Liste des sigles et des abréviations








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TROISIÈME PARTIE : LA MUTATION IDÉOLOGIQUE DE MAI


L’héritage de Mai 68 se matérialise par une augmentation importante de la population militante du Parti socialiste unifié. Cet apport numérique engendre la radicalisation de la ligne idéologique du parti. Le PSU comme ses nouveaux militants a vécu des expériences novatrices qui modifient désormais son approche de la vie politique. Ainsi, une radicalisation idéologique s’opère en son sein.

Cette mutation n’est pas sans conséquence pour le parti. Sa figure de proue, Pierre Mendès France, n’adhère pas à la nouvelle position de son parti. Cette divergence entraîne irrémédiablement une rupture. Qui plus est, l’assimilation de ce bouleversement ne s’effectue pas sans un travail de clarification que le PSU tente d’accomplir au cours de son VIème Congrès. Ce dernier se présente à la fois comme le lieu d’une réelle réflexion mais ne parvient pas à anéantir un certain nombre de contradictions.

Chapitre V : Un parti écartelé



  1. Pierre Mendès France ou le « Kerenski »183 de Mai 68




Membre fondateur du PSU, Pierre Mendès France est député de Grenoble en Mai 68. Dès le début des événements, le député de l’Isère se range aux côtés des manifestants. À mesure que la rue semble détenir le pouvoir, il joue un rôle de plus en plus important. Jusqu’au 27 mai, on peut parler de « l’ascension de M. Mendès France »184 et pendant les trois jours suivants présumer de l’arrivée imminente de « Mendès au pouvoir »185. Seulement, l’aventure s’arrête brusquement le 30 mai avec le discours du général de Gaulle qui réduit à néant tous ses projets. Qui plus est, elle cesse de se poursuivre aux côtés du PSU puisque le 15 juin 1968 Pierre Mendès France annonce officieusement sa démission du Parti socialiste unifié à Michel Rocard186 :
« Depuis plusieurs mois, déjà, mon désaccord avec le parti est latent et ma décision est inévitable. Je n’ai pas voulu la donner ni la publier jusqu’ici pour ne pas desservir des camarades engagés dans un combat difficile et courageux alors qu’un grand nombre d’entre eux ont tenu à se présenter aux électeurs en se recommandant de moi. Mais tout ce qui a été dit et fait au cours des derniers jours, m’oblige maintenant à vous annoncer une décision qui ne saurait vous surprendre. Je ne l’a publierai qu’à une date dont nous pourrons convenir vous et moi »187

Le 19 juin, Michel Rocard le sollicite en vain de revenir sur sa décision188. Un mois plus tard, le 19 juillet, Pierre Mendès France demande « à quelle date et en quels termes » Michel Rocard souhaite annoncer sa résolution189. Michel Rocard propose un projet de communiqué, l’ancien Président du Conseil un contre-projet mais à la suite d’une indiscrétion, la presse répand la nouvelle et les deux hommes décident d’en rester là.

Quelles sont les faits qui motivent cette décision ? Est-elle prévisible dès le mois de Mai ? Le rapport présenté par Michel Rocard au Congrès de Dijon tenu les 14, 15 et 16 mars 1969 affirme que les désaccords entre ce parti et Mendès France « remontent à la période des 28-29 mai »190. Selon le principal intéressé, les dissensions sont antérieures aux dates avancées par le secrétaire national du PSU.
Le député de l’Isère est comme tout le monde surpris de la tournure tragique que prennent les événements de la nuit du 10 au 11 mai. De Grenoble, il regagne la capitale le 12 et participe le lendemain au grand défilé de protestation de la Bastille à Denfert-Rochereau organisé par les syndicalistes et les étudiants.

