Liste des sigles et des abréviations








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Chapitre VI : La difficile recherche identitaire du PSU




Mai 68 fait apparaître le fossé existant entre les nouvelles aspirations qui s’expriment avec force et les institutions politiques en place. Le désintérêt du mouvement pour les institutions étatiques s’appuie d’abord sur un constat que dresse le Centre de regroupement des informations universitaires :
« Les événements récents ont révélé le vide politique de nos institutions. La structure et la tradition parlementaires actuelles ne permettent pas l’expression réelle des individus. […] La hiérarchie, la discipline, la bureaucratie des partis actuels, la conception du rapport dirigeant-exécutant, voilà ce que conteste le mouvement étudiant. Il en va de même de la centralisation excessive, de l’impossibilité de faire entendre sa voix. Quant aux idéologies traditionnelles pour autant qu’elles existent encore, elles sont devenues désuètes et sclérosées. Tout ceci a pour conséquence qu’aucun parti actuel ne peut représenter la tendance actuelle qui vient déchirer le ciel monotone de la vie politique française. »263
Les acteurs de la « commune étudiante »264 paraissent se retrouver autour d’une idée force : aucune organisation politique ou syndicale ne saurait s’approprier le mouvement de Mai. « L’absence aujourd’hui d’un chef à la tête de notre mouvement correspond à sa nature même. Il ne s’agit pas de savoir qui sera à la tête de tous mais comment tous formeront une seule tête »265, déclare un texte du Comité d’action étudiants-ouvriers de la Sorbonne. L’idée d’autogestion qui est à l’époque dénoncée comme une « formule creuse » par le PCF et la CGT266, connaît un succès inattendu. Les militants du Mouvement du 22 mars, les situationnistes et de nombreux trotskistes lui donnent une portée révolutionnaire sur le modèle des conseils ouvriers donnant un pouvoir opposé à l’État bourgeois267. Les étudiants du PSU ne sont pas loin de partager une telle orientation. Le Parti socialiste unifié a lancé le mot d’ordre : « Pouvoir ouvrier. Pouvoir paysan. Pouvoir étudiant » et ses slogans « l’université aux étudiants », « l’usine aux ouvriers » sont souvent repris. Les uns et les autres donnent à l’autogestion une portée et une signification différentes mais cette idée résume la remise en cause des institutions, des hiérarchies, et les aspirations à une démocratie directe.


  1. Un discours soudain et imprécis



      1. L’illusion d’un travail préparatoire avant Mai ?




Le PSU s’était-il préparé aux changements qu’il subit ? Si l’on en croit ses dires, les nouvelles aspirations de Mai sont inscrites dans une réflexion entamée depuis quelques mois. Michel Rocard dans Tribune socialiste du 13 juin 1968 s’appuie sur le conseil national de mars 1968268. Quatre années plus tard, il affirme que le tournant s’est opéré au Vème Congrès du parti en juin 1967 quand le PSU « décidait de centrer son travail sur la politisation des luttes sociales, élément indispensable d’un changement d’équilibre politique du pays »269. Il paraît difficile d’accréditer cette thèse à la lecture comparée du programme de 1967 et des propos tenus en 1968. Jacques Kergoat270, dans une allocution prononcée à l’occasion de la rencontre des Amis de Tribune Socialiste consacrée au PSU et Mai 68, va complètement à l’encontre de Michel Rocard. Il affirme que le mot autogestion n’est jamais utilisé par le PSU de quelque côté qu’on prenne l’expression. À son sens, avant 1968, le PSU est très nettement dominé par les préoccupations internationales à l’image de l’éditorial de Tribune socialiste du 2 mai 1968 consacré aux colonels grecs271 alors que l’agitation se développe à Nanterre depuis le mois de mars.

L’analyse de Jacques Kergoat semble au final relativement partiale. En janvier 1968, un comité politique national aborde la question de l’autogestion par le biais du pouvoir patronal dans l’entreprise. Le conseil national réuni les 30 et 31 mars 1968 à Versailles272, évoque le problème par l’intermédiaire des relations partis-syndicats. Si le débat sur l’autogestion n’est pas toujours explicite, la contestation du pouvoir patronal est bien présente et la réflexion sur le pouvoir en entreprise est largement amorcée avant le mouvement de Mai 68.


