Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan








télécharger 17.05 Kb.
titreInterview : Dr Roman Kaiser – Givaudan
date de publication28.04.2017
taille17.05 Kb.
typeInterview
c.21-bal.com > droit > Interview
INTERVIEW : Dr Roman Kaiser – Givaudan


  • Votre travail consiste à capturer des odeurs : d'où vient cette vocation ?


Depuis mon enfance, j’éprouve une vraie passion pour les odeurs naturelles. J’ai toujours cherché à les capturer afin de mieux les comprendre. J’ai grandi en Suisse, dans un village entouré de collines et de forêts, où je passais mon temps à cueillir des baies, des herbes et champignons que je rapportais à la maison pour en faire de la confiture, du thé ou simplement pour enrichir le menu. Comme mon père possédait une pépinière où il cultivait des roses et des orchidées, j’ai également appris à connaître le parfum des fleurs. Toutes ces expériences m’ont naturellement poussé vers ma première découverte olfactive : j’ai ajouté quelques pétales de rose Centifolia à une confiture de framboises… que j’ai tout de suite trouvée bien meilleure.


  • Quelles études avez-vous suivies ?


Mon désir de comprendre la nature a joué un rôle majeur dans mon parcours universitaire. J’ai pensé que la chimie pourrait m’apporter de bonnes bases et je me suis donc engagé dans cette voie.


  • Quand et comment est née cette technologie ?


Je suis membre du groupe de recherche Givaudan depuis 1968. Très tôt, dans les années 1970, les méthodes d’analyse (chromatographie gazeuse et spectrographie de masse, notamment) ont atteint un tel degré de sensibilité qu’il est devenu possible d’étudier des micro-échantillons. J’ai alors cherché à développer une méthode non-destructive permettant de piéger les odeurs émises par les fleurs et les plantes. La technique dite headspace, ou « espace de tête », aujourd’hui utilisée par Givaudan, est basée sur ce principe de capture de l’odeur par un absorbant avant une extraction par solvant. La méthode a connu de nombreuses améliorations ces vingt dernières années, particulièrement au niveau de son utilisation en conditions extrêmes. Pour récolter une odeur, celle d’une fleur par exemple, on place cette dernière (ou l’inflorescence tout entière) sous un récipient de verre d'une taille adaptée. Nous possédons plus de 30 types de récipients, dont une quinzaine que nous emportons lors d’un ScentTrekTM afin de pouvoir récolter le parfum de tout type de fleur. Une fois le récipient en position, l’air qui entoure la fleur est aspiré dans le piège absorbant pendant une durée de 30 à 120 minutes, selon l’intensité de l’odeur.
Précisons ici que le principe de cette technologie, l’absorption, était déjà connu des Egyptiens, qui utilisaient du saindoux et du suif pour l’enfleurage et la macération. Plus tard, au 18ème siècle, le saindoux purifié était utilisé pour l’enfleurage à froid. Pour adapter ce principe millénaire à notre domaine d'activité, mon rôle a consisté à sélectionner l’absorbant optimal et à développer une méthode de capture des odeurs afin de restituer une qualité identique à celle perçue par le nez humain.



  • Pourquoi une société comme Givaudan utilise-t-elle des « voleurs d’odeurs » ?


Le terme « voleurs d’odeurs » n’est sans doute pas le plus approprié : d’une part, « voleur » a une connotation trop négative et d’autre part, nous ne volons pas l’odeur, nous récoltons d’une manière non-destructive une fraction du parfum émis par une fleur, un fruit ou une plante afin de le comprendre et de le restituer sur la base de ses constituants individuels pour la création de fragrances.

Pour répondre à votre question, je citerai un passage de l’énoncé de mission que j’ai rédigé il y a une vingtaine d’années :

« La nature a toujours défini les normes de notre jugement olfactif, il est donc logique, sinon impératif, de chercher dans la nature de nouvelles molécules et de nouveaux concepts. »


  • En quoi capturer l’odeur d’un endroit est-il différent de ce que vous faites habituellement ?

