L'inhibition intellectuelle chez l'enfant intellectuellement précoce








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que vous avez fait de moi ! Mais que suis-je ? Quelqu'un qui prend la vie à bras le corps en permanence.  Quelqu'un qui jouit à pleins poumons de la profusion de splendeurs qui nous entourent.  Quelqu'un qui veut vivre debout, en harmonie avec soi-même et les autres, qui a de grandes idées sur la justice, la paix, l'esthétisme, etc. Au bout du compte, c'est pas mal.  Chaque jour qui passe me fait aller vers ce but, la quête de l'absolu j'ai un côté Chevalier de la Table Ronde.
Bien sûr, c'est pas tout rose.  Mais pour en arriver là, mesurez-vous la souffrance à la limite du physique qu'il a fallu endurer ? Le goût du sang dans la bouche, les muscles qui se tordent et ne veulent pas retrouver leur position adéquate, ce trou au ventre, l'écrasement du corps en permanence et l'esprit qui déforme à loisir toutes choses en noirceur, putréfaction, vide et Mort.  Et la peur ! Et le dégoût de soi ! Et cette pensée obsédante d'être là où on n'aurait pas dû être, là où personne ne veut que vous soyez.  Et cette tête qui ne s'arrête jamais de décortiquer, d'analyser, de scruter, de supputer et de se planter lamentablement au bout du compte.  La voilà la peur qu'a déclenchée la lettre, que la mémoire revienne, d'avoir à repenser à tout cela.  Car j'ai encore peur.  Je sais la fragilité de mon équilibre, mais il faut affronter pour dépasser.  Cela fait seize ans que j'analyse les choses, les gens et moi (surtout).  On me dit toujours : tu réfléchis trop.  Non, car je ne cherche pas à réfléchir, ça se fait tout seul.  Et puis est-ce que ça ne serait pas les autres qui ne réfléchiraient pas assez ?
Je ne cherche aucune satisfaction claironnante et personnelle dans le travail que vous menez.  La seule chose qui m'intéresse, c'est que plus jamais on ne fasse subir à un enfant ce que j'ai subi (ainsi que d'autres, c'est certain).  On ne peut pas laisser souffrir les gens comme ça et, là, on applique la non-assistance à personne en Danger.  Et pourtant, le danger existe.  Destruction de soi et la folie !  Parlons-en de cette distorsion de la réalité, et quand après des années passées à se taper la tête contre les murs, à se mordre, à se vomir, à boire, à se dégrader on s'en sort, on se dit : comment ai-je pu être comme ça ? Etait-ce bien moi ? Et là interviennent les témoins du passé.  Parce que cette expérience vous a appris qu'il est une chose fondamentale dans la façon d'appréhender autrui, c'est de lui laisser toujours une chance de devenir, d'évoluer.  Mais les yeux des autres restent rivés à ce qu'ils ont connu de vous sans vous laisser la moindre chance d'être ce que vous vivez.  C'est un peu l'histoire du fou qui se prend pour un grain de blé et qui un jour dit : je suis guéri.  Mais les poules le savent-elles ? Avec les humains, c'est autre chose.  Vous, vous savez que vous êtes autre, et eux vous voient comme ils vous ont vu, sans chercher à savoir ce que vous êtes devenu.
Il n'est nullement question pour moi de m'appesantir sur mon sort, de pleurer sur moi, de me plaindre.  Mais le mal est encore trop frais.  Je suis encore trop marquée par ces années qui ont été si dures.  C'est peut-être aussi un moyen de les faire sortir.  De toute façon, on ne peut pas revenir en arrière.  Je ne suis pas responsable de ce qui m'est arrivé, mais je le serai si je ne fais rien pour aller au-delà.
A ce point de la réflexion, il est un élément très important que je voudrais voir éclaircir.  Toute cette souffrance est liée pour une grande part à une sensibilité exacerbée.  Mais quels rapports entretiennent l'intelligence et la sensibilité ? Ma sensibilité est tellement forte que je ne peux pas aller au cinéma tant les réactions sont violentes.  Certains livres me font le même effet.  Je ne vois pas la corrélation avec l'intelligence qui pourtant, à bien réfléchir, est, comme la sensibilité, quasi physique.  En somme, peut-on être moins sensible ?
En dehors de tout ça, je vais bien.  Mon jardin est splendide et c'est un plaisir immense pour moi de voir jour après jour apparaître puis exploser les bourgeons.  Voir les feuilles grandir, changer de couleurs, devenir plus vigoureuses.  Ça donne la paix à l'âme.  Et puis les mésanges dans le prunier, les jacinthes sauvages qui embaument.  Juste respirer l'air et tous les parfums qu'il charrie.  Et écouter Miles DAVIS qui a les parfums du vent dans sa trompette, et lire Jorge AMADO qui a une écriture odorante, tactile, sonore, juteuse, sucrée comme si les mots dans les yeux faisaient sentir le goût dans la bouche d'une mangue mûre.  C'est ça le génie, car il y a l'amour des êtres, de la terre, de la vie.  Même les mots acérés, les encoignures littéraires de Jean GENET touchent à cette perfection naturelle.
Alors oui, je vis bien.  J'irais même jusqu'à dire que je suis heureuse et que chaque jour qui passe me rend meilleure et mieux.  Qu'est-ce que ça va être dans dix ans ? Le Paradis.  J'ai la chance d'être moi, d'arriver progressivement à sentir en moi toutes les richesses et possibilités que j'ai tant refusées.  Ces possibilités m'ont donné l’opportunité de rencontrer des gens extraordinaires.  Si Dieu existe, il est grand.  Mais si, comme je suis tentée de le penser, nous sommes Dieu, alors nous sommes grands, forts et beaux.  Et la vie que je ne voulais pas, je la prends, je la vis, j'en jouis et je m'extasie.  Et je vous dis merci à tous d'avoir pendant trois ans semé en moi ce qui m'a permis de survivre à ce calvaire, la certitude que vous m'aidez, que vous ne doutiez pas de moi.  Lorsque je suis partie, j'ai tellement rêvé de revenir que c'est devenu mon jardin d'Eden.




