Littérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.








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titreLittérature québécoise Volume 551 : version 0 Emparons-nous de l’industrie Édition de référence : L'imprimerie générale, 1901, Ottawa.
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L’exemple de l’Allemagne

Comment un peuple se rachète de l’infériorité économique.


L’Europe nous offre le spectacle de cinq colosses se disputant l’empire du monde. L’un, antique détenteur de la couronne germanique dont il est maintenant dépossédé, est le moins puissant des cinq. Le colosse slave est redoutable, par l’immense étendue de son territoire et le nombre de ses soldats, mais il sort à peine de la barbarie. Le colosse franc et le colosse anglo-saxon se sont longtemps disputés la prépondérance industrielle, ce dernier depuis un siècle semblant devoir l’emporter, lorsque tout à coup est entré en lice le colosse prussien déjà à cette heure l’égal de ses rivaux, et qui menace de les surpasser et de les ruiner.

L’Allemagne en effet, il y a à peine vingt ans, était un pays presque exclusivement agricole, ses industries peu nombreuses et peu importantes, son capital industriel une quantité négligeable. Aujourd’hui tout cela est changé. L’Allemagne est devenue la première nation industrielle du monde, une terreur constante pour les autres nations, même pour la Grande-Bretagne qui croyait enfin régner sans conteste.

Si nous cherchons la cause de si prodigieux résultats obtenus en si peu de temps, nous la trouverons en ceci que l’Allemagne a « organisé l’industrie » en établissant un système à peu près parfait d’instruction technique et industrielle, en maintenant des centres d’études et d’expériences scientifiques, en aidant les industries naissantes financièrement au moyen de tarifs, de bonus et de subventions.

« L’attention que donne l’État, en Allemagne, à l’instruction, particulièrement à l’instruction scientifique et technique, est chose aujourd’hui universellement admise. Dans certains quartiers l’on croit encore que l’Allemagne se dévoue à une philosophie idéaliste, qu’elle aime les recherches pénibles dans les sentiers abstraits des sciences, qu’elle se plaît à accumuler des faits scientifiques de peu d’utilité même pour ceux qui les recueillent. Il y a des rêveurs partout et l’Allemagne en a sa part ; mais l’instruction scientifique de la masse de son peuple est réelle et loin d’être aride. Elle est avant tout pratique. L’instruction technique qu’on obtient en Allemagne est complète, elle est absolument scientifique, « elle est destinée à être appliquée. » L’application utile plutôt que la culture mentale abstraite, voilà le principal objectif. Il en résulte qu’on n’y produit pas des commis et des gouvernantes, mais des artisans et des ingénieurs supérieurs, des hommes qui connaissent le pourquoi de leur travail et qui le font bien.

« Pour assurer l’éducation de ses enfants, l’Allemagne n’épargne ni peine, ni dépenses. Des collèges techniques de premier ordre sont le complément normal des municipalités de villes allemandes. Le gouvernement central non plus n’est pas oublieux des avantages extraordinaires que confère dans la lutte commerciale l’instruction spécialisée. Par exemple, le gouvernement impérial subventionne au montant de £2450 par année le séminaire des langues orientales de Berlin et s’intéresse paternellement à ses travaux ; et la législature recommande de donner aux étudiants qui se destinent à la carrière mercantile et industrielle en Asie ou en Afrique l’instruction spéciale dont ils peuvent avoir besoin c’est-à-dire, la connaissance des relations commerciales, des statistiques, tarifs, échanges, etc.

« Nous pouvons dire sans exagération qu’il n’est pas un sujet se rapportant à la culture industrielle, scientifique ou commerciale qui ne soit pas enseigné et enseigné dans la perfection dans les écoles très nombreuses de l’empire allemand. Cet enseignement repose sur une base solide. L’instruction élémentaire, jusqu’à l’âge de 14 ans est obligatoire et gratuite. L’enseignement secondaire, largement subventionné par l’État et les municipalités ainsi que par des legs particuliers, est aussi pratiquement gratuit. Des écoles élémentaires, l’étudiant passe au gymnase qui le conduit à l’université ou aux écoles scientifiques, lesquelles le conduisent à leur tour à l’école polytechnique, une école sous le contrôle du gouvernement. La commission de Manchester qui visita cette institution en 1891, en fait une description enthousiaste. Les édifices, disent les commissaires dans leur rapport, sont vraiment des palais. Une seule de ces écoles polytechniques (car il y en a plusieurs, toutes tenues dans la même perfection) celle de Charlottenberg, compte quatre-vingt-six professeurs, conférenciers et assistants, outre trente professeurs spéciaux. Elle est admirablement outillée en fait d’instruments scientifiques et tous les appareils imaginables pour la poursuite d’études avancées en architecture, génie mécanique, construction de navires, chimie, métallurgie, et science générale. On y trouve en outre un atelier d’arts mécaniques et une bibliothèque de 52 000 volumes. Les laboratoires de chimie sont admirablement aménagés. Les édifices seuls ont coûté £405 000, l’on n’a épargné aucune dépense. Et tout cela, remarquez-le bien, dans un pays que certaines gens méprisent parce que, disent-ils, il n’aura jamais assez de capital pour faire concurrence à l’Angleterre. »

La citation que nous venons de lire est traduite de l’ouvrage de M. E. E. Williams, « Made in Germany ». Elle résume parfaitement la situation de l’Allemagne quant à l’instruction industrielle. Ce sont les autorités anglaises qu’il faut consulter pour se rendre compte de la situation de l’Allemagne, car ce sont les industriels anglais qui sont surtout atteints par les progrès de l’industrie allemande. M. William S. H. Gastrell, attaché commercial britannique à Berlin, constate qu’en 1895, tandis que les exportations anglaises diminuaient, l’Allemagne exportait en laines, sucres, cotons, soies, toiles, charbon, machines et fer pour £43 850 000. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si Sir Charles Oppenheimer, consul général britannique à Francfort, écrive à son gouvernement que « le progrès industriel de l’Allemagne est presque phénoménal. Aidées par l’État de toutes les manières possibles, et en partie protégées contre la concurrence étrangère par des tarifs élevés, les industries de tous genres, qu’elles conviennent ou non au pays, ont pris naissance, se développent et fleurissent. Bientôt le marché indigène ne suffisant plus à une production aussi rapide, il a fallu chercher des débouchés à l’étranger. » Cet extrait, tout en servant à faire ressortir les progrès de l’Allemagne, contient en même temps l’indice d’un danger économique dont nous aurons à dire quelques mots.