Alors que la direction du PSU amorce sa radicalisation le 17 mai en remplaçant le concept de « front socialiste » par celui de « grand courant socialiste »191, Pierre Mendès France préconise le 19 mai la « participation »192 et ne remet pas en cause les institutions. Le mot « pouvoir » à une portée très nette, il vise le général de Gaulle193. Ainsi, cette déclaration semble dépassée et à contre-temps de l’évolution du PSU qui ne se contente plus de critiquer le chef de l’Éxécutif mais dénonce les institutions de la République. En effet, la veille, le PSU lance deux communiqués. Tous deux portent sur les comités d’action et les trois pouvoirs (ouvrier, paysan, étudiant). Le communiqué du bureau national est en fait une réponse de non-recevoir à Pierre Mendès France194. Il rejette plus clairement une « solution gouvernementale » ainsi que les « revendications purement matérielles ». Les divergences deviennent concrètes : le PSU, notamment représenté par Yvan Craipeau, s’engage dans la coordination des comités d’action195. Les mendésistes s’organisent de leur côté sur la base de la déclaration de Pierre Mendès France. Avec « l’appel des juristes pour Pierre Mendès France », se constitue dès le 21 mai une « association de soutien à Pierre Mendès France pour la constitution d’un régime démocratique et socialiste »196. On compte parmi les membres de ce groupe, les juristes Tony Dreyfus, ami et conseiller de Michel Rocard et David Weill, avocat. Dans cette association, on note la présence de Jacques Monod et Laurent Schwartz qui ont joué un rôle d’intermédiaires et de modérateurs lors de la nuit du 10 mai et qui ont participé à la création du Parti socialiste unifié197.

La direction du PSU ne rompt pas avec l’ancien Président du Conseil qui par son prestige peut permettre au parti de canaliser et tenter la récupération du mouvement. Seulement, Pierre Mendès France n’est pas victime de la radicalisation du parti et les désaccords grandissent entre eux.

Dans la nuit du 24 au 25 mai, Pierre Mendès France se rend au siège de l’UNEF à la Sorbonne pour y rencontrer Jacques Sauvageot. Jacques Sauvageot n’honore pas ce rendez-vous. Les interprétations divergent sur cet épisode. Pour certains, c’est Marc Heurgon qui aurait délibérément retenu Mendès France afin qu’il ne soit pas sur les lieux des échauffourés. Pour d’autres, cet épisode montre la désinvolture de Jacques Sauvageot. Rien ne nous permet de donner un sens exact à cet incident.

Puis vient le rendez-vous de Charléty. Les différentes interprétations s’accordent sur le fait que la réunion de préparation du meeting le 26 le rend encore plus sceptique quant à l’orientation que prend le PSU198. La direction du PSU et lui n’ont plus aucune vision commune. D’après Georges Kiejman, Pierre Mendès France accepte de se rendre à Charléty uniquement parce qu’il craint un bain de sang. Sa présence peut certainement éviter un dénouement tragique :
« C’est vrai que Mendès France avait des sentiments mêlés à propos du projet de Charléty. (…) On ne peut pas à la fois souligner que les gens réfléchis considéraient que les choses se jouaient dans le cadre des discussions qui devaient aboutir aux accords de Grenelle, et penser que Mendès France lui-même ne le comprenait pas. En vérité, une des raisons profondes pour lesquelles Mendès France est resté en retrait à Charléty, c’est qu’il s’y voyait une fois encore comme le témoin, comme un garant du maintien de l’ordre mais certainement pas comme l’acteur de quelque chose qui pouvait déboucher sur une victoire politique. (…) Pour lui, effectivement, (…) il était clair que la partie politique ne pouvait pas déboucher. »199
La cassure est déjà consommée quand le 29 mai au soir200 il se déclare prêt à prendre la tête d’un gouvernement si toutes les forces de gauche le mandatent. Mendès France présente cette décision comme le résultat d’une « longue séance de travail »201 qu’il vient d’avoir avec les dirigeants de la FGDS précisant que d’autres réunions auront lieu afin de parvenir à un accord complet202. Le PSU n’est pas mentionné dans cette déclaration. Même si ce jour-là la direction ne prend pas position contre les desseins de l’ancien Président du Conseil, il est évident qu’elle n’approuve pas la procédure suivie.

