Littérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.








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titreLittérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.
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Le mal dont nous souffrons

Absence d’instruction et d’outillage scientifique, d’instruction et d’organisation industrielle.


Nous avons vu que les Canadiens-français doivent leur existence d’abord puis une situation politique tout à fait remarquable, à la supériorité incontestable de leur éducation et de leurs hommes dirigeants au commencement du siècle. Nous les avons vus aussi, poussés par la nécessité, réformer leur agriculture en y appliquant les méthodes scientifiques ; et grâce à cette réforme, encouragée et aidée par le gouvernement, une partie de la nation canadienne sortir tout à coup comme d’une léthargie et acquérir dans l’industrie agricole une supériorité véritable. Mais nous avons constaté en même temps que malgré ce pas immense dans la voie du progrès, la province de Québec se trouve dans la situation d’un chef de famille qui, ayant plusieurs enfants déjà grands, continuerait à les nourrir en les laissant oisifs ; oubliant que par là non seulement il se prive du fruit de leur travail et use inutilement ses propres forces, mais qu’il leur rendra bien plus pénibles les devoirs qu’ils auront à remplir plus tard. L’agriculture, sans doute, est l’industrie nourricière de la province. Mais si nous nous bornons à l’agriculture, au sacerdoce, aux professions libérales ; comme nous ne pouvons pas tous être agriculteurs, le sacerdoce n’étant la vocation que d’un petit nombre, les professions libérales étant encombrées, il en résultera une congestion dont la gravité ira s’accentuant ; il restera un nombre alarmant et toujours grandissant de jeunes gens qui n’auront rien à faire, qui ne pourront se suffire à eux-mêmes et qui seront forcés d’occuper des positions inférieures, souvent à l’étranger. Ce sont autant de forces perdues. Chez les races très nombreuses, une telle déperdition peut n’être pas très sensible. Chez les Canadiens-français chaque perte est un vrai malheur, non seulement au point de vue matériel et économique, mais encore à celui du prestige national, puisque le Canadien-français reste, par son nom et sa langue, distinct des hommes d’autres origines et qu’on juge souvent du peuple par les individus qu’on a sous les yeux. Or, pour fournir une carrière à notre jeunesse, pour lui procurer la richesse qui en ce siècle est essentielle à la supériorité, il faut avant tout lui donner la science, c’est-à-dire, les connaissances qui lui sont nécessaires pour s’affirmer dans le monde moderne.

M. Octave Gréard, ce savant trop peu connu au Canada, explique avec beaucoup de clarté la grande différence entre l’instruction nécessaire de nos jours et celle qu’il fallait autrefois. Il nous fera comprendre comment il se fait que la science qui suffisait à nos pères ne suffit plus aux hommes d’aujourd’hui.

« L’esprit critique, dit-il, est la marque propre de ce temps. Notre génie, appliqué aux conceptions générales, a produit au dix-septième siècle et au dix-huitième siècle les grandes œuvres de haute culture littéraire et scientifique qui sont comme la bible du monde pensant. Aujourd’hui il s’exerce sur les infiniment petits. Aux synthèses engageantes et hardies ont succédé les analyses patientes et rigoureuses. La gloire qu’un Newton, qu’un Laplace a due à la découverte du système du monde, la science moderne la trouve dans l’examen des imperceptibles phénomènes de la vie. Le ciron, « ce raccourci d’atomes », ne suffit plus à ses recherches. Elle a pénétré dans les abîmes de petitesse qui frappaient d’admiration, presque d’épouvante, l’imagination de Pascal ; elle travaille à en faire sortir les lois de l’existence et de la mort. La même transformation s’est accomplie pour tous les ordres d’études. Ce que le microscope du savant étudie jusque dans les dernières fibrilles de la chair et dans les globules du sang, l’œil scrutateur du philologue, de l’épigraphiste, de l’historien, cherche à le découvrir dans le tissu de la langue, dans les linéaments des textes, dans les moindres organes des mœurs et des institutions. On ne se contente plus des observations de sentiment, on se défie des lumières de l’imagination ; on ne méconnaît pas ce qu’elles ont de juste dans leurs élans, d’heureux dans leurs intuitions, mais on les soumet à la rigueur de la critique scientifique ; on décompose, on analyse, on passe tout au creuset ; on veut voir, on veut toucher. Les lettres comme les sciences veulent avoir leurs instruments de précision. Et en même temps qu’une riche pépinière d’habiles praticiens et de solides professeurs, ce qui se forme à cet enseignement c’est une école de jeunes savants. »

Les lignes suivantes de Claude Bernard sont le complément de ce que dit Gréard : –

