de vagabonds et de clochards qui sont de joyeux drilles sans malice et délicieusement amoraux, Steinbeck y révélant un esprit anarchisant, hippie avant la lettre.

Ces aventures picaresques et tragi-comiques sont contées avec une verve pétillante et un humour bon enfant, avec beaucoup de cocasserie verbale, dans une langue populaire soigneusement observée.

Dès sa parution, le roman fut accueilli avec enthousiasme, remporta un succès immense et révéla l’auteur. Il lui valut son premier prix littéraire, la médaille d'or du meilleur roman écrit par un Californien décernée par le ‘’Commonwealth Club of California’’.

Hollywood désira immédiatement acheter les droits, ce qui irrita quelque peu Steinbeck qui ne voulait pas qu'on se moque de ses personnages.

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La modestie de Steinbeck le poussa à se réfugier momentanément au Mexique.

Le roman suivant marqua le début d’une série d’œuvres naturalistes et socialement engagées :

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In dubious battle”

(1936)

En un combat douteux”
Roman de 420 pages
Dans les vergers de Californie, une réduction de salaire est imposée aux ramasseurs de fruits qui sont des errants sans foyer, sans cadres sociaux. Deux agitateurs, Mack, le vieux militant, et Jim, le néophyte, aidés par Burton, le sympathisant, s’efforcent d’éveiller leur conscience collective et une grève est déclenchée. Néanmoins, les patrons réagissent : il y a des morts, et les prolétaires sont écrasés. Mais la semence n’est pas partout tombée en terre aride, et ce qui fut perdu hier ne le sera pas nécessairement demain : l’issue reste douteuse comme le combat.
Commentaire
Dans ce roman social, sinon socialiste, fruit de la pensée philosophique de Steinbeck à ses débuts, il décrivit la situation avec un détachement tout scientifique et une objectivité aussi rare que louable.

Le roman fut reçu avec réticence. On le traita de «rouge» (communiste). Cependant, il reçut une médaille, qu'il n'alla d'ailleurs pas chercher.

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Of mice and men”

(1937)

