Littérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.








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titreLittérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.
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L’œuvre des collèges

Nos hommes publics y puisèrent le germe des saines idées constitutionnelles.


L’instruction publique fut véritablement l’égide des libertés canadiennes. C’est à elle que nous devons notre place au soleil. Grâce à Meilleur, à Chauveau, à plusieurs autres compatriotes éminents, nous savons ce qu’il en coûta d’efforts aux Canadiens-français pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui et notre jeunesse connaît les noms et la vie de cette phalange de patriotes courageux qui se consacra avec succès à l’apostolat de l’instruction. Ils nous montrent ce peuple à son berceau, dont le rôle ne consiste d’abord qu’à grandir et à se développer, devenir dans ses générations successives la nation bien distincte qu’elle était lors de la cession de ce pays à la Grande-Bretagne et qu’elle est encore aujourd’hui. Française par le sang, la langue et le génie, mais d’un physique plus puissant, d’un caractère plus grave, portant sur son front la trace des difficultés surmontées.

Et quand vient une crise suprême ; quand, vaincue dans une lutte héroïque, pillée et trahie par le concussionnaire Bigot, livrée par la cour de France à une puissance qui devait dans la suite lui devenir propice, mais qui lui était alors étrangère, elle semblerait devoir périr, nous la voyons encore voguer sereine dans la tempête, les yeux toujours fixés sur le phare éblouissant des peuples, l’Éducation, phare érigé pour elle par son clergé national. Telle est l’épopée que nous tracent les historiens, démonstration éclatante de cette vérité qu’un peuple ne meurt point lorsqu’il est vraiment éclairé et qu’en dernière analyse, comme le dit Gambetta, même dans les conflits de la force matérielle, c’est l’intelligence qui finit par rester maître.

Dans les années qui suivirent la cession, nous voyons en effet surgir de toutes parts sous l’effort énergique du clergé, des collèges et autres institutions enseignantes. Les séminaires de Québec et de Montréal, qui existaient déjà, furent organisés sur un pied de plus grande efficacité, les collèges de Nicolet, Saint-Hyacinthe, Sainte-Thérèse, Chambly, Sainte-Anne et autres, sans parler de plusieurs institutions de moindre importance, et surtout, des couvents, furent fondés. Cette énumération suffira pour faire comprendre l’élan que l’on donnait alors à l’instruction secondaire, instruction qui, à cette époque, pouvait à juste titre être qualifiée de supérieure.

Quant à l’instruction primaire, il est difficile de concevoir aujourd’hui l’état de choses qui existait à cette époque. Sans doute, les Canadiens-français ne furent jamais un peuple ignorant. « Grâce, dit le Dr Meilleur, aux sacrifices généreux, aux efforts constants, au dévouement incessant du clergé catholique, le Bas-Canada, depuis 1615, n’a jamais été entièrement privé d’écoles primaires. » C’était un peuple primitif et jeune, mais civilisé et policé. Cependant, cent années de guerre presque continuelle n’avaient pas eu pour effet de faire de lui un peuple lettré. Pendant les années qui suivirent la cession, les anciennes institutions étant abolies sans être remplacées par d’autres, l’instruction primaire tomba dans un complet désarroi. En 1815 il n’y avait, dans le Bas-Canada, que dix-neuf écoles en opération effective, et en 1822 trente-deux. (Meilleur.)

Ce déplorable état de choses provenait du défaut d’entente entre les autorités coloniales d’une part et le clergé et le peuple de l’autre. Les autorités coloniales, qui détenaient les biens des Jésuites affectés à l’instruction publique, tentèrent à différentes reprises de donner au Canada une organisation scolaire. En 1789 Lord Dorchester chargea une commission de proposer une loi. Elle recommanda l’établissement d’une école élémentaire par paroisse, d’une école modèle par comté et d’une université dirigée par le gouvernement qui aurait eu son siège à Québec. Mais quoique le Canada fut alors presque exclusivement français, cette commission ne comprenait que quatre membres de langue française sur neuf. Le clergé catholique, alors de tendances gallicanes, était quelque peu divisé sur l’opportunité d’adopter ce projet. Mgr Hubert, neuvième évêque de Québec, s’y opposa fortement parce que le projet comportait l’instruction laïque du haut en bas de l’échelle, et en conséquence de cette opposition il devint impossible de lui donner suite. Mgr Hubert en cette occasion réclama les biens des Jésuites comme appartenant de droit au clergé catholique pour des fins d’éducation.

En 1801 un nouvel effort dans le même sens fut tenté et échoua pour les mêmes raisons. Un système d’écoles fut établi, sous la régie de l’Institution Royale, organisation affiliée à l’église anglicane, mais les Canadiens, sur les conseils de leurs prêtres, refusèrent de les fréquenter.

