Liste des sigles et des abréviations








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Chapitre II : La jeunesse, enjeu d’une solidarité




À partir des années 1960, les jeunes participent activement au renouvellement et à l’expérimentation des formes de mobilisations et d’interventions politiques. L’allongement de la scolarité additionné à un mouvement de démocratisation de l’accès à l’université entraînent une augmentation de la population étudiante. L’université devient le terrain privilégié de la lutte politique et une tribune d’expression au travers notamment de l’action des syndicats étudiants. « La contestation universitaire sert de catalyseur à la contestation politique »37. La guerre d’Algérie est la première à donner une identité politique au monde estudiantin. En effet, les syndicats étudiants et en particulier l’UNEF voient leurs effectifs augmenter grâce à leur mobilisation. Dès lors, la jeunesse devient l’objet de préoccupations politiques émanant des institutions et des partis politiques. Les membres du PSU comme Marc Heurgon ont compris l’intérêt qu’ils pouvaient retirer d’être proche de la jeunesse scolarisée et de ses préoccupations.


A.L’enseignement, le nouveau programme de 1967




La question de l’enseignement est essentielle pour le Parti socialiste unifié dès sa fondation. Deux éléments expliquent que l’enseignement constitue une question primordiale pour le PSU : la sociologie du parti et le contexte politique et social. Les enseignants doivent faire face à la crise de croissance du système scolaire. Ils dénoncent l’incurie du gouvernement et les réformes auquel ce dernier procède. Leurs revendications sont reprises par le PSU qui exerce ainsi son rôle d’opposition. Son discours sur l’enseignement est similaire à celui de la gauche dans son ensemble jusqu’aux alentours de 1965 afin de briser son isolement en obtenant notamment le soutien des organisations enseignantes. Par la suite, il prend réellement ses distances par rapport à la gauche traditionnelle en raison de la place croissante qu’occupent en son sein les hommes issus du courant chrétien et de la montée en puissance de l’idéologie marxiste auquel ce dernier se rallie en partie. Sa vision du système éducatif change alors et son discours évolue également. Les propositions contenues dans le programme de 1967 sont essentiellement celles de la minorité novatrice du milieu enseignant incarnée par Robert Chapuis.
Le comité politique national (CPN) du PSU désigne au cours de sa réunion des 12 et 13 novembre 1966 une « commission du programme »38 dont la tâche est d’élaborer un texte sur l’enseignement. Elle se compose de cinq membres : Pierre Bérégovoy, Henri Longeot, Michel Rocard, Pierre Stibbe et Jean-Marie Vincent. Le programme est soumis à la discussion du PSU au cours du conseil national qui se déroule à Levallois-Perret les 10 et 11 décembre 196639. Ce nouveau programme met l’accent sur le fait que l’école peut être un instrument d’aliénation destiné à maintenir la domination de la bourgeoisie ou de libération comme le souhaite le PSU. Pour atteindre ce but, il faut ouvrir l’école au monde moderne ce qui implique un renouvellement des méthodes pédagogiques afin d’instaurer un système scolaire plus juste qui oriente au lieu de sélectionner aveuglément40. De plus, le PSU n’hésite pas à mettre en doute le concept d’aptitude ; il le formule ainsi :
« L’Éducation nationale n’assure pas l’égalité devant l’instruction : les origines sociales et les origines géographiques comptent autant sinon plus que les aptitudes dans l’accès aux études. »41
Le PSU s’inspire ici de certains sociologues qui contestent la pertinence théorique de ce concept et qui affirment qu’il constitue une notion idéologique dont l’utilisation sert à cacher une pratique sociale de sélection. Ils remettent ainsi en cause l’idée selon laquelle il existe entre les enfants une inégalité naturelle indépendante de leur origine sociale. Comme le note Robert Chapuis, professeur et membre du PSU dans son article sur le livre de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les héritiers42, les chances d’accéder à l’enseignement supérieur pour un enfant dépendent de la catégorie socio-professionnelle de ses parents, plus largement, de son environnement, de son héritage culturel. L’origine sociale détermine donc le rapport de chaque enfant avec le système scolaire. Cette critique radicale à l’encontre du système scolaire, d’ailleurs reprise par le milieu étudiant, conduit nombre de spécialistes à affirmer que l’école ne doit plus avoir pour unique but la transmission des savoirs académiques mais au contraire donner des enseignements utiles afin que les futurs adultes soient capables de comprendre le monde qui les entoure. Comme le précise le PSU, le « but de l’enseignement doit être d’apprendre à apprendre plutôt que d’apprendre »43. Il s’agit pour l’école de rejeter un mode de transmission verticale du savoir dans lequel l’élève joue un rôle passif et de promouvoir au contraire une pédagogie active par laquelle ce dernier participe à son propre développement intellectuel44.