Des souris et des hommes”
Roman de 160 pages
Au bord de la rivière Salinas, en Californie, dans un cadre de nature paisible, arrivent deux hommes, fatigués par une longue marche. L'un, petit, trapu, les yeux vifs, c'est Georges. L'autre, grand, mal proportionné, au visage marqué d'arriéré mental, c'est Lennie. Une amitié solide les unit depuis l'enfance même si la charge est parfois lourde pour Georges car Lennie, en dépit d'une émouvante innocence de cœur, a des habitudes étranges : il adore caresser les souris, mais son geste est tellement appuyé qu'il les tue. Tous deux travaillent comme ouvriers agricoles saisonniers dans des ranchs, mais élaborent ensemble un grand projet : un jour, ils auront leur propre ferme. Cependant, ils ont dû fuir leur précédente place car Lennie avait approché d'un peu trop près une fille qui avait porté plainte. Lennie promet d'obéir cette fois en tout point à Georges qui lui indique un fourré au bord de la rivière : s'il avait des ennuis un jour, qu'il vienne s'y cacher. À l'arrivée au ranch, les présentations se font. Le patron se méfie un peu de l'allure de Lennie. Son fils, Curley, adopte une attitude méprisante. Le vieux Candy, homme à tout faire, explique ce comportement par la jalousie qu'il éprouve envers tous les hommes car sa femme est peu sérieuse. Par contre, Slim, le chef d'équipe, parle avec douceur et bon sens : il éprouve rapidement de l'amitié pour Lennie, lui offre un chiot car sa chienne a mis bas. Après les journées de travail, les hommes parlent des filles que l'on peut trouver au bordel en ville, plaisantent au sujet de la femme de Curley, tandis que Georges et Lennie parlent avec enthousiasme de leur future ferme. Le vieux Candy leur propose de mettre toutes ses économies dans le projet à condition qu'il devienne leur homme de peine; ses vieux jours seraient ainsi assurés. Curley vient troubler la paisible atmosphère : il cherche sa femme qu'il soupçonne d'être avec Slim. Devant le sourire béat de Lennie qu'il prend pour une moquerie, la fureur s'empare de lui et il bat le pauvre idiot qui, incapable de maîtriser sa force, lui écrase complètement la main. Un soir où tous les autres hommes font une virée en ville, Lennie pénètre dans l'étable où logent les chiots. C'est le domaine de Crooks, un Noir qui ne peut avoir de contacts avec les Blancs. Il s'amuse à faire peur à Lennie, en prétendant que Georges ne reviendra plus. Candy arrive au bon moment pour le consoler. Lorsque la femme de Curley entre dans l'étable, les trois hommes, méfiants, se taisent. Lennie est béat d'admiration devant sa beauté. Voyant des traces de coups sur son visage, elle comprend que c'est lui qui a amoché la main de son mari. Les hommes rentrent, Georges gronde Lennie d'avoir quitté la chambrée et lui défend d'encore adresser la parole à la femme de Curley. Au cours d'une après-midi de forte chaleur, les hommes se détendent dehors. À l'intérieur, Lennie tient dans les mains son petit chien mort : il l'a caressé si fort, à l'instar des souris, que la petite bête n'y a pas résisté. Lennie est désespéré et en veut à l'animal de s'être laissé tuer. La femme de Curley voit la scène, s'approche de Lennie pour lui parier ; il refuse, mais elle se fait plus insistante, câline. Elle lui raconte qu'elle déteste son mari et qu'elle se sent malheureuse. Ému, Lennie lui caresse les cheveux ; mais il caresse si fort qu'elle prend peur et crie. Affolé, le pauvre presse sa main sur sa bouche et la jette par terre... Elle est morte. Lennie comprend qu'il a fait une bêtise et court se cacher dans le fourré indiqué par Georges. C'est le vieux Candy qui découvre le cadavre. Les hommes prennent leurs fusils, Slim dit qu'on devrait enfermer ce simple d'esprit mais qu'il serait très malheureux. Georges retrouve avant les autres Lennie qui est soulagé de voir son protecteur. Il lui demande de lui décrire leur ferme. Georges commence, tout en appuyant le canon d'un revolver sur la nuque de Lennie qui tombe doucement. Slim emmène affectueusement Georges en lui disant : «Y a des choses qu'on est obligé de faire, des fois».
Analyse
Intérêt de l’action
Dans d'autres œuvres, Steinbeck brossa de grandes fresques à caractère social. Ici, il se tient à un niveau plus intimiste. Il appelait son oeuvre une «play-novelette», chaque chapitre étant comme un acte d'une pièce, se passant en un lieu précis, la narration, très limitée, pouvant être considérée comme les didascalies d'un texte théâtral), l’essentiel étant les dialogues. Et elle fut bien adaptée au théâtre.
Intérêt littéraire
Le mode d'expression est un mélange de descriptions très poétiques, colorées comme des peintures, et de dialogues brefs, précis. Ce contraste traduit les sentiments opposés de dureté et de tendresse pudique qui caractérisent les rapports des protagonistes entre eux. Les dialogues sont évidemment dans une langue populaire dont il faut mesurer la vérité qui dépend de la qualité de la traduction qui pose toujours des problèmes dans ce cas-là car les Français traduisent le «slang» américain avec leur argot alors qu'au Québec on préférerait le joual. Steinbeck appartient à la tendance américaine du behaviorisme.