      1. Une réaction tardive à une certaine frénésie




Il semble incontournable de mettre en valeur l’activité du parti pendant les événements, seulement sa capacité à comprendre le mouvement doit être mise en doute. Comme nous l’avons déjà dit, le PSU a été surpris par l’ampleur du mouvement de Mai. Par la suite, il a cherché à s’imposer en tant qu’héritier de Mai 68 comme en témoigne sa capacité à en faire une référence et un événement fondateur. Dans les dix-sept thèses du Congrès de Dijon, le parti fait référence à cinq reprises à Mai 68 : le mouvement social est aux yeux du parti « la conséquence de cette crise structurelle du capitalisme » (thèse n° 2)273. Il a fait « apparaître clairement la profondeur des contradictions qui ébranlent la société française » (thèse n° 2). Il a aussi permis de mettre en valeur l’inaptitude de la gauche « à organiser le combat des masses populaires, à lui ouvrir des perspectives claires, à apporter une réponse au problème du pouvoir lorsque celui-ci s’est trouvé posé » (thèse n° 7). De cette manière, le PSU démontre implicitement sa légitimité à revendiquer cet « héritage politique » du mouvement.
La précipitation et la frénésie marquent les orientations idéologiques du parti et les nouveaux mots d’ordre qu’il déploie. Convaincu de l’importance des problèmes de pouvoir dans la contestation des étudiants et des grévistes274, le PSU développe un argumentaire reposant sur le triptyque « Pouvoir ouvrier. Pouvoir paysan. Pouvoir étudiant ». Cette revendication de pouvoir semble relativement conjoncturelle. La généralisation de la grève, l’apparition de nouvelles revendications plus qualitatives chez les travailleurs et la difficulté du gouvernement à résoudre la situation ont convaincu le PSU de l’opportunité de bouleversements politiques et de l’élaboration d’une « société socialiste de transition ». D’autre part, elle marque la sensibilisation du parti à des revendications gestionnaires que le PSU a relativement négligées dans ses programmes précédents. Revenant sur les événements de Mai, Michel Rocard affirme le 13 juin que « la lutte était bien davantage dirigée contre certaines formes de gestion que contre la propriété privée des moyens de production et d’échange »275. Il déplace le problème d’une traditionnelle lutte anticapitaliste contre les monopoles à une nouvelle forme de revendication des pouvoirs276. Le secrétaire national met bien en valeur la nécessité de « l’association directe des intéressés à leurs propres affaires, soit par l’autogestion, soit par le contrôle des décisions »277. Au-delà même de cette lecture, les propositions énoncées par le PSU figurent bien l’adoption de nouvelles revendications gestionnaires. Dans le rapport du bureau national intitulé Le sens de l’engagement278, le parti aborde brièvement en exergue les libertés politiques et syndicales jugées « nécessaires » pour réclamer ensuite le « contrôle », c’est-à-dire le « droit de veto sur les décisions patronales concernant l’emploi et les conditions de travail, le contrôle de l’emploi des bénéfices et des investissements » et la « gestion ouvrière de la Sécurité sociale ; gestion des entreprises publiques par les représentants de l’État et des travailleurs ». Enfin, le parti appelle à la création de « Comités d’action populaires, partout où cela est possible. Comités étudiants et enseignants dans les universités. Comités ouvriers dans les entreprises. Comités paysans sur le plan des campagnes. Comités de localités, de quartiers, de grands ensembles »279 censés être les lieux d’élaboration d’une « société nouvelle » et de devenir les « cellules de base de la démocratie »280. Cette orientation participe naturellement de l’idéologie de démocratie directe, du conseillisme et de l’autogestion.

