Trop d’or








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Jack London

Histoires du pays de l’or



BeQ

Jack London

Histoires du pays de l’or

Traduction de Mme Galard

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Classiques du 20e siècle

Volume 254 : version 1.0

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Croc-Blanc

Le peuple de l’abîme

Martin Eden

Histoires du pays de l’or

Numérisation : David Prévéral.

Relecture : Jean-Yves Dupuis.

Trop d’or


(Too much gold)

Ceci étant une histoire de pays minier, et plus vraie qu’elle ne semble, on peut s’attendre à un récit de déveine. Tout dépend du point de vue où l’on se place. Le mot déveine est un euphémisme en ce qui concerne les dénommés Kink Mitchell et Houtchinou Bill ; tout le Yukon, d’ailleurs, connaît leur opinion arrêtée sur ce point.

Ce fut pendant l’automne de 1896 que les deux associés descendirent sur la rive orientale du fleuve et tirèrent d’une cache couverte de mousse une pirogue de Peterborough. Les deux compagnons n’étaient pas précisément beaux à voir. Un été passé à la recherche de mines, rempli de fatigue et plutôt vide de mangeaille, leur laissait des habits en haillons et des corps presque cadavériques. Un nuage de moustiques bourdonnait autour de leurs têtes, et ils s’étaient enduit le visage d’argile bleue. Chacun portait un morceau de cette terre humide, et à mesure qu’elle séchait et tombait de leur figure, ils replâtraient la brèche. On distinguait dans leur voix criarde une note plaintive, et dans leurs mouvements et gestes une irritabilité qui en disaient long sur leurs sommeils interrompus et leurs batailles perdues contre ces minuscules fléaux ailés.

– Ces sales bêtes auront ma peau, grogna Kink au moment où la pirogue fourrait le nez dans le courant et s’élançait de la berge.

– N’ t’en fais pas, n’ t’en fais pas, nous sommes presque au bout, répondit Bill, essayant de mettre une cordialité lugubre dans sa funèbre intonation. Nous serons à Forty-Mile d’ici quarante minutes... sale bougre de petit démon !

Lâchant la pagaie d’une main, il s’appliqua sur la nuque une claque sonore et posa sur la blessure un nouveau tampon d’argile fraîche en exhalant une autre bordée de jurons.

Kink, loin de s’en divertir le moins du monde, profita simplement de l’occasion pour renforcer au même endroit son propre revêtement de glaise.

Traversant presque le Yukon, ils longèrent sa rive occidentale d’une allure tranquille autant que rapide ; au bout de quarante minutes, ils découvrirent une courbe à gauche autour de l’extrémité inférieure d’une île, et soudain Forty-Mile se déploya devant eux.

Les deux rameurs se redressèrent pour contempler le paysage. Ils l’examinèrent longtemps et méticuleusement, s’abandonnant à la dérive, et une expression de surprise et de consternation apparut peu à peu sur leurs visages.

Pas une spirale de fumée ne s’élevait de ces centaines de cabanes en rondins. Pas un coup de hache ne s’entendait dans le bois, pas un coup de marteau, ni un grincement de scie. Ni chiens ni hommes ne flânaient devant le grand magasin. Nul vapeur n’était amarré à la berge, aucune pirogue, aucun chaland, pas le moindre bateau à perche. Le fleuve était aussi dépourvu d’embarcations que le village privé de vie.

– Je crois bien que l’ange Gabriel a soufflé dans sa petite trompette et nous a portés manquants, remarqua Bill.

II disait cela tranquillement, comme si l’événement ne présentait rien d’extraordinaire. Et Kink répondit avec la même sérénité, comme si lui non plus n’éprouvait aucune perturbation mentale.

– M’est avis que les habitants de Forty-Mile étaient tous baptistes, et qu’ils ont pris tous les bateaux pour marcher sur l’eau.

– Mon vieux père était baptiste, riposta Bill, et disait souvent que ce moyen de voyager vous épargnait plus de quarante milles.

Cessant de plaisanter, ils abordèrent et grimpèrent le haut talus ; un sentiment d’effroi s’appesantit sur eux pendant qu’ils parcouraient les rues désertes.

Le soleil rayonnait tranquillement sur le village. Une brise paisible faisait claquer la drisse du pavillon contre le mât dressé devant les portes fermées de la salle de danse Caledonia. Les moustiques bourdonnaient, les rouges-gorges chantaient, et les oiseaux-à-élans sautillaient affamés entre les cabanes ; mais nulle part se manifestait le moindre signe de vie humaine.

– Je meurs positivement de soif, souffla Bill dans un murmure instinctivement grave.

