Résumé Le rôle et la nature des publications qui recueillent l’actualité scientifique sont décrits. Les hebdomadaires anglo-saxons «Nature»








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Sources et traitements de l’actualité scientifique



Paul Caro

Résumé



Le rôle et la nature des publications qui recueillent l’actualité scientifique sont décrits. Les hebdomadaires anglo-saxons « Nature » (UK) et « Science » (USA) sont les principales sources de l’information qui atteint les media. Pour qu’un sujet soit traité il doit se prêter à la rédaction d’un récit qui utilise un certain nombre d’archétypes littéraires. Les médiateurs, des journalistes aux Musées, ont intérêt à traiter l’information scientifique avec une certaine distance critique de façon à favoriser le débat citoyen autour des sujets qui sont potentiellement polémiques et éviter d’être de simples courroies de transmission entre la communauté scientifique et le public.
Qu’est ce que l’actualité scientifique ?
Les chercheurs qui travaillent dans les organismes publics ont pour obligation de publier leurs résultats. En principe ceux-ci sont proposés sous forme d’articles à des revues spécialisées ou sont présentés sous forme de communications (qui peuvent être écrites) lors de Congrès. Les chercheurs employés par l’industrie, ou qui ont des collaborations avec elle, sont souvent plus discrets et leurs résultats peuvent se matérialiser uniquement par des dépôts de brevets. L’immense « littérature » scientifique recueille l’ensemble, articles, conférences, brevets, auquel s’ajoute la « littérature grise » (rapports, textes non publiés). La « littérature » la plus récente constitue l’actualité scientifique qui ne peut jamais être détachée, en fait, de la « littérature » antérieure sur laquelle elle s’appuie par un système de références.
La publication a deux fonctions. La première est un rôle d’information puisque, accessible à tous (au moins en bibliothèque) elle permet de mesurer l’avancée de la recherche. La seconde est plus subtile et essentiellement d’ordre sociologique : elle matérialise ce que les chercheurs échangent entre eux, c’est à dire la « reconnaissance des pairs ». Les publications jouent un rôle essentiel dans la construction de la hiérarchie scientifique, l’accumulation des moyens, les carrières, et l’acquisition du prestige (c’est à dire de l’admiration des pairs). Comme il y a de très nombreuses spécialités scientifiques et par conséquent une foule de publications spécialisées, il s’est construit une hiérarchie entre les revues qui distingue celles dans lesquelles il est souhaitable de publier parce qu’elles sont les plus lues, les plus sévères dans le choix des articles qu’elles publient, et par conséquent les plus prestigieuses. La langue anglaise domine toutes les publications scientifiques. Il y a des leaders dans toutes les disciplines (par exemple les diverses éditions de la Physical Review pour la physique), mais deux revues hebdomadaires pluridisciplinaires dominent le lot international : la britannique « Nature » et l’américaine « Science »  (publiée par l’American Association for the Advancement of Science, l’AAAS).
L’activité des chercheurs est de fait contrôlée par des systèmes de mesures qui permettent de savoir combien de fois un article a été cité et quel est « l’impact » (c’est à dire la qualité) de la revue. Une organisation privée spécialisée, l’ISI (Institute for Scientific Information) se charge de ce travail à travers des publications comme le « Science Citation Index ». Naturellement un article publié par « Science » ou « Nature » a beaucoup plus de chance d’être cité qu’un article publié en français dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences.
Dans ce complexe « marécage » pour spécialistes, où se trouve l’actualité scientifique la plus importante ? Il y celle que les chercheurs eux-mêmes s’efforcent de pointer, ou plus précisément les organismes qui les emploient au moyen de leurs « services de presse » et de leurs lettres d’information (comme « CNRS-Info ») distribuées aux journalistes scientifiques. Il y aussi des serveurs web comme Alpha Galileo (européen) ou EurekAlert (un service de l’AAAS) qui recueillent des communiqués signalant les publications considérées comme intéressantes (ou des évènements). Les journalistes peuvent aussi être alertés directement par les chercheurs eux-mêmes (le carnet d’adresses étant de part et d’autres un atout). En fait, la majeure partie de ce qui fait l’actualité scientifique dans les media est construite par les deux revues « Science » et « Nature ». Comme les articles primaires ne sont pas aisés à comprendre, et surtout que leur importance est difficile à évaluer, ces deux revues rendent le service à la communauté scientifique de proposer des analyses qui permettent de situer un article qui vient de paraître dans la perspective de la discipline particulière et mettent en avant son originalité (souvent soutenue par une image en couverture de la revue). Il y a aussi dans ces revues des analyses de politique scientifique sur les plans nationaux et internationaux. C’est donc, en général, ce que ces publications anglo-saxonnes désignent qui devient l’actualité scientifique (sauf quand, par exemple, le Comité Nobel fait ses choix ou qu’une catastrophe naturelle survient). De fait, la grande majorité des journalistes scientifiques s’appuient sur les analyses et commentaires de « Science » et de « Nature » pour rédiger leurs propres articles (ou brèves). Quelquefois, ils consultent des chercheurs de leur environnement pour compléter l’information.
