Du même auteur, à la Bibliothèque








télécharger 313.18 Kb.
titreDu même auteur, à la Bibliothèque
page10/14
date de publication24.01.2018
taille313.18 Kb.
typeDocumentos
c.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

Regard en arrière.


Madame Cambournac avait toujours coutume de se décharger sur autrui, notamment sur les apprentis de son mari et sur ce dernier, de toutes les ennuyeuses démarches et de toutes les corvées qui pouvaient survenir.

Elle avait même si bien manœuvré qu’elle avait de longue date habitué M. Tiburce Cambournac à endosser ce fardeau et à le porter sans récriminer ni se plaindre, tout naturellement. Aussi est-ce à lui qu’elle eut recours à Vélizy, le dimanche matin, en constatant que Césaire, qui aurait dû les rejoindre la veille, comme on le lui avait si clairement et catégoriquement expliqué, n’était pas encore arrivé.

« C’est étrange ! Tu lui as cependant bien dit...

– Mais oui ! C’est toi-même qui lui as conseillé de prendre le chemin de fer de ceinture, toi-même qui as eu cette idée, rappela M.. Cambournac.

– Elle était excellente ! interrompit sans scrupule ni fausse modestie Mme Cambournac.

– Je n’en disconviens pas, et tout de suite, tu l’as vu, j’ai abondé dans ton sens : je lui ai dit que ce n’était pas la peine de revenir rue d’Assas, et qu’en sortant de chez Martin, après lui avoir remis la montre de ce chef de bureau, il n’aurait qu’à gagner la station de ceinture... Je lui ai même demandé s’il avait assez d’argent pour prendre son billet ; il m’a répondu que oui...

– Qu’est-ce qu’il a bien pu faire ? Où a-t-il pu aller ?

– Peut-être est-il tout bonnement retourné rue d’Assas, et a-t-il couché dans sa chambre, hasarda M. Cambournac.

– Puisqu’il sait que nous sommes ici, voyons ! se récria l’horlogère. Nous n’avons pas l’habitude de le laisser seul, nous l’emmenons toujours avec nous... Il était bien convenu qu’il nous rejoindrait, encore une fois !

– Absolument !

– Je lui avais même confié diverses choses, que j’avais rangées dans son sac : du jambon, pour notre déjeuner de ce matin...

– Oui.

– Donc !...

– Il n’est pas possible, en effet, qu’il y ait eu malentendu ! conclut M. Cambournac.

– Ah ! quel malheur d’avoir besoin d’autrui ! Si l’on pouvait se passer de tous ces apprentis, de toute domesticité ! »

Mme Cambournac, qui confondait si volontiers les apprentis de son mari avec sa propre domesticité, et ne recrutait même pas d’autres serviteurs, faisait preuve en ce moment de fort peu de mémoire et d’une extrême et bien scandaleuse ingratitude. Mais, dans sa mauvaise humeur et son dépit, elle ne se souciait plus des services rendus et n’y regardait pas de si près. Elle était même si courroucée, si inquiète de cette incompréhensible absence de Césaire, qu’elle revint sur ses paroles et déclara à M. Cambournac qu’elle l’accompagnerait à Paris. Il fallait que le cas fût singulièrement grave.

« Oui, il est préférable que j’y aille avec toi ! Il n’y a même pas à hésiter : c’est indispensable ! Il y a là un mystère... Ah ! je m’en vais le secouer, ce polisson ! Attends un peu ! Attends, attends !... Nous faire poser de la sorte ! Nous plonger dans des transes pareilles ! Nous...

– Il sera bon de nous dépêcher, Colombe, si nous voulons ne pas manquer le train.

– Pars devant, je te rattraperai ! » répondit d’une voix impérieuse et stridente, qui n’avait absolument rien de « colombin », Mme Colombe Cambournac.

Une vive et bien désagréable surprise leur était réservée, et l’horlogère dut reconnaître et s’empressa même de proclamer qu’elle n’avait vraiment pas eu tort de concevoir des inquiétudes, de pressentir que la situation comportait une exceptionnelle gravité.