Il n’entre pas dans le cadre de ce travail d’examiner la valeur des raisons qui engagèrent le clergé à conseiller au peuple de s’abstenir de fréquenter ces écoles. Il est évident que pour le corps clérical ces raisons devaient être d’un ordre surtout religieux. Pour le peuple il y avait aussi une raison de nationalité ; il croyait voir dans ces projets autant de tentatives contre la langue et les institutions françaises, et cette crainte fut assez puissante pour produire le résultat que nous connaissons.

Du reste, le clergé, en demandant au peuple ce sacrifice, fit en même temps des efforts extraordinaires pour suppléer à ce que le gouvernement se refusait à fournir sous une forme jugée acceptable. Il y réussit complètement quant à l’instruction secondaire, et c’était celle dont la nécessité était alors la plus urgente.

Les Canadiens d’alors, sans être riches, étaient raisonnablement prospères. Vivant presqu’exclusivement sur leurs terres, qui leur fournissaient à peu près toutes les choses nécessaires à la vie, de mœurs simples, aujourd’hui malheureusement à peu près disparues dans nos campagnes, ils connaissaient peu le « struggle for life », ils étaient indépendants. Ils possédaient à peu près dans sa plénitude la liberté individuelle, mais il leur fallait en plus le gouvernement constitutionnel et responsable. C’était là le but immédiat où devaient tendre leurs efforts. Pour y arriver il leur fallait des hommes qui ne se forment que par la haute éducation.

Or, cette liberté politique pour laquelle la nation soupirait ardemment, mais vaguement, il fallait en quelque sorte l’inventer. Le gouvernement responsable, tel que pratiqué aujourd’hui n’existait pas dans les colonies anglaises. L’Angleterre seule le possédait et ne songeait guère à lui donner une pareille extension. Il fallait donc former des hommes capables de concevoir un vaste projet, assez savants pour en arrêter les grandes lignes et en élaborer les détails, assez énergiques et éloquents pour l’imposer. En accomplissant une telle tâche, il y avait aussi de nombreux écueils à éviter. Il fallait au faible en face du fort, de la prudence, de la diplomatie dans son audace. Il fallait que ce petit groupe de colons réussit à convaincre un vaste empire. Il fallait éviter les ébullitions, les révoltes, les voies de fait, les crimes ; être digne, fier, mais calme et constitutionnel ; ne pas être l’Irlande, ni la Pologne, éviter le sort que subit le Transvaal. Tous ces écueils furent en effet évités et pendant ces cinquante années d’agitation constitutionnelle le peuple ne s’arma qu’une seule fois lorsque le gouvernement lui-même porta atteinte à la liberté individuelle en emprisonnant ses chefs. Le succès vint couronner ces patients efforts. Les autorités britanniques, en accordant aux Canadiens la liberté politique, trouvèrent en même temps le secret de la stabilité impériale en autant que peuvent être stables les institutions humaines.

Soyons fiers de ce grand succès, reconnaissants à nos hommes publics qui se dévouèrent pour nous obtenir ce bienfait, reconnaissants à l’Angleterre qui nous l’accorda. Certaines gens, peu nombreux heureusement, soutiennent que nous ne devons pas de reconnaissance à l’Angleterre. Ceux-là se trompent. M. DeCelles, dans de récentes admirables études publiées dans « La Presse » de Montréal, établit que les Canadiens trouvèrent à cette époque, aux Communes anglaises, des amis sincères, désintéressés et noblement éclairés. Il ne faut pas oublier qu’en nous accordant le gouvernement responsable l’Angleterre faisait une expérience. Cette expérience a fait sa gloire. Mais comme toutes les expériences, surtout lorsqu’il s’agit du gouvernement des peuples, elle pouvait ne pas réussir. Dès lors il était pardonnable, convenable même d’hésiter. Quant à dire qu’il n’était pas en son pouvoir de refuser, aucun homme réfléchi ne le prétendrait sérieusement.