Une situation qui évolue
Une grande bataille est actuellement engagée qui peut changer le statut de la publication scientifique et donc la question de l’accès à l’information scientifique récente (et par ricochet la définition de ce qu’est l’actualité scientifique). Comme les éditeurs des revues scientifiques augmentent de plus en plus le prix de leurs abonnements, beaucoup de laboratoires et de bibliothèques ne peuvent plus suivre d’où une dégradation de l’information des chercheurs eux-mêmes. D’autre part, à l’heure de l’Internet, il est très facile de consulter un texte à distance et de le télécharger sur son ordinateur (ou d’envoyer des courriels d’alerte avec pièces jointes aux journalistes à l’occasion d’une découverte). La publication papier n’est plus nécessaire et, même, la publication électronique peut avoir un avantage supérieur puisque l’on peut alors proposer des images animées, très utiles pour les représentations moléculaires en chimie par exemple.
Un mouvement de révolte est né au sein de la communauté des chercheurs qui exige le libre accès aux publications par la mise en ligne rapide des articles publiés par les revues papier ou même par l’utilisation collective d’ « archives » qui reçoivent les textes et les rendent accessibles à tous. Un système qui s’est beaucoup développé en physique notamment et qui démarre en biologie. Les éditeurs des revues font remarquer que leur service comporte un examen des articles par les pairs (« referees ») et donc apporte une certitude de qualité et d’originalité (mais qui peut s’accompagner de délais de publication). La nouvelle économie des publications pourrait être « supportée » par les auteurs, c’est à dire les Institutions de recherche qui s’acquitteraient d’une somme d’argent par article (environ 1500 dollars) pour couvrir les frais du système d’accès gratuit. On fait d’ailleurs remarquer que la plupart des recherches nouvelles étant conduites sur fonds public, il s’agit là d’une exigence démocratique élémentaire. On reproche aux éditeurs de confisquer à leur profit le bien public.
L’existence d’un système garantissant le libre accès aux publications primaires combiné avec l’efficacité des moteurs de recherche permettrait d’obtenir rapidement des informations sur n’importe quel sujet scientifique. Grâce aux autres ressources du réseau, une échelle de complexité graduée pourrait être établie autour d’un sujet, conduisant à évaluer son intérêt médiatique, ou éducatif. Cette possibilité est particulièrement importante pour les Musées et les Centres de Culture Scientifique Technique et Industrielle (CCSTI) qui décideraient de faire le choix de traiter des sujets originaux ou de rechercher ce qui peut être neuf autour d’un thème susceptible d’aiguiser l’intérêt de leur public. On sait que ce qui intéresse les gens c’est, dans l’ordre, tout ce qui concerne le corps (médecine, alimentation, cosmétiques …) puis l’environnement, enfin les nouvelles technologies. Il est préférable de ne pas raisonner en termes de disciplines traditionnelles comme mathématiques, physique, chimie, mais de choisir des thèmes transdisciplinaires comme ceux des sciences de la Terre ou de l’Histoire Naturelle (qui permettent tout aussi bien, sinon mieux, de parler de questions de mathématiques, physique, chimie …). Il y a d’excellents sujets basés sur les patrimoines locaux qui peuvent servir de points de départ. A partir des résultats obtenus au moyen des moteurs de recherche, on peut accéder à des textes originaux aussi bien qu’à des présentations « vulgarisatrices » ou à des documents médiatiques. De cette recherche documentaire on peut inférer s’il y a lieu de tenir compte d’une actualité. Les articles de base ont l’avantage de permettre de découvrir des chercheurs qui peuvent être des partenaires potentiels. Si un Musée ou un CCSTI veut traiter de « l’actualité scientifique », il faut qu’il se donne les moyens humains et matériels de consulter et d’exploiter les bases documentaires, heureusement de plus en plus accessibles (y compris une partie des contenus de « Science » et de « Nature ») mais qui exigent absolument une pratique convenable de la langue anglaise.
Le choix des thèmes à traiter
L’actualité scientifique est traitée par les journaux quotidiens, les hebdomadaires, les mensuels, la télévision et la radio. Certains mensuels sont spécialisés dans la présentation de la science et peuvent être très proches de revues de synthèse de la « littérature » scientifique (« La Recherche » par exemple). Souvent l’actualité est présentée dans la presse sous forme de « brèves ». Contrairement à une idée reçue, la télévision expose assez souvent l’actualité scientifique dans ses journaux d’information surtout si elle propose des images spectaculaires (exploration spatiale par exemple). La science récente est présente dans beaucoup d’émissions centrées sur des sujets spécialisés (économie, agriculture, santé, etc …). Il y a aussi des reportages documentaires sur des questions scientifiques d’actualité ou des films, quelques uns produits par les organismes de recherche eux mêmes (comme le CNRS Audiovisuel ou le CNRS Images Media). Certaines radios ont des émissions scientifiques régulières. Plus rarement les institutions muséales ont des départements consacrés à une présentation de l’actualité scientifique (comme « Sciences Actualités » à la Cité des Sciences et de l’Industrie (CSI) à Paris ).
Ce que proposent « Science » et « Nature » n’est qu’un éventail de sujets entre lesquels le journaliste doit faire un choix. C’est là qu’interviennent les règles « littéraires » propres à l’exercice de la vulgarisation scientifique par les canaux médiatiques. Dans la ligne de ces « règles », une revue comme Nature offre un service qui s’efforce d’attirer l’attention des journalistes sur des thèmes croustillants, pas forcément publiés dans les colonnes de Nature. Pour connaître l’actualité scientifique adaptée à la diffusion on peut butiner le site « Nature Science Update » (http://www.nature.com/nsu/news.html)
Le choix des sujets qui peuvent donner lieu à une présentation par les media, quels qu’ils soient, dépend de la possibilité de composer à partir de cette actualité un récit qui puisse être attractif pour les lecteurs, les spectateurs, les auditeurs ou les visiteurs.
Donnons un exemple choisi au hasard dans la « littérature » récente. Un article dont le titre est : « Observation of rare-earth segregation in silicon nitride ceramics at subnanometre dimensions » (Observation de la ségrégation des terres rares dans des céramiques de nitrure de silicium à des dimensions sub-nanométriques) (Nature, 15 avril 2004) a peu de chance d’attirer l’attention des media comme actualité scientifique (bien que les spécialistes des terres rares, dont je suis, puissent lui trouver du charme … et même lui attribuer un potentiel futuriste). Par contre, dans le même numéro, un article intitulé : « Formation of massive black holes through runaway collisions in dense young star clusters » (« Formation de trous noirs massifs à cause de collisions sauvages dans des amas denses de jeunes étoiles ») fait l’objet d’un commentaire élogieux des éditeurs de la revue intitulé : « Astronomy: The missing black-hole link » (« Astronomie : le lien manquant pour les trous noirs »), qui met en relief son importance pour la compréhension de la genèse de l’un des objets célestes les plus mystérieux. L’article a donc une chance d’être repris comme actualité par les media. D’abord parce que les mots « trous noirs » composent une invention poétique connue de beaucoup et que le grand nuage noir qui avale tout est une image mythique ancienne, fascinante et inquiétante, qui peut composer l’armature d’un récit qui permet de présenter, efficacement d’ailleurs, les résultats nouveaux de la recherche en astronomie dans ce domaine. Il s’agit là d’un exemple particulier de récit de création (ou de destruction, d’apocalypse si l’on préfère) qui correspond à un genre littéraire établi qui confine au récit sacré et au folklore. Le récit de création est l’une des formes phares de la vulgarisation scientifique. Elle est servie par de bons écrivains et d’excellents présentateurs (Hubert Reeves !). Elle concerne surtout l’astrophysique et la préhistoire et, de plus en plus, la géologie (l’histoire de la Terre).
Les éditeurs des revues scientifiques comme Nature sont parfaitement au fait des facteurs qui peuvent rendre les articles qu’ils publient attractifs pour les media. Le service « Nature Science Update » va jusqu’à « mâcher » le travail en envoyant des courriels qui proposent des listes de sujets choisis susceptibles d’intéresser les médiateurs. Le serveur web correspondant affiche pour chaque sujet signalé des résumés ou des commentaires d’articles publiés dans des revues scientifiques (pas forcément uniquement dans Nature) avec l’avantage considérable de proposer, et de fournir sur un simple clic, des textes concernant des sujets proches, ce qui permet de construire instantanément une bibliographie. En général l’information présentée sur ce serveur est suffisante pour rédiger des articles, et aussi des « brèves », pas trop sophistiqués.

Les règles « littéraires » du traitement de l’actualité scientifique
Tirons d’un courriel de « Nature » (Nature Science Update 19 avril 2004) la liste de sujets suivants choisis au hasard  :
* Girl Chimps learn faster than boys (les jeunes chimpanzés femelles apprennent plus vite que les jeunes mâles)

* Memory bottlenecks limits intelligence (des contraintes de la mémoire limitent l’intelligence)

* Brain targeted drug offers impotence hope (un médicament qui cible le cerveau est un espoir pour la guérison de l’impuissance)

* Levitating trains make a racket (les trains en lévitation font du bruit)

* Study to probe genetics of depression (une étude va examiner les connections génétiques de la dépression)

* US Army may have killed Italian trees (l’armée US pourrait avoir tué les arbres italiens)
On voit que ces sujets titillent des questions qui peuvent au moins composer un panneau de brèves pour un journal et qui se rapportent à des problèmes de santé quelquefois angoissants (les causes de la dépression, la guérison de l’impuissance) ou qui font partie des sujets éternels de société susceptibles d’alimenter les conversations : division hommes – femmes, l’intelligence a-t-elle une base physiologique ? Mais aussi des questions susceptibles de conduire à des débats : les trains à grande vitesse en lévitation sont-ils une catastrophe environnementale potentielle à cause du bruit, ou encore les déplacements transatlantiques massifs conduisent – ils à des catastrophes écologiques en important des nuisances ? (En l’occurrence il s’agit d’un camp militaire américain de la seconde guerre mondiale qui a été la porte d’entrée en Europe d’un champignon qui a maintenant détruit une précieuse forêt italienne dans une propriété présidentielle à Castelporziano près de Rome.) Exposer des éléments d’actualité scientifique qui peuvent conduire à des conversations ou à des débats est un moyen puissant de diffusion des connaissances scientifiques. Ce sont d’ailleurs historiquement les premières formes de vulgarisation scientifique pratiquées, au 17ème siècle dans les salons des Précieuses à Paris ou dans les cafés à Londres.
Le point de départ du traitement d’une actualité scientifique est souvent un titre, puis un résumé ou un commentaire, éventuellement le document original. Généralement on a besoin de compléter par d’autres références. Il faut que le sujet puisse permettre de composer un récit. La liste (non-exhaustive) des stéréotypes qui entrent dans la composition des récits de vulgarisation scientifique est connue (1). Elle décline les héros humains et non-humains, un choix des lieux (le « désert » est le décor favori), des heures et des objets, des mythologies (métamorphoses, monstres -dinosaures-, fatalités, malédictions - effet de serre- -ozone-, catastrophes, paradis perdu, histoires de création), le tout travaillé dans un langage poétique émaillé de trouvailles (« Big Bang » ou « trou noir » par exemple). Les bases mythiques du récit de vulgarisation scientifique sont en gros les mêmes que celles qu’exploitent la science –fiction et les grandes réalisations fantastiques d’Hollywood ou de la romance grand public.
Il faut souvent un héros (qui peut être un chercheur) mais aussi trouver au cours de la rédaction une succession de thèmes romanesques qui puisse maintenir l’attention du lecteur. Dans l’affaire de l’information italienne donnée ci-dessus, le « héros » peut être un « vilain » en l’occurrence le champignon « Heterobasidion annosum », une nuisance qui conduit les arbres à pourrir de l’intérieur. Ce meurtrier se cache, il agit lentement, les dégâts ne sont apparents qu’après des décennies. Il n’a pu être démasqué que par l’analyse génétique qui a révélé son origine américaine (récit d’enquête policière), bien que son génome ait évolué durant son long séjour en Europe (portrait d’un coupable retors). L’affaire pose la question de la diffusion transcontinentale des micro-organismes dangereux qui peuvent voyager dans le bois des caisses d’équipement … Comment se protéger de catastrophes de ce genre, l’invasion d’un « alien » ? (La catastrophe est un thème essentiel de la littérature de vulgarisation scientifique et de la science-fiction, surtout si elle se produit sur une grande échelle).
