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Anciennes connaissances


Plusieurs événements étaient survenus au château de Clermont durant la convalescence de Césaire.

D’abord la gendarmerie avait mis la main sur les deux malfaiteurs qui avaient attaqué le comte de Massonges dans sa voiture, et dont l’un avait blessé Césaire à l’épaule. C’était bien, comme on l’avait tout de suite supposé, deux mauvais ouvriers plus ou moins occupés à l’extraction des nodules de phosphates ou coquins servant d’engrais. Ils venaient d’être transférés à Saint-Mihiel, au siège de la cour d’assises, et leur procès devait se juger durant la prochaine session. M. de Massonges et Césaire figuraient, bien entendu, parmi les premiers témoins qui seraient appelés à déposer, et ils attendaient leur convocation pour se rendre devant ce tribunal.

Puis – autre affaire judiciaire – la lettre adressée par M. de Massonges à l’horloger de la rue d’Assas pour l’informer du sort advenu à son apprenti, ainsi qu’à la montre confiée à ce dernier, avait porté ses fruits. La sèche et impérieuse épouse de M. Cambournac avait poussé un rugissement de joie, à la lecture de cette épître.

« Nous le tenons enfin !

– Mais, avait objecté l’horloger, il n’est question ici que d’une seule montre, celle de notre voisin, ce chef de bureau du Crédit foncier »

Et Mme Colombe Cambournac de riposter aussitôt péremptoirement :

« Qui en a emporté une est très capable de s’être approprié les autres !

– On ne nous dit pas qu’il l’a emportée, mais perdue, reprit M. Cambournac. Lis toi-même...

– Ta ta ta ! Ce petit mauvais sujet n’aura pas osé avouer la vérité tout entière. Il faut aller sur-le-champ chez le commissaire de police et lui donner connaissance de cette lettre. Comment dis-tu que se nomme ce monsieur, ce comte, qui nous écrit ?

– Le comte de Massonges.

– Et il s’engage à nous rembourser ?

– Le prix de la montre perdue.

– Il remboursera le tout. Puisqu’il est de si bonne composition, il faut en profiter.

– Rembourser le tout ? Comme tu y vas ! Il n’entendra pas de cette oreille.

– Nous verrons ! Nous verrons ! »

Le commissaire de police fit immédiatement parvenir la lettre au parquet, et le juge chargé de l’instruction de l’affaire envoya, séance tenante, à son collègue du tribunal auquel ressortit Clermont-en-Argonne une commission rogatoire, – c’est-à-dire qu’il l’invita à interroger, ou à faire interroger par le juge de paix de l’endroit, l’apprenti de l’horloger Cambournac et le comte de Massonges, signataire de la lettre, afin de leur épargner à tous deux un déplacement.

On devine la stupeur et la consternation de Césaire, lorsqu’il apprit le vol commis chez son patron la nuit de son départ, et dont il se trouvait accusé.

Il n’eut pas de peine heureusement à démontrer qu’il n’était pour rien dans ce cambriolage, et que c’était déjà bien assez fâcheux pour lui d’avoir égaré la montre qu’il portait à M. Martin, l’ouvrier de M. Cambournac.

« Je suis parti de Paris à pied, n’ayant que quelques sous dans ma poche. Sur la route, j’ai dû, sinon tout à fait mendier mon pain, du moins, ce qui y ressemble fort, m’improviser musicien ambulant, jouer du cornet à pistons, pour récolter de quoi me nourrir et me coucher. Quand M. de Massonges m’a rencontré sortant de Sainte-Menehould, je cheminais encore sur mes jambes, et j’étais harassé, épuisé de fatigue.