Ce nouveau programme place le PSU à l’unisson des revendications de nombreuses organisations étudiantes et enseignantes. Il est intéressant de noter que dans la réforme de l’enseignement supérieur qu’il envisage, on retrouve les revendications que l’UNEF a émises dès 1964. Pour le PSU, « à côté du cours magistral et des travaux pratiques (…), il faut développer l’enseignement dirigé, c’est-à-dire créer une forme collective d’enseignement où l’étudiant est responsable de sa propre formation, l’enseignant animant le groupe »45. Cette place prédominante du cours magistral a été remise en cause par l’UNEF trois ans auparavant dans son « Manifeste pour une réforme démocratique de l’enseignement supérieur »46. De même, l’idée développée dans ce nouveau programme de mettre l’accent sur le contrôle continu minorant ainsi la place de l’examen est déjà avancée par le SGEN qui lors de son congrès des 18 et 19 février 1965 approuve le « baccalauréat à majoration » proposé par Antoine Prost, responsable de la commission pédagogique de ce syndicat depuis 196347. Dernier exemple : le PSU considère que le premier cycle doit être un palier d’orientation dont la fonction est d’initier les étudiants aux techniques de travail spécifiques à l’enseignement supérieur48. Ces propositions sont exactement celles qui sont contenues dans la plate-forme syndicale que le SNESup adopte lors de son congrès national des 22, 23 et 24 avril 196649.

Il existe un lien entre la position du PSU sur l’enseignement et son positionnement politique au sein de la gauche, lui-même déterminé par un changement idéologique du parti mis en évidence par le renouvellement presque total de sa direction lors de son Vème Congrès.
Ce congrès voit donc la victoire d’une minorité emmenée par Michel Rocard qui estime que le PSU risque de perdre son autonomie s’il accepte une association avec la FGDS. L’orientation politique de cette nouvelle direction est contenue dans le texte qu’elle soumet au vote du congrès50. Ses signataires affirment que le PSU doit continuer à se situer dans « la coalition de gauche »51 et à promouvoir la stratégie de front socialiste. Ils précisent que la question essentielle n’est pas celle de l’association ou non à la FGDS mais celle du « programme de la gauche »52 qui doit lutter contre le gaullisme en menant des « campagnes d’action »53 sur quelques grands thèmes dont « l’enseignement et l’insertion des jeunes dans la société »54. Ce texte montre que la nouvelle pensée éducative élaborée les mois précédents est portée par la nouvelle majorité. La jeunesse est donc perçue comme l’un des principaux facteurs de développement du parti comme l’indique cet extrait du texte d’orientation :
« C’est dans le domaine de l’enseignement et de la jeunesse que l’expansion du PSU a été la plus forte ; c’est dans ces deux secteurs que nous avons les responsabilités les plus contraignantes à assurer de façon spécifique »55
Qui plus est, le nouveau bureau national crée le 27 juin, lors de sa première réunion, une « commission enseignement et jeunesse » placée sous la responsabilité de Robert Chapuis. L’important ici n’est pas tant la conception de cette commission que l’appartenance syndicale de son responsable. En effet, Robert Chapuis est membre de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) par l’intermédiaire d’une de ses tendances, la tendance « Unité et action » du Syndicat national des enseignants du second degré (SNES) à laquelle appartient aussi Jean Verlhac qui siège au CPN du PSU élu au Vème Congrès. Le parti dispose donc au sein de la FEN d’appuis qui se situent moins du côté de la majorité que du côté dit d’extrême gauche.
La plupart des thèses formulées en juin 1967 sont au cœur des revendications étudiantes et enseignantes de Mai 1968. Cela ne veut aucunement dire que le PSU est visionnaire, seulement il entend ce qui se dit dans les cercles estudiantins restreints. Il apparaît clairement que le PSU met tout en œuvre pour séduire la jeunesse scolarisée en adoptant une orientation idéologique beaucoup plus teintée à gauche que par le passé. Il n’hésite pas à aller au-delà des simples formules, il s’engage à ses côtés.