Intérêt documentaire
Il tient à la vie des ouvriers agricoles, à l'exploitation paternaliste dont sont victimes ces losers de la part d'une compagnie lointaine dont le patron même est un employé, alors que la famille de Crooks a perdu sa ferme (il y a là une critique du capitalisme américain). On remarque aussi qu’il est fait mention de la Californie et spécialement la région de Salinas, le pays de Steinbeck qu'on trouve dans toutes ses œuvres.
Intérêt psychologique
Tous ces personnages essaient de compenser la médiocrité de leurs vies par le rêve (chacun a le sien et, par exemple, l’aguichante femme de Curley, traînant son ennui et ses frustrations de femme (mal) mariée, songe à cette brillante vie de vedette qu'un exploiteur a un jour fait miroiter à ses yeux). George et Lenny sont inséparables et pourtant si différents, l'un ne semblant apporter à l'autre que des ennuis. Lennie ne connaît que la misère psychologique, la soumission imbécile, comme celle d'un chien qui répond au commandement de son maître, un égoïsme pur, comme celui d'un enfant à qui, justement, on peut toujours raconter la même histoire féerique pour l'endormir : n'est-il pas resté enfant aussi par cette sensualité primaire qui lui fait aimer caresser le pelage des petits animaux et la chevelure des femmes? Il est victime d'un «racisme ordinaire» qui va de soi en quelque sorte. Une impression de profonde solitude plane sur tous les personnages de Steinbeck. Laissons la parole à Georges : «Des types comme nous, y a pas plus seuls au monde». Pourtant, le lecteur admire les ressources d'amitié qui unissent les deux héros. Mais leurs rêves d'indépendance et de bonheur dans leur propriété, qu'ils caressent pour se consoler de la dureté de la vie, engendrent rapidement chez lui un sentiment de malaise, d'angoisse et de fatalité. Car Lennie, pauvre débile mental au grand cœur, a des instincts indomptables. Sur les deux hommes pèse un déterminisme implacable, malgré leurs efforts et leur bonne volonté ; loin d'être aidés par la petite communauté du «ranch», ils doivent sans arrêt s'en méfier. Le dévouement se trouve chez George dont les réprimandes incessantes sont celles d'un parent ; c'est sur lui que l'analyse psychologique doit se concentrer car sa conduite est intrigante : qu'est-ce qui l'anime? le sens du devoir? l'amitié? l'amour? ou le fait que Lennie lui est un ancrage qui l'empêche de s'éparpiller, un moteur qui lui donne le sentiment d'être utile, de satisfaire le besoin d'altruisme qui est fondamental chez l'adulte.
Intérêt philosophique
Le monde de Steinbeck est un monde cruel qui justifie un pessimisme né d'une sensibilité trop vive et qui frôle parfois la morbidité. “Des souris et des hommes”, titre qui rappelle un passage du poème de Robert Burns ‘’To a mouse’’ (1785) : «The best laid schemes o' mice an' men / Gang aft agley'» («Les meilleurs plans des souris et des hommes / Tournent souvent de travers.»), contient l'essentiel de la pensée de l'auteur, un homme de cœur, qui dit la profonde inégalité des chances des êtres face à la vie, qui fait une poignante démonstration de l'injustice immanente, du déterminisme implacable, qui montre l’impossibilité du rêve américain conventionnel. L'auteur éprouve une tendresse de bon samaritain envers les déshérités, les monstres et les fous et affectionne parfois les scènes crues et brutales. Par tous ces aspects, “Des souris et des hommes” apparaît comme une œuvre profondément attachante.

La réflexion peut porter sur la distinction entre l'égoïsme intégral de l'enfant et l'altruisme de l'adulte. La mort du chien de Candy, que celui-ci n'est pas capable de lui infliger, est un épisode évidemment symétrique à celui de cette autre euthanasie, ce meurtre par compassion, qu'est la suppression de Lennie par George qui, lui, a suffisamment de force. Employer le mot d'«euthanasie» permet de constater cette importance de l'amour qui peut aller jusqu'à donner la mort à l'être aimé pour le protéger, l'empêcher de souffrir. Une autre réflexion permet de dégager le besoin du rêve pour compenser la médiocrité de la vie. On pourrait croire à un pessimisme intégral de Steinbeck, à une soumission à la fatalité (George : «Je pense que je le savais qu'on n'y arriverait jamais») mais ce besoin de rêve et le recours à l’euthanasie permettent de nuancer ce jugement.
Destinée de l’œuvre
Le roman fut unanimement reconnu, eut un retentissement prodigieux. On l’a fait lire à de nombreuses générations d'écoliers, et pas seulement américains.
Il fut adapté au théâtre, à la télévision et au cinéma :

En 1937, une version théâtrale fut produite au ‘’Music box theatre’’ de Broadway, avec Wallace Ford (George) et Broderick Crawford (Lennie). Steinbeck reçut le ‘’New York drama critics award’’ pour sa pièce.

En 1939, deux ans seulement après la publication du roman, il fut adapté au cinéma par Lewis Milestone, avec Lon Chaney Jr. (Lennie) et Burgess Meredith (George).

En 1970, Carlisle Floyd écrivit un opéra où apparut le personnage du «ballad singer».

En 1971, à Montréal, Paul Blouin donna une adaptation télévisuelle avec Jacques Godin, Hubert Loiselle et Luce Guilbeault.

En 1974, le ‘’Brooks Atkinson theatre’’ de Broadway fit jouer Kevin Conway (George) et James Earl Jones (Lennie).

En 1980, la ‘’Steppenwolf theatre company’’ produisit une adaptation théâtrale avec John Malkovich (Lennie) et Gary Sinise (George).

En 1981, on fit aux États-Unis une adaptation à la télévision, dirigée par Reza Badiyi, avec Randy Quaid (Lennie), Robert Blake (George), Ted Neeley (Curley).

En 1992, Gary Sinise, avec autant de simplicité que d'intelligence, en fit un film où John Malkovich donna une interprétation à la mesure de son talent et de sa stature, tandis qu’il tenait lui-même le rôle de George.

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