– C’est exact, attesta le comte, et il est de toute évidence que celui qui aurait eu en sa possession de l’or et des bijoux n’aurait pas voyagé de la sorte. »

Le juge fut de cet avis, et il rédigea sa réponse en conséquence. Il y avait, dit-il, deux affaires absolument distinctes : le pillage de la boutique d’horlogerie, et la disparition de la montre confiée à l’apprenti. Celui-ci, qui ne possédait sur lui qu’une somme insignifiante, ne pouvait être soupçonné d’avoir directement ou indirectement participé à ce pillage : loin d’en avoir profité d’une manière quelconque, il l’ignorait même. Quant à la montre, il ne se l’était nullement appropriée ; pas un instant, il n’avait songé à en trafiquer : quel marchand, quelle personne aurait osé acheter d’un enfant de cet âge un objet d’un tel prix ? Il l’avait perdue, cette montre, et c’était cette perte et la peur des reproches et des semonces, des scènes et algarades qui en résulteraient forcément, qui lui avaient suggéré l’idée de s’enfuir. Il avait d’ailleurs à présent un répondant notable, un protecteur jouissant de la considération générale, le comte de Massonges, qui prenait l’engagement d’indemniser l’horloger Cambournac de tout le préjudice que le jeune Léveillé (Césaire) avait pu lui causer.

L’audacieuse madame Cambournac, qui caressait si ardemment le beau rêve de faire solder par le comte de Massonges les méfaits des cambrioleurs et de mettre à sa charge le pillage total de la boutique, n’eut pas la joie de réaliser ce machiavélique dessein, d’essayer même cette réalisation. Peu de jours après la transmission à Paris de l’interrogatoire de Césaire et du comte, on arrêtait chez un brocanteur de Levallois-Perret un individu qui cherchait à vendre plusieurs chaînes de montre, dont la provenance semblait suspecte. Ces chaînes de montre – Mme Colombe Cambournac le reconnut bientôt elle-même – figuraient sur l’inventaire des bijoux et objets soustraits dans la boutique de la rue d’Assas. L’individu, un repris de justice des plus mal cotés, ne tarda pas, du reste, à s’avouer coupable et à dénoncer le complice qui recelait le restant du vol. Il n’y avait plus moyen de s’en prendre à Césaire, plus à espérer, par suite, d’exploiter la générosité et la débonnaireté de M. de Massonges.

En sortant de la cour d’assises de Saint-Mihiel, où les deux agresseurs du comte venaient d’être condamnés, l’un à deux ans, l’autre – celui qui avait tiré sur Césaire et l’avait blessé – à cinq ans de prison, M. de Massonges résolut de partir pour Paris avec « son sauveur », et d’aller voir M. Cambournac.

Césaire était maintenant tout à fait rétabli, et il était temps pour lui de se remettre au travail et de songer à son avenir. Quitterait-il l’état qu’il avait commencé à apprendre, l’état d’horloger, pour embrasser une autre profession ? L’horlogerie, il n’y tenait pas, ne se sentait, pour ce métier, aucune aptitude spéciale, et il affirmait même à M. de Massonges que son apprentissage d’horloger était à recommencer entièrement, tant avait été mal conduites et insuffisantes les leçons de M. Cambournac.

« Je ne m’occupais chez lui que du ménage, j’étais comme la bonne de la maison. C’était toujours à Mme Cambournac que j’avais affaire, toujours elle qui me commandait...

– Et son mari ne disait mot, lui ? Il endurait cela ? demanda le comte.

– Je crois, monsieur, que... qu’il a peur d’elle.

– Eh bien, mon ami, nous verrons cette femme terrible !

– Le peu que je sais en horlogerie, c’est à l’ouvrier de M. Cambournac, à M. Martin, chez qui j’allais souvent, que je le dois. Si mon pauvre oncle avait vécu, je lui aurais demandé de me placer chez cet ouvrier, qui a toujours été très complaisant pour moi.

– Je ne manquerai pas de l’aller voir et de le consulter à ton sujet, répondit M. de Massonges. Mais M. Cambournac a connu ton oncle, qui l’avait choisi pour être ton patron ; il sait quelles étaient ses intentions à ton égard : peut-être même a-t-il reçu de lui des instructions particulières pour ta gouverne et ton avenir. Je ne voudrais pas aller à l’encontre des volontés de ton oncle :

– Je comprends bien, monsieur, et je vous en remercie.

– Voilà pourquoi je tiens expressément à voir M. Cambournac et à causer avec lui. S’il n’a pas reçu de ces instructions spéciales, s’il me répond que je puis disposer de toi, te placer ailleurs, te diriger même vers une autre carrière, je me sentirai, je te l’avoue, délivré d’un scrupule...

– Ô monsieur ! Pour rien au monde, je ne voudrais me revoir chez M. Cambournac ! s’écria Césaire. Non ! À aucun prix ! Je me suis sauvé de chez lui...