Son associé l’approuva de la tête, comme s’il craignait d’entendre sa propre voix dans cette sérénité.

Ils se traînèrent dans un silence inquiet jusqu’au moment où ils eurent la surprise d’apercevoir une porte ouverte. Au-dessus de cette porte, et se prolongeant sur toute la largeur du bâtiment, une enseigne grossière annonçait que cet édifice était le Monte-Carlo. Près de l’entrée, le chapeau rabattu sur les yeux, assis sur une chaise renversée en arrière, un homme se chauffait au soleil, un vieillard à barbe et cheveux blancs et longs de patriarche.

– Le diable m’emporte si ce n’est pas là le père Jim Cunnings arrivé, comme nous, trop tard pour la Résurrection ! dit Kink.

– Probablement il n’a pas entendu la trompette, ajouta Bill. Hé, Jim, réveille-toi ! cria-t-il.

Le vieillard se détendit péniblement les membres, cligna des yeux au soleil et demanda machinalement :

– Que pensez-vous, messieurs ? Que faut-il vous servir ?

Ils le suivirent à l’intérieur et s’appuyèrent au long comptoir derrière lequel, jadis, une demi-douzaine de garçons délurés ne trouvaient guère le temps de flâner. La grande salle, ordinairement étourdissante d’activité, demeurait tranquille et sombre comme un tombeau. Pas un cliquetis de jeton, pas un roulement de bille. Les tables de roulette et de pharaon ressemblaient à des catafalques sous leur enveloppe de toile. Aucune voix de femme, aucun rire joyeux ne leur parvenait de la salle de bal, située derrière.

Le vieux Jim Cummings essuya un verre de ses mains à moitié paralysées, et Kink griffonna ses initiales sur la poussière du comptoir.

– Où sont les femmes ? cria Bill avec un semblant de jovialité.

– Parties ! répondit le vieux tenancier de bar d’une voix aussi faible et tremblante que toute sa personne.

– Où sont Bidwell et Barlow ?

– Partis !

– Et Sweater Charlie ?

– Parti !

– Et sa sœur ?

– Partie aussi.

– Et ta fille Sarah, et son gosse ?

– Partis, tous partis !

Le vieillard, hochant tristement la tête, farfouillait d’un air absent parmi les bouteilles poussiéreuses.

– Grand Sardanapale ! Où cela ? explosa Kink, incapable de se retenir plus longtemps. Tu ne vas pas me dire qu’il y a la peste ?

– Comment, vous n’êtes pas au courant ? Ils sont tous partis pour Dawson.

Et le vieillard se mit à glousser dans sa barbe.

– Que me chantes-tu là ? demanda Bill. Un fleuve ? une auberge ? une localité ?

Le vieux se remit à glousser de façon exaspérante.

– Bah ! Vous n’avez pas entendu parler de Dawson ? Eh bien, Dawson est une ville, une cité, beaucoup plus grande que Forty-Mile. Oui, messieurs, plus grands que Forty-Mile !

– Voilà sept ans que je suis dans le pays, annonça Bill avec emphase, et je déclare formellement que je n’ai jamais entendu parler du bourg en question. Un instant ! Redonne-nous de ce whisky. Le fait est que la nouvelle m’a abasourdi. Maintenant, de quel côté se trouve ce Dawson dont tu parles ?

– Dans la grande plaine juste au-dessous de l’embouchure du Klondike, répondit le vieux Jim. Mais où étiez-vous donc tout cet été ?

– Peu importe où nous étions, fut la réponse maussade de Kink. Nous étions dans un patelin où les moustiques sont si nombreux qu’il faut jeter un bâton dans l’air pour apercevoir le soleil et savoir l’heure. N’est-ce pas, Bill ?

– Parfaitement, dit Bill. Mais revenons à ce Dawson : quel genre d’endroit cela peut-il être, Jim ?

– Cinquante onces par bâtée sur un ruisseau nommé le Bonanza, et l’on n’a pas encore atteint le lit de roches.

– Qui a fait la découverte ?

– Carmack.

En entendant ce nom, les deux associés se regardèrent d’un air de dégoût. Puis ils clignèrent de l’œil avec beaucoup de solennité.

– George le Siwash, dit Bill en reniflant.

– Un homme à Squaw, ricana Kint.

– Je ne lacerai pas mes mocassins pour courir après n’importe laquelle de ses trouvailles, déclara Bill.

– Moi non plus, confirma son associé. Un voyou, un individu trop fainéant pour pêcher son propre saumon. Voilà pourquoi il s’est mis avec les Indiens. Je suppose que son beau-frère de couleur... comment déjà ?... Skoukum Jim, hein,... est aussi dans l’affaire ?

