Liste des sigles et des abréviations








titreListe des sigles et des abréviations
page2/20
date de publication24.01.2018
taille0.6 Mb.
typeDocumentos
c.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   20

PREMIÈRE PARTIE : UN TERRAIN PROPICE À L’ACTION


L’engagement du Parti socialiste unifié en Mai 1968 ne peut se comprendre qu’au regard de son cheminement antérieur aux événements de Mai. Sa participation ainsi que sa réception par les autres intervenants trouvent leurs fondements dans son histoire.

Le Parti socialiste unifié est né d’une opposition à la guerre d’Algérie et à ses méthodes1. Ce conflit a su fédérer quelques milliers de militants socialistes d’origines diverses. Cette composition hétérogène est sans aucun doute à la base de l’absence d’une identité solide et d’une idéologie structurante. Roland Cayrol évoque une « diversité dans l’unité, un microcosme au sein duquel cohabitent à peu près toutes les conceptions du socialisme démocratique »2. À sa création, une tâche ardue attend le Parti socialiste unifié : rassembler et concilier des militants venus d’horizons très différents. Il apparaît clairement que le PSU est incapable de s’homogénéiser : dans un rapport destiné au Comité politique national (CPN) daté du 28 décembre 1967, les rédacteurs s’attardent sur les difficultés de la formation au PSU « provenant de la nature du parti lui-même »3 :
« Le PSU en tant qu’organisation, ne s’est jamais référé à une idéologie précise ni pour l’accepter, ni pour la rejeter. Les membres du Parti, à quelque niveau que ce soit, adhérents, cadres de section et de fédération, direction nationale (CPN, BN) n’ont pas de base idéologique commune et au contraire se réfèrent individuellement à des idéologies différentes. (…) L’absence totale de recherche collective du Parti dans le domaine idéologique et cela après huit ans d’existence n’a pas permis d’avancer de base commune qui puisse servir de fondement à une formation cohérente. »4
De cette diversité idéologique résultent une tradition conflictuelle et des oppositions de tendances qui hypothèquent en partie une réflexion théorique approfondie. Cependant, cette défaillance n’empêche pas le PSU d’occuper un rôle actif dans la vie politique française tout au long des années soixante.

Chapitre I : Les fondements identitaires du Parti socialiste unifié



A. Les effets de et sur la vie politique




L’existence du PSU fait entrer dans la gauche française une plus grande conscience des enjeux moraux de la politique. En témoigne l’interdiction absolue de cumul des fonctions de Secrétaire général d’un parti de gauche et de celle de ministre comme l’a réclamé, dès le 7 septembre 1958, au congrès de la Fédération de la Seine de la SFIO, la motion des minoritaires de la SFIO c’est-à-dire les futurs fondateurs du PSU : Édouard Depreux, Michel Rocard, Robert Verdier5. Richard A. Deangelis montre, par ailleurs, que la nature même du parti le pousse presque mécaniquement à souligner le refus des structures plus grandes et plus anciennes qui l’entourent ainsi que son autonomie de fonctionnement6. Cette autonomie relative est encouragée et en même temps entravée par le système électoral de la Vème République. En effet, le PSU peut être présent au premier tour d’une élection, par contre son faible poids électoral le contraint au désistement au second tour. En outre, son autonomie idéologique est moins certaine et moins revendiquée. Se définissant comme un parti de protestation et de témoignage plutôt que comme un parti d’élus gestionnaires, son impact est finalement plus grand en période de crise des partis traditionnels ou de crise du fonctionnement constitutionnel de la vie politique. Son influence touche toujours essentiellement des électeurs qui sont à l’origine de gauche et qui ont une forte « conscience morale »7. Tout au long de la décennie, il promeut des positions abandonnées par la gauche classique parce qu’elles sont la plupart du temps trop radicales et impopulaires dans l’opinion publique tels le désarmement nucléaire, l’opposition aux institutions de la Vème République, l’anticolonialisme et l’anti-atlantisme.

Parti de « puristes », le PSU produit ainsi un certain type de militants. En effet, Michel Rocard note que le parti attire, dans les années soixante, « les secteurs les mieux formés et les mieux informés de la gauche »8. Ses membres, rétifs à tout centralisme, préfèrent l’imprévu des mouvements sociaux à la routine des institutions qu’ils soupçonnent d’être corruptrices et de favoriser l’opportunisme9. Le Parti socialiste unifié apparaît de fait un peu comme la mauvaise conscience de la gauche française. Il est toutefois important de souligner que ce regard critique aigu trouve également ses racines dans des facteurs plus mécaniques que ceux évoqués précédemment. En effet, l’exagération et la dramatisation de la situation politique sont propres aux partis minoritaires et révolutionnaires. En outre, la logique de compétition interne qu’encouragent la liberté des tendances et la lutte pour le pouvoir lors de ses fréquents congrès gonfle les enjeux.