Bien que poussée tout contre, la porte du petit magasin de la rue d’Assas n’était pas fermée, et toutes les vitrines avaient été dévalisées, toutes les montres et toutes les chaînes enlevées. Quantité d’écrins gisaient pêle-mêle à terre ou sur le comptoir, vides de leurs bijoux.

« Oh ! ! ! »

Ce cri s’échappa à la fois des lèvres de l’horloger et de celles de sa femme, et ils promenaient autour d’eux des yeux effarés ou se considéraient l’un l’autre ébahis, ahuris, consternés.

« Oh ! ! Oh ! ! »

S’arrachant la première à cette douloureuse contemplation, Mme Cambournac se précipita chez le concierge pour l’interroger.

Mais celui-ci ne savait rien, « rien de rien », et n’avait remarqué quoi que ce fût d’insolite. Il osa même insinuer que « c’était peut-être bien mossieu ou madame qui avaient mal fermé leur porte, la veille, en s’en allant...

– Taisez-vous donc, m’sieu Laverdure, vous ne savez ce que vous dites ! lui riposta Mme Colombe, qui était hors d’elle-même, brandissait et crispait les poings, comme un vautour agite et contracte ses serres. Avez-vous des nouvelles de notre apprenti, au moins ?

– Il est parti hier avant vous, madame, vous l’avez bien vu...

– Et il n’est pas rentré ?

– Non, madame.

– Mais alors ?... » glapit Mme Cambournac, comme frappée soudain d’une lumineuse réflexion.

Et elle courut retrouver son mari dans le magasin dévasté.

« Tiburce !

– Eh bien ?

– Es-tu sûr de ce petit Léveillé ?

– Son oncle est la probité et l’honneur en personne...

– Je ne te parle pas de son oncle. Mais où est-il, lui ?

Les écrins gisaient pêle-mêle à terre.

Pourquoi n’est-il pas allé à Vélizy, comme c’était convenu ? Pourquoi ne s’étant pas rendu là-bas, n’est-il pas rentré ici, dans sa chambre ? Où a-t-il passé la nuit ? Ah ! ah ! cela te donne à réfléchir !

– Il est certain que... c’est bizarre ! Cependant...

– Cependant, oui, il a l’air convenable, honnête, trop comme il faut pour...

– Non, Colombe ! Il n’est pas possible que ce soit cet enfant ! protesta M. Cambournac.

– Je ne dis pas que ce soit lui ! Non, je ne te dis pas cela !

– Alors ?

– Il a fort bien pu, à notre insu, nouer de vilaines relations, se lier en cachette avec des mauvais sujets, qui ont profité de son inexpérience pour se faufiler chez nous... Cela expliquerait la chose.

– Mais quand et comment aurait-il fait ces dangereuses connaissances ? À quels moments aurait-il entretenu ces fréquentations ? Nous nous en serions aperçus, voyons !

– En attendant, il n’est pas là, et son absence seule suffit à l’accuser, riposta Mme Cambournac.

– J’en conviens ; mais le plus urgent, mon amie, est d’aller faire notre déclaration au commissaire de police. Ah ! quel désastre ! quel désastre ! acheva l’horloger en levant et agitant les bras au-dessus de sa tête.

– Mettre ainsi tout un magasin au pillage ! Et ce concierge qui n’a rien vu, qui ne sait rien, ne peut fournir aucun renseignement, qui, lorsqu’on l’interroge, a l’air de tomber de la lune ! À quoi sert-il ? À quoi ? Ah ! elle est bien gardée, la maison ! Ah ! oui ! Il y a longtemps que je voulais me plaindre au propriétaire... Comme j’aurais bien fait ! Ce concierge, il n’est jamais là, jamais là ! » ne cessait de maugréer Mme Colombe Cambournac, en se dirigeant vers le commissariat de police voisin.

Après avoir écouté les deux plaignants, ou plutôt Mme Cambournac seule, car elle avait, dès l’arrivée, intimé à son époux l’ordre de se taire : – « Laisse-moi parler, Tiburce ! Je sais mieux que toi ce qu’il faut dire ! » – le commissaire leur conseilla de se rendre sans retard chez M. Martin, l’ouvrier horloger, et de s’informer auprès de lui s’il avait reçu la veille la visite de l’apprenti, et si la montre à réparer lui avait été apportée.