– Ce n’est pas pour y rentrer, c’est évident, en effet ! Aussi n’aie pas cette appréhension. Mais il n’est jamais mauvais de voir les gens, si effrayants qu’ils soient, et de converser avec eux. C’est le meilleur moyen de s’éclairer et de s’instruire. Nous irons donc faire visite à M. et à Mme Cambournac, et nous les interrogerons. J’ai, du reste, un compte à régler avec eux : il faut que je les rembourse de la montre que tu as perdue et des menus objets que tu as emportés dans ton sac. »

Mais, quand M. de Massonges et son « sauveur » et pupille arrivèrent rue d’Assas, ils trouvèrent close la boutique de l’horloger, et ils apprirent du concierge Laverdure que M. et Mme Cambournac avaient définitivement quitté Paris, et s’étaient retirés dans leur propriété de Vélizy.

« Ils ont été tellement ennuyés de cette affaire de vol, ajouta-t-il, qu’ils ont fini par planter là leur commerce, sans même chercher à céder ce fonds, et sont partis pour leur campagne : ils ont de quoi vivre, et ils auraient été bien sots de se donner du tintouin... Et puis, là-bas, M. Cambournac pourra faire de la musique tout à son aise, s’époumoner à souffler tant qu’il voudra dans son piston... Croiriez-vous, jeune homme, poursuivit le loquace père Laverdure en s’adressant à l’ex-apprenti de son locataire, croiriez-vous que les rats commencent déjà à revenir dans la cave, depuis qu’ils n’entendent plus chaque jour les sonores ronflements du cornet à pistons ? Et quand vous étiez tous les deux à souffler ? Ah ! Ça allait encore bien mieux ! Ils avaient totalement disparu, les rats !... Vous devriez bien, jeune homme, descendre un peu dans la cave et nous jouer quelque chose ! »

Césaire s’excusa, alléguant – tout comme cet échevin orateur, qui, près d’énumérer les nombreuses raisons pour lesquelles on n’avait pu tirer le canon en signe de réjouissance, lors de l’entrée du roi dans la ville, articulait en premier lieu que la ville ne possédait pas de canon : raison qui dispensait de toutes les autres, – qu’il n’avait pas son instrument sur lui, et qu’il n’avait pas le temps non plus.

« C’est bien regrettable ! soupira le concierge. Ces maudites bêtes... – je parle des rats... – on ne sait comment s’en dépêtrer ! Quelle plaie, messieurs, quelle peste ! Il faudra que je me mette aussi à souffler dans quelque trompette : elle a du bon, la musique ! Elle sert au moins à quelque chose ! »

Une fois dehors, M. de Massonges proposa à Césaire de se rendre chez M. Martin.

« Nous irons demain à Vélizy. Il est trop tard aujourd’hui.

– C’est cela, monsieur. D’autant plus qu’on descend à Chaville, et que, de cette gare, il y a encore trois quarts d’heure de chemin...

– À demain donc ! Où habite M. Martin ? demanda M. de Massonges. Est-ce loin d’ici ?

– Pas trop, monsieur. Dans une demi-heure, nous serons chez lui. C’est rue d’Alésia, presque au coin de l’avenue de Montsouris. »

M. de Massonges se laissa conduire, et bientôt, en effet, le vieillard et son jeune compagnon pénétrèrent dans le large corridor du rez-de-chaussée, à l’extrémité duquel demeurait l’ouvrier horloger.

Au tintement de la sonnette, les jappements aigus et précipités de Kiki répondirent, comme de coutume, et, à peine la porte était-elle ouverte, que le petit épagneul s’élança vers Césaire et se mit à gambader autour de lui et à lui sauter jusqu’aux épaules.

« Mais oui, c’est moi, disait Césaire ; c’est moi, mon bon Kiki ! »

Et, tout en essayant d’esquiver ces trop vifs témoignages d’allégresse, il embrassa Mme Martin et Antoinette, puis s’approcha de l’horloger, qui était assis et travaillait comme naguère devant sa fenêtre. »

Une double exclamation retentit derrière lui.

« Mon cousin !

– Germaine ! »

Mme Martin et le comte de Massonges, l’un près de l’autre, face à face, se considéraient avec stupeur.