Parti « révolutionnaire » de par ses statuts dès 1960, le PSU l’est surtout pour avoir osé, seul avec l’UNEF, emprunté des formes d’action directe. Durant la guerre d’Algérie, il n’a pas hésité à participer à des manifestations interdites, à soutenir les appelés du contingent opposés à cette guerre, et ce dès le 27 octobre 196010. Son action lui a procuré un grand capital de sympathie dont il profite encore en 1968.

En même temps, le Parti socialiste unifié, grâce à son ascendance PSA-SFIO, est dès sa création un vrai parti et non un groupuscule : il a une existence nationale ainsi que des cadres crédibles et compétents. Nonobstant, tout au long des années soixante, le PSU semble peu à peu devenir un « parti objet » : sa jeunesse, sa taille modeste, sa perte de position élective au fil de la décennie et son manque de discipline interne en font un parti trop sensible aux tendances. Les dirigeants qui restent au parti, à savoir les chefs historiques, fluctuent et s’adaptent à une base militante et à des priorités politiques qui changent très rapidement. En 1967, la nouvelle direction se fait élire sur la base négative du refus d’adhérer à la FGDS mais sans être suffisamment homogénéisée politiquement. Le parti socialiste unifié qui n’est plus tout neuf, représente-t-il encore les « socialistes de l’extérieur » dont parlait Bracke ou déjà une force alternative à gauche de la gauche ?

B.L’affect générationnel du PSU, 1960-1968




Le PSU se distingue des autres partis de gauche par la jeunesse de ses militants et par sa petite taille. Néanmoins, la rigidité de ses structures internes rappelle celle de la SFIO. S’il encourage la jeunesse et le thème d’un parti jeune, à savoir révolutionnaire, enthousiaste, entièrement dévoué à la cause, ses procédures et son élite héritées d’un parti de la gauche traditionnelle sont peu attirantes pour la jeunesse militante des années 1965-1968. Cette jeunesse ne se satisfait pas du rôle subordonné et instrumental qui lui est alloué dans le parti – ceci se vérifie dans les conflits récurrents entre la direction nationale du parti et ses organisations étudiantes et de jeunesse11. Cette volonté d’être autre chose que des figurants, les étudiants du PSU l’ont acquise très souvent grâce à leur expérience à l’UNEF. En effet, cette dernière, dès sa charte de Grenoble de 1945, exige d’intervenir sur tous les terrains politiques et sociaux12 et ébauche ce qu’elle appellera avec le PSU à compter de juin 1968 « le mouvement politique de masse ».

En outre, le faible poids spécifique du PSU et l’absence de contacts approfondis entre ses divers partenaires le cantonnent dans un rôle de « parti-courtier » peu crédible en soi comme le lui reprochent invariablement tous ceux qui le quittent13. Les ruptures se font aussi par simple lassitude et frustration de voir que la recomposition de la gauche et la nouvelle vague révolutionnaire se font toujours attendre. Par conséquent, la première génération politique du PSU, c’est-à-dire celle de 1958-196014, est largement étiolée en 1968. Cela ne l’empêche, toutefois, pas d’être à la veille de Mai 6815 un parti neuf par rapport à ses homologues de gauche.

C.1958-1968, d’un mai à l’autre




En Mai 68, le Parti socialiste unifié est le seul dans la vie politique française qui compte le plus de jeunes. Cependant, ceci ne vaut que pour son électorat et une partie de sa base. Il en va autrement pour ce qui est de ses dirigeants et du reste de ses militants. Afin de comprendre qui ils sont, il convient, comme le font Claude Bourdet16 et Manuel Bridier17, de remonter à la Résistance et à cette génération de réfractaires qui s’étaient rebellés contre un État illégal et contre le parlementarisme déconsidéré de la IIIème République. Comme le note Philippe Bauchard18, ces jeunes avaient également connu la « fascination du terrorisme » et plus fondamentalement, le recours à l’illégalité ou pour le moins aux formes d’action directe. Dans bien des cas, il faut remonter aux années trente pour fixer la date d’entrée en politique de cette génération militante19. Paul Ricœur n’hésite pas à parler d’une période « formatrice, matricielle »20.