« Le laboratoire est la condition sine qua non du développement de toutes les sciences expérimentales. L’évidence de cette vérité amène et consacre nécessairement une réforme universelle et profonde dans l’enseignement scientifique ; car on a reconnu partout aujourd’hui que c’est dans le laboratoire que germent et grandissent toutes les découvertes de la science pure, pour se répandre ensuite et couvrir le monde de leurs applications utiles. Le laboratoire seul apprend les difficultés réelles de la science à ceux qui le fréquentent. Il leur montre en outre que la science pure a toujours été la source de toutes les richesses réelles que l’homme acquiert et de toutes les conquêtes qu’il a faites sur les phénomènes de la nature. C’est là une excellente éducation pour la jeunesse, parce qu’elle seule peut bien faire comprendre que les applications actuelles si brillantes des sciences ne sont que l’épanouissement de travaux antérieurs et que ceux qui profitent aujourd’hui de leurs bienfaits doivent un tribut de reconnaissance à leurs devanciers qui ont péniblement cultivé l’arbre de la science sans le voir fructifier. »

La France plus qu’aucun pays d’Europe a raison de déplorer sa négligence de l’instruction. Gambetta dit que c’est l’infériorité de l’éducation nationale qui fut la cause de ses revers, et qu’elle fut battue par « des adversaires qui avaient mis de leur côté, la prévoyance, la discipline et la science, ce qui prouve, en dernière analyse, que même dans les conflits de la force matérielle, c’est l’intelligence qui reste maître. »

Si tout cela est vrai, s’il est vrai que nous puissions, surtout de nos jours, suivre la hausse et la baisse des peuples d’après le degré de leur culture intellectuelle ; s’il est vrai que la source de toute richesse se trouve dans la science et dans elle seule, est-il surprenant que les Canadiens soient pauvres, est-il étonnant qu’ils se sentent inférieurs, eux qui, d’après nos documents officiels, ne connaissent pas les sciences et ne cherchent pas encore à les connaître ?

Le département de l’Agriculture de Québec a publié pour l’Exposition, une brochure intitulée « La Province de Québec. » Elle est écrite, nous dit-on, par M. Arthur Buies. Nous en détachons le paragraphe suivant : – « L’absence des écoles professionnelles ou d’application scientifique a longtemps empêché les Canadiens-français de connaître et d’apprécier à leur valeur véritable les ressources étonnantes de leur pays ; qu’ils réussissent enfin à avoir des écoles de cette nature, qu’ils puissent enfin ouvrir le grand livre des sciences appliquées, eux qui sont si singulièrement bien doués et si ingénieux en ce qui concerne l’intelligence et l’emploi des forces et des inventions mécaniques, et l’on peut assurer qu’ils se feront et garderont une large place dans les conditions futures des populations Nord-américaines. »

Si maintenant nous consultons la statistique scolaire contenue dans le même volume, nous aurons plus clairement encore le sentiment de notre faiblesse sous ce rapport.

« Comme dans tous les autres pays civilisés, dit la brochure, l’instruction publique dans la province de Québec comprend trois grandes divisions principales : 1° Les écoles supérieures ou universités ; 2° les écoles secondaires ; 3° les écoles primaires.

« Il y a en outre les écoles spéciales et les écoles normales.

« Les écoles primaires se divisent en deux sections, écoles élémentaires et écoles modèles. Les écoles catholiques sont au nombre de 4236 fréquentées par 273 215 élèves catholiques et 684 élèves protestants, formant un total de 273 899.

« Les écoles élémentaires protestantes sont au nombre de 891 fréquentées par 25 311 élèves protestants et 2082 élèves catholiques, formant un total de 27 393.

« L’enseignement primaire est donné par des instituteurs (religieux ou laïques) et des institutrices (religieuses ou laïques.)

« Les instituteurs et les institutrices laïques ne peuvent enseigner sans être munis d’un brevet de capacité. Ils sont recrutés parmi les élèves instituteurs et les élèves institutrices des écoles normales, et les personnes qui ont subi un examen devant un bureau d’examinateurs.

« Les instituteurs religieux et les institutrices religieuses sont recrutés parmi les novices de chaque communauté de sœurs et de frères enseignants.

« Les écoles modèles catholiques sont au nombre de 487, fréquentées par 69 504 élèves catholiques et 211 élèves protestants formant un total de 69 715.

« Les écoles modèles protestantes sont au nombre de 52, fréquentées par 3558 élèves protestants et 199 élèves catholiques, formant un total de 3757.

« L’Enseignement secondaire comprend : 1° les collèges classiques ; 2° les collèges industriels ; 3° les académies.

« Il y a dans la province 25 collèges classiques, dont 19 catholiques et 6 protestants ; dans ces derniers à l’exception des collèges Morin et Saint-François, la théologie est presqu’exclusivement enseignée.

« Les élèves qui suivent le cours commercial dans les collèges classiques sont au nombre de 1884, et le nombre de ceux qui suivent le cours classique est de 3714, formant un total de 5598.

« Ces collèges, dirigés par le clergé canadien, ont contribué dans une très grande mesure au maintien, au développement et à l’élévation de la nationalité franco-canadienne dans la province de Québec.

« L’Enseignement Supérieur comprend trois Universités : l° L’Université Laval, qui a deux maisons, la maison-mère, à Québec, et une succursale à Montréal ; l’Université McGill à Montréal ; le Bishop’s Collège, à Lennoxville.