Si maintenant nous recherchons les causes du succès de cette entreprise étonnante par sa conception comme par ses conséquences, nous les trouverons surtout dans la supériorité des hommes qui la dirigeaient. Ces hommes possédaient réellement plus de lumières que ceux qui formaient le monde officiel de la colonie. Ils se trouvaient plus directement en contact avec le plus grand mouvement des esprits qui se soit jamais produit dans le monde et qui l’a transfiguré. Ces idées devaient être particulièrement accessibles à des hommes de langue française puisque ce fut en France que ce mouvement prit naissance. La langue française, devenue au XVIIe siècle la plus claire et la plus parfaite du monde, servit au XVIIIe siècle à propager les doctrines philosophiques. Nous possédions la langue du XVIIe siècle, nous avions aussi les lois civiles françaises dont l’étude donne tant de netteté et de précision à l’esprit. La révolution fit penser tous les peuples. Mais tandis que en Angleterre on ne songea tout d’abord qu’à la combattre, à cause de ses odieux excès plus encore que pour ses tendances égalitaires, les Canadiens, tout en condamnant tout aussi complètement ces excès, tout en concevant une égale horreur, comprirent mieux ce qui se passait dans leur mère-patrie. Chassés de leur pays par la tourmente, un certain nombre de Français se réfugièrent au Canada. Ces hommes, pour la plupart ecclésiastiques, nourris de toute la science du vieux monde, ayant vécu dans le calme d’avant la tempête, ayant souffert de son déchaînement, trouvèrent chez nous bon accueil et quelques-uns des chaires dans nos collèges. Il était difficile de trouver des hommes mieux préparés pour le professorat au milieu d’un peuple comme le nôtre. Aimant leur patrie, tout en détestant les crimes qui s’y commettaient, ils surent séparer l’ivraie du grain. Ils donnèrent à la jeunesse des collèges la grandeur des idées modernes et la modération qu’il faut pour en user sagement. Par leur seule présence ils élevèrent le niveau des études et élargirent les horizons de leur entourage. Outre les leçons de ces professeurs, nos futurs hommes d’État canadiens avaient constamment devant eux l’exemple de nos voisins britanniques, dont la sage lenteur à prendre des déterminations et l’énergie dans l’exécution devaient les frapper profondément et les engager à les imiter. On conçoit que des esprits ainsi dirigés fussent supérieurs au monde officiel qui gouvernait la colonie. On comprend aussi que les hommes d’État d’Angleterre, toujours d’un jugement si éclairé, fussent frappés de la grandeur des idées canadiennes, de la sagesse, de la modération, du sens pratique des hommes qui les leur exposaient et qu’ils finirent par profiter des lumières qui leur venaient d’une source aussi inattendue.

C’est dans la formation de ces hommes qu’a consisté l’œuvre des collèges. Il est certain que sans eux ces hommes n’auraient pas existé, et que, sans ces hommes le Canada ne serait pas la grande nation qu’il est aujourd’hui.

Ce succès fondamental obtenu, il restait à nos pères à en profiter. Aussi voyons-nous bientôt, sous l’influence du gouvernement responsable, le pays se transformer. Nous voyons s’élaborer les lois de l’instruction publique qui nous régissent aujourd’hui, et qui, malgré leurs imperfections, dont leurs auteurs ne sont pas responsables, produisent de si bons résultats.

C’est surtout dans l’élaboration de ces lois que consiste l’histoire de l’instruction proprement dite dans notre province. Nous ne toucherons pas à ce sujet si ce n’est pour exprimer la profonde admiration que nous inspirent les hommes qui en sont les auteurs et qui ne se laissèrent rebuter par aucune difficulté dans l’œuvre qu’ils avaient entreprise. « Le premier devoir de nos magistrats et des chefs de notre république, dit Horace Mann, c’est de tout subordonner à cet intérêt suprême (l’éducation). Dans nos pays et de nos jours, nul n’est digne du titre honoré d’homme d’État, si l’éducation pratique du peuple n’a pas la première place dans son programme. » C’est ce que ces hommes comprirent. Leur œuvre, qui se rapporte presqu’exclusivement à l’enseignement primaire, restera, et se perfectionnera avec les années.

Quant à nous qui nous préoccupons surtout de l’avenir, nous n’avons jeté un coup d’œil sur l’œuvre du passé que pour nous guider dans notre étude. Nous savons que les hommes qui conquirent pour les Canadiens-français leurs libertés politiques, durent leurs succès à la noblesse de leur but, à la largeur de leurs vues, au sentiment de leur force et surtout à une supériorité réelle sur les hommes de leur temps. Nous savons que sans cela ils n’eussent pas réussi, nous savons que ces qualités ils ne les auraient point possédées sans l’éducation exceptionnelle qu’ils avaient reçue. Or les mêmes causes dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets. Sous un rapport au moins, les conditions ne sont pas changées, les Canadiens-français ont encore et auront longtemps à lutter dans des conditions désavantageuses. Pour surmonter les obstacles qui se présentent ainsi il faut qu’ils sachent se rendre supérieurs à leur entourage, qu’ils répandent la lumière au lieu de la recevoir, car alors ils trouveront leur appui non seulement en eux-mêmes mais aussi chez les étrangers. À cette condition seule ils survivront. Et s’il devait en être autrement ce ne serait vraiment pas la peine de survivre pour déshonorer sa nationalité en restant inférieurs.

II



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