Cet enthousiasme réel pour les comités et les revendications gestionnaires ne peut cacher certaines hésitations ou incohérences. La lecture des communiqués du PSU et de ses différentes prises de position publiés par la presse laissent une impression de flou idéologique, d’un parti relativement désarmé théoriquement. Teintée d’anti-capitalisme, la remise en cause des structures de pouvoir est réelle mais elle hésite incontestablement entre le contrôle ouvrier et l’autogestion à l’image de Michel Rocard validant les deux orientations pour permettre « l’association directe des intéressés à leurs propres affaires ». Or, les deux mots d’ordre n’ont pas précisément la même signification. Abraham Béhar affirme que les deux démarches sont aux antipodes l’une de l’autre : l’autogestion propose de substituer le pouvoir des travailleurs à celui du patronat quand le contrôle ouvrier n’implique pas de changement radical de l’organisation du pouvoir mais la possibilité offerte aux ouvriers de s’opposer à la politique patronale. La nature des comités populaires évoqués par le PSU semble également peu définie. Manuel Bridier ne sait trancher sur leurs futures prérogatives : « soit ils se substitutent aux anciens pouvoirs, soit ils se constituent en pouvoir parallèle de contestation permanente »281. Enfin, le PSU ne s’engage pas dans la revendication de l’autogestion. Dans un bref communiqué282, qui fait suite à la rencontre le 22 mai entre une délégation du bureau national du PSU et une délégation du bureau confédéral de la CFDT, le parti souligne « la complète identité de vues entre les deux organisations sur le sens profond du mouvement ». Cette position ne donne cependant pas lieu à une reprise du concept de l’autogestion. L’emploi même du terme est très rare – moins de cinq fois sur toute la durée du mouvement. L’autogestion ne donne en aucun cas lieu à une éventuelle théorisation et encore moins à une revendication identitaire de la CFDT.
D’importantes interrogations subsistent. Le PSU, convaincu de la réalité des revendications gestionnaires des grévistes, a sans doute souhaité à l’image de la CFDT « coller aux événements » et proposer de nouvelles orientations censées répondre aux aspirations des travailleurs. Si les revendications semblent claires, les propositions, comme nous avons pu le voir, sont plus empreintes de contradictions. Mis à part les brefs communiqués publiés au quotidien, le principal texte émanant de la direction du PSU est « Le sens de notre engagement » paru le 13 juin 1968283. Ce dernier est une reprise du « Projet de déclaration pour un gouvernement de transition vers le socialisme »284 publié par le PSU le 28 mai 1968. Ce texte, discuté avant le meeting du stade Charléty, s’attache peu aux revendications gestionnaires. Au-delà de quelques propositions matérielles – augmentation des salaires, abaissement de l’âge de la retraite, diminution du temps de travail – il réaffirme le bien-fondé des nationalisations. La nécessité du contrôle est répétée :
« Le gouvernement de transition vers le socialisme devra donc agir en promulguant les mesures répondant aux revendications des travailleurs : contrôle des travailleurs sur la marche des entreprises en particulier sur l’organisation du travail, sur les décisions concernant l’emploi et le développement de l’entreprise, ce qui entraîne la communication obligatoire aux représentants des travailleurs des comptes des sociétés. »285
Mais la gestion par les travailleurs est envisagée comme une sanction adressée aux entreprises réticentes à accepter le contrôle des ouvriers. Quant à l’organisation politique, même si le bureau national s’attache à condamner les conditions du scrutin de juin, elle est peu différente des exigences de démocratie directe exprimées dans le programme de 1967. Les comités populaires représentent la seule réelle innovation. Au-delà de la garantie de leur développement et de « leur libre activité à tous les échelons, dans les universités, les entreprises et les localités », le lecteur devine difficilement leurs prérogatives et leur rôle dans cette nouvelle « démocratie directe. »
Cette difficulté à dessiner un projet cohérent est certainement une des leçons que l’on peut tirer du meeting de Charléty et des réunions qui l’ont précédé. La tentative de former un gouvernement de transition se solde par un échec à cause du refus de Pierre Mendès France mais aussi à cause de la difficulté d’intégrer les revendications de Mai 68 dans un nouveau projet de société.


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