« C’est même par là, par aller voir votre ouvrier, que vous auriez dû commencer, ajouta-t-il.

– Évidemment ! Comment n’y avons-nous pas songé ? avoua M. Cambournac.

– Ah ! dans ces catastrophes, s’exclama sa tyrannique compagne, on est bien excusable ! On ne sait plus où l’on en est, on a la tête à l’envers, on se trouve tout sens dessus dessous ! »

M. Martin n’avait pas vu Césaire, et ce fut pour lui, aussi bien que pour sa femme, un étonnement sans pareil que cette disparition et ce vol. Comme M. Cambournac, ils s’empressèrent de déclarer que le petit Léveillé ne pouvait être coupable, qu’il était au-dessus de tout soupçon.

Butée à son idée, Mme Cambournac ne voulait rien entendre.

« S’il n’était pas coupable, s’il n’avait pas trempé plus ou moins, trempé directement ou indirectement dans ce crime, il serait avec nous ! s’écriait-elle.

– Mais vous n’avez aucune preuve contre lui, répliquait, de sa douce et persuasive voix, la bonne madame Martin.

– Des preuves ? ripostait victorieusement Mme Cambournac. Des preuves ? Mais celle-là seule suffit : pourquoi n’est-il pas ici ?

– Je ne puis vous le dire, madame ; mais cet enfant, si bien élevé, si pénétré d’excellents principes, si sage, si gentil, n’est pas un voleur : j’en suis convaincue, j’en mettrais la main au feu !

– Sans être un voleur, il a pu rencontrer de ces tristes individus qui ne vivent que de cambriolages et de rapines, se laisser entraîner par eux...

– Non, madame ! Il aurait, au contraire, évité ces gens-là, se serait détourné d’eux...

– Enfin, madame, encore une fois, où est-il ? s’écriait de plus belle et en se plantant les poings sur les hanches la violente et rageuse Mme Colombe Cambournac. Où est-il, je vous le demande ? Dites-le-moi, puisque vous êtes si bien renseignée... Oui, dites-le-moi ! Je serai enchantée de l’apprendre ! Je serai ravie !... »

À ces explosions de voix et à ces cris, auxquels il n’était nullement accoutumé, le petit chien Kiki se mettait à japper coup sur coup en levant le museau vers Mme Cambournac, lui montrant les crocs et la considérant avec menace, comme, s’il eût voulu, lui aussi, prendre la défense de Césaire.

« Je ne sais où il est, madame. Peut-être s’est-il simplement sauvé de chez vous parce qu’il ne s’y plaisait pas, dit Mme Martin.

– Mais ce vol, ce vol, madame, vous l’oubliez ? Ce pillage de notre magasin ?

– Il n’y a là probablement qu’une coïncidence...

– Une bien singulière coïncidence !

– Des rôdeurs ont pu remarquer que vous vous absentiez tous les samedis soir pour vous rendre à votre campagne : il n’y a rien là d’impossible, rien de surnaturel, la remarque est, au contraire, très facile. Ces cambriolages sont malheureusement fréquents...

– Hélas ! surtout lorsqu’on a chez soi des étrangers, des garnements, qui s’amusent à causer dans les rues avec Pierre et avec Paul, qui se lient avec n’importe qui ! Vous ne m’ôterez pas cela de l’esprit, voyez-vous, madame Martin : ce petit drôle a fait de mauvaises connaissances, et nous en pâtissons ! »

XI



1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

similaire:

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDe la même auteure, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, publiés aux Éditions T. G

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, publiés aux Éditions T. G

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDans un magasin de vêtements haut de gamme, j’ai trouvé trois pulls...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconUn très long temps, l’idée ne pouvait même venir de l’homme qu’il...
«Beau bilan ! bougonnerait l’auteur de l’Economie royale avant de se recoucher, déçu, dans sa tombe. Et que faites-vous pour éviter...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur : joie, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 1997
«Paris—is—really—great !», semblables non seulement en apparence, mais aussi dans leur voix et leur façon de parler, à tel point...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconRoyaume du Maroc
«Terra Madre 2012» se déroulera en même temps que le «Salon international du goût». Pour la première fois, ces deux rendez-vous dédiés...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com