B.Les Étudiants socialistes unifiés : facteur d’intégration dans les luttes étudiantes




« Le fait d’avoir son appendice étudiant sur le terrain et au sommet par le fait que le PSU tenait la direction de l’UNEF ; de plus, Marc Heurgon dirigeait tous les étudiants du PSU. Tout ceci conduisait le PSU à être de pleins pieds dans les événements et à pouvoir s’y mouvoir de façon totalement libre. »56
À l’aube des événements de mai 68, les ESU ont en effet une implantation nationale et s’appuient sur le contrôle de l’appareil national de l’UNEF. Ils avaient pratiquement disparu entre 1963 et 1965 attirés en partie par l’UEC qui tenait une position plus radicale pendant la guerre d’Algérie57. Ils réapparaissent en 1965 grâce à la crise de l’UEC dont les oppositionnels commencent à être exclus. Dès novembre de cette même année, les ESU relancent leur mensuel Tribune étudiante. Comme l’UNEF58, ils refusent de soutenir la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965. Les ESU se divisent en deux tendances, l’une « populiste, spontanéiste et favorable à la Chine, majoritaire à l’UNEF »59 menée par Jacques Sauvageot, l’autre trotskisante, « majoritaire aux ESU »60. C’est donc cette organisation étudiante qui gère le grand corps inerte de l’UNEF rongé par les divisions entre les groupuscules qui tolèrent toutefois le PSU.

        • La prise de l’UNEF




Au printemps 1968, l’UNEF est, de l’aveu même de ses dirigeants, une organisation en pleine crise. C’est d’abord une crise matérielle mais aussi politique. Depuis plus de deux ans, elle se débat dans une situation financière désespérée. Le trésorier de l’UNEF, Pierre Montacie, désespère que « chaque fin de mois entraîne d’énormes difficultés financières à l’UNEF. Les créanciers nombreux, veulent bien patienter quand on leur promet une souscription mais ils réclament en général un acompte immédiat. (…) Les CCP sont vierges à l’heure actuelle »61. Paralysée par ses dettes, l’organisation parvient à peine à fonctionner. Par exemple, en décembre 1967, faute de moyens, la direction ne peut envoyer en province le tract national appelant à une journée d’action62. Cette détresse financière est en partie le résultat de l’isolement politique de l’organisation étudiante. Depuis 1964, la subvention que lui versait le ministère de l’Éducation nationale lui est supprimée à cause de ses prises de positions politiques en faveur de l’indépendance de l’Algérie63. Cependant, ce n’est pas la cause essentielle de son dénuement. La principale raison réside dans l’hémorragie des adhérents. L’organisation qui en 1960 se vantait de grouper un étudiant sur deux n’en rassemble peut être pas un sur dix en 1968 : en 1960 on estimait que le nombre de ses membres s’élevait à 100 000 alors qu’en 1967, le nombre de 30 000 adhérents est avancé64. Les étudiants sont lassés des diverses majorités d’extrême gauche qui se succèdent à sa tête disséquant la fonction sociale de l’université et s’interrogeant sur la nature et le devenir social du monde étudiant qui est à la recherche d’une convergence avec un mouvement ouvrier révolutionnaire65.
Quelles sont donc les raisons qui motivent le Parti socialiste unifié à prendre la direction de cette organisation en pleine déliquescence ? « L’existence unique en Europe d’une telle force de contestation [l’UNEF] sur le plan universitaire, justifie pleinement, aux yeux du BN, le choix qu’ont fait les ESU d’agir prioritairement au sein du syndicat étudiant pour le renforcer et lui garder son caractère de moteur nécessaire de toute action étudiante d’envergure »66. Assurément, malgré une crise matérielle et financière doublée d’une crise idéologique, l’UNEF demeure la seule organisation connue et reconnue du milieu étudiant, présente dans toutes les villes universitaires. Elle est donc toujours un enjeu de pouvoir entre les diverses forces politiques de gauche et d’extrême gauche.

