Littérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.








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titreLittérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.
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Un grave reproche

Certains éléments de faiblesse que l’on remarque chez les Canadiens-français d’aujourd’hui.


Nous sommes de ceux qui croient que les Canadiens-français ont un rôle utile et important à remplir sur ce continent. Cette opinion n’est pas basée sur la sympathie nationale mais sur les faits et la raison. Sans parler des qualités intellectuelles et physiques de ce peuple, sans parler de sa croissance numérique si rapide que, d’après M. Benjamin Sulte, sa population serait d’environ douze millions dans cinquante ans d’ici, c’est-à-dire à une époque que les plus jeunes d’entre nous pourront voir, ils ont, ce qui est un appoint énorme au point de vue de la prospérité publique, une position géographique exceptionnellement favorable. Le Saint-Laurent depuis les grands lacs jusqu’à son embouchure, le golfe avec ses ports nombreux, Québec, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Cap-Breton ; on conviendra que cette région est véritablement la clef commerciale du continent Nord-américain, et l’élément français y domine par le nombre. Or, l’influence de l’élément français dans ces pays – nous entendons l’influence intellectuelle, commerciale, industrielle, financière, toute influence qui implique une supériorité économique – n’est pas égale au chiffre de la population. Il est certain, au contraire, que cette influence est inférieure à ce qu’elle devrait être, et même sous certains rapports à ce qu’elle était autrefois. Où sont les industriels, les armateurs et surtout les ingénieurs Canadiens-français ? Qui construit et exploite les chemins de fers dont le pays est sillonné et pour lesquels nous avons fourni l’argent ? Les noms Canadiens-français figurent en bien petit nombre sur les listes d’actionnaires, de gérants et d’employés. Qui exploite les forêts, la source principale de notre richesse, et que nous sommes si fortement intéressés à ne pas voir tarir ? Ici encore l’élément français est en minorité tandis qu’il devrait constituer l’immense majorité en tenant compte de sa force numérique. Il en est de même pour les mines, les pêcheries et toutes les autres branches de l’industrie. Les quelques Canadiens-français que l’on rencontre dans les entreprises industrielles sont d’honorables exceptions qui ont su se faire jour malgré des difficultés vraiment exceptionnelles et qui servent à prouver ce que pourraient faire les Canadiens d’origine française s’ils savaient vouloir énergiquement la prospérité industrielle.

Les Canadiens-français eux-mêmes se plaignent de leur infériorité sous ce rapport. Quelle en est la cause ? D’aucuns ont cru la trouver dans leur inaptitude au commerce, dans leur manque de capitaux, dans des événements et des circonstances qu’ils n’ont pu éviter. Toutes ces explications, sous une apparence de vérité, sont fausses. Si elles étaient vraies, elles seraient un indice de faiblesse, car ce sont les peuples faibles qui se laissent gouverner par le hasard ; les forts triomphent des circonstances adverses. L’histoire passée des Canadiens-français est une preuve éclatante de cette vérité. Ils doivent donc en chercher les causes ailleurs et ils ne chercheront pas longtemps sans les découvrir. Ils s’apercevront bientôt qu’ils soutiennent la lutte comme pourrait le faire un peuple armé d’arcs et de flèches contre un peuple muni d’engins de guerre modernes. C’est-à-dire qu’ils sont arriérés sous certains rapports importants, et que si jadis les Canadiens-français représentaient la civilisation la plus avancée au Canada, il n’en est malheureusement plus ainsi.

Le mal dont ils souffrent n’est point un secret. Il est visible. Un grand nombre d’écrivains l’ont signalé. Il n’y a pas longtemps, un Américain, M. Greenough, disait que les Canadiens-français ne font aucun progrès, mais que leur infériorité ne les préoccupe nullement. Il est à peine nécessaire de réfuter cette assertion, mais elle indique d’une façon saisissante ce que les étrangers pensent de nous. Une accusation plus digne d’attention est portée contre nos compatriotes par M. Walter James Brown, un Canadien. M. Brown trouve aux Canadiens de toutes origines les défauts suivants : –

1. Les Canadiens instruits manquent d’indépendance de pensée et le Canada fait trop peu de cas des choses et des talents canadiens.

2. Ils aiment peu la bonne littérature, si nous en jugeons par la qualité et le nombre de livres qu’ils achètent.

3. Le Canada fait peu d’efforts pour encourager et développer sa littérature puisque les jeunes Canadiens, pour se produire, doivent aller à l’étranger.

4. Le système des écoles publiques au Canada a besoin d’un remaniement radical, surtout dans cette partie qui consiste à apprendre à nos enfants, garçons et filles, à penser et à agir avec indépendance et à apprécier leur pays natal à sa juste valeur.

Voilà des remarques qui, pour être générales, semblent s’appliquer assez bien à la province de Québec. L’auteur développe ensuite sa pensée.

« L’observateur attentif, dit-il, s’étonne souvent que le Canada, avec sa richesse de ressources naturelles, son excellente forme de gouvernement, son peuple supérieur, prenne un temps si long à s’affirmer. Le pays est beaucoup trop content de sa progression à pas de tortue, au lieu de signaler chaque année qui passe par quelque progrès, par quelque fait éclatant. En regardant la ligne imaginaire dont la loi internationale a fait une frontière entre le Canada et les États-Unis, il est difficile de comprendre pourquoi d’un côté de cette ligne les affaires sont actives, que de grandes cités y surgissent, que de gigantesques entreprises y sont conduites à bonne fin ; tandis que de l’autre côté, dans un pays aussi riche, sinon plus riche, chez un peuple intelligent et libre, et avec des occasions aussi bonnes, le commerce languisse, les grandes cités soient encore de petites villes ou des hameaux assoupis... On dirait vraiment que nos ancêtres qui édifièrent la Nouvelle-France sur les rives américaines ont établi pour nous un précédent malheureux. Ils transportèrent les traditions de leurs pères sur un sol nouveau et s’efforcèrent d’y établir les conditions de l’ancien monde. »

De cette citation d’un auteur sérieux et modéré, l’on peut tirer ces propositions : 1° Les peuples d’origine française exercent une influence très considérable sur les destinées du Canada. 2° Le Canada est en arrière du progrès et ce sont les peuples d’origine française qui en sont cause. Accusation bien grave que les Canadiens-français doivent se hâter de réfuter par les faits.

S’il est vrai, en effet, que l’influence des peuples d’origine française soit aussi considérable, il s’en suit qu’il est du devoir de ces peuples d’indiquer aux autres peuples la route à suivre et de conduire le pays dans la voie du progrès. Comme nous l’avons vu, c’est là précisément ce que les Canadiens-français ont fait dans le passé, et en n’en tenant pas compte, M. Brown leur fait injustice. Mais si dans les temps modernes, ils manquent à ce devoir, s’ils faillissent à leur mission, s’ils se laissent distancer par les autres peuples, ils en seront punis comme tous les peuples qui ont ainsi failli. Et cette punition sera peut-être la décadence qui ne tarde pas à atteindre les peuples endormis.

III



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