Littérature québécoise








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Louis Dupire

Le petit monde



BeQ

Louis Dupire

Le petit monde
Recueil de billets du soir

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 160 : version 1.0

Louis Dupire est né en Bretagne en 1887 et est mort à Montréal en 1942. Journaliste, il a collaboré à différents journaux, souvent sous le couvert d’un pseudonyme. Il entre au Devoir en 1912, et y reste jusqu’à sa mort, signant des billets, des nouvelles, des éditoriaux, différents articles. Il a été aussi correspondant parlementaire à Québec, puis à Ottawa. En 1919, il publie Le Petit Monde : recueil de billets du soir.

En toute justice

je dédie ce livre

à mes deux collaborateurs illettrés

Bernard et Marie

L’auteur a recueilli dans ce petit volume quelques billets du soir publiés dans Le Devoir sous divers pseudonymes. Ils traitent tous des enfants. Cela permet de leur donner un titre collectif et établit entre eux une sorte de lien.

L’artiste délicat, J.-B. Lagacé, a bien voulu dessiner la couverture, ce dont nous tenons à le remercier ici.

La méprise


Dans la sente du pré, qu’un soleil intense blanchissait, trois clairs costumes d’enfants bravaient la chaleur de midi. C’étaient Toto, Nanette et Dédée. Leur seule présence en cet endroit, à l’ombre chiche, était une désobéissance formelle aux prescriptions de la prudence maternelle ; elle s’aggravait d’une circonstance incriminante, car sur un talus proche se voyait côte-à-côte le cône évasé des trois chapeaux de paille. Bah ! maman n’en saurait rien ; tantôt, ils s’étendraient dans les hautes herbes, à l’ombre, sécheraient au vent leurs boucles ondulées et rentreraient rafraîchis, reposés.

Toto se penche vers le sol où l’ombre des arbustes voisins projette une dentelle compliquée de feuillages. Il a vu les minuscules volcans des fourmilières ; il suit le laborieux mouvement de la colonie. Ses deux sœurs le rejoignent. Nanette s’interpose quand, de son sabre de bois, il va détruire la régularité d’un cratère bordé de sable qui s’épanouit, au ras du sol.

– Faut pas déranger les fourmis, Toto ; ça pique fort.

– Bah ! s’exclame le petit homme du haut de ses quatre ans, c’est bon pour les filles d’avoir peur. J’ai pas peur de ça, moi. J’ai pas peur de rien.

– Oui, t’as peur de quelque chose.

– J’ai pas peur de rien.

– Oui, t’as peur des rats.

– J’ai pas peur des rats. J’en ai pris un dans ma main.

– T’en as pas pris dans tes mains ; parce que ça reste pas dans les mains : ça bouge trop.

– Des rats ! c’est pas mauvais, dit Toto.

– Ça mange le fromage, dit Nanette, et puis ça fait peur aux femmes. Maman monte sur la table, quand papa en parle. A monterait pas, si c’était pas mauvais.

– Ça mange pas les oiseaux comme les chats, repart Toto, ça grimpe pas dans les arbres, ça a des pattes comme les moineaux.

Dédée intervient craintivement : « Moi, z’ai peur des rats. »

Toto prend l’attitude d’un toréador et l’épée pointant vers la terre, menaçant un rat invisible : « Tu verras, s’il en vient un, je le mourrai avec mon sabre. »

Hélas ! Toto, pourquoi te vantes-tu, pourquoi ruines-tu déjà dans l’estime de cette petite femme la confiance dans le courage et le dévouement masculin ?

À peine as-tu fini tes bravades que trois cris simultanés partent de trois poitrines, que Dédée embrasse la terre de ses menottes potelées et crache des gravois avec des sanglots.

Une bête folle, lancée comme une balle, a couru à travers les jambes des enfants et grimpé aux branches d’un orme.

Toto, confus, ne dit pas mot, mais Nanette, impitoyable :

« – Tu vois bien que t’as peur des rats, puis tu vois bien que ça grimpe dans les arbres. Toi, t’es un peureux comme nous autres. »

Et pendant qu’ils rentrent chez eux piteux, traînant la pleurante Dédée par la main, essoufflés, rouges, en grand danger d’être grondés, Toto enfin réussit à échafauder une défense qu’il croit suffisante à réhabiliter son honneur ; aussi ronchonne-t-il continuellement :

– Tu sais, le rat que j’ai pris dans ma main, eh bien ! il était mort et pis y avait pas la queue grosse comme celui-là.

La zoologie courte des trois petits leur a fait prendre pour un rat un écureuil qui, plus effrayé qu’eux de son aventure, tremble comme la feuille contre laquelle il s’abrite.
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