« Comment, c’est toi ? C’est toi, chère enfant ! » fit le comte en ouvrant ses bras, où Germaine – Mme Martin – vint se jeter et se blottir.

Et il la tint étroitement pressée sur son cœur, tandis qu’il appuyait ses lèvres sur le front et dans la blonde chevelure de la jeune femme.

« Ah ! mon cousin ! Pardonnez-moi !

– Chère petite ! Il y a longtemps... Nous ne t’en voulions pas... Nous t’avons tant cherchée, ta marraine et moi ! »

De part et d’autre alors on s’expliqua.

M. de Massonges raconta comment, à la suite de quelle rencontre et de quels dramatiques incidents, il se trouvait en compagnie du petit Léveillé.

« Bien souvent, poursuivit-il, Césaire m’a parlé de vous, de M. et Mme Martin, dont il me faisait sans cesse l’éloge ; mais je ne pouvais me douter, ma chère Germaine, qu’il s’agissait de toi et de ton mari. Je ne savais pas qu’il fût horloger, je le croyais toujours voyageur d’une maison de commerce, d’une maison de bijouterie.

– Hélas ! fit M. Martin. Un accident m’est survenu, je me suis un jour cassé la jambe en descendant de wagon, et il ne m’était plus facile de voyager.

– C’est un an après notre mariage que ce malheur est arrivé, reprit Mme Martin. Mon mari, heureusement, connaissait un peu l’horlogerie ; il n’a eu qu’à se perfectionner, et s’est trouvé ainsi avec un état en main.

– Si j’avais pu deviner ! s’exclama le comte. Mais ce changement de position... Et puis il y a tant de Martin !

– C’est bien vrai ! dit la jeune femme.

– Sans compter les ours, Maître Martin l’ours ! » ajouta son mari en riant.

Mais, depuis quelques secondes, M. de Massonges considérait Antoinette.

« Et cette gentille petite ? Est-ce que...

– Oui, mon cousin, c’est ma fille. Je lui ai donné le nom de ma cousine, de ma chère marraine...

– Comme elle sera contente de te revoir, de voir cette enfant ! dit le comte de Massonges en embrassant Antoinette. Nous ne cessions de penser à toi !

– Moi de même, mon cousin. Chaque jour, et maintes fois par jour, votre souvenir se présentait à mon esprit. Maintes fois aussi j’ai projeté d’aller à Clermont, de vous amener Antoinette, de me jeter à vos pieds...

– C’est nous, ou plutôt c’est ta marraine qui a eu tort de se formaliser de ton mariage : j’avais beau lui répéter que ta mère était libre de te marier comme elle l’entendait, que cela ne regardait que vous... Mme de Massonges t’aimait tant qu’elle aurait voulu te conserver près d’elle, avoir sur toi les mêmes droits qu’une mère a sur sa fille. C’était un excès d’affection qui allait jusqu’à l’égoïsme, je le lui ai dit bien des fois.

– Je n’ai jamais oublié vos bontés... Je sais combien vous m’aimiez tous les deux...

– Et nous t’aimons toujours, Germaine. Ah ! Pourquoi n’es-tu pas revenue ?

– Je le désirais de toute mon âme, mon cousin ; j’en mourais d’envie, de vous revoir, de retourner près de vous... et je n’osais pas !

– Tu ne pouvais cependant douter de nos cœurs ?

– Non, oh ! non. Mais je craignais... Je me disais qu’on pourrait mal interpréter cette réconciliation, lui supposer des motifs... des motifs intéressés... Vous avez une grande fortune, mon cousin, et nous...

– Ô Germaine ! N’étais-tu pas comme l’enfant de la maison, comme notre propre fille ? Ta place est restée vide : tu n’as qu’à la reprendre. Je remercie le Ciel, acheva le comte, d’avoir mis sur ma route ce jeune garçon, ce petit Césaire. Il m’a récemment préservé des attaques d’un bandit de grand chemin, il m’a sauvé la vie, et aujourd’hui c’est à lui que je dois de te retrouver, toi et les tiens, ma Germaine ! Je m’en vais, ce soir même, écrire à la cousine, lui annoncer notre arrivée... car je vous emmène tous les trois, c’est entendu ? Quelle fête pour elle de vous serrer dans ses bras ! »

XIV



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