Capturer l’odeur d’un endroit donné ou d’un biotope naturel est un processus complexe, car il faut tenir compte du mélange de très nombreuses odeurs individuelles. Il est beaucoup plus simple de récolter l’odeur d’une fleur, que l’on approche de très près pour prélever l’odeur à la source. Dans un environnement olfactif, la quantité de matériel fragrant dans l’air n’est presque jamais suffisante pour obtenir un échantillon raisonnable par absorption. Le site doit donc être réduit à ses parties constituantes, qui sont ensuite analysées et reconstituées selon la méthode habituelle. Une fois ce travail effectué, l’environnement olfactif peut être reconstruit en combinant les différents éléments de manière appropriée.


  • Comment avez-vous réagi lorsque diptyque vous a contacté pour capturer l’odeur de sa première boutique, 34 boulevard Saint Germain ?


Pour être tout à fait honnête, j’ai éprouvé un certain vertige : c'est en quelque sorte le défi ultime. J’ai ressenti la même émotion que lors de mon premier vol dans le dirigeable survolant la forêt tropicale de Guinée Française ou lors de mon arrivée à Port Moresby pour mon expédition en Papouasie Nouvelle-Guinée. Ces défis ont toujours eu une influence positive sur moi, ils me stimulent et me poussent à développer encore plus avant ma compréhension des odeurs. J'ai donc rapidement repris confiance en repensant à mes études d'environnements olfactifs en pleine nature (le long des côtes de Ligurie ou d’Hachijojim, une petite île au sud de Tokyo, ou encore au parc national de Sequoia en Californie). J’ai tout de suite décidé d’appliquer la même méthode pour la première boutique diptyque du 34 boulevard Saint Germain.



  • C’était une mission difficile ?


Oui, c’est sans doute l’environnement olfactif le plus complexe que j’ai jamais étudié. On ne trouve pas dans la nature une telle diversité de sources odorantes individuelles dans un si petit périmètre. Ma première tâche a consisté à identifier les produits individuels contribuant le plus à l’atmosphère olfactive de la boutique. C’était une étape essentielle, car la qualité d’une odeur est toujours influencée par ses environs immédiats. Au total, nous avons récolté 12 échantillons olfactifs durant l’après-midi du 26 mars 2008.


  • Combien de temps a duré le projet ?


Après avoir prélevé les échantillons, nous les avons étudiés par chromatographie gazeuse et spectrométrie de masse, puis nous avons développé 6 éléments constituants qui ont servi de base au projet. L’obtention de ces éléments olfactifs a nécessité plusieurs semaines de travail.

  • Etes-vous satisfait du résultat en ce qui concerne la capture des odeurs du 34 boulevard Saint Germain ?


Lors d’une récente visite à notre centre de création de l’avenue Kleber, Olivier m’a montré les échantillons quasi-définitifs. J’ai ressenti une vive émotion en les découvrant, je n’aurais jamais cru qu’il était possible de capturer l’essence même d’un environnement aussi complexe d’une manière aussi esthétique et expressive. Olivier et toutes les personnes ayant participé au projet ont vraiment réalisé un travail extraordinaire.


  • Aviez-vous déjà travaillé avec Olivier Pescheux ?


Oui, j’ai eu le privilège de travailler avec Olivier à plusieurs occasions, mais jamais sur un projet aussi complexe.


  • Comment résumeriez-vous cette aventure en 3 mots ?


Je suis heureux d’avoir relevé ce défi !
Et j’y ajouterais un quatrième mot :

Félicitations à vous tous !

Roman Kaiser, le 17 novembre 2010

similaire:

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconLittérature québécoise
«roman d’anticipation utopiste», note Jacques Allard; d’autres parlent aussi du «premier roman séparatiste au Québec», ou du «premier...

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconInternational apparu dans les dernières décennies du
«J'en suis donc parvenu à ce point : le roman expérimental est une conséquence de l'évolution scientifique du siècle; IL continue...

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconInterview Conjoncture

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconL'interview express du mois…

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconL’interview au flan de laurent wauquiez

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconEssais sur le roman

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconInterview de Mr Jean … le karaoké Le mot «Orée du jour»

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconInterview de Makiko yano, Directrice de l'association le pari solidaire 21

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconInterview Gregor Baumeister, responsable de la division Systèmes de palettisation et d'emballage

Interview : Dr Roman Kaiser – Givaudan iconScénario: Bruno Podalydès d'après le roman de Gaston Leroux








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com