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Un drôle d’apprentissage.


M. et Mme Cambournac habitaient rue d’Assas, presque en face du jardin du Luxembourg. La boutique, trop exiguë pour mériter le nom de magasin, était surmontée de l’enseigne : Horloger, en lettres d’or sur fond noir ; arrière-boutique, éclairée seulement par un vitrage, une longue imposte pratiquée dans la partie supérieure de la cloison, servait de salle à manger ; puis venaient une minuscule cuisine et la chambre à coucher, prenant jour toutes deux sur une cour intérieure.

M. Tiburce Cambournac était un petit homme chauve, obèse, ratatiné, dont les jambes, toutes courtes, disparaissaient sous son proéminent abdomen : il semblait rond comme un tonneau ou une boule, tandis que sa femme, aigre, fluette, élancée, interminable, avait l’air d’une perche. À les voir l’un près de l’autre on songeait instantanément et involontairement à un gigantesque bilboquet.

Grâce à sa nombreuse clientèle, principalement composée du clergé qui demeure aux alentours de Saint-Sulpice, et des étudiants de ce même quartier, M. Cambournac avait vu grossir d’année en année ses économies, et il était possesseur aujourd’hui de cinq à six mille livres de rente et d’une coquette villa située à proximité de la ligne de Versailles, sur le plateau de Vélizy. Cette villa, avec le jardin y attenant, était la grande préoccupation et la passionnante distraction des époux Cambournac. Été comme hiver et quelles que fussent les intempéries de la saison, en dépit de la pluie ou de la neige, de l’orage, du vent ou de la grêle, ils quittaient chaque samedi soir la boutique de la rue d’Assas pour n’y rentrer que le lundi matin, et souvent encore dans le courant de la semaine, quand l’envie leur prenait à l’un ou à l’autre d’aller « là-bas », ils n’y résistaient point.

« Là-bas », ce n’était jamais que par ce terme vague, mais très explicite pour eux, qu’ils désignaient leur campagne de Vélizy.

Dans un coin du jardin, ils avaient installé un poulailler, et l’élevage des poules était devenu leur affaire capitale, une affaire bien autrement intéressante que l’horlogerie et la bijouterie. Une brave femme du village, la mère Montgobert, était chargée de donner à manger à ces volatiles et de surveiller la propriété en l’absence des maîtres. Mais ceux-ci trouvaient sans cesse prétexte pour s’y rendre.

Une autre passion de M. Tiburce Cambournac, c’était celle qu’avait signalée à son neveu M. Justin Léveillé, la passion de la musique et spécialement du cornet à pistons. M. Cambournac était resté fidèle à cet instrument qu’il avait si longtemps pratiqué au 159e de ligne, et chaque matin, après son déjeuner, chaque soir, après son dîner, il ne manquait jamais de descendre dans sa cave pour jouer quelques morceaux favoris. À part, en effet, certains jours de fête où les orgues de Barbarie, les cors de chasse, les cornets à bouquin et à pistons ont licence de se faire entendre dans les rues, il lui fallait se cacher pour se livrer à cet exercice de prédilection, se réfugier dans cette sombre et humide cellule, dont le soupirail donnait sur la cour. Encore, à plus d’une reprise, les locataires de la maison – ces gens assurément n’aimaient pas la musique – s’étaient-ils plaints de ce vacarme, et, s’ils avaient fini par s’y résigner, c’est qu’ils y trouvaient leur profit, – une compensation aussi appréciable qu’inattendue. La cave, jusqu’alors infestée de rats qu’on ne savait comment mettre en fuite, avait, après quelques-unes de ces harmonieuses, mais bruyantes et assourdissantes séances, été débarrassée de ces vilaines bêtes. Et c’était bien le cornet à pistons de l’horloger qui avait causé cette panique et provoqué cet exode, car, dès que l’instrument cessait de retentir durant seulement une couple de jours, on constatait la réapparition progressive des fuyards.

Partis le matin de Verdun, M. Léveillé et son petit-neveu débarquèrent rue d’Assas vers la fin de l’après-midi.