Le PSU saisit sa chance en janvier 1967. En effet, Jean Terrel président de l’UNEF élu au congrès de 1966 est poussé à la démission à cause du désaveu complet que manifestent les militants à l’égard de l’orientation qu’il impulse à l’organisation étudiante67. Après le départ de l’équipe Terrel à l’assemblée générale des 14 et 15 janvier 196768, l’UNEF est à prendre. Au sein de l’assemblée générale, aucun texte n’a pu être adopté, ni aucune majorité dégagée et l’élection d’un nouveau bureau a du être renvoyée quinze jours plus tard69. Ce laps de temps est mis à profit par le PSU pour décider de prendre la direction du syndicat étudiant. Depuis l’été 1966, Marc Heurgon secrétaire à l’organisation du PSU « était bien conscient qu’il y avait un enjeu important qui était le contrôle universitaire »70. Il avait pressenti l’effondrement de la direction de l’UNEF et avait donc renoncé à la renforcer. Sur ses conseils, à la rentrée 1966, les Étudiants socialistes unifiés prennent le contrôle de quelques Associations générales des étudiants (AGE)71 de province souvent devenues squelettiques. Désormais, pour un PSU menacé d’étouffement par le rapprochement électoral PCF-FGDS, la direction de l’UNEF, même affaiblie, est un atout. Au même moment, le PSU s’empare du SNESup qui se donne une nouvelle direction avec Alain Geismar à sa tête. Ce dernier est secondé par Abraham Béhar, assistant à la faculté de médecine de Paris et surtout membre du comité politique national du PSU. Pour Jean-Daniel Bénard, secrétaire de l’UNEF en mai 1968, le parti « contrôle le SNESup en mettant Geismar pour la façade et des hommes derrière comme Abraham Béhar pour tenir la boutique »72.

Quand arrive l’assemblée générale convoquée les 28 et 29 janvier 1967, c’est « dans une situation de putsch »73 que le PSU prend la direction de l’UNEF : le texte présenté n’est adopté que par 190 mandats, 110 abstentions, 57 refus de vote et 36 mandats contre ceux des trois AGE aux mains de l’UEC, accusées par Tribune étudiante, organe des ESU, d’avoir cherché une alliance avec les « majos ». Le texte hâtivement ratifié par l’assemblée générale est une énumération de thèmes empruntés aux « statutaires » et aux « structuristes » : aux premiers est reprise l’idée du droit étudiant à l’information sur la réforme Fouchet ainsi que la contestation des examens ; des seconds vient le thème de la « pédagogie progressive » de mise en cause des structures universitaires. En réalité, les ESU n’avaient jamais vraiment eu d’orientation syndicale propre. L’essentiel réside pour eux dans le maintien de l’UNEF à l’extrême gauche et dans l’idée d’un rôle spécifique des étudiants dans la lutte des classes74. Pour Pierre Vandenburie, élu fraîchement président de l’UNEF, le principal se situe dans le résultat pratique c’est-à-dire trouver le nouveau « point d’impact » des luttes étudiantes qui doivent être « signifiantes politiquement » en même temps « qu’elles constituent un objectif intermédiaire »75.

Or, ce point d’impact n’est pas trouvé comme le confirme le rapport politique76 présenté en mars 1967 par Pierre Vandenburie. L’incapacité de l’UNEF est admise : le bureau national qui est occupé à établir le contact avec les AGE de province et à stabiliser la déroute financière, renonce à toute action revendicative pour le dernier trimestre et se borne donc à expédier les affaires courantes jusqu’au prochain congrès fixé en juillet 1967.

Ce congrès tenu à Lyon a pour seul enjeu le contrôle de l’UNEF par les partis politiques. Il oppose l’Union des étudiants communistes, organe du PCF, qui a conquis huit AGE depuis le mois de janvier 1967 et aspire ouvertement à diriger l’organisation étudiante, aux ESU qui ont beaucoup de difficultés à diriger l’UNEF. D’ailleurs, le rapport qu’ils présentent aux délégués, est repoussé77. Les débats de fond sont éclipsés par les tractations politiques des dirigeants nationaux du PCF et du PSU qui d’après le témoignage de Jean Tercé, membre du bureau de l’UNEF, « se tiennent aux abords du congrès »78. Les ESU se maintiennent finalement à la tête de l’UNEF grâce à une « union sacrée » avec la Fédération des groupes d’études de Lettres (FGEL) alors présidée par Brice Lalonde79
Les mois qui suivent confirment la faiblesse de l’UNEF-PSU. Il ne s’agit pas ici de faire une histoire de l’UNEF dans les semaines qui précèdent l’éclatement de la « commune étudiante »80, on se bornera à faire un bref tableau de l’état déliquescent de l’organisation étudiante à partir du travail d’Alain Monchalbon.

