Du même auteur, à la Bibliothèque








télécharger 313.18 Kb.
titreDu même auteur, à la Bibliothèque
page14/14
date de publication24.01.2018
taille313.18 Kb.
typeDocumentos
c.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

Épilogue


Le lendemain, dans la matinée, le comte de Massonges et Césaire, ainsi que Mme Germaine Martin, qui avait tenu à se joindre à eux et avait emmené Antoinette, se rendirent à Vélizy, chez M. Cambournac.

M. de Massonges n’adressa aucun reproche à l’horloger ni à sa parcimonieuse et revêche compagne sur l’étrange façon dont ils avaient compris et rempli leurs devoirs envers leur apprenti. Il en aurait eu le droit cependant, puisqu’il était actuellement le tuteur légal de Césaire ; mais à quoi ces remontrances et cette discussion eussent-elles servi ? M. Cambournac et sa femme se seraient retranchés derrière M. Léveillé, l’oncle Justin : c’était lui, auraient-ils répliqué, qui leur avait confié l’enfant, il savait très bien comment et à quoi on l’emploierait, et ils n’avaient de comptes à rendre qu’à lui.

M. de Massonges se borna à les interroger sur les intentions de l’oncle Justin à l’égard de son neveu.

« Tout ce que je sais et tout ce que je puis vous dire, repartit M. Cambournac, c’est qu’il ne voulait pas que Césaire fît de la musique son gagne-pain ; il ne voulait pas qu’il fût musicien de profession. Il estimait qu’il y a trop d’aléas et de déboires dans cette carrière.

– Cela me paraît juste, opina M. de Massonges.

– Il pensait que Césaire pourrait s’établir un jour horloger ; mais s’il n’a pas le goût du métier... »

« Ce n’est pas vous qui le lui auriez inculqué », se dit tout bas M. de Massonges.

« Enfin, reprit-il à haute voix, à part l’interdiction relative à une profession musicale, M. Léveillé n’a rien spécifié ?

– Non, monsieur.

– Je vous remercie », dit M. de Massonges.

Et, rassuré sur ce point, il prit congé des époux Cambournac, après les avoir largement indemnisés de la perte de la montre et du reste.

Dix ans se sont écoulés.

Césaire habite toujours le château de Clermont, et c’est lui maintenant qui remplace le comte de Massonges dans ses tournées quotidiennes à travers ses domaines de Longval, du Prieuré et de Blercourt. Sous la haute et habile direction de son bienfaiteur, il s’est adonné à l’agronomie, a étudié et continue d’étudier les multiples questions qui intéressent la science agricole, et spécialement l’entretien et l’aménagement des prairies et les procédés d’élevage. Il n’a pas pour cela oublié la musique, et il ne se passe guère de jour qu’il ne prenne son cornet à pistons ou sa flûte, et n’y joue quelques bons vieux airs, qui lui rappellent les leçons du cher oncle Justin, voire celles du timide et pleutre époux de la doucereuse et terrible madame Colombe Cambournac.

« L’Armateur », le brave, dévoué et jovial monsieur Scipion Gibraltar, est décédé l’an dernier, léguant à son « ex-pupille, Césaire Léveillé, une somme de cent mille francs, destinée à l’indemniser de certain préjudice qu’il a pu éprouver dans la liquidation de la succession de son oncle ». C’est ainsi que, sans désigner Mme Fauquignon, ni attirer sur elle le châtiment qu’elle méritait si bien, M. Gibraltar, bon et généreux comme toujours, répara le dommage causé à Césaire et remboursa ce dernier des quelques cent francs détournés par la misérable Léocadie.

Par ce même testament, M. Scipion Gibraltar, qui n’avait aucun héritier direct, laisse tout son avoir, évalué à quinze cent mille francs, « défalcation faite du legs attribué à M. Léveillé (Césaire), à la ville de Verdun, ma chère ville natale, à charge pour elle de procéder le plus promptement possible à la réfection complète et soignée du pavage de ses rues et places, pavage si remarquablement défectueux, qui m’a tant de fois endolori la plante des pieds, à moi et à tous mes concitoyens ».

M. Martin a abandonné son état d’horloger, et s’est initié, comme Césaire, à la vie agricole. Il s’en trouve à merveille, et sa santé, restée débile et frêle depuis la chute qui avait occasionné la fracture de sa jambe, a repris presque toute sa florissante vigueur d’autrefois. C’est lui qui gère maintenant la ferme du Prieur, « le Prieuré », dont le tenancier, le père Garaudel, est mort il y a une couple d’années. Mais, si enchanteur que soit le site de Beaulieu, si imposantes et superbes que soient les hêtraies qui entourent et surplombent les pâturages du Prieuré, M. Martin ne réside pas régulièrement dans cette ferme. Chaque soir, ou presque, en dépit de la persistance de sa légère claudication, il regagne Clermont à travers bois et vient rejoindre au château sa femme et sa fille.

Rentrée en grâce auprès de la comtesse de Massonges, Mme Germaine Martin s’efforce de faire oublier à cette parente les années de séparation ; elle est aux menus soins pour elle, l’entoure d’attentions, de prévenances et de tendresse.

Mme de Massonges a pris Antoinette en affection particulière ; elle se plaît à l’avoir continuellement avec elle, à se promener dans le parc en s’appuyant sur son épaule ou son bras.

« C’est mon bâton de vieillesse ! Et puis, ajoute-t-elle en s’adressant à Mme Martin, elle te ressemble tant, cette petite ! Auprès d’elle, je me crois reportée à trente ans en arrière. C’est toi, Germaine, que je revois en elle : elle me rajeunit ! »

Le fait est qu’Antoinette est présentement une belle grande jeune fille, blonde comme sa mère, douce et avenante comme elle, – tout le portrait de l’aimable et bonne madame Martin. Au printemps prochain elle épousera Césaire.

Quant à M. Kiki, l’intelligent et sémillant petit épagneul, il ne saute plus à la corde, ne joue plus à cache-cache ni au ballon, et ne quitte plus guère sa niche, toujours placée dans la chambre de sa jeune maîtresse. Il a aujourd’hui quinze ans sonnés : c’est un grand âge pour les chiens.

Cet ouvrage est le 978e publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

1 Paul Joanne, Dictionnaire géographique et administratif de la France, tome I, art. ARGONNE, p. 149-150.

1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

similaire:

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDe la même auteure, à la Bibliothèque

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, publiés aux Éditions T. G

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur, publiés aux Éditions T. G

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDans un magasin de vêtements haut de gamme, j’ai trouvé trois pulls...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconUn très long temps, l’idée ne pouvait même venir de l’homme qu’il...
«Beau bilan ! bougonnerait l’auteur de l’Economie royale avant de se recoucher, déçu, dans sa tombe. Et que faites-vous pour éviter...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconDu même auteur : joie, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 1997
«Paris—is—really—great !», semblables non seulement en apparence, mais aussi dans leur voix et leur façon de parler, à tel point...

Du même auteur, à la Bibliothèque iconRoyaume du Maroc
«Terra Madre 2012» se déroulera en même temps que le «Salon international du goût». Pour la première fois, ces deux rendez-vous dédiés...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com