Puis, c’est dans la clandestinité, à Lyon en 1943, que Robert Altman invente le sigle « Rassemblement démocratique révolutionnaire » pour définir les jeunes résistants de gauche qui refusent à la fois la social-démocratie et le communisme21. Cet esprit perdure avec la « petite gauche » neutraliste d’après 1945. Cette dernière est rejointe, par la suite, par des membres des Jeunesses socialistes épaulés par une tendance adulte de la SFIO animée par Yves Dechézelles et Jean Rous, ainsi que par des militants du mouvement des Auberges de jeunesse.

La décision de la minorité de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) d’opter pour le « socialisme démocratique » dès son congrès de 195522 apporte un autre ingrédient tout à fait original au futur PSU : il s’agit de donner une base ouvrière au mouvement, mais une base qui ne doit rien au Parti communiste.

Les diverses composantes de cette nouvelle gauche sont habituées à être minoritaire. Par conséquent, sur le plan de l’organisation politique, le PSU représente pour elles un organe politique plus fort numériquement que ce qu’elles avaient connu auparavant. D’ailleurs, pour la grande majorité de ces militants, c’est la première fois qu’ils adhèrent à un parti23. En outre, ils restent méfiants envers la politique parlementaire et rejettent toute alliance avec les radicaux. Toutefois, la majorité d’entre eux se rattache explicitement jusqu’en 1968 à la gauche non communiste. Pour la première fois sont durablement réunis dans une organisation de gauche des chrétiens laïcs et des non-croyants, chose tout à fait novatrice par rapport à la culture politique de la gauche traditionnelle.

Cette composition hétérogène est sans aucun doute à la base de l’absence d’une identité solide et d’une idéologie structurante. Si une faible majorité affirme l’obédience marxiste du mouvement, une grande minorité se partage entre les références au christianisme, à l’humanisme laïque ou au « socialisme moderne ou démocratique »24. Le premier clivage que connaît le PSU porte sur le thème qui lui a donné naissance à savoir la guerre d’Algérie. Assurément, le Pari socialiste unifié en tant que tel, va plus loin qu’un simple refus de la guerre dont se seraient accommodés certains de ses dirigeants. Il se place dès le premier jour de son engagement, pour l’indépendance de la colonie sans questionner la justesse de la position des indépendantistes algériens du Front de libération nationale (FLN). Le PSU a pour règle durable d’adopter la position des combattants du tiers monde. Il soutient aussi les soldats protestataires voire les insoumis tout en refusant d’appeler à l’insoumission ou au soutien militaire au FLN comme l’aurait voulu son extrême gauche en particulier étudiante25. Cette dernière est influencée par les oppositionnels communistes qui contrôlent alors l’Union des étudiants communistes (UEC) et inspirent l’UNEF en la matière. Par contre, le PSU se méfie d’eux, même en ce qui concerne la lutte anti-OAS, préférant agir à l’extérieur du Front universitaire antifasciste (FUA). Ce centrisme déçoit de nombreux étudiants du parti et mène à la quasi-disparition de son organisation étudiante, les Étudiants socialistes unifiés (ESU). Nombre de leurs cadres rejoignent alors les oppositionnels communistes de l’UEC ou l’organisation trotskiste lambertiste, Comité de liaison des étudiants radicaux (CLER), eux aussi issus du militantisme dans le FUA26.

Ce compromis se forme à nouveau quelques années plus tard cette fois-ci au sujet du soutien à la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965. Ce n’est qu’en 1967 qu’une semblable position est réellement défaite. En effet, le Vème Congrès du PSU qui a lieu à Paris du 23 au 25 juin 1967, a pour objet principal, de définir les futures relations que doit entretenir le parti avec la FGDS. Il s’agit de décider de l’association ou non avec le parti de François de Mitterrand, ce qui sous-entend une fusion à plus ou moins longue échéance des deux formations. S’opposent donc les partisans de l’adjonction mais sans fusion avec la FGDS – Gilles Martinet, Jean Poperen – à ceux de l’autonomie du parti – Michel Rocard, Marc Heurgon, Manuel Bridier. La majorité des délégués préfère finalement la solution la plus intransigeante, celle de la gauche du PSU. En Mai 68, cette dernière partage le pouvoir avec Michel Rocard, élu secrétaire national du parti à ce même congrès. Par conséquent, le PSU n’a pas d’opposition de gauche structurée et indépendante de la direction lors des événements. Cet état de fait se révèle rapidement être une aide considérable sur le plan fonctionnel : le gauchisme des étudiants du PSU trouve ainsi des relais directs dans la direction du parti et réciproquement.
S’il y a bien eu un clivage tactique voire stratégique sur l’Algérie, il y a un consensus interne très fort sur le symbole politique de ce même événement. Il représente jusqu’en Mai 68 la référence centrale dans la mémoire collective du PSU bien plus que l’opposition du 13 mai 195827. Même au niveau sémantique, on note que Michel Rocard parle en 1966 de « décoloniser la province »28 et que le mot « libération » garde dans ces milieux un grand emploi et une grande résonance. Ainsi, s’expliquent l’écho du 13 mai 1958 et du 13 mai 1968, le refus immédiat du référendum annoncé peu après29 par le général de Gaulle que les slogans du PSU dénonçaient dès 1960 comme le « Prince-Président »30, la révulsion face à l’amnistie accordée en juin 1968 aux généraux de l’OAS et l’appréhension réelle d’un coup d’état à partir du 30 mai et jusqu’à la fin du mois de juin 1968.