Le fossé que l’idée de « gouvernement de transition » creuse entre Pierre Mendès France et les dirigeants du PSU peut difficilement être comblé. Dans une lettre datée du 28 juin 1968, Pierre Mendès France fait part à l’avocat David Weill de ses craintes au sujet de la nouvelle orientation du PSU :
« Il faudra aussi que nous parlions du problème du PSU. Je ne vous cache pas que je suis extrêmement inquiet de l’évolution présente du parti qui a pratiquement échappé au contrôle de Rocard et qui est dans des conditions qui ne donnent vraiment aucune garantie à ceux qui essayent de raisonner froidement et raisonnablement en face des problèmes qui se posent. »203

Le litige porte principalement sur trois points. Selon Pierre Mendès France, les dirigeants du PSU se sont toujours efforcés d’empêcher tout contact valable entre les leaders étudiants et lui-même. Marc Heurgon aurait empêché le plus possible Jacques Sauvageot de le rencontrer204. Michel Rocard réplique que Pierre Mendès France a parlé « plusieurs fois et longuement avec Jacques Sauvageot »205, ce que confirme ce dernier206. Pour quelles raisons Mendès France estime que ces rencontres ne sont pas des « contacts valables »207 ? Tout laisse supposer qu’il n’est certainement pas dupe de l’hostilité que Marc Heurgon manifeste à son égard. Il en déduit donc que les discussions insatisfaisantes qu’il a avec le vice-président de l’UNEF, sont organisées par Heurgon. Si l’on se réfère au témoignage de Georges Kiejman, il semble que le malentendu provienne également de sa vision erronée de la jeunesse :
« Le malentendu venait de ce que cette jeunesse-là n’était pas celle à laquelle il pensait : « nos garçons », ceux à qui il faut assurer le « gagne-pain » du « plein emploi ». (…) La jeunesse qui défilait à ce moment-là dans la rue, au fond, n’était pas celle-là. »208
Le second point de discorde porte sur l’appel pour un gouvernement de transition rédigé par la direction du Parti socialiste unifié. Michel Rocard lui soumet ce texte qui certes mentionne des mesures conservatoires à prendre sur le plan monétaire et financier mais ajoute que les comités populaires doivent se substituer aux institutions officielles « paralysées et défaillantes » et « remettre en marche l’économie »209. Mendès France rejette ce texte qu’il juge « déraisonnable »210. Enfin, le rapport de Michel Rocard au Congrès de Dijon critique la déclaration faite à la presse par le député de l’Isère le 29 mai 1968. À ce propos Marc Heurgon déclare : « Il n’y avait pas d’autre solution pour flanquer à terre le gaullisme qu’un gouvernement d’union démocrate, mais à condition de contester un tel gouvernement, parce que c’est vrai, les Kerenski, ça sert dans l’histoire, mais il faut les appeler par leur nom »211. Officiellement, Marc Heurgon parle uniquement en son nom mais ce dernier est assurément le porte-parole en même temps que le témoin d’une profonde évolution du parti.
Si pour Pierre Mendès France, la cassure avec le PSU a lieu avant la fin du mois de Mai, il n’en reste pas moins que le secrétaire national du Parti socialiste unifié a sans doute raison en affirmant que « dès le 29 mai, Pierre Mendès France et le PSU n’étaient plus sur la même longueur d’onde »212. Jusqu’à cette date, le parti a joué à la fois la carte Mendès France car l’influence politique de ce dernier était une garantie à la réussite de l’opération et la carte révolutionnaire. Le PSU perd ainsi l’homme politique le plus populaire de son parti. En outre, les mois qui suivent cette rupture sont marqués par les troubles au sein de l’UNEF. Le PSU n’arrive pas à conserver et à faire fructifier ses acquis dans le monde étudiant. Là encore une certaine rupture se produit avec les étudiants.