Dans le cas du train à lévitation magnétique grand espoir de la technologie moderne (« maglev », 500km/h), le fait que le bruit qu’il émet au sol soit comparable à celui d’un avion en vol peut être traité sous l’angle de la « malédiction » qui s’abat sur une réalisation de pointe désormais menacée parce qu’elle nuit à l’environnement (ici, pire, au corps humain lui même). On peut manier le même argument avec les nanotechnologies, dont le fleuron les nanotubes de carbone ont les mêmes propriétés physiques que l’amiante … Ce genre d’actualité a le mérite de suggérer de prendre une distance ou de recueillir plus d’informations lorsque l’on présente les nouvelles merveilles de la technologie. Naturellement la présentation polémique, ou du moins contrastée, fait un article plus attirant que le simple énoncé de performances industrielles et pour les CCSTI introduit la possibilité d’un débat et suggère l’invitation de spécialistes (les «cafés des sciences » utilisent souvent des informations de ce type surtout si le contexte local s’y prête).
La parenté étroite des ressorts littéraires de la vulgarisation scientifique, de la science fiction, et du fantastique fait qu’une certaine confusion se fait dans l’esprit du public. Par exemple beaucoup croient que la « téléportation » des corps (Star Trek !) est une technologie étudiée vraiment par les chercheurs ! Les productions à grand spectacle de l’industrie du loisir font souvent appel à des scénario inspirés d’éléments scientifiques. En fait, c’est par ce moyen que la science entre le plus efficacement dans la culture (les dinosaures et « Jurassic Park »). Au 17ème siècle ce sont les romans de science-fiction décrivant des voyages dans la Lune qui ont finalement répandu l’idée du système de Copernic (2).
Beaucoup de sources d’information peuvent être exploitées. Par exemple, les informations diffusées par l’INRA ou l’IRD sous forme de communiqués assez développés sont de bons points de départ. Il en est de même des sites web des organismes de recherche comme le CNRS ou d’autres Institutions. Il n’est donc pas difficile de repérer l’actualité scientifique. Le problème est de choisir parmi l’offre en évitant sans doute de tomber dans le travers de sélectionner toujours les histoires d’astronomie, de préhistoire, ou de sciences naturelles qui profitent de concordances naturelles avec les mythologies ordinaires mais qui ont peu de valeur économique, politique, ou sociale, citoyenne si l’on veut. La « dramatisation » des questions sociales et économiques qui touchent à la science et à la technologie est peut-être plus difficile. On a vu récemment la communauté des chercheurs présentée comme « victime » des agissements d’une classe politique indifférente au bien futur de la Nation. Le « héros victime » s’agissant de chercheurs est peu commun (l’exemple type est Galilée). L’image du travailleur modeste, mal payé, exploité, ignoré et méprisé, mais qui construit le futur, tient par contre d’une mythologie politique longtemps populaire. La fonction de ces mythes sociaux à consonance morale (qui souvent reflètent une réalité) est de provoquer l’émotion et in fine la révolte. Ils peuvent susciter un intérêt passionnel. Leur manipulation est un moyen de former