La rentrée 1967 voit la reprise de l’agitation étudiante qui se manifeste clairement à l’université de Nanterre. Nulle part mieux qu’à Nanterre ne se manifeste le contraste entre la fragilité de l’UNEF et la reprise des mouvements étudiants. Cette récente université est terra incognita pour l’UNEF-PSU dont le bureau national reconnaît n’être informé de ce qui s’y passe que par la lecture de la presse81. L’AGE de Nanterre est faible numériquement et placée sous le contrôle de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Or, c’est à Nanterre qu’ont lieu, entre novembre et janvier, trois mouvements significatifs. En novembre, une grève est lancée ayant pour objectif les équivalences entre les anciens et les nouveaux certificats. Elle dépasse rapidement le cadre habituel. Impulsée par l’AGE de l’UNEF, elle est bientôt prise en charge par un comité de grève étudiant. Ses revendications partiellement satisfaites laissent pourtant un sentiment d’insatisfaction aux étudiants. C’est alors qu’est lancé un mouvement plus radical de contestation qui vise à la fois les examens, l’assiduité aux travaux pratiques et la présence policière sur le campus. Enfin, dès janvier 1968, un mouvement de résidents de la cité universitaire de Nanterre éclate, revendiquant la libre circulation et l’autogestion des activités. Cette agitation a été impulsée hors de toute initiative de l’UNEF-PSU82. Cette incapacité à entrer dans l’agitation étudiante marque les limites du redressement opéré par le bureau du PSU. En plus de sa situation financière précaire, l’UNEF subit un rétrécissement géographique : les assemblées générales ne regroupent que vint-six AGE alors qu’elles étaient deux fois plus nombreuses huit ans auparavant83.

Au niveau politique, le PSU a beaucoup de difficultés à se maintenir à la tête du syndicat. D’un côté, les AGE parisiennes dites « majos » sont suspendues depuis l’assemblée générale de novembre 1967 parce qu’elles ont constitué une structure de contact avec la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF). En outre, à côté de l’UEC et des ESU, un groupuscule trotskiste, le Comité de liaison des étudiants radicaux (CLER) a pris le contrôle de plusieurs AGE et prétend également diriger l’UNEF. Souvent des incidents violents opposent le CLER aux autres tendances si bien que quelques semaines avant Mai 68, l’assemblée générale de l’UNEF se tient à Colombes, municipalité communiste, pour se protéger des pressions physiques du CLER : les Jeunesses communistes sont venues renforcer le service d’ordre de l’UNEF-PSU84. Enfin, la direction de l’UNEF doit faire face à la démission de son président Michel Perraut à qui la dernière assemblée générale n’a pas pu désigner de successeur85. Jacques Sauvageot vice-président de l’UNEF assure l’intérim.

Dépourvu par la force des choses de stratégie propre en milieu étudiant, le PSU réussit toutefois à toucher une partie importante de la jeunesse scolarisée, radicalisée mais sans parti. En s’engageant sur le thème du Vietnam, qui rejoint et amplifie sa sensibilité anti-colonialiste, il donne une image positive dans les milieux intellectuels et notamment chez les jeunes pour qui « tout » paraît « possible ».