Avant de se rendre chez son ami, l’oncle Justin avait tenu à s’assurer un gîte dans un hôtel du voisinage, de manière à ne pas être contraint d’accepter l’hospitalité que les Cambournac ne manqueraient pas de lui offrir.

« Pourquoi, diantre, n’es-tu pas venu ici directement ? se récria M. Cambournac, les premières effusions terminées. J’ai justement là-haut une chambre qui ne fait rien.

– Mon vieux, je n’entends pas te gêner...

– Tu ne m’aurais gêné en rien du tout. Enfin je te retiens à dîner ce soir.

– Volontiers.

– Et demain nous allons à Vélizy : je te montrerai ma bicoque.

– C’est cela.

– Alors voici mon futur élève ? reprit M. Cambournac en se tournant vers Césaire.

– Qu’il est petit ! ajouta Mme Cambournac, longue et sèche personne, aux pommettes saillantes, au nez effilé, aux cheveux grisonnants et clairsemés. On ne lui donnerait pas dix ans.

– Il en aura treize à la Saint-Jean prochaine, madame, c’est-à-dire dans un mois, répliqua l’oncle Justin.

– Il a d’ailleurs encore le temps de grandir, et il ne s’arrêtera pas là, n’est-ce pas donc ? repartit M. Cambournac, en tapotant affectueusement les joues de l’enfant. Tiens, poursuivit-il, – et du doigt il indiqua à Césaire un établi disposé côté du sien, contre la montre, – voici ta place : c’est là que je te mettrai.

– Il sera on ne peut mieux, remarqua l’oncle.

– De cette façon, je verrai comment il travaille, j’aurai sans cesse l’œil sur lui. »

En attendant le dîner, M. Cambournac proposa à ses invités d’aller faire un tour au Luxembourg, ce qui fut aussitôt accepté. Comme Césaire, qui, depuis son arrivée à Verdun, n’en était jusqu’à présent jamais sorti, s’extasiait sur tout ce qu’il apercevait, sur ces statues de marbre, ces vastes pelouses, ce « beau château », et, là-bas, ces tours, et ce clocher, et ce dôme, l’oncle Justin reprit :

« J’ai l’intention de conduire cet enfant demain matin aux Champs-Élysées et au Bois de Boulogne.

– Tu as raison, dit M. Cambournac.

– À quelle heure irons-nous à Vélizy ?

– Nous prendrons le train de quatre heures cinq, si tu n’y vois pas d’inconvénient.

– Du tout.

– Comme nous ne pouvons pas fermer le magasin si tôt, ma femme viendra nous rejoindre un peu plus tard, sur les six ou sept heures. »

Ce programme fut suivi de point en point. L’oncle Justin, préférant, à cause de la chaleur, voyager la nuit, avait fixé son départ au surlendemain soir, en sorte qu’il avait encore toute une journée à passer avec Césaire. Cette journée fut de même employée à des promenades dans Paris : le matin on visita le Jardin des Plantes, on parcourut le musée du Louvre l’après-midi, et l’on poussa ensuite une pointe jusqu’aux Buttes-Chaumont ; puis on revint dîner rue d’Assas, et, à dix heures du soir, M. Justin Léveillé, accompagné de son neveu et de l’ami Cambournac, prit le chemin de la gare de l’Est.

Césaire, durant toute la journée et le jour précédent, n’avait fait que penser à cette séparation finale, cet instant terrible, et il avait le cœur bien gros. Il aimait tant son oncle ! C’était son seul parent, l’unique lien qu’il eût sur terre, – tout pour lui.

« Ne pleure pas, mon enfant... Allons, sois raisonnable ! dit l’oncle Justin, qui lui-même avait peine à retenir ses larmes. Tu es un homme, sapristi ! Je reviendrai te voir avant l’hiver, je te le promets ! D’ici là écris-moi souvent.

– Oui, mon oncle... Tu reviendras bientôt, n’est-ce pas ? Oh, oui !

– Encore une fois, avant l’hiver, en septembre ou octobre prochain, je t’en donne ma parole !