l’opinion publique. Les CCSTI peuvent contribuer à la formation de l’opinion publique autour de sujets émotionnels dans l’actualité, des controverses et des débats induits par l’espérance d’un progrès ou au contraire la crainte qu’il peut inspirer. Dans ce domaine il n’y a pas seulement les « marronniers », comme les OGM ou l’effet de serre, mais aussi de multiples avancées médicales très présentes sur le front de l’actualité scientifique, comme, par exemple, l’imagerie non-invasive du « cerveau-en-train-de-penser » (et son utilisation potentielle pour « classer » les individus selon des critères physiologiques comme l’a tenté la phrénologie au 19ème siècle).
De la distance nécessaire par rapport aux sources dans le traitement de l’actualité scientifique
Les chercheurs et les organismes de recherche attendent généralement de la vulgarisation scientifique sous toutes ses formes un écho favorable à leur activité. L’une des pratiques de la vulgarisation scientifique, celle qui tente de combler le déficit de connaissances du public, estime que celui-ci est, de nature, enthousiaste à l’idée d’apprendre, qu’il est tout prêt à s’émerveiller devant le savoir et qu’il est très favorable aux chercheurs et aux structures qui les emploient. Ceci est en partie vrai : l’image des chercheurs est plutôt bonne dans l’opinion publique alors que celle des journalistes est très mauvaise ... (3)
Beaucoup de CCSTI, de Musées, d’articles de presse (surtout celle de province) adoptent sans hésitation cette perspective et se font les relais fervents des chercheurs et des événements promotionnels organisés par les Institutions de recherche. L’admiration pour les chercheurs et leurs découvertes est le moteur « littéraire » (le genre de l’éloge) de ces présentations. Naturellement la coopération directe entre chercheurs et médiateurs est un puissant moyen de diffuser des connaissances. Tant que les sujets traités restent dans le domaine de la mise facile en spectacle avec des chercheurs héros aventuriers (comme Indiana Jones), c’est à dire dans des domaines comme l’astronomie, la préhistoire, l’archéologie, la paléontologie, l’exploration sous marine, etc …, il n’y a bien sur aucune objection à faire à ce genre d’action dans laquelle le public comme les médiateurs et les chercheurs peuvent trouver du plaisir. Le problème se complique un peu lorsqu’il s’agit d’admirer de difficiles exploits techniques, ceux qui sont associés par exemple à la conquête de l’espace, dans lesquels la composante économique politique ou sociale peut être la raison profonde de l’action. Proposer à une Nation comme idéal de faire la conquête de la Planète Mars est une opération politique dont la justification scientifique est mince et le coût énorme. Elle ne peut se justifier que par le fait que l’ambition scientifique et technique intériorisée par l’opinion publique d’une société est un puissant facteur de cohésion qui entraîne des progrès dans beaucoup de domaines. L’économiste américain Joel Mokyr a montré (4), à propos de la révolution industrielle en Europe au 19ème siècle, l’importance de la diffusion de la culture scientifique dans la société.
L’autre pratique de la vulgarisation tente de mettre en place des débats entre ceux qui savent et ceux qui ignorent en partant du principe que dans une démocratie tout le monde doit pouvoir faire valoir son opinion, même sans connaissances techniques. La presse a alors une importance considérable par la manière dont elle expose les questions qui font débat. Il en est de même des « leaders d’opinion » qui donnent le ton (par exemple, les philosophes, qui, en France, sont assez peu favorables à la science et à la technique, surtout depuis le post modernisme des années 1980). L’organisation de débats