        • Les ESU et les terrains d’agitation




Né de la guerre d’Algérie, le PSU est complètement engagé dans l’internationalisme. La souffrance des peuples opprimés du tiers monde incarnés selon les moments par les Algériens, les Palestiniens ou les Vietnamiens, est désignée comme le mal à combattre car elle sous-entend l’impérialisme. L’internationalisme du PSU a une fonction compensatrice. Le besoin de croire, de produire des espérances, de les renouveler, conforte l’engagement, le déclenche pour partie et le stimule ensuite. L’internationalisme maintient un lien avec les idéaux qui ont fait « vibrer » la première génération de militants. Le PSU, parti minoritaire, souhaite s’affirmer dans ce domaine comme une véritable puissance politique. C’est donc tout naturellement que dès 1965, il s’engage dans la lutte contre l’impérialisme américain qui ravage le Vietnam. En septembre 1965, Jean-Marie Vincent appelle à commencer une campagne en France « contre les bases américaines, pour la reconnaissance de la République Démocratique du Vietnam, pour la reconnaissance du FLN comme le seul représentant du

Sud Vietnam »86. Puis, il s’engage dans le Comité Vietnam national (CVN)87. Il est toutefois important de distinguer les membres du parti engagés dans le CVN : les cadres sont souvent poussés par le parti alors que les militants de base s’investissent par conviction personnelle. L’aile gauche du PSU, qui s’y consacre le plus avec des hommes comme Manuel Bridier, Abraham Béhar, Jean-Marie Vincent, se retrouve à la direction du parti après le Vème Congrès de juin 1967.

Les années 1967-1968 voient l’engagement dans de nombreux pays, même aux États-Unis, de la jeunesse étudiante dans un affrontement avec l’impérialisme américain. L’exemple vietnamien encourage l’essor des mouvements de libération nationale et occupe une place éminente dans la controverse sino-soviétique sur l’avenir de la révolution mondiale. La guerre qui met aux prises la première puissance du monde, les Etats-Unis, et un petit peuple de paysans asiatiques, doit sa notoriété à ce fait. La disproportion des moyens engagés, l’usage par l’armée américaine d’armes et de substances comme le napalm destinées à tuer la population civile, renforce la réprobation morale contre l’agresseur. En outre, les échecs essuyés par le colosse américain montrent sa fragilité et fait de cette guerre un modèle politico-militaire. Par conséquent, la nouvelle équipe dirigeante du PSU s’immerge beaucoup plus dans la lutte aux côtés de ses ESU. Ce sont ces derniers qui sont les plus actifs au sein du CVN88. Ils constituent ainsi au PSU le lien, la continuité entre les générations de la guerre d’Algérie et de Mai 68 grâce au chaînon Vietnam.

On trouve le PSU et ses étudiants dans les manifestations de l’automne 1967. En effet, dans Tribune socialiste du 19 octobre, le bureau national du PSU appelle à participer à la « journée internationale de solidarité avec le peuple vietnamien »89 du 21 octobre afin de « marquer une nouvelle étape dans l’affirmation de la solidarité du peuple français avec le peuple vietnamien »90. De plus, le 18 février 1968, lors de la manifestation internationale contre la guerre du Vietnam qui se déroule à Berlin, les ESU sont présentes avec la banderole « Vietnam, avant-garde de la lutte anti-impérialiste »91. Des centaines d’étudiants français, dont Daniel Cohn Bendit s’y rendent à l’appel des ESU et de la Jeunesse communiste révolutionnaire trotskiste (JCR) au milieu de plus de dix mille autres étudiants92. Quelques jours plus tard, le 21 février, à Paris, une journée « anti-impérialiste »93 se déroule dans le Quartier latin à l’appel de l’UNEF, du SNESup et du CVN. Les ESU et les chefs de file de la gauche anti-impérialiste – Manuel Bridier, Jean-Marie Vincent, Claude Bourdet, Denis Berger – assistent aux meetings et aux manifestations pour la victoire du FLN vietnamien94 organisés à cette occasion. Marc Heurgon en profite pour s’attaquer violemment à l’hégémonie du PCF sur le « ghetto » de la cause vietnamienne, suggère une mobilisation « comme à la fin de la guerre d’Algérie » et une unification des organisations de solidarité tout en voulant rassurer la droite du parti en réaffirmant « la liberté d’analyse et d’appréciation du PSU »95.

La défense de la cause vietnamienne permet ainsi au Parti socialiste unifié d’influer sur la jeunesse, de se positionner comme l’unique organisation politique institutionnelle en lutte contre les méfaits de l’impérialisme et du capitalisme. Son internationalisme lui permet de se manifester auprès d’un public jeune et intellectuel comme le véritable parti du changement.
L’UNEF-PSU se montre également solidaire des mouvements étudiants internationaux. Elle est présente par exemple lors des manifestations étudiantes contre l’attentat dont est victime le dirigeant des étudiants de gauche allemands, Rudi Dutschke96.