« L’Université Laval comprend les facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts, outre une école polytechnique ; la faculté des arts se divise en deux sections, les sciences et les lettres.

« Le nombre des étudiants de la maison de Québec est de 318, et de la maison de Montréal 722. Six élèves à Québec et 21 à Montréal suivent les cours de l’école polytechnique.

« Dans les deux institutions réunies, la faculté de théologie compte 317 élèves ; celle de droit, 176 ; celle de médecine, 247 ; celle des arts, 279.

« L’Université McGill est dirigée par 50 professeurs, dont quelques-uns sont d’origine française.

« Les étudiants de l’Université McGill sont au nombre de 1170 ; à la faculté des arts, 296 ; de médecine, 436 ; de droit, 59 ; de sciences, 232 ; de la médecine vétérinaire, 15. »

Le nombre des étudiants à l’université de Lennoxville (protestante) était en 1898-99 de 282.

Nous trouvons donc dans ce document officiel que nous avons un système d’écoles primaires en partie dirigées par l’État, un système de collèges classiques qui échappent au contrôle de l’État mais qui sont excellents néanmoins, et ont toujours fait des efforts sérieux pour élever le niveau des études ; et trois universités, une catholique et deux protestantes ; nous connaissons aussi le nombre d’étudiants qui fréquentent chacune d’elles. Si nous déduisons du nombre total des étudiants de Laval les étudiants en théologie, qui sont dans une catégorie spéciale dont ne s’occupe pas la présente étude, si nous retranchons un tiers des étudiants de Bishop’s où il y a aussi une faculté de théologie, et si nous mettons le nombre des étudiants en regard du chiffre de la population catholique et protestante de la province, c’est-à-dire de la population française et anglaise, nous arrivons au résultat que voici :

Population catholique, (recensement de 1891), environ – 1 293 000.

Étudiants catholiques – 722.

Population protestante – 196 000.

Étudiants protestants – 1358.

À l’université catholique 27 élèves étudient les sciences appliquées ; dans les universités protestantes le nombre de ces étudiants est de plus de 250 ; 232 pour McGill seule.

En citant ces chiffres alarmants et humiliants pour prouver combien l’éducation supérieure chez nous a besoin d’être réformée, nous désirons qu’il soit bien compris que nous n’entendons blâmer personne, ni les autorités universitaires, qui ne demandent pas mieux que de voir augmenter le nombre de leurs élèves, ni les jeunes gens qui, au premier coup d’œil, semblent indifférents aux avantages qu’on leur offre. Nous croyons que l’insuccès tient à d’autres causes qu’à la mauvaise volonté des uns et des autres. Cherchons à les découvrir. Ces statistiques, du reste, ne donnent pas une idée tout à fait juste de la situation. Pour la bien juger, il faut ne pas oublier que nous avons dans Québec de véritables écoles spéciales d’industrie laitière, ce qui rend un peu moins inférieure la situation des Canadiens-français. Nous savons aussi qu’un bon nombre de ceux qui étudient à McGill les sciences appliquées et la médecine viennent d’autres provinces.

Nous ne prétendons donc pas que la situation de la population de langue anglaise de Québec et du Canada, au point de vue scientifique et industriel, soit beaucoup plus florissante que celle des Canadiens-français. Nous savons, au contraire, que le pays tout entier est fort arriéré sur ces points. Mais dans cet ouvrage nous nous occupons spécialement des Canadiens-français et nous constatons qu’au point de vue des hautes études, scientifiques et industrielles, – sauf la seule exception de l’industrie laitière, exemple précieux qui prouve ce dont notre peuple serait capable, – les résultats sont à peu près nuls ; et nous croyons sincèrement que si cet état de choses se prolonge dans le vingtième siècle, les Canadiens-français en souffriront cruellement.

Il faudrait bien peu connaître les Canadiens-français, eux qui ont fait tant de sacrifices pour s’instruire, pour croire qu’ils négligent l’instruction scientifique et industrielle de parti pris. La population est désireuse de s’instruire et de progresser, mais il faut lui donner l’élan et lui indiquer clairement le résultat pratique qu’elle peut espérer obtenir, lui démontrer comment nos industries rudimentaires peuvent devenir de grandes industries en mettant la science au service du travail, en un mot, faire de la propagande.

Nous avons une organisation universitaire. Des établissements polytechniques et spéciaux ont été ébauchés. Cette organisation est incomplète, peu outillée, peu moderne, mais elle pourrait à la rigueur fonctionner, elle pourrait même suffire aux premiers besoins, et elle s’amenderait sans doute d’elle-même. Ce qui lui manque c’est la force motrice. Pour le moment, la machine se rouille inactive, et la jeunesse studieuse, qui est la matière première de cette fabrication, sent naturellement peu d’attrait pour cette chose sans âme et comme morte et s’en éloigne. Il y a là pourtant des forces latentes d’une puissance incalculable. Dans d’autres pays l’on a su les développer, faisons ici de même.

V



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