– Et je serai là pour la lui rappeler, ajouta M. Cambournac. Oui, si tu tardes à revenir, je t’enverrai une sommation par lettre ! » acheva-t-il en pressant dans ses bras son vieux camarade.

Quelques minutes plus tard, le train emportait l’oncle Justin vers sa bonne ville de Verdun, et l’horloger et son apprenti, perchés tous deux sur une impériale d’omnibus, regagnaient la rue d’Assas.

Césaire, qui avait passé les deux nuits dernières dans la même chambre d’hôtel que son oncle, allait coucher pour la première fois, seul, chez des étrangers, sous un toit inconnu.

Cette première nuit, dans l’étroite et basse mansarde du sixième étage dépendant de l’appartement de M. Cambournac, il ne l’oublia jamais.

La chaleur était étouffante sous ces combles, et le jeune provincial, ignorant les fenêtres à tabatière et leur système d’ouverture, ne parvint qu’au petit jour à manœuvrer la tige d’arrêt et à se donner un peu d’air. En outre, la fatigue des journées précédentes, jointe à l’émotion et au chagrin qu’il éprouvait, lui avait causé une violente migraine, et il ne savait comment alléger son mal, que faire ni que devenir.

Entendant sonner cinq heures à une horloge voisine, dont il avait du reste compté toutes les heures, durant cette longue et affreuse nuit blanche, il se hasarda à descendre ; mais tout dormait encore dans la maison, et il dut regagner son gîte.

Enfin des allées et des venues dans le couloir et sur le palier, des bruits, plus ou moins accentués, retentissant dans l’escalier ou la cour, lui indiquèrent qu’il pouvait se risquer de nouveau à quitter son réduit ; et, en effet, comme il arrivait au rez-de-chaussée, il aperçut la maigre silhouette de Mme Colombe Cambournac. La chambre à coucher de l’horloger avait une porte de sortie sur le vestibule, et Mme Cambournac entrouvrait cette porte, quand Césaire apparut au bas des marches.

Il s’empressa de saluer très poliment sa patronne.

« Bonjour, mon petit ami, répondit-elle. Je vois que tu es matinal : c’est bien, cela ! Nous aussi, nous nous levons de bonne heure, six heures l’été, sept heures l’hiver.

– Je pourrai descendre plus tôt, si vous le désirez, madame... J’ai toujours eu l’habitude de me réveiller de bon matin...

– Non, six heures, c’est suffisant... Je m’en vais te montrer comment on ôte les volets de la devanture : c’est la première chose... Viens par ici ! »

Lorsque Césaire eut terminé cette opération, Mme Cambournac lui mit un balai entre les mains et lui apprit à s’en servir, non seulement pour balayer la boutique, mais la salle à manger et la chambre à coucher. Quant à la cuisine :

« Nous la ferons en grand tout à l’heure, lui dit-elle ; nous nettoierons toutes les planches, ainsi que le buffet et le haut de la cheminée ; nous laverons le carrelage à la potasse. Tu verras, je te montrerai ! »

En attendant, le rôle du balai étant fini, elle passa à Césaire un torchon, et – nouvelle démonstration – lui enseigna à méthodiquement et minutieusement essuyer chaises, tables, commode, étagère, tous les meubles.

« Mais quand donc me mettrai-je à l’ouvrage ? » commençait à se dire Césaire, en songeant à l’horlogerie et en lançant un coup d’œil sur la place qui lui était réservée, sur son établi.

Le nettoyage de la cuisine, nettoyage « en grand » et qu’on avait réservé pour la fin, dura jusqu’à onze heures. Césaire espérait aller s’asseoir alors près de son patron, mais sa patronne intervint de nouveau.

« À présent, il faut songer au déjeuner. Sais-tu éplucher les pommes de terre ? Je gage que tu ne sais pas ! »

Césaire convint qu’en réalité cette besogne ne lui était pas familière.

« Tu vois que de choses tu as à apprendre ! Heureusement que je suis là pour te montrer ! »

« Je te montrerai... Je m’en vais te montrer... » Ces locutions revenaient à tout instant sur les lèvres de la longue, sèche et osseuse femme : c’était d’elle, et d’elle seule, que Césaire semblait l’apprenti.