Plus inattendue est l’intensité du mouvement des résidences universitaires. Après une première flambée en 1965, puis en 1967, les résidences universitaires sont à partir de janvier 1968, le théâtre d’une agitation spectaculaire. Le mouvement débute en janvier dans quelques universités de province comme à Nantes puis il est généralisé en février. Envahissant les bâtiments des filles, imposant le droit de visite, les résidants abolissent les règlements anciens. L’UNEF n’impulse pas le mouvement qui est le fait d’une organisation indépendante, la Fédération des résidents universitaires de France (FRUF) mais elle s’y intéresse vivement et informe les AGE qui souvent ignorent tout97. Elle s’efforce en mars de le faire converger avec l’ensemble du mouvement étudiant revendiquant contre l’augmentation des loyers, pour le contrôle des activités culturelles, l’allongement du séjour, les libertés individuelles et collectives. Elle s’étonne cependant que « des thèmes mis en avant, seul celui des libertés individuelles a été mis en avant. »98

Enfin, alors que depuis l’hiver une certaine effervescence est apparue dans divers lycées sur les thèmes de la liberté d’expression, l’assemblée générale du 17 mars incite les AGE à aider à la création des Comités d’action lycéens99. Leur origine est à rechercher dans les comités Vietnam créés en 1966 dans un certain nombre de lycées parisiens. Ces comités élisent une direction parisienne et en février 1967 plus de vingt Comités Vietnam national existent dans les lycées parisiens. À la rentrée scolaire 1967-1968, ces comités se transforment en comités de défense des lycéens exclus, parfois en comités de grève. Le 13 décembre 1967 apparaît pour la première fois la mention Comité d’Action lycéen. Les CAL organisent, au dernier trimestre de 1967, plusieurs manifestations contre la loi Fouchet, contre la discipline dans les lycées. Ce mouvement est condamné dès son origine par le PCF, l’OCI-CLER et l’UJCML comme étant corporatiste. Par contre, ils bénéficient du soutien du PSU, de la JCR et du CVN.
Le Parti socialiste unifié est très peu implanté dans le monde ouvrier, c’est pourquoi il mise sur la jeunesse étudiante afin de se forger une place de choix dans l’action contre le pouvoir gaulliste et plus généralement contre l’impérialisme et le capitalisme. De son propre aveu, le PSU accorde « une place prioritaire aux luttes universitaires dans la stratégie globale d’alternative. »100. Bénéficiant du contrôle de l’UNEF, il se présente comme le seul parti politique capable de mener à terme la contestation. Même affaiblie par les rivalités politiques ouvertes, l’UNEF reste l’unique force qui couvre, même médiocrement, les divers terrains de la sensibilité des étudiants de gauche : questions universitaires, agitation dans les cités universitaires, émergence d’un mouvement lycéen, l’UNEF est l’inévitable carrefour. Le thermomètre imparfait de la sensibilité étudiante, que sont les élections du printemps à la sécurité sociale étudiante, confirme les données traditionnelles : partout les listes de l’UNEF l’emportent sur leurs adversaires101. L’UNEF demeure l’organisation de loin la plus représentative des étudiants.

En ayant donc investit la direction de ce syndicat, le PSU, par l’intermédiaire de ses Étudiants socialistes unifiés, se positionne de façon à contrôler les mouvements revendicatifs de la jeunesse. Pourtant, l’explosion de Mai le surprend. Malgré son attention accrue sur les mouvements de contestation étrangers, il n’a pas présagé une seconde du potentiel revendicatif des étudiants français allant jusqu’à analyser la situation en mars 1968 en ces termes :
« En France, si on trouve un reflet de la crise universitaire européenne, la situation est fondamentalement différente et ceci pour deux raisons :

Il existe en France un syndicat progressiste étudiant. L’UNEF ne connaît pas d’équivalent dans les autres pays d’Europe (…)

Le pouvoir gaulliste a mis au point un projet universitaire cohérent. »102
Comme toutes les organisations traditionnelles, le Parti socialiste unifié est déconcerté par l’explosion du 3 mai 1968. Toutefois, un heureux concours de circonstances lui permet de rapidement s’insérer dans le mouvement.

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