E.Le difficile maintien à la direction de l’UNEF




L’UNEF a retrouvé un second souffle pendant les événements mais l’embellie n’est qu’apparente. Au lendemain de Mai les dissensions entre tendances et groupes divers reprennent et entraînent une crise de l’organisation. Le PSU qui a réussi à occuper la direction, est lui-même divisé sur les positions à maintenir. Certains souhaitent rester implanter dans le syndicalisme étudiant alors que d’autres n’y voient plus aucun avantage car il est devenu trop sensible aux questions politiques.
La crise de Mai ne permet pas le dépassement des contradictions traditionnelles du mouvement étudiant. Sa nature transitoire empêche la conscience collective de se référer à une stratégie de lutte. Surtout, il est incapable de s’organiser de façon durable. L’émiettement et la dispersion sont la règle et l’UNEF qui est la seule organisation d’ampleur et d’influence nationale ne réussit que difficilement à avoir des initiatives et la plupart du temps elle ne fait que répercuter ce qui est parti de la base. Ceci tient au fait que le mouvement étudiant est une mosaïque politique extrêmement variée où les rivalités sont très fortes. L’élan de Mai ne permet pas d’enrayer cette réalité et le congrès que tient l’UNEF les 21, 22 et 23 décembre 1968 à Marseille213 en est la preuve.

Les journaux de l’époque ont souvent titré sur une opposition entre les « anciens bureaucrates de l’UNEF et les jeunes militants des comités d’action »214. Un document rédigé par des militants de différentes sections parisiennes insiste sur le fait qu’au contraire il s’agit « du même type de militants, bien connu du mouvement étudiant et depuis longtemps classés politiquement que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur d’un groupe »215. Chaque formation politique représentée au congrès n’a qu’un seul dessein : prendre la direction de l’organisation étudiante. Il est évident qu’après Mai ce congrès revêt une importance sans précédent pour les participants. Pour l’UEC, il s’agit de faire de l’UNEF une organisation sur le même type que « la CGT »216. Les trotskistes veulent bénéficier du fait que le syndicat a de nombreux militants217. Quant aux ESU, ils comptent bien conserver leur position à la direction218. Dans cette perspective, le débat politique de fond est hypothéqué dès le départ et n’a pratiquement pas lieu219. Les problèmes de la place du mouvement étudiant après Mai, de la liaison étudiants-travailleurs, des luttes étudiantes au second trimestre énoncés par Jacques Sauvageot dans un article du Monde220, précédant le congrès, ne sont pas évoqués. Les débats se réduisent à des discussions creuses mais animées entre groupes opposés. Le Congrès de Marseille se solde par la victoire du PSU : les Étudiants socialistes unifiés gardent le contrôle de l’organisation et Jacques Sauvageot est élu président de l’UNEF avec un nombre de mandats relativement faible221.

Outre ce congrès qui étale les querelles et les divisions intestines au grand jour, l’UNEF sous l’influence de Marc Heurgon se coupe d’une partie des étudiants. Le litige est dû à l’attitude à adopter par rapport à la loi Faure et plus spécifiquement sur la « participation ». Cette loi d’orientation sur l’enseignement supérieur adoptée définitivement par le Parlement le 12 novembre 1968222 s’appuie sur deux principes constituant une réponse aux demandes de la plupart des étudiants et des professeurs. Le premier est celui de l’autonomie des universités. Elle doit permettre la création de formations nouvelles fondées sur la pluridisciplinarité, de rénover les programmes et les méthodes pédagogiques. De plus, la nouvelle organisation des examens donne une réelle souplesse dans le choix des cours. Le second principe est la « participation » : il donne la gestion des universités et des unités d’enseignement et de recherche qui les composent à des conseils élus où sont représentés tous ceux qui travaillent à l’université c’est-à-dire les enseignants, le personnel administratif et de service ainsi que les étudiants223. Ce dernier point n’est pas au goût de Marc Heurgon qui oriente la politique étudiante du parti et donc la position de l’UNEF dans une logique de refus de participer à ces conseils. Dans un article intitulé « La défaite d’Edgar Faure » publié dans Tribune socialiste224, il nie que les nouvelles structures universitaires puissent offrir un champ de contestation efficace et affirme que le gouvernement appliquera cette réforme « sans les étudiants »225.