Nous avons devant nous le rapport du commissaire du travail de Washington de 1892 qui contient l’énumération des écoles industrielles du monde entier, des statistiques du plus haut intérêt et des explications importantes au sujet de l’éducation technique spécialisée. Pour le moment, nous ne nous y arrêterons pas de peur de fatiguer le lecteur en lui présentant trop de chiffres. Nous voulons plutôt lui présenter un coup d’œil général, afin qu’il puisse juger de l’œuvre par l’ensemble des résultats. Dans un autre chapitre, nous chercherons jusqu’à quel point l’exemple de l’Allemagne est applicable au Canada, surtout à la province de Québec.

Non seulement l’Allemagne procure à ses enfants dans toutes les parties de l’empire des écoles industrielles générales et spéciales (nous ne parlons pas ici des écoles agricoles qui sont à la hauteur des autres) mais elle a fondé en outre, sous le contrôle direct de l’État, une école polytechnique tellement supérieure, tellement parfaite qu’elle assure à l’industrie allemande l’avantage capital d’une connaissance approfondie de toutes les sciences et leur application immédiate sous leur forme la plus économique à toutes les fabrications. Les nations rivales de l’Allemagne aiment à déclarer que l’article allemand est bon marché à cause de sa mauvaise qualité et de l’échelle peu élevée des salaires. Il faut se défier de ces jugements qui ne sont pas désintéressés. L’ouvrier allemand n’est pas moins payé que celui des autres pays. Dans bien des fabriques, il touche une part des profits. Nous pouvons tenir pour certain que si en Angleterre ou en France, l’on pouvait fabriquer aussi bon marché qu’en Allemagne, l’on se hâterait de le faire. La vérité c’est que la supériorité scientifique allemande, la perfection des procédés, l’intelligence des ouvriers sont les causes du bon marché et de la supériorité commerciale qui s’en suit.

L’action du gouvernement allemand ne s’est pas bornée à établir un système admirable d’enseignement industriel à tous les degrés. On semble y avoir mieux compris qu’ailleurs que les fonds à la disposition du gouvernement sont le capital de la nation et qu’il est impossible d’en faire un meilleur usage que de les appliquer à développer la richesse publique par l’industrie. Il s’est donc mis en mesure d’aider financièrement à l’industrie au moyen de tarifs, de bonus, de subventions. Et le résultat de tous ces efforts est que l’Allemagne a surpassé la France comme nation industrielle et menace aujourd’hui l’Angleterre. Tout cela est l’œuvre de vingt années seulement !

On a souvent dit que l’Allemagne allait trop loin dans cette voie et qu’elle commettait une erreur économique en forçant la croissance de toutes les industries, qu’elles fussent ou non naturelles au pays, et nous ne croyons pas que ces critiques soient fausses. Nous disons « industries » et non pas « enseignement industriel », car cet enseignement ne saurait être trop complet ni trop étendu. L’encouragement aux industries indigènes par l’État est toujours, croyons-nous, une mesure qui contribue à la richesse et à la prospérité publique. L’enseignement industriel doit être permanent et doit se perfectionner sans cesse. L’aide de l’État aux industries d’une nature vraiment indigène n’est pas nécessairement permanente, excepté dans le cas d’une exploitation par l’État lui-même. Une industrie indigène, en effet, c’est celle qui est naturelle au pays par suite de conditions spéciales. Une fois établie sur des bases solides, elle doit se maintenir par elle-même. Il en serait ainsi chez nous pour les industries de la pâte de bois, par exemple. Mais une industrie exotique implantée dans un pays n’existera jamais que dans des conditions désavantageuses ; elle donnera lieu à une concurrence effrénée qui en définitive ruinera le capital et le travail et causera des désastres économiques. C’est ainsi qu’en Allemagne comme aux États-Unis, comme dans tous les pays de protection artificielle, la production excède de beaucoup la demande et tous les efforts d’extension commerciale ne réussissent pas à enrayer le mal qui, au contraire, finit par s’étendre comme un fléau même aux pays qui n’ont pas commis cette erreur économique.

Le Canada doit éviter cette erreur. Nous avons donc pour notre part à déterminer quelles sont nos industries vraiment indigènes, c’est à dire celles dont nous possédons à peu près exclusivement la matière première. Il nous reste à protéger cette matière première contre l’exportation et à devenir dans les spécialités ainsi désignées des fabricants tellement scientifiques qu’il soit impossible de nous faire une concurrence sérieuse.

Malgré cet excès que nous croyons découvrir dans le système allemand, son exemple n’en est pas moins utile à étudier. Il nous montre qu’il est possible de créer en peu de temps une grande puissance industrielle basée sur la connaissance populaire des arts industriels et l’appui de l’État. L’Allemagne est devenue en vingt ans l’une des puissances industrielles du monde. Ce que les Allemands ont fait, les Canadiens peuvent le faire et le faire encore mieux, toute proportion gardée, puisqu’ils peuvent imiter cet exemple en ce qu’il a de bon tout en évitant les fautes commises.

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