La dernière fois que je suis venue, j'ai regardé les enfants derrière la fenêtre du hall.  Ils me voyaient et je sais qu'ils pensaient : je voudrais être à sa place.  Et ils ne pouvaient pas supposer que je voulais être à la leur.  Aujourd'hui, je veux être à la mienne parce qu'il y a des choses que je veux faire que je ne pouvais pas faire à 8 ans et puis parce que, à ce jour, je suis une jeune femme de 27 ans qui sait que le passé est passé et que seul l'avenir compte.  Et que si je ne devais avoir qu'un seul but dans la vie, ce serait à mon tour d'avoir des enfants.  Maintenant j'ai le droit parce que j'ai accepté de grandir, et que je ne veux pas d'enfants pour m'assurer d'un quelconque amour.  Non, je veux les assurer du mien, ce qui est très différent, et accomplir le cycle de la vie en la perpétuant pour que la vie continue à vivre... 
Trois ans plus tard, dans un nouveau courrier, Marie nous apprend qu'elle attend un enfant...

ÉLÉMENTS  DE  PRISE  EN  CHARGE :

        Toutes ces considérations devraient questionner tous ceux (parents, enseignants, éducateurs, psychologues, médecins ... ) qui sont confrontés à ce type d'enfants, parfois sans le savoir, et au-delà d'eux le législateur.  De leur prise en compte à leur prise en charge, notre souci doit être de réunir les conditions d'un douage harmonique leur permettant la réalisation de leur idiosyncrasie.

      Les enfants intellectuellement précoces présentent certaines caractéristiques et on a défini des critères plus ou moins subjectifs dont l'association peut permettre, pour un esprit averti et attentif, de les identifier :
-      apprentissage précoce et rapide de la lecture avec richesse du vocabulaire,

-      avidité pour la lecture, surtout des dictionnaires et encyclopédies,

              -      difficultés grapho -motrices fréquentes et répugnance pour l'écrit, la main ayant du

                      mal à  suivre le rythme de la programmation mentale,

-      tendance à avoir des camarades plus âgés et à aimer dialoguer avec les adultes,

-      posent beaucoup de questions, notamment sur les origines de l'Univers,

-      jugent volontiers les gens et de façon perspicace,

-      sont très sensibles aux injustices,

-      ont le sens de l'humour,

-      ont horreur de la routine,

-      aiment les jeux de stratégie compliqués,

-      préfèrent travailler seuls.

 

        Il faut dire que ces enfants sont en général pénibles pour leur entourage ; ils n'arrêtent pas de poser des questions, le plus souvent pertinentes et parfois jugées impertinentes.  En classe, ils sont rarement interrogés parce qu'ils savent tout et qu'il faut laisser répondre les autres.  Ils apprennent plus vite ou savent déjà.  Quand ils ne savent pas et interrogent, on leur répond la plupart du temps que cela ne fait pas partie du programme et qu'ils aborderont ce sujet dans quelques années... D'où l'ennui qui s'installe parallèlement au rejet.  Progressivement, ils perdent tout plaisir à utiliser leur intelligence ou leur curiosité, ou refusent tout apprentissage.
      NIETZSCHE disait que « l'intelligence est un cheval fou ; il faut apprendre à lui tenir les rênes, à le nourrir de bonne avoine, à le nettoyer et parfois à utiliser la cravache ».
      L'attitude des parents, éducateurs, enseignants doit constituer un étayage au potentiel d'évolution de l'enfant sur tous les plