Littérature québécoise








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Jules-Paul Tardivel
Pour la patrie



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Jules-Paul Tardivel

1851-1905

Pour la patrie

roman du XXe siècle

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 49 : version 1.2

Né aux États-Unis, Jules-Paul Tardivel avait un père d’origine française et une mère d’origine britannique ; l’anglais était sa langue maternelle et pourtant il dénoncera l’anglicisation du peuple québécois. Il a appris le français au collège de Saint-Hyacinthe. Il a été journaliste. En 1878, il publie une biographie du pape Pie IX. Il a fondé en 1881 le journal La Vérité. Ennemi de Fréchette, des francs-maçons, Tardivel était un auteur militant ultramontain. Il a traduit le roman de Robert-Louis Stevenson, Docteur Jekill et Mister Hyde. En 1895, il a fait paraître un roman, Pour la patrie, « roman d’anticipation utopiste », note Jacques Allard ; d’autres parlent aussi du « premier roman séparatiste au Québec », ou du « premier roman de science-fiction connu au Québec ». L’action se déroule en 1945.

Avant-propos


Le R. P. Caussette, que cite le R. P. Fayollat dans son livre sur l’Apostolat de la Presse, appelle les romans une invention diabolique. Je ne suis pas éloigné de croire que le digne religieux a parfaitement raison. Le roman, surtout le roman moderne, et plus particulièrement encore le roman français me paraît être une arme forgée par Satan lui-même pour la destruction du genre humain. Et malgré cette conviction j’écris un roman ! Oui, et je le fais sans scrupule ; pour la raison qu’il est permis de s’emparer des machines de guerre de l’ennemi et de les faire servir à battre en brèche les remparts qu’on assiège. C’est même une tactique dont on tire quelque profit sur les champs de bataille.

On ne saurait contester l’influence immense qu’exerce le roman sur la société moderne. Jules Vallès, témoin peu suspect, a dit : « Combien j’en ai vu de ces jeunes gens, dont un passage, lu un matin, a dominé, défait ou refait, perdu ou sauvé l’existence. Balzac, par exemple, comme il a fait travailler les juges et pleurer les mères ! Sous ses pas, que de consciences écrasées ! Combien, parmi nous, se sont perdus, ont coulé, qui agitaient au-dessus du bourbier où ils allaient mourir une page arrachée à la Comédie humaine... Amour, vengeance, passion, crime, tout est copié, tout. Pas une de leurs émotions n’est franche. Le livre est là. »1

Le roman est donc, de nos jours, une puissance formidable entre les mains du malfaiteur littéraire. Sans doute, s’il était possible de détruire, de fond en comble, cette terrible invention, il faudrait le faire, pour le bonheur de l’humanité ; car les suppôts de Satan le feront toujours servir beaucoup plus à la cause du mal que les amis de Dieu n’en pourront tirer d’avantages pour le bien. La même chose peut se dire, je crois, des journaux. Cependant, il est admis, aujourd’hui, que la presse catholique est une nécessité, même une œuvre pie. C’est que, pour livrer le bon combat, il faut prendre toutes les armes, même celles qu’on arrache à l’ennemi ; à la condition, toutefois, qu’on puisse légitimement s’en servir. Il faut s’assurer de la possibilité de manier ces engins sans blesser ses propres troupes. Certaines inventions diaboliques ne sont propres qu’à faire le mal : l’homme le plus saint et le plus habile ne saurait en tirer le moindre bien. L’école neutre, par exemple, ou les sociétés secrètes, ne seront jamais acceptées par l’Église comme moyen d’action. Ces choses-là, il ne faut y toucher que pour les détruire ; il ne faut les mentionner que pour les flétrir. Mais le roman, toute satanique que peut être son origine, n’entre pas dans cette catégorie. La preuve qu’on peut s’en servir pour le bien, c’est qu’on s’en est servi ad majorem Dei gloriam. Je ne parle pas du roman simplement honnête qui procure une heure d’agréable récréation sans déposer dans l’âme des semences funestes ; mais du roman qui fortifie la volonté, qui élève et assainit le cœur, qui fait aimer davantage la vertu et haïr le vice, qui inspire de nobles sentiments, qui est, en un mot, la contrepartie du roman infâme.