Ce positionnement provoque de nombreux remous au sein du PSU et en particulier dans la tendance de Gilles Martinet226. Cette orientation révèle la contradiction entre le refus des dirigeants de l’UNEF de participer aux élections universitaires et la campagne menée par le PSU en faveur d’élections régionales227. Cette position de refus n’obtient pas l’assentiment de tous les syndiqués. L’UNEF se fractionne donc entre les partisans de la « participation » représentant la tendance communiste (UEC) de l’UNEF et les réfractaires qui s’alignent sur la position radicale imposée par Marc Heurgon. L’UNEF-Renouveau naît en janvier 1969228 regroupant ainsi ceux qui au sein de l’UNEF accueillent la loi Faure et son principe de participation. Au cours du Congrès de Marseille cette tendance s’est affirmée en présentant un texte que ses opposants ont qualifié de « réformiste »229. L’UNEF-PSU est donc incapable de dépasser le stade des luttes de pouvoir et de faire fructifier les acquis de Mai. Au contraire, elle se discrédite aux yeux de l’opinion publique et cesse d’apeurer le pouvoir gaulliste. La stratégie de Marc Heurgon, qu’imprime la direction du principal syndicat étudiant, conduit en partie le mouvement étudiant à la faillite.
Le déclin de l’emprise du PSU sur l’UNEF coïncide avec celui de Marc Heurgon au sein de la direction du parti. Le VIème Congrès du PSU fait en effet une victime de choix dans sa direction en la personne de Marc Heurgon. Ce dernier se sentant désavoué par les délégués démissionne et redevient simple militant du PSU. Ainsi, au moment où la tendance communiste UNEF-Renouveau s’affirme au sein de l’UNEF, celui qui était généralement considéré comme « l’éminence grise » du syndicat étudiant, disparaît des instances dirigeantes du PSU. On aurait tort d’interpréter sommairement ces faits comme une simple revanche des modérés sur les révolutionnaires ou comme une soudaine désaffection de la base envers les tendances gauchistes qui se sont révélées au cours du mois de mai 1968. Il s’agit plutôt d’une clarification opérée dans le parti.


F.Le Congrès de Dijon




« Ce fut un congrès difficile, mais les congrès faciles marquent souvent, dans les formations politiques, l’absence de véritable contestation ou bien le résultat d’une préfabrication. Ce fut un congrès passionné mais le VIème Congrès du PSU méritait la passion. C’était le premier congrès du courant socialiste en tant que tel. »230
Le commentaire de Michel Rocard permet de poser le problème du nouveau PSU : qu’y a-t-il de commun entre le PSU d’avant Mai 68 et celui d’après les événements ? Il semble que le mouvement de Mai a fait découvrir au parti de nouvelles positions théoriques qu’il tente d’expliciter dans ses dix-sept thèses. Ce congrès est l’occasion pour le PSU de clarifier ses positions. Toutefois, il est marqué par un incident de parcours, le départ de Marc Heurgon du bureau national, tenant essentiellement à l’interférence du problème tactique de la réponse à apporter au référendum gaulliste, que la presse met fortement en valeur laissant ainsi de côté le débat de fond231.
Les trois mois qui précèdent le congrès sont mis à profit pour organiser un débat dans l’ensemble du parti. Les questions théoriques, les problèmes politiques à moyen et à court terme et les pratiques d’organisation ont été abordés232. La discussion s’est fait à partir du projet de thèses présenté par le bureau politique en janvier 1969233. L’orientation globale de ce texte stipule que le socialisme est réalisable grâce à une alliance des forces qui ne borne pas leurs ambitions au replâtrage du système capitaliste. Cette dynamique ne peut être créée qu’avec le développement du PSU sur une base autonome. De ces thèses qui constituent à la fois un cadre pour la discussion en même temps qu’une orientation politique générale, il appartient à l’ensemble du parti de s’en saisir et de les discuter, de les enrichir avant le congrès. Durant cette période ont lieu de multiples réunions de sections dont les résultats sont synthétisés dans les congrès fédéraux avant le Congrès de Dijon234