Dans la boutique, courbé sur son établi, la loupe immuablement encastrée sous l’arcade sourcilière, afin d’examiner de plus près les rouages de ses montres, l’obèse petit horloger travaillait sans s’inquiéter de ce qui se passait derrière lui.

« Regarde ! continuait Mme Cambournac. Il ne s’agit pas d’enlever la moitié de la pomme de terre en la pelant ; il faut, au contraire, s’appliquer à peler aussi fin que possible... Tiens, comme cela ! »

Elle avait l’air très économe, la patronne ; et, cette économie, Césaire la constata mieux encore, lorsqu’on se mit à table.

Dans les repas qu’il avait pris avec son oncle les jours précédents chez M. Cambournac, la présence de M. Justin Léveillé avait contraint la maîtresse de la maison à modérer ou cacher sa lésinerie ; mais elle n’avait plus à se gêner maintenant : un apprenti n’est pas un invité.

Césaire fut consterné de la minceur du morceau de pain qui lui fut adjugé. Tout jeune qu’il était, et si menue que fût sa taille, il n’était pas assez timide pour ne pas oser redemander du pain ; il en redemanda, non pas une fois, mais deux fois, trois fois : à chaque reprise, le morceau devenait plus microscopique ; que faire alors ? Lui, à qui son oncle coupait de si larges et si épais chanteaux de pain de ménage, et qui était habitué à si bien y mordre à pleines dents et tout son soûl !

Il sortit de table avec à peu près autant d’appétit qu’il en avait en s’y mettant, et derechef il se demanda s’il allait enfin commencer son apprentissage d’horloger.

Mais c’était l’heure de la séance musicale, et M. Cambournac l’invita à le suivre à la cave.

« Nous allons voir ta force ! » ajouta-t-il.

Césaire n’avait eu garde d’oublier sa flûte à Verdun ; il alla la quérir dans sa malle, et descendit retrouver son patron, dont les savantes variations, puissamment modulées, sur le cornet à pistons, faisaient déjà résonner et trembler toute la cave.

« À ton tour ! À ton tour, flûtiste ! dit M. Cambournac, en poussant Césaire devant le pupitre mobile qu’éclairait un bout de bougie. Pas mal ! reprit-il ensuite. Non, ce n’est vraiment pas mal, et l’on voit que ton oncle a passé par là. Un maître musicien, ton oncle ! Pour les solos, personne ne le valait... C’était superbe, admirable ! Je me rappelle, entre autres, quel succès il obtenait sur la place Bellecour, à la musique du dimanche, quand nous étions à Lyon. Cela remonte loin ! Oui, un grand artiste, ton oncle ! »

Césaire sentit son cœur palpiter de joie à ce chaleureux éloge de l’oncle Justin, et M. Cambournac conquit d’emblée toute sa sympathie et son affection.

« Et la bonté même, le dévouement incarné ! continua-t-il.

– Oh oui ! fit Césaire. Combien je suis heureux de vous entendre l’apprécier si bien !

– Il ne manquerait plus que ça, repartit M. Cambournac, que je ne l’apprécie pas et ne chante pas ses louanges ! Mais, à propos de chanter, si nous reprenions nos instruments ? Voyons, joue-moi encore cette cavatine ! »

Et quand Césaire eut terminé :

« Bravo, mon enfant, bravo ! Ton oncle ne t’a appris que la flûte ?

– J’ai fait un peu de clarinette aussi, un peu de cornet à pistons également...

– Que ne le disais-tu ! Nous allons en jouer ensemble !

– Oh ! je ne saurais pas ! répliqua modestement Césaire.

– Bah ! Bah ! Cours donc prier Mme Cambournac de te donner le piston qui est dans l’armoire, le petit nickelé... »

Césaire revint bientôt avec l’instrument demandé, et la leçon commença.