Pour moi, le type du roman chrétien de combat, si je puis m’exprimer ainsi, c’est ce livre délicieux qu’a fait un père de la Compagnie de Jésus et qui s’intitule : Le Roman d’un Jésuite. C’est un vrai roman, dans toute la force du terme, et jamais pourtant Satan n’a été mieux combattu que dans ces pages. J’avoue que c’est la lecture du Roman d’un Jésuite qui a fait disparaître chez moi tout doute sur la possibilité de se servir avantageusement, pour la cause catholique, du roman proprement dit. Un ouvrage plus récent, Jean-Christophe, qui a également un prêtre pour auteur, n’a fait que confirmer ma conviction. Puisqu’un père jésuite et un curé ont si bien tourné une des armes favorites de Satan contre la Cité du mal, je me crois autorisé à tenter la même aventure. Si je ne réussis pas, il faudra dire que j’ai manqué de l’habileté voulue pour mener l’entreprise à bonne fin ; non pas que l’entreprise est impossible.

Un journal conservateur, très attaché au statu quo politique du Canada, répondant un jour à la Vérité, s’exprimait ainsi : « L’aspiration est une fleur d’espérance. Si l’atmosphère dans laquelle elle s’épanouit n’est pas favorable, elle se dessèche et tombe ; si, au contraire, l’atmosphère lui convient, elle prend vigueur, elle est fécondée et produit un fruit ; mais si quelqu’un s’avise de cueillir ce fruit avant qu’il ne soit mûr, tout est perdu. La maturité n’arrive qu’à l’heure marquée par la Providence, et il faut avoir la sagesse d’attendre. »1

Dieu a planté dans le cœur de tout Canadien-français patriote, « une fleur d’espérance ». C’est l’aspiration vers l’établissement, sur les bords du Saint-Laurent, d’une Nouvelle France dont la mission sera de continuer sur cette terre d’Amérique l’œuvre de civilisation chrétienne que la vieille France a poursuivie avec tant de gloire pendant de si longs siècles. Cette aspiration nationale, cette fleur d’espérance de tout un peuple, il lui faut une atmosphère favorable pour se développer, pour prendre vigueur et produire un fruit. J’écris ce livre pour contribuer, selon mes faibles moyens, à l’assainissement de l’atmosphère qui entoure cette fleur précieuse ; pour détruire, si c’est possible, quelques-unes des mauvaises herbes qui menacent de l’étouffer.

La maturité n’arrive qu’à l’heure marquée par la divine Providence, sans doute. Mais l’homme peut et doit travailler à empêcher que cette heure providentielle ne soit retardée ; il peut et doit faire en sorte que la maturation se poursuive sans entraves. Accuse-t-on le cultivateur de vouloir hâter indûment l’heure providentielle lorsque, le printemps, il protège ses plants contre les vents et les gelées et concentre sur eux les rayons du soleil ?

Entre l’activité inquiète et fiévreuse du matérialiste qui, dans son orgueil et sa présomption, ne compte que sur lui-même pour réussir, et l’inertie du fataliste qui, craignant l’effort, se croise les bras et cherche à se persuader que sa paresse n’est que la confiance en Dieu ; entre ces deux péchés opposés, et à égale distance de l’un et de l’autre, se place la vertu chrétienne qui travaille autant qu’elle prie ; qui plante, qui arrose et qui attend de Dieu la croissance.