Le vieux cabaretier fit un signe affirmatif.

– Pour sûr, et, qui plus est, tout le village de Forty-Mile, excepté moi et quelques infirmes.

– Et les ivrognes, ajouta Kink.

– Non, monsieur, affirma le vieillard avec emphase.

– Je te parie nos consommations que Honkins n’en est pas ? s’écria Bill avec assurance.

La vieille figure de Jim s’éclaira.

– Je tiens le pari, et tu as perdu, Bill.

– Comment diable ce vieux poivrot a-t-il pu quitter Forty-Mile ? demanda Kink.

– On l’a ligoté et jeté au fond d’un bateau à perches, expliqua le vieux Jim. Ils sont venus ici même l’enlever de cette chaise-là dans le coin, avec trois autres pochards qu’ils ont trouvé sous le piano. Je vous le déclare, tous les gens du campement se sont embarqués sur le Yukon pour aller à Dawson comme s’ils avaient le diable à leurs trousses, femmes, enfants, bébés dans les bras, toute la ménagerie. Bidwell est venu me trouver pour me dire : – Jim, j’ai besoin de toi pour tenir la comptabilité au Monte-Carlo. Je pars. – Où est Barlow ? demandai-je. – Il est parti, répondit-il, et je le suis avec un chargement de whisky. Sur quoi, sans même me donner le temps de refuser, il a couru à son bateau et s’est sauvé comme un fou en remontant le courant à la perche. Voilà pourquoi je suis ici, et ce sont les premiers verres que je sers depuis trois jours.

Les deux associés s’entre-regardèrent.

– La peste me patafiole ! s’écria Bill. Il me semble que toi et moi sommes de ces sots qui restent toujours dehors avec une fourchette quand il pleut de la soupe !

– N’y a-t-il pas de quoi vous enlever tout le levain de votre pâte, aussi ! répondit Kink. Une ruée de vauriens, d’ivrognes et de cossards.

– Et d’hommes à Squaws, ajouta Bill. Pas un véritable mineur dans toute la bande ! Les vrais mineurs comme toi et moi, Kink, continua-t-il avec un ton d’académicien, sont tous en train de suer du côté de Birch Creek. Pas un seul mineur de qualité dans cette bande folle de Dawson, et, je le déclare, je ne ferai pas un seul pas pour aller voir une trouvaille de Carmack. Je demande d’abord à voir la couleur de sa poudre.

– Moi itou, confirma Kink. Une autre tournée, Jim !

Après avoir arrosé dignement cette résolution, ils tirèrent la pirogue sur la grève, en transportèrent le contenu dans leur cabane et firent cuire le dîner. Mais à mesure que s’écoulait l’après-midi ils devenaient agités. Ces hommes étaient habitués au silence des grandes solitudes, mais ce calme lugubre d’un village les tracassait.

Ils se surprirent en train de prêter l’oreille à des sons familiers, « attendant quelque chose qui devrait faire du bruit et qui n’en fait pas », selon l’expression de Bill.

Ils errèrent dans les rues désertes et revinrent se rafraîchir au Monte-Carlo, puis déambulèrent le long de la rive du fleuve jusqu’à l’embarcadère du bateau, où du moins ils entendraient les remous de l’eau et apercevraient de temps à autre le bond argenté de quelque saumon au soleil.

Ils s’assirent devant le magasin d’approvisionnement et se mirent à bavarder avec le gardien poitrinaire, resté là parce qu’il était sujet à des hémorragies. Bill et Kink lui firent part de leur intention de demeurer dans leur cabane et de se reposer après leurs durs travaux d’été. Avec une insistance tenant à la fois d’une objurgation à la croyance et d’un défi à la contradiction, ils lui dépeignirent tout le plaisir qu’ils tireraient de cette oisiveté. Mais cela n’intéressait guère le garde-magasin. Il aiguilla la conversation sur la découverte faite au Klondike, et ils ne réussirent pas à le détourner de ce sujet. Il ne pouvait penser à rien autre, causer de rien autre, si bien que Bill se leva irrité et obsédé :

– Que le diable emporte ton Dawson ! s’écria-t-il.

– Je t’approuve, dit Kink, dont le visage s’éclaira.

– On pourrait croire, à les entendre, qu’il y a quelque chose à faire là-bas, si l’on ne savait qu’il s’agit d’une simple ruée de propres à rien et de blancs-becs !

À ce moment un bateau apparut dans le bas du fleuve. L’embarcation, longue et mince, serrait de près la rive, et ses trois occupants, debout, la poussaient contre le courant au moyen de longues perches.