« Espérons, se disait-il en lui-même, que ce sera tout à l’heure le tour de l’horlogerie ! »

Mais son espoir fut déçu. Lorsque maître et élève remontèrent de la cave et réintégrèrent la boutique, comme Césaire avisait de nouveau cet établi et ce tabouret, qui, au dire du patron, lui étaient réservés, et s’en approchait :

« Mais, Tiburce, est-ce que tu n’as pas un boîtier de montre à envoyer chercher ? demanda Mme Colombe Cambournac à son mari.

– Si, chez Bloch ; mais on pourrait n’y aller que demain, en se rendant chez Martin.

– Il vaut mieux que cette course se fasse aujourd’hui, repartit péremptoirement la patronne. Demain j’ai l’intention de sortir.

– Il faut cependant qu’on aille demain chez Martin.

– Eh bien, le petit ira ; mais, au lieu d’être demain quatre heures dehors, il n’en sera que deux, et je pourrai sortir après ma besogne faite. Envoie-le cette après-midi chez Bloch.

– J’aurais aussi besoin de porte-mousquetons pour ces chaînes, et d’un médaillon onyx semblable à celui-ci.

– Raison de plus ! En allant rue Turbigo chez Bloch, il poussera jusqu’au faubourg Saint-Martin chez Landry, et boulevard Voltaire chez Marcillier, et il te rapportera tes porte- mousquetons et ton médaillon. Donne-lui bien les modèles. Il faut tout te dire, vraiment ! Écris-lui les adresses exactes sur un bout de papier : qu’il ne se perde pas en route, cet enfant ! Il ne manquerait plus que ça ! Explique-lui bien aussi que, s’il est embarrassé, il doit demander son chemin aux sergents de ville, et rien qu’aux sergents de ville... Tu entends, petit ?

– Oui, madame,

– Rien qu’aux sergents de ville ! répéta M. Cambournac. Tu les reconnaîtras bien à leur uniforme ?

– Oui, monsieur. »

Durant les deux jours qu’il avait, en compagnie de son oncle, parcouru Paris à peu près dans tous les sens, « le petit » avait pu en remarquer les principales voies, en distinguer et en retenir les grandes lignes ; aussi, dans cette première sortie qu’il fit seul, abandonné à lui-même, ne s’égara-t-il pas trop, grâce surtout et en effet aux sergents de ville, qu’il ne craignit pas de mettre fréquemment à contribution.

Mais quand, après être allé pédestrement de la rue d’Assas à la rue Turbigo, de la rue Turbigo au sommet du faubourg Saint-Martin, du faubourg Saint-Martin à l’extrémité du boulevard Voltaire, il lui fallut de là-bas regagner son point de départ, il était moulu. Il avait pourtant d’excellentes jambes, et, le long de la Meuse ou dans les forêts avoisinant Verdun, il lui était maintes fois arrivé de marcher durant des après-midi entières sans autre conséquence qu’une bonne et salutaire fatigue. Il n’en allait pas de même ici ; il n’était nullement accoutumé au pavé parisien, et ses pieds se ressentaient douloureusement de ce changement.

Il avait hâte de grimper dans sa chambre et de retrouver son lit. À peine eut-il la force de manger son assiettée de soupe.

« Tu as l’air de ne plus en pouvoir, petit ? demanda Mme Cambournac.

– Oh oui, madame ! avoua-t-il.

– C’est le début... C’est inévitable ! Peu à peu tu t’y feras, mon enfant, répondit onctueusement la patronne. Si tu veux monter te coucher ?

– Je veux bien, madame. »

Quelques minutes plus tard, Césaire se glissait dans ses draps ; mais son excès de fatigue et la courbature qui en résultait, les cuisants élancements qu’il éprouvait aux orteils et à la plante des pieds, l’empêchaient de s’endormir, et, tout en se tournant et se retournant sur sa couche, il se répétait :

« Quel drôle d’apprentissage ! Est-ce que cela va continuer de la sorte ? Je ne pourrai pas rester ici dans ces conditions... Jamais je n’aurais cru... Non, je ne me serais jamais douté !... Et si mon oncle savait... Quel drôle d’apprentissage ! »

III



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