Que l’on ne s’étonne pas de voir que mon héros, tout en se livrant aux luttes politiques, est non seulement un croyant mais aussi un pratiquant, un chrétien par le cœur autant que par l’intelligence. L’abbé Ferland nous dit, dans son histoire du Canada, que « dès les commencements de la colonie, on voit la religion occuper partout la première place ». Pour atteindre parmi les nations le rang que la Providence nous destine, il nous faut revenir à l’esprit des ancêtres et remettre la religion partout à la première place ; il faut que l’amour de la patrie canadienne-française soit étroitement uni à la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ et au zèle pour la défense de son Église. L’instrument dont Dieu se servira pour constituer définitivement la nation canadienne-française sera moins un grand orateur, un habile politique, ou un fougueux agitateur, qu’un parfait chrétien qui travaille, qui s’immole et qui prie ; moins un Kossuth qu’un Garcia Moreno.

Peut-être m’accusera-t-on de faire des rêves patriotiques qui ne sauraient se réaliser jamais.

Ces rêves, – si ce ne sont que des rêves, – m’ont été inspirés par la lecture de l’histoire de la Nouvelle France, la plus belle des temps modernes, parce qu’elle est la plus imprégnée du souffle apostolique et de l’esprit chevaleresque. Mais sont-ce purement des rêves ? Ne peut-on pas y voir plutôt des espérances que justifie le passé, des aspirations réalisables vers un avenir que la Providence nous réserve, vers l’accomplissement de notre destinée nationale ?

Rêves ou aspirations, ces pensées planent sur les lieux que j’habite ; sur ces hauteurs, témoins des luttes suprêmes de nos pères ; elles sortent de ce sol qu’ont arrosé de leur sang les deux races vaillantes que j’aime, je puis le dire, également, parce qu’également j’appartiens aux deux.

Ma vie s’écoule entre les plaines d’Abraham et les plaines de Sainte-Foye, entre le champ de bataille où les Français ont glorieusement succombé et celui où glorieusement ils ont pris leur revanche. Est-il étonnant que dans cette atmosphère que des héros ont respirée il me vienne des idées audacieuses ; qu’en songeant aux luttes de géants qui se sont livrées jadis ici pour la possession de la Nouvelle France, j’entrevoie pour cet enjeu de combats mémorables un avenir glorieux ? Est-il étonnant que, demeurant plus près de Sainte-Foye que des plaines d’Abraham, je me souvienne sans cesse que la dernière victoire remportée sur ces hauteurs fut une victoire française ; que, tout anglais que je suis par un côté, j’aspire ardemment vers le triomphe définitif de la race française sur ce coin de terre que la Providence lui a donné en partage et que seule la Providence pourra lui enlever ?

Pendant mes vingt années de journalisme, je n’ai guère fait autre chose que de la polémique. Sur le terrain de combat où je me suis constamment trouvé, j’ai peu cultivé les fleurs, visant bien plus à la clarté et à la concision qu’aux ornements du style. Resserré dans les limites étroites d’un journal à petit format, j’ai contracté l’habitude de condenser ma pensée, de l’exprimer en aussi peu de mots que possible, de m’en tenir aux grandes lignes, aux points principaux. Qu’on ne cherche donc pas dans ces pages le fini exquis des détails qui constitue le charme de beaucoup de romans. Je n’ai pas la prétention d’offrir au public une œuvre littéraire délicatement ciselée, ni une étude de mœurs patiemment fouillée ; mais une simple ébauche où, à défaut de gracieux développements, j’ai tâché de mettre quelques idées suggestives que l’imagination du lecteur devra compléter.

Si tel homme public, journaliste, député ou ministre, retrouve dans ces pages certaines de ses thèses favorites sur les lèvres ou sous la plume de personnages peu recommandables, qu’il veuille bien croire que je combats, non sa personne, mais ses doctrines.

J.-P. Tardivel.

Chemin Sainte-Foye, près Québec,

Jeudi Saint, 1895.

Pour la patrie

Édition de référence :

1895, Cadieux & Derome, Libraires-éditeurs, Montréal.

Ne laeteris inimica mea super me, quia cecidi :

consurgam, cum sedero in tenebris,

Dominus lux mea est.

Ô mon ennemie, ne vous réjouissez point de ce que je suis tombée ;

je me relèverai après que je me serai assise dans les ténèbres ;

le Seigneur est ma lumière.

MICHAEAS, propheta, VII, 8
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