Doc. 1 – Innovation, invention, découverte








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Le quatrième facteur nécessaire à l’existence de l’innovation est nous l’avons dit, l’approche volontaire par essais et erreurs, à savoir l’expérimentation, y compris pour les innovations essentielles des temps les plus reculés, sur les acquis desquelles nous vivons toujours. Le hasard n’a rien à voir avec l’invention ou l’innovation s’il peut avoir un lien ténu avec la découverte. Si Fleming a découvert « par hasard » la pénicilline, c’est qu’il cherchait d’autres choses en pratiquant des cultures et que la curiosité scientifique lui a permis d’interpréter sa trouvaille. (…)
Pourtant, toutes les inventions ne sont pas, nous l’avons dit, des innovations. La poterie certes en est une, réalisée en de multiples endroits du monde indépendamment les uns des autres pour répondre aux mêmes besoins, mais elle est le résultat de multiples inventions préalables réalisées par recherche volontaire, essais et erreurs. Cependant, l’imagination, l’effort, la ténacité, même universellement partagées par des individus en divers lieux ne suffisent pas à expliquer l’existence des grandes mutations culturelles à certaines périodes et en certains lieux. Pour Lévi-Strauss, il convient de faire intervenir la notion de probabilité et de moments critiques. Les progrès de la connaissance sont des ajouts constants aux acquis des siècles antérieurs, à qui les neuf dixièmes de notre richesse sont dus. A deux reprises seulement, cet aspect cumulatif s’est traduit par une explosion porteuse d’innovations essentielles, et cela à 10 000 ans d’intervalle, ceux qui séparent la révolution néolithique de la révolution industrielle, auxquelles certains adjoignent une troisième révolution en train de se passer sous nos yeux qui conjugue la biologie, les possibilités d’action sur le vivant et les techniques de l’information. Ce point de vue, qui associe cumul et explosion d’idées révolutionnaires est aussi celui de Joseph Schumpeter. Si le changement apparaît en un espace de temps resserré, c’est qu’il s’y crée un climat favorable au déploiement des énergies, car les changements en appellent d’autres. Il y voit d’abord la marque des entrepreneurs, capables de mettre en œuvre de nouvelles combinaisons productives, avant de les exclure ultérieurement en tant que variable essentielle permettant d’expliquer le changement. Plus de grands hommes donc, mais des « grappes d’innovations », qui s’entraînent mutuellement ou c’est le changement qui est décisif pour les hommes.
(…)

La révolution industrielle s’est produite elle aussi dans une région du monde particulière où une « multiplicité d’inventions [ont été] orientées dans le même sens », dans un laps de temps suffisamment court pour que des synthèses s’opèrent entraînant des changements significatifs dans les rapports que l’homme entretient avec la nature. Lévi-Strauss présente ce processus comme une réaction en chaîne déclenchée par des catalyseurs (…). Il s’est agi essentiellement de domestiquer de nouvelles énergies : la vapeur, le charbon, le pétrole, l’électricité et maintenant l’atome ; de mécaniser les processus de production ; d’intensifier et d’accélérer les transports des personnes et des biens ; d’augmenter l’urbanisation ; de créer des substituts artificiels aux produits naturels devenus rares (la bakélite, les plastiques, les synthétiques, et …), etc. Notons des innovations considérables : le moteur à explosion, l’utilisation des ondes, la miniaturisation des composants, la puce électronique, le laser… sans parler des armes : bombes nucléaires, substances explosives, armes chimiques et bactériologiques, toutes choses qui font désormais partie de l’imaginaire de tous les peuples.

Peut-être y a-t-il eu dans l’histoire du monde d’autres moments où quelque chose se précipite dans une réaction en chaîne mais dans d’autres domaines qui sont moins aisément perceptibles à nos yeux que ceux des grandes évolutions techniques ; peut-être même sommes-nous en train de vivre pareil moment dans le domaine des idéologies. Ce qui semble être certain c’est que la quasi-«simultanéité d’apparition des mêmes bouleversements technologiques (suivi de près par des bouleversements sociaux), sur des territoires aussi vastes et dans des régions aussi écartées, montre bien, écrit Lévi-Strauss., qu’elle n’a pas dépendu du génie d’une race ou d’une culture, mais de conditions si générales qu’elle se situe en dehors de la conscience des hommes ». Étendue à la terre entière, la culture issue de la révolution industrielle comportera tant de contributions particulières dues aux diverses cultures, que pour l’historien de l’avenir, savoir où se situe la priorité n’aura pas en soi d’importance.