Alors que ce travail de discussion se poursuit dans le parti, un problème tactique introduit quelques troubles dans la préparation du congrès. Le général de Gaulle annonce un référendum sur la régionalisation pour le 27 avril 1969235. Il s’agit en réalité de renouveler la légitimité du Président de la République devant le suffrage universel. Quelle réponse le PSU doit-il apporter au référendum gaulliste ? Trois solutions s’offrent à lui : le non, le vote blanc ou l’abstention. La tendance de Gilles Martinet se prononce pour le non dans la perspective de l’unité de la gauche236, une autre l’imite considérant que c’est la seule réponse qui peut être comprise par les travailleurs237. Le bureau national – Marc Heurgon particulièrement – se prononce ouvertement pour le boycott du référendum-plébiscite en affrimant que ce serait faire le jeu du gaullisme que de participer à un vote truqué alors que « se développent partout en France des luttes sociales et universitaires dures qu’il faut soutenir prioritairement »238. Les militants de base affirment la plupart du temps que cette question est secondaire et que ce qui prime c’est la réflexion autour des thèses239.
Le congrès débute par la lecture du rapport politique du bureau national sortant voté par une large majorité – 6 contre, 84 abstentions sur 800 mandats240. Les militants marquent ainsi leur approbation de la politique de leur direction nationale pendant le mouvement de Mai dont le compte-rendu constitue l’essentiel du rapport241. Le congrès aborde ensuite le débat sur l’orientation du PSU à travers les thèses. La question dominante posée aux participants est : le PSU doit-il contribuer à l’union des formations de gauche traditionnelle ou se vouer à l’unité de l’ensemble des forces révolutionnaires du mois de Mai ?242 La réponse qui apparaît déjà dans le projet de thèses du bureau national connaît une affirmation encore plus nette tout au long des débats et à travers les amendements votés avec les thèses. Les partisans de l’union de la gauche traditionnelle comme seule solution à une nouvelle crise de type Mai 68 se regroupent autour de Gilles Martinet et sont minoritaires243. Le reste des délégués semble nettement plus favorable à l’unité avec les forces de Mai pour constituer ce que Michel Rocard appelle « le courant socialiste »244. Pour les partisans de cette position, la social-démocratie n’existe pratiquement plus, quant au PCF, il freine les luttes et semble vouloir empêcher à tout prix le développement d’un nouveau processus révolutionnaire, ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas chercher à influencer les masses qui suivent actuellement le PCF. Pour ce faire, il est nécessaire de renforcer le PSU sous une forme autonome. La majorité du congrès estime qu’il doit tourner délibérément le dos au réformisme et s’affirmer comme une des principales composantes du mouvement révolutionnaire245.

En outre, au cours du congrès, une tendance de gauche adoptant résolument une analyse marxiste-léniniste joue un rôle important en intervenant fréquemment dans le débat à la fois pour poser des problèmes et critiquer certaines ambiguïtés de la position de la direction à travers les thèses246. Pour certains, les thèses sont un compromis entre marxistes révolutionnaires et réformistes modernistes. Pour d’autres, le PSU doit mettre en accord sa théorie et sa pratique et en particulier développer prioritairement l’implantation dans les entreprises247. Les critiques de cette tendance se cristallisent sur les thèses quatre et six. Ils reprochent à la thèse quatre qui concerne la base sociale des forces socialistes248, de ne pas donner de critère scientifique pour la définition du prolétariat et aussi de ne pas affirmer de façon suffisamment claire la nécessaire direction du combat révolutionnaire par la classe ouvrière. Quant à la thèse six, ils pensent qu’elle ne pose pas « le problème fondamental de la nature de classe du pouvoir d’État » et se déclarent partisans de la thèse marxiste de la dictature du prolétariat249. Ce groupe reproche à la direction du parti de ne pas avoir clairement combattu la « mystification de la voie pacifique »250. Le mot d’ordre du PSU en Mai 68 – « Pouvoir ouvrier. Pouvoir paysan. Pouvoir étudiant » – ainsi que la formule avancée par la direction de « moyens extralégaux mais pacifiques » leur apparaissent être des formules confuses. Cette « absence d’une vision claire quant au problème de l’État et de sa destruction violente par le soulèvement des masses »251 est réliée au « révolutionnarisme chrétien »252 présent au sein du parti. Pour les marxistes-léninistes du PSU, il s’agit d’affirmer clairement « le caractère inévitable, à plus ou moins long terme, de la violence révolutionnaire armée »253 et de préparer idéologiquement les masses à une telle perspective »254.
Le résultat principal de ce congrès consiste dans le vote des dix-sept thèses. Le Parti socialiste unifié cherche à travers ce texte à se doter d’une certaine cohésion. Nonobstant, ce congrès se solde également par un certain nombre de contradictions que sont la position du PSU sur le référendum et la nouvelle composition du bureau national.