– C’est la première équipe de Circle-City, annonça le gardien. Je m’attendais à les voir passer ici. Ceux de Forty-Mile ont sur eux une avance de cent soixante-dix milles. Mais, sapristi ! Ils ne perdent pas de temps !

– Nous allons rester ici bien peinards à les regarder passer, fit Bill avec aménité.

À l’instant même où il parlait, un autre bateau se montra suivi de deux autres à bref intervalle. Le premier de tous passait maintenant à la hauteur des deux hommes sur la berge. Ses occupants échangèrent des saluts avec eux sans cesser de pousser leurs perches, et bien que l’embarcation avançât lentement, au bout d’une demi-heure elle disparut en amont.

De nouveaux bateaux apparurent en aval, dans une procession continue. Le malaise augmentait chez Bill et Kink : ils se lançaient à la dérobée des regards sondeurs, observateurs et, quand leurs yeux se rencontraient, les détournaient avec embarras. Cependant leurs regards finirent par s’accrocher et ne se détournèrent plus.

Kink remua les lèvres pour parler, mais les mots lui manquèrent et il demeura bouche bée, les yeux fixés sur son associé.

– C’est précisément ce que je pensais, Kink, déclara Bill.

Ils se sourirent d’un air penaud, et d’un accord tacite se mirent en marche. Leur allure s’accéléra, et ce fut en courant qu’ils arrivèrent à leur cabane.

– Pas de temps à perdre avec cette multitude qui se précipite, balbutia Kink en fourrant d’une main le levain dans la marmite aux haricots et ramassant de l’autre la poêle à frire et la cafetière.

– J’ te crois ! répondit Bill en plongeant la tête et les épaules dans un sac à effets où s’entassaient chaussettes et tricots d’hiver. – Dis donc, Bill, n’oublie pas le bicarbonate sur le coin de l’étagère derrière le poêle.

Une demi-heure après, ils lançaient la pirogue et la chargeaient, tandis que le garde-magasin les accablait de plaisanteries sur la faiblesse des pauvres mortels et la contagion de la fièvre d’or.

Mais quand Bill et Kink plongèrent leurs longues perches et mirent la pirogue en marche contre le courant, il leur cria :

– Eh bien, au revoir et bonne chance ! Et n’oubliez pas de marquer une ou deux concessions pour moi !

Ils lui firent de vigoureux signes de tête et éprouvèrent de la pitié pour le pauvre diable qui restait là par force.

Kink et Bill transpiraient abondamment.

Selon les Écritures du Nord revues et corrigées, aux lestes revient la ruée, et aux forts la marque des concessions, mais au gouvernement, sous forme de droits réguliers, revient la part la plus substantielle.

Kink et Bill étaient à la fois rapides et forts. Ils suivaient la piste trempée à une allure allongée et élastique qui découragea bien vite les quelques pieds-tendres ambitieux de se maintenir à leur hauteur.

Derrière, entre eux et Dawson – où on laissait les bateaux pour entreprendre le voyage par terre – s’égrenait l’avant-garde du détachement de Circle-City. Dans la course partant de Forty-Mile, les deux associés avaient dépassé toutes les embarcations, gagnant d’une longueur celle de tête dans le remous de Dawson et prenant une avance décourageante sur ses occupants dès l’instant où ils s’engagèrent sur la piste.

– Euh ! Ils dégagent trop de vapeur pour nous voir, gloussa Bill, secouant la sueur de ses sourcils et regardant vivement derrière.

Trois hommes émergeaient d’un bouquet d’arbres que traversait la piste. Deux autres les suivirent sur les talons, puis un homme et une femme firent leur apparition.

– Allons, mon vieux Kink ! Mets-en ! Mets-en !

Bill accéléra l’allure, Kink regarda en arrière un peu plus à loisir.

– Le diable m’emporte s’ils ne marchent pas sur des ressorts !

– En voici un dont les ressorts sont cassés, déclara Bill en indiquant un côté de la piste.

Un homme était là couché sur le dos, haletant, au dernier degré de l’épuisement. Sa figure cadavérique, ses yeux injectés de sang et vitreux lui donnaient l’aspect d’un moribond.

– Un cheechacko ! grogna Kink avec la rancune du dur-à-cuire pour le novice, pour celui qui emporte dans son équipement de la farine à levure et en met dans ses biscuits.

Les deux associés, fidèles à la vieille coutume, avaient l’intention de marquer une concession en aval du point de la découverte, mais quand ils virent, gravée sur un arbre, l’inscription « 81 en dessous » – ce qui représentait huit miles en aval du point de découverte –, ils changèrent d’avis. Ils parcoururent ces huit miles en moins de deux heures, à une allure éreintante sur une piste si rude, et dépassèrent bon nombre d’hommes tombés d’épuisement le long de la route.