La troisième révolution, qui n’est peut-être d’ailleurs qu’un complément de la révolution industrielle, porte sur la communication de l’information au sens large, qu’il s’agisse des gènes, de la téléphonie, du transport des images ou d’internet (innovation à la percée foudroyante). Elle porte aussi sur la manipulation du vivant. Si je devais quant à moi hasarder un pronostic je dirais que deux éléments majeurs d’innovation ont eu lieu, invention ou découverte, qui risquent d’avoir des réponses sociales considérables que nous ne pouvons envisager encore dans leur totalité.

Il s’agit d’une part de la pilule contraceptive et de ce qu’elle représente pour l’accès des femmes au statut de personne autonome et donc à l’égalité avec les hommes ; d’autre part de la découverte des cellules-souches embryonnaires totipotentes ou adultes pluripotentes, avec la possibilité ainsi offerte à l’homme de réparer l’homme et d’influer sur son destin. Il ne s’agit plus désormais pour l’homme d’agir sur les choses naturelles et leur fonctionnement, ou d’agir sur la transformation des matériaux, c’est d’agir sur lui-même qu’il est question, en fonction d’une idée à définir de l’humain. Nul doute que ces données ont déjà, au moins pour la première, le caractère d’innovation, ne serait-ce que par l’acceptation ou même la revendication féminine d’y avoir droit malgré l’hostilité masculine en de nombreux pays. (…)

Les grandes et véritables innovations sont celles des inventions et découvertes qui influencent et changent radicalement la vision du monde qu’ont les hommes en tous lieux, bien au-delà du progrès matériel, de l’aisance ou de l’abondance qu’elles apportent, et même si la réception n’en est pas uniforme, qui peut aller du rejet à l’adoration. Elles ont une influence morale, intellectuelle, éthique, sur les désirs et les aspirations des hommes, leur imaginaire, sur le gouvernement des hommes, le rapport à l’autre et avec la nature, sur la vision du monde, la morale et la religion.

Si aucune innovation n’est possible sans tenir compte de tout ce qui a précédé et qui est à mettre au crédit de l’humanité, on doit pouvoir considérer que l’humanité toute entière y contribue et y a sa part. (…)
Françoise HÉRITIER - Professeur au Collège de France et à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris)
Discours introductif au Festival International de Géographie - 2001


Doc. 2 – Le modèle de la diffusion

(…) L’idée de base, à l’origine de la notion de diffusion, est que les interactions entre individus sont le moteur principal de l’évolution de leurs comportements, croyances ou représentations. Ces interactions peuvent être directes, d’individu à individu, ou indirectes, c’est-à-dire relayées par un media ou une institution (journaux et publicité, partis et syndicats, marché…). Qu’il s’agisse de l’adoption d’une innovation ou d’une idée nouvelle, de la propagation d’une opinion ou de la séduction des consommateurs, il est clair que les deux types d’interactions sont en général à l’œuvre et combinent leurs effets pour orienter l’évolution des états individuels.

En termes de modélisation, la prise en compte des effets des signaux globaux (interactions indirectes) ne pose pas de problème majeur. Ainsi la viabilité économique d’une nouvelle technologie de production dépendra à la fois de son coût de mise en œuvre et de la structure des prix relatifs des facteurs de production concernés. En revanche, les effets d’interactions directes (signaux «locaux») génèrent des

dynamiques complexes dans lesquelles la structure sociale joue un rôle déterminant, dans la mesure où c’est elle qui conditionne la propagation de l’influence interindividuelle.

Car tel est bien le rôle fondamental de l’influence sociale (quelle que soit sa nature, économique ou non) dans les processus de diffusion, les individus générant leur état propre sur la base des signaux reçus de leur environnement social et répercutant à leur tour à cet environnement un signal reflet de leur état. En ce qui concerne la diffusion des inventions, dès le 19e siècle, le sociologue Gabriel Tarde avait bien mis en avant l’importance de l’influence sociale et la manière dont celle-ci est à la base de la formation d’une valeur de l’invention, fondée sur sa diffusion. « Avant d’être une production et un échange de services, la société est d’abord une production et un échange de besoins aussi bien qu’une production et un échange de croyances ; c’est indispensable ».

Dès lors, la question de la diffusion d’une innovation, d’un standard, d’une opinion ou d’une information, ne doit pas tant être comprise dans les termes statiques d’un niveau d’adoption (relatif par exemple à un niveau de prix), que dans un entendement dynamique, témoin de sa propagation au sein d’une population. Ainsi E.M. Rogers propose la definition : « Diffusion is the process by which an innovation is communicated through certain channels over time among the members of a social system ». La représentation la plus courante de cette dynamique est par conséquent celle d’une « courbe de diffusion » décrivant, au fil du temps, l’évolution du niveau d’adoption, relativement à la population de référence. Cette courbe, quand elle est représentée sous forme cumulative, revêt généralement une forme « en S », ainsi que Gabriel Tarde l’avait déjà observé. Les parties successives d’une telle courbe correspondent à l’entrée en jeu d’un continuum d’agents souvent catégorisés en types successifs : innovateurs (dont l’adoption n’est pas le résultat de l’influence sociale, mais va en permettre l’amorce), adopteurs précoces, majorité précoce et tardive, retardataires. On comprend que, dans cette conception du rôle des innovateurs et de leur exogénéité, au processus de diffusion soit associée une notion de seuil nécessaire au lancement d’une dynamique endogène. Les particularités du seuil sont bien entendu dépendantes à la fois des caractéristiques de l’innovation et de la structure du système social, support du cheminement de l’influence . On comprend également qu’à l’inverse la courbe de diffusion tend vers une limite excluant un sous-ensemble d’individus qui ne deviendront pas adopteurs, soit pour des raisons qui leur sont propres (notamment économiques) soit par leur situation aux marges ou à l’extérieur de la zone d’influence sociale. Cette population limite est désignée quantitativement comme le «potentiel» du processus de diffusion.


Influence sociale et diffusion de l'innovation – A. Steyer – J. B. Zimmermann - Mathématiques et sciences humaines – 2004
Doc. 3 – La sociologie des usages

À la suite de de Certeau, les recherches qui se sont attachées à l'étude de l'appropriation des technologies ont révélé la figure d'un usager actif, rusé, capable de créer ses propres usages. Ces études ont privilégié l'utilisation de méthodes ethnographiques afin de permettre l'observation fine des usages en situation. Cette perspective a marqué une rupture avec la sociologie des médias de masse dans la façon d'appréhender les usagers. Ceux-ci sont passés en effet d'un statut d'audience passive et soumise à celui d'usagers actifs - que le caractère interactif de ces nouvelles technologies à contribué à renforcer. Il reste que les rapports de domination entre la technique et l'usager font l'objet de débats souvent passionnés, qui révèlent des visions du monde antagonistes, dues en partie à la diversité des formations des chercheurs. Par ailleurs, à travers la figure d'un usager actif et autonome se pose la question des enjeux des nouvelles technologies, notamment en ce qui a trait au projet sociétal dont elles sont porteuses.

Le modèle de de Certeau a été - et continue d'être - très discuté. Certains lui reprochent notamment de laisser intacte la sphère de la production, et par là, de faire preuve d'une forme de déterminisme social qui ne se préoccupe que des « tactiques » des pratiques sans tenir compte des « stratégies » de l'offre. Lacroix et al. quant à eux, s'attachent précisément à la sphère de la production et rejettent cette idée d'une autonomie des usagers en considérant que les usages sont d'abord des réactions à l'offre. D'après Lacroix, « c'est l'offre qui amorce le processus d'implantation et de généralisation des NTIC, y compris en ce qui a trait à la formation des usages sociaux de ces technologies. Cela ne veut pas dire pour autant que les consommateurs n'ont aucune influence sur le processus d'informatisation sociale. [...] Rappelons toutefois que l'action des usagers ne se manifeste qu'en réponse aux propositions des promoteurs industriels et des marchands. ».

Serge Proulx a montré dans sa « lecture de Michel de Certeau », comment les ruses et les tactiques attribuées aux usagers pouvaient être récupérées par les producteurs, et par là, combien le pouvoir de résistance culturelle des usagers pouvait être limité. Les phénomènes de zapping par exemple, peuvent être considérés comme des tactiques des téléspectateurs, qui réussissent ainsi à se soustraire du programme imposé. Cependant, les producteurs ont contré ce phénomène en usant eux aussi de ruses, comme la programmation des séquences publicitaires de façon synchrone d'un canal à l'autre ou encore l'utilisation des mêmes acteurs dans les films publicitaires que ceux présentés dans le programme interrompu. De la même façon, on a souvent présenté les messageries conviviales du Minitel comme une « tactique » d'usage réussie; c'est oublier qu'à court terme, les serveurs et responsables de réseaux les ont intégrées à leur stratégie commerciale. Ainsi, l'usager ne peut résister à l'offre qu'à l'intérieur de ce qui lui est donné à voir, à entendre, ou à utiliser ; autrement dit, l'usager voit sa marge de manœuvre limitée à la zone définie par les stratégies des acteurs producteurs.

La notion d'interactivité est au centre du débat sur l'autonomie de l'usager. Les mythes qui l'entourent participent des discours prophétiques à l'égard des nouveaux outils de communication. Il faut souligner que "l'activité" de l'usager avait déjà été mise en avant dans les études sur la réception à travers la métaphore de la « réception active ». Cette notion a fait l'objet de nombreuses divergences et semble avoir perdu de son attrait conceptuel. Selon Proulx, cette conception contient deux idées contradictoires. D'une part l'idée que les individus ont une capacité de résistance culturelle limitée vis-à-vis de l'environnement dans lequel ils baignent; et d'autre part l'idée d'une liberté et d'un pouvoir dont ils seraient détenteurs.
Usages des NTIC : les approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation - Florence Millerand (1999)
Doc. 4 – La naissance d’Internet
Ces temps-ci, on célèbre les anniversaires de faits qui ont bouleversé le monde : les 80 ans de la précédente crise financière, les 70 ans de la déclaration de la deuxième guerre mondiale ou les 20 ans de la chute du mur de Berlin. C'est aussi l'anniversaire de la mise en service du réseau de l'Agence des projets de recherche du département de la défense américain (ARPA).

Le 29 octobre 1969, dans la salle de calcul du département informatique de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), il n'y a ni journaliste, ni photographe, ni homme d'affaires. Simplement une bande d'étudiants, doctorants, leurs professeurs et un ingénieur de la société BBN à qui a été confié le développement du logiciel des commutateurs de paquets du réseau. Le professeur Leonard Kleinrock est aux commandes, entouré des étudiants du groupe de travail sur le réseau (NWG), il tape sur un simple terminal un premier caractère de l'ordinateur Sigma 7 vers celui du Stanford Research Institute (SRI) près de San Francisco, puis un deuxième. Au troisième, le logiciel " plante ". C'était il y a quarante ans. J'étais le seul européen de la bande.

Un projet utopique, animé par des universitaires, sans participation industrielle, prenait corps. Nous avions plus ou moins conscience de participer à l'émergence d'un projet riche en promesses. Aucun n'aurait pourtant osé imaginer l'avenir de l'Internet. A travers maints rebondissements, du réseau de l'ARPA (le nom d'Arpanet n'apparaît qu'en 1972) au " Web 3.0 ", l'Internet s'est depuis imposé comme un outil incontournable du monde d'aujourd'hui et de demain, si l'on en croit les projections de Joël de Rosnay pour le Web 4.0.

Quels caractères génétiques ont donc permis à cette petite pousse de devenir un tel baobab ? Sa chance a bien sûr été la mise en œuvre des technologies de communication numériques, de la miniaturisation des circuits et l'enclenchement du cercle vertueux, d'une technologie reproductible et de plus en plus dense, proposée à un public de plus en plus large, et donc de moins en moins coûteuse. Sa chance a aussi été la déréglementation des télécommunications et la mondialisation de l'économie, dont il a, par ailleurs, été un outil stratégique. Mais pourquoi l'Arpanet et son successeur l'Internet ont-ils finalement balayé les projets concurrents ?

Les ingrédients du succès étaient déjà dans l'embryon du réseau ARPA né de la rencontre de visions, d'objectifs et de personnalités divers, voire contradictoires : militaire, universitaire ou libertaire. Le souci d'inspiration militaire était l'invulnérabilité, d'où le choix, pour le réseau de transmission, de la technique de la commutation de paquets : l'information peut passer par n'importe quel chemin d'un réseau maillé de commutateurs de paquets ; si l'un d'eux est détruit, les communications ne sont pas perturbées.

Les universitaires ont fourni les premiers sites, développé des spécifications en toute indépendance des constructeurs et des grands opérateurs de télécommunications, inventé les premières applications. Les contrats de l'ARPA leur assuraient l'indépendance financière nécessaire. Le partage des ressources, en matériel, logiciels, données ainsi que des ressources humaines était un objectif majeur. S'y ajoute une culture de l'échange. Le réseau devient vite aussi un moyen de soumettre à la communauté des utilisateurs des algorithmes à vérifier, des programmes à tester, des données à archiver. Il deviendra un levier pour les promoteurs du logiciel libre. Il a su galvaniser des énergies et des intelligences désintéressées, individuelles et collectives.

Enfin, les jeunes chercheurs de l'UCLA n'étaient pas insensibles à l'air du temps libertaire qui y régnait L'hiver 1969-1970 fut aussi celui de la contestation dans les universités américaines : une sorte de Mai 68 sur fond de guerre du Vietnam de plus en plus mal supportée par les étudiants et de révolte des minorités ethniques. La philosophie qu'ils ont inoculée au réseau à travers ses spécifications était fondée sur l'indépendance, la liberté, la transparence, le partage et le pragmatisme.

Dès le départ, en mai 1968, ils ont institutionnalisé un système de spécifications ouvertes et publiques basées sur la compétence, la reconnaissance mutuelle et le consensus, qui s'est révélé par la suite être l'un des facteurs de succès majeurs du projet. Les " request for comments " (RFC) ont défié le temps : 5 689 RFC ont été publiés en quarante ans, et toujours avec la même sobriété de présentation. L'ensemble des RFC aujourd'hui disponible sur l'Internet constitue une extraordinaire " mémoire " du processus collectif de construction et d'évolution du réseau.

La liberté d'expression deviendra un cheval de bataille des pionniers de l'Internet : sur le réseau, tout doit pouvoir se dire, il est " interdit d'interdire " ; à chacun de faire montre d'esprit critique, de filtrer et de recouper l'information. L'usage initial exclusif de la langue anglaise montre combien ces gènes étaient monoculturels...

Vingt ans après sera introduit par une équipe de recherche européenne le World Wide Web, la Toile surlaquelle on peut naviguer en suivant des liens qui relient les informations, où qu'elles se trouvent. Cette application viendra compléter les atouts de l'Internet, et lui permettra de faire son entrée au début des années 1990 sur la scène politique, économique, sociale et sociétale mondiale, et d'éliminer les réseaux industriels concurrents.

Leur pragmatisme enfin est bien caractérisé par la célèbre affirmation : " Nous récusons rois, présidents et vote. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent. "

Le succès de l'Internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en a résulté : la collaboration de dizaine de milliers d'étudiants, ou de bénévoles, telles par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia. En France, certains avaient détecté la jeune pousse prometteuse, avaient vu dans l'Arpanet un signal faible, porteur d'avenir. Malheureusement ceux qui perçoivent ne sont pas ceux qui décident, et ceux qui proposèrent une approche calquée sur l'Internet ne furent pas suivis : en s'en tenant à des arguments techniques économiques, ou d'indépendance nationale, avec Transpac puis Teletel, et tout en marquant des points sur le court terme, on a choisi le repli sur notre pré carré, et ignoré les ressorts humains qui ont permis à l'Internet de finalement l'emporter.

L'Internet a été au fil des ans une création continue qui a su minimiser les contraintes d'usage. Il offre des outils puissants et accessibles à tous, ce qui a largement profité à des organisations ne disposant pas de moyens financiers importants pour communiquer : le secteur associatif en a ainsi été un grand bénéficiaire quand il a su se l'approprier. Aujourd'hui l'Internet est devenu un outil stratégique de la solidarité mondiale, peut-être la source d'une citoyenneté plus participative, même s'il ne faut pas être naïf : peuvent s'y exprimer le bien et le mal, le narcissisme et la convivialité, l'ordre ou le désordre.

Néanmoins, pourquoi ne pas dédier ce quarantième anniversaire à ces très nombreux contributeurs passionnés mais restés obscurs, qui, au fil des années, ont consacré leur temps libre, jour et nuit, à tisser cette Toile, en lui apportant un élément de structure, ou de contenu, la gorgeant de leur savoir-faire et de leurs connaissances, l'animant et l'imposant comme l'outil du savoir et de la communication universels.

En reconnaissance de ce rôle pionnier, l'usager doit pouvoir conserver un droit de regard sur le Net et sesévolutions, dont il est codétenteur. Au moment où l'Internet devient un pilier incontournable de l'organisation de notre société, où le développement d'une culture démocratique sur le Net pourrait être menacé, et où leur accessibilité pourrait être le prétexte pour des entreprises à but lucratif de s'approprier des composants de ce qui jusqu'à maintenant était considéré comme des biens communs, la Toile doit être reconnue comme un bien public, et la liberté d'y accéder comme un droit fondamental.
Michel Elie -Observatoire des usages de l'Internet – Le Monde – 29 décembre 2009
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