est l’un des nouveaux objectifs des grands musées des sciences (comme la CSI et le Science Museum de Londres) ainsi que de ceux qui organisent les « cafés des sciences » ou d’autres modes de réunion. Presque toujours ces débats concernent des questions d’actualité. Il est donc extrêmement important pour les organisateurs de s’attacher à réunir et à proposer une documentation pertinente, par exemple sous la forme d’une exposition. On n’évitera pas cependant le jugement émotionnel qui, lui aussi, peut s’appuyer sur des éléments mythiques quelquefois inconscients. Par exemple, il est difficile de convaincre que la vitamine C molécule extraite du citron est bien la même que celle qui est fabriquée par synthèse chimique en laboratoire. On objectera que l’une des molécules est « naturelle ». En fait il s’agit d’un jugement social et culturel : l’une des molécules a une naissance légitime (dans un fruit) alors que l’autre a une naissance illégitime (dans une éprouvette).
La prise de distance avec les informations d’actualité proposées par les organismes de recherche et les chercheurs est assez nécessaire lorsque l’on peut percevoir que des intérêts autres que scientifiques sont en jeu. Il peut s’agir de la survie d’un laboratoire qui, menacé, a besoin de montrer la qualité de son travail en y incorporant un peu de mousse ou alors d’une pression continue exercée par un organisme qui a constamment besoin de justifier son existence (qui peut être due à la poursuite de grands mythes internes au système scientifique comme par exemple la recherche des preuves expérimentales d’une « théorie du Tout » …). Pour influencer les media et l’opinion publique en leur faveur, les organismes peuvent dans ce but organiser des relais plus ou moins sous leur contrôle (sites Web, Musées, ou même CCSTI) dans lesquels bien sûr la critique et le doute n’ont pas leur place.
Le sommet de l’iceberg
En raison des règles qui s’appliquent au choix et au traitement des sujets, il faut être conscient que c’est une toute petite partie de l’actualité scientifique qui est exploitée d’une manière ou d’une autre. Sous la ligne de flottaison de l’iceberg il y a de multiples innovations qui vont conditionner le futur. Beaucoup restent discrètes, quelques unes, avec le temps, resurgiront dans la bibliographie d’un bouleversement scientifique et technique majeur. Le premier procédé permettant la modification génétique d’une plante, découvert en 1980 dans un laboratoire belge à Gand par l’universitaire Jozef Stefaan Schell, n’avait pas attiré l’attention des media … C’est le privilège de la communauté scientifique et technique de baigner dans un flux d’informations toujours renouvelées. Ses vagues cahotantes font émerger des problèmes insoupçonnés et des réalisations inattendues. Le maintien de ce flux est la condition nécessaire de la poursuite de l’effort de recherche de l’humanité.
Paul Caro

15 mai 2004
Références


  1. Caro, Paul: “ Science in the Media between Knowledge and Folklore”, in Stefano Colonna ed. The Communication of Science to the Public, Science and the Media, Fondazione Carlo Erba, Milano, 1996, pp 111-132, voir aussi «  Les procédés littéraires du récit dans la vulgarisation scientifique écrite et télévisée » in Francis Agostini ed. « Science en bibliothèque », Editions du Cercle de la Librairie, Paris 1994, pp.125-140 




  1. Ross, Anna Marie E. : “Luminaries in the Natural World”, The Sun and the Moon in England 1400-1720, Peter Lang Publishing, New York, 2001, 334 p.




  1. Eurobaromètre 55.2, Décembre 2001, DG Recherche, Bruxelles




  1. Mokyr, Joel “The Gifts of AthenaHistorical Origins of the Knowledge Economy, Princeton University Press, 2002, 359 p.

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