Au point de découverte, ils ne purent guère obtenir de renseignements sur le cours supérieur du ruisseau. Le beau-frère indien de Carmack, Skoukum Jim, avait une vague idée qu’il était marqué jusqu’au n° 30 au-dessus ; mais quand Kink et Bill aperçurent sur les arbres l’inscription « 79 au-dessus », ils jetèrent leur paquetage sur leurs épaules et s’assirent pour fumer une pipe.

Tous leurs efforts n’aboutissaient à rien. Le Bonanza était marqué de son embarcadère à sa source « jusqu’à perte de vue par-delà l’autre crête », comme disait Bill en bougonnant ce soir-là pendant qu’ils faisaient frire leur lard et bouillir leur café sur le feu de Carmack au point de découverte.

– Essayez ce ruisselet là-bas, leur suggéra Carmack le lendemain matin.

Ce « ruisselet » était un large ruisseau qui se jetait dans le Bonanza à la concession « 7 au-dessus ». Les associés accueillirent ce conseil avec le magnifique mépris du « dur-à-cuire » pour un « homme à Squaw » et, au lieu de le suivre, passèrent la journée sur le Creek d’Adam, autre ruisseau tributaire du Bonanza et qui leur inspirait plus de confiance. Mais toujours la même histoire : il était déjà marqué jusqu’à la ligne du ciel.

Pendant trois jours, Carmack leur renouvela son conseil, et pendant trois jours ils l’accueillirent avec le même dédain. Pourtant, le quatrième jour, n’ayant rien de mieux à faire, ils remontèrent ce « ruisselet ». Ils savaient qu’il n’était pour ainsi dire pas marqué, et ils n’avaient pas l’intention de le marquer. Ils faisaient cette excursion pour passer leur mauvaise humeur plutôt que pour autre chose. Devenus tout à fait cyniques et sceptiques, ils se moquaient de tout et insultaient tous les novices rencontrés en route.

Les marques s’arrêtaient au n° 23. Le reste de la vallée était à prendre.

– Un pacage d’élans, dit Kink en ricanant.

Mais Bill compta gravement cinq cents pieds en remontant le ruisseau et marqua les arbres de coin. Il avait ramassé le fond d’une caisse à bougies, et sur la surface lisse il écrivit cet avis sur l’arbre marqué au centre :

« Ce pacage d’élans est réservé aux Suédois et aux cheechackos.

Bill Rader. »

– Comme étant du même avis, je puis bien signer moi aussi.

Voilà comment le nom de Charles Mitchell fut mis au bas de l’avis ; et plus d’un vieux dur-à-cuire s’esclaffa ce jour-là en lisant cette plaisanterie d’un esprit sympathique.

– Comment trouvez-vous le ruisselet ? demanda Carmack quand ils rentrèrent au campement.

– Au diable les ruisselets ! répondit Bill. Kink et moi, aussitôt reposés, nous partirons à la recherche de la mine dénommée « Trop d’or ».

« Trop d’or » est le ruisseau fabuleux dont rêvent tous les durs-à-cuire, où l’or, prétendent-ils, est tellement abondant que, pour pouvoir le laver, il faut d’abord mettre du sable dans les conduites en bois. Mais les quelques jours de repos préliminaires à la recherche de cet Eldorado amenèrent un léger changement dans leurs projets en la personne de certain Suédois appelé Ans Handerson.

Ans Handerson avait travaillé comme manœuvre pendant tout l’été à Miller Creek, de l’autre côté de Sixty-Mile, puis, l’hiver approchant, venait faire un tour sur le Bonanza, entraîné comme beaucoup d’autres sur les remous de la vague d’or qui balayait le pays. Grand et maigre, il possédait de longs bras, comme un homme préhistorique, et des mains larges comme des assiettes, noueuses et déformées par le travail, avec de grosses jointures. Lent de paroles et de mouvements, il avait les cheveux d’un jaune clair, et ses yeux d’un bleu pâle semblaient remplis d’un rêve éternel dont nul ne connaissait la nature, lui-même moins que tout autre.

Peut-être cette apparence de rêverie immortelle provenait-elle simplement d’une suprême innocence. Telle était du moins l’opinion des hommes ordinaires sur son compte, et il n’entrait rien d’extraordinaire dans la composition de Bill ni de Kink.

Les deux associés, après une journée passée en visites et bavardages, se retrouvèrent le soir dans le local provisoire du Monte-Carlo, vaste tente où les chercheurs d’or se reposaient et buvaient du whisky à un dollar le verre. La seule monnaie courante était la poudre d’or et l’établissement prélevant le « coup-de-pouce », une consommation coûtait en réalité plus d’un dollar. Bill et Kink s’abstenaient de boire, pour la bonne raison que leur sac unique et commun n’était pas de force à soutenir de nombreuses excursions sur la balance.