En ce qui concerne le référendum, la question prend une ampleur disproportionnée au cours des débats. Elle les domine. Alors que Michel Rocard, secrétaire national et Marc Heurgon, secrétaire à l’organisation, ont tous deux pris position pour le boycottage de la consultation du 27 avril, les délégués leur donnent tort en décidant par 436 voix contre 386 et 18 abstentions255 de faire campagne pour le non. De façon assez contradictoire, une motion d’ordre présentée par Yves Le Foll qui tente de faire passer le vote sur la position du parti au référendum avant la détermination des thèmes de la campagne, est repoussée256.

Les délégués approuvent à une large majorité une plateforme de campagne électorale qui comprend les quatre thèmes suivants : la dénonciation de la « pseudo-réfome »257 gaulliste, la dénonciation du caractère plébiscitaire du régime et du danger que constitue la participation258, la dénonciation de « l’erreur qui consiste à engager prioritairement le mouvement ouvrier sur le terrain d’une consultation plébiscitaire choisie par de Gaulle et à laisser croire que l’issue puisse être décisive pour la victire du socialisme »259 et enfin la dénonciation de la conception fausse de l’alternative démocratique260. Par ailleurs, le congrès adopte une motion due à la fédération du Puy-de-Dôme et appuyée par trente-cinq autres fédérations. Elle précise qu’en aucun cas les décisions concernant le référendum ne pourraient être interprétées comme un désaveu des orientations générales décidées par le bureau national et de l’action de celui-ci.

Malgré le vote de cette motion, l’ancienne direction nationale se trouve dans une position difficile puisqu’elle s’est engagée publiquement en faveur du boycott du référendum. Or, elle est désavouée sur ce point par sa base. Aussi, Michel Rocard intervient-il avant l’élection du nouveau bureau national pour poser un certain nombre de problèmes et exprimer les hésitations du bureau national sortant :
« Celui-ci a un moment pensé se retirer devant ce vote. Mais la crise ainsi ouverte dans le parti aurait été un trop beau cadeau à nos adversaires et d’abord au régime. (…) La plupart des membres du bureau national ont considéré qu’ils pouvaient accepter d’être mis en minorité sur un point, au demeurant non essentiel, et de continuer leur tâche à la tête d’un parti qui, par ses votes sur le rapport politique, les thèses et les résolutions d’application, donnait à son action des lignes suffisamment claires et massivement adoptées. »261
Trois membres du bureau sortant – Marc Heurgon, Christian Guerche, directeur de Tribune socialiste et François Pertus, responsable des relations internationales – refusent néanmoins de se porter de nouveau candidats à la direction du Parti socialiste unifié. Marc Heurgon s’est le plus fermement engagé pour le boycott en liant explicitement la position sur les thèses au choix du boycott au référendum. Sa défaite signifie le désaveu par les délégués au congrès « à la fois de l’autoritarisme et de l’aventurisme »262 dont il marque la ligne du parti. Son départ ne signifie aucunement un abandon fondamental de la radicalisation politique opérée par le PSU depuis Mai 68.

Le VIème Congrès ne se limite pas à ces départs contrairement à ce que la presse de l’époque a relaté. Il est l’expression la plus manifeste d’un tournant du Parti socialiste unifié à la suite de la crise de Mai. Les conséquences du mouvement de Mai 68 se mesurent en terme de recherche idéologique nouvelle. La radicalisation du parti s’effectue avant tout par l’adoption d’une nouvelle identité politique héritée de Mai.


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