Si le PSU vit la vie politique sur le mode du « drame historique permanent »31, il résiste mieux que le reste de l’extrême gauche à la tentation de se déchirer. Ceci est sans doute dû au fait que le PSU, à la différence des autres groupes, est dès le départ une organisation pluraliste, d’adultes, dirigée par des hommes expérimentés qui ne veulent pas retourner dans la marginalisation. Interpellé par la modernisation gaulliste du pays et la crise simultanée du catholicisme et du communisme soviétique, le PSU est obligé d’expérimenter comme ses cousins idéologiques orphelins du communisme tels l’UEC ou la revue Les Temps modernes. Il participe de cette « Sorbonne-bis »32: le PSU anime le Centre d’études socialistes (CES) à Paris et en province. En outre, maintes études sur la nouvelle classe ouvrière sont menées dans le parti notamment par Serge Mallet33 dont la nouvelle analyse pose le problème des aspirations du pouvoir dans l’entreprise et participe au renouveau idéologique du parti. Il supplée ainsi au « marxisme arrêté » que stigmatisait Jean-Paul Sartre dès 1960 dans sa Critique de la raison dialectique et rejette dès son origine les thèses communistes sur la paupérisation de la classe ouvrière et celles sur l’intégration de cette même classe ouvrière. Ce faisant, il attire à lui de nombreux syndicalistes, ouvriers autant qu’intellectuels34. Dès 1965, les vagues d’exclusion à l’UEC et à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), la fin de l’entrisme comme stratégie centrale des trotskistes de la IVème Internationale et l’émergence de modèles maoïste et castriste changent radicalement la situation : le Parti socialiste unifié redevient « emprunteur » éclectique sur le plan des idées et subit son environnement au moins autant qu’il agit sur lui. S’y ajoute la multiplicité des engagements du parti dans les syndicats, les associations. De plus en plus, l’accent est mis sur un certain activisme politique local. Le parti perd ainsi le caractère massif mais passif des partis de type social-démocrate. Ces différents traits nouveaux expliquent aussi l’usage devenu fréquent de pseudonymes35. Au total, on aboutit à un « anti-autoritarisme socialiste »36 même s’il connaît des nuances quant au degré souhaité de fédéralisation du pays et du parti et de l’importance de la socialisation des moyens de production.
L’orientation et la stratégie politique amorcée par le PSU s’avèrent contribuer à la préparation des événements de Mai 68 de façon indirecte. Le parti est présent dans différents mouvements tel le Comité Vietnam national (CVN) ou Mouvement contre l’armement atomique (MCAA) créé par Claude Bourdet en 1963 qui lui permettent de toucher une partie importante de la jeunesse scolarisée, radicalisée mais sans parti. En outre, il s’intéresse à ces étudiants à travers sa critique de l’enseignement qui finalement est à double usage puisqu’elle est en quelque sorte une arme contre le pouvoir gaulliste.


1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   20

similaire:

Liste des sigles et des abréviations iconPrincipales abréviations utilisées pour la dénomination des éthers de glycol

Liste des sigles et des abréviations iconListe des médecins agréés pour le contrôle à leur cabinet de l’aptitude...

Liste des sigles et des abréviations iconBibliographie 1 1Liste d’abréviations aa: acide aminé Ac : anticorps...

Liste des sigles et des abréviations iconListe des utilisateurs des Encyclopédies acphytaroma

Liste des sigles et des abréviations iconSigles et acronymes de l'enseignement en France

Liste des sigles et des abréviations iconAnnexe liste des installations

Liste des sigles et des abréviations iconBibliographie : Liste des livres

Liste des sigles et des abréviations iconListe des groupes de tpe

Liste des sigles et des abréviations iconListe des produits a eliminer

Liste des sigles et des abréviations iconListe des Conseillers du salarié








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com