– Dis donc Bill, je suis en train d’amorcer un cheechacko pour un sac de farine, annonça joyeusement Kink.

Bill parut intéressé et content. Les vivres étaient rares, et ils ne possédaient pas de provisions en excès pour se mettre en quête de la mine « Trop d’or ».

– La farine coûte un dollar la livre, répondit-il. Comment comptes-tu t’y prendre pour réussir ?

– En lui persuadant de prendre un intérêt de moitié dans notre concession, répondit Kink.

– Quelle concession ? demanda Bill, surpris.

Puis se rappelant la réserve marquée par lui pour les Suédois, il fit :

– Oh ! et ajouta au bout d’un instant : – À ta place, je me montrerais moins rapiat. Donne-lui toute la concession pendant que tu y es, et ouvre largement la main.

Bill hocha négativement la tête :

– Si j’agissais ainsi, il prendrait peur et se sauverait. Je lui laisse entendre que le terrain passe pour riche et que nous désirons en céder la moitié tout simplement parce que nous nous trouvons terriblement à court de vivres. Une fois le marché conclu, nous pourrons lui faire cadeau de toute la boutique !

– Si personne n’a dédaigné notre affiche, objecta Bill, bien qu’évidemment charmé par la perspective d’échanger la mine contre un sac de farine.

– On l’a parfaitement remarquée, affirma Kink. Telle quelle, elle porte le n° 24. Les cheechackos ont pris la chose au sérieux : ils se sont mis à marquer au-delà de notre concession, et ont déjà retenu jusque de l’autre côté de la crête. Je causais tout à l’heure avec l’un d’eux qui en revenait et se plaignait de crampes dans les jambes.

Ce fut alors, et pour la première fois, qu’ils entendirent la voix lente et hésitante d’Ans Handerson.

– Oui, l’endroit me plaît, disait-il au tenancier du bar. Je compte prendre une concession.

Les deux compères échangèrent un clin d’œil et, au bout de quelques minutes, un Suédois surpris et enchanté buvait du mauvais whisky avec deux inconnus au cœur endurci. Mais lui-même possédait une tête encore plus dure que leurs cœurs. Le sac des amis opéra de fréquents voyages sur la balance ; où les yeux de Kink le suivaient avec sollicitude, et malgré tout, Ans ne se dégelait point. Dans ses yeux d’un bleu pâle comme les mers estivales montaient et flambaient d’immortelles rêveries, inspirées par les histoires de pleines batées d’or qu’il entendait raconter, plutôt que par le whisky qu’il ingurgitait avec une facilité étonnante.

Les associés étaient au désespoir, malgré leur affectation de jovialité bavarde et tapageuse.

– Ne faites pas attention à moi, mon ami, dit Bill en hoquetant, une main posée sur l’épaule d’Ans Handerson. Prenez un autre verre. Nous étions précisément en train de célébrer l’anniversaire de Kink, que voilà. C’est mon associé, Kink, Kink Mitchell. Et serais-je indiscret de vous demander votre nom ?

Satisfait sur ce point, il lança une claque retentissante sur le dos de Kink, et celui-ci affecta un pudique embarras à se trouver ainsi pour le moment le point de mire des buveurs tandis qu’Ans Handerson, apparemment enchanté, les invitait à prendre un verre avec lui.

C’était la première tournée qu’il payait, et ce fut aussi la dernière, jusqu’au moment où le jeu changea et où cette âme circonspecte se sentit poussée à une prodigalité sans frein. Toutefois, pour payer les consommations, il exhiba un sac de sa mine florissante.

– Il n’y a pas moins de huit cents dollars là-dedans, calcula Kink à l’œil de lynx : et réconforté par cette vue il saisit la première occasion d’engager une conversation à part avec Bidwell, le propriétaire du mauvais whisky et de la tente.

– Voici mon sac, Bidwell, dit-il avec l’intimité assurée d’un vétéran parlant à un autre. Pèse-moi ça et verses-y cinquante dollars de poudre pour une journée ou un peu plus ou moins, et nous serons tes bons amis, Bill et moi.

Désormais les voyages du sac à la balance se firent plus fréquents et la célébration de l’anniversaire de Kink devint tout à fait joviale. Lui-même essaya d’entonner la vieille chanson Le jus du fruit défendu, mais, incapable de continuer, il noya son embarras dans une nouvelle tournée. Bill et lui étaient déjà probablement ivres quand les paupières d’Ans Handerson firent mine de s’alourdir et sa langue de se délier.

Bill devint affectueux, puis se laissa aller à des confidences. Il raconta ses ennuis et sa déveine au bistro et au monde en général, et à Ans Handerson en particulier. Il n’avait pas besoin d’un talent de comédien pour jouer ce rôle : le mauvais whisky y suppléait.

Il réussit à éprouver un très réel chagrin pour lui-même et pour Kink, et versa des larmes sincères en racontant comment son associé et lui songeaient à vendre une demi-part dans un bon terrain minier simplement parce qu’ils se trouvaient à court de vivres.

Les yeux d’Ans Handerson brillaient d’une lueur profonde quand il demanda :

– À quel prix ?

Bill et Kink n’ayant pas entendu, il dut répéter la question. Les voyant assez mal disposé, il devint plus pressant ; tout en se balançant en avant et en arrière, il se tenait au comptoir et écoutait de toutes ses oreilles tandis qu’ils causaient à part, discutant s’ils devaient vendre ou non, et se chamaillant en murmures sur le prix qu’ils demanderaient.

– Deux cent cinquante dollars ! dit enfin Bill. Mais... hic !... je crois bien que... hoc !... nous ne sommes pas décidés à vendre.

– Vous faites diantrement bien, si vous me permettez de vous donner mon humble avis, remarqua Bidwell.

– Oui, vraiment, ajouta Kink. Nous ne sommes pas ici pour faire des aumônes ni des libéralités à des Suédois ni à des Blancs.

– Je crois que nous ferions bien de prendre encore un verre, hoqueta Ans Handerson, essayant de créer une adroite diversion en attendant une occasion propice.

Et par la suite, son sac commença de faire la navette entre sa poche et la balance ; il cherchait évidemment à provoquer l’occasion.

Bill et Kink se tenaient sur la réserve, mais ils finirent par céder à ses amabilités. Sur quoi lui-même redevint timide et prit à part le cabaretier pour lui demander :

– Penses-tu que ces types-là soient honnêtes ?

– Pour sûr, répondit cordialement Bidwell. Je les connais depuis des années. Ce sont de vieux durs-à-cuire. Quand ils vendent une mine, c’est bien une mine qu’ils vendent. Ils ne sont pas des marchands de vent.

– Je suis décidé à acheter, dit Ans Handerson en se rapprochant d’un pas chancelant.

Maintenant, plus absorbé que jamais dans son rêve, il proclamait qu’il voulait toute la mine ou rien. Cette prétention affligea profondément Bill, qui se mit à déblatérer contre la rapacité des cheechackos et des Suédois ; mais il s’assoupissait entre deux périodes : sa voix s’atténuait en gargouillements et sa tête s’abaissait sur sa poitrine. Cependant, chaque fois que le réveillait un coup de coude de Kink ou de Bidwell, il lançait une nouvelle bordée de railleries et d’insultes.

Ans Handerson restait calme en dépit de tout. Chaque insulte ajoutait à la valeur de la mine. Cette désagréable répugnance à vendre lui faisait l’effet d’une magnifique réclame, et il éprouva un immense soulagement quand Bill s’affaissa sur le plancher et se mit à ronfler, lui laissant la liberté de s’occuper de l’autre associé moins intraitable.

Kink, bien que faisant un triste mathématicien, était plus facile à convaincre. Tout en pleurant de regret, il consentait à vendre une moitié de la mine pour deux cent cinquante dollars ou la mine tout entière pour sept cent cinquante. Ans Handerson et Bidwell essayèrent en vain de rectifier ses notions erronées sur les fractions : ce fut en pure perte. Il inonda de ses pleurs le comptoir et leurs épaules, mais ce flot de larmes ne parvint pas à modifier son opinion que si une moitié de mine valait deux cent cinquante dollars, les deux moitiés valaient trois fois autant.

À la fin – et Bidwell lui-même ne conserva qu’un vague souvenir de la façon dont cette nuit s’était achevée –, un acte de vente fut rédigé, d’après lequel Bill Rader et Charles Mitchell cédaient tous leurs droits et titres de propriété sur la mine 24 Eldorado, car tel était le nom dont le ruisseau avait été affublé par quelque cheechacko optimiste.

Quand Kink eut signé, il fallut les efforts réunis des trois autres pour réveiller Bill. La plume en main, il se balança longuement au-dessus du document, et à chaque oscillation en avant et en arrière, une vision dorée et merveilleuse flambait puis s’effaçait dans les yeux d’Ans Handerson.

Lorsqu’enfin celui-ci eut apposé sa précieuse signature et payé son acquisition en poudre d’or, il poussa un grand soupir puis s’affaissa sous la table pour y dormir, et se plonger jusqu’au matin dans des rêves immortels.

Mais le jour lui parut gris et froid. Il se sentait mal à l’aise. Son premier geste, inconscient et automatique, fut de tâter son sac à poudre d’or, dont la légèreté l’alarma. Puis, peu à peu, les souvenirs de la nuit se pressèrent dans sa cervelle. Des voix rudes l’inquiétaient. Il ouvrit les yeux et regarda de dessous la table. Un couple de clients levés de bonne heure, ou plutôt d’hommes qui avaient voyagé toute la nuit sur la piste, vociféraient leurs opinions sur le manque absolu de valeur du ruisseau de l’Eldorado.

Ans Handerson prit peur, fouilla dans sa poche et trouva l’acte de vente de la mine 24 de l’Eldorado.

Dix minutes après, Bill et Kink, profondément endormis et enroulés dans leurs couvertures, furent éveillés par un Suédois aux yeux égarés, qui prétendait les forcer à reprendre un bout de papier gribouillé et couvert de taches.

– Je veux reprendre mon argent ! baragouinait-il. Je veux reprendre mon argent !

Il avait des larmes dans les yeux et dans la gorge, et elles lui coulèrent sur les joues quand il s’agenouilla devant eux pour les prier et les supplier.

Mais Bill et Kink ne riaient pas. Ils auraient pu avoir le cœur plus dur.

– C’est bien la première fois que j’entends un homme pleurnicher à propos d’une vente de mine, déclara Bill. Et je dois le dire, la chose est trop extraordinaire pour que je la prenne au sérieux.

– Je suis du même avis, confirma Kink. Les achats de mines sont comme les achats de chevaux.

Leur étonnement était sincère. Incapables eux-mêmes de pleurnicher à propos d’un marché, ils ne pouvaient comprendre cette conduite chez un autre homme.

– Pauvre diable de cheechacko ! murmura Bill en regardant le Suédois éploré disparaître sur la piste.

– Tout de même, ce n’est pas ici la mine « Trop d’Or » ! dit Kink en riant.

Et avant la fin du jour, après avoir acheté de la farine et du lard à des prix exorbitants avec la poudre d’or d’Ans Handerson, ils disparurent par-dessus la crête dans la direction des ruisseaux situés entre le Klondike et la Rivière indienne.

Trois mois après ils reparaissaient sur la crête au milieu d’une tempête de neige, et descendaient la piste menant à la mine 24 Eldorado. Ils ne la cherchaient pas, et avaient pris cette piste au hasard. À travers les tourbillons blancs ils ne virent pas grand-chose avant d’avoir mis le pied sur la concession même.

À ce moment le temps s’éclaircit un peu, et ils aperçurent un monticule de déblais surmonté d’un treuil qu’actionnait un homme : un autre individu, silhouette étrangement familière, remplissait une batée de sable fraîchement extrait. Celui-ci avait de grandes mains et des cheveux d’or pâle. Au moment où ils approchaient, il s’en alla vers la cabane avec sa batée. Il ne portait pas de chapeau, et la neige qui lui tombait dans le cou expliquait sa fuite.

Bill et Kink le suivirent et le retrouvèrent dans la cabane agenouillé près du poêle, et lavant sa batée de sable dans un baquet d’eau.

Occupé comme il l’était, il avait simplement remarqué l’entrée de deux individus dans sa cabane, sans les examiner en détail. Debout à côté de lui, ils le regardaient faire. Il imprima adroitement à la batée un mouvement circulaire, s’arrêtant une fois ou deux pour enlever les plus gros morceaux de gravier avec ses doigts. L’eau était trouble, et comme la batée du baquet y était en plongée, ils n’en pouvaient voir le contenu.

Soudain il sortit la batée du récipient et vida d’un seul coup l’eau qu’il contenait. Une masse jaune, pareille à du beurre dans une baratte, resta au fond.

Bill avala sa salive. Jamais de sa vie il n’avait rêvé d’une batée aussi riche.

– C’est une épaisse couche, mon ami, dit une voix enrouée. Pour combien penses-tu qu’il y ait dans tout le tas que voilà ?

Ans Handerson répondit sans lever les yeux :

– Je crois qu’il y en a cinquante onces.

– Vous devez être fabuleusement riche, hein ?

Toujours la tête baissée et occupé à enlever les dernières particules de matières étrangères, Ans Handerson répondit néanmoins :

– Je crois valoir maintenant cinq cent mille dollars !

– Zut alors ! s’exclama Bill, mais d’un ton respectueux.

– Tu as raison, Bill : zut, alors ! répéta Kink.

Ils sortirent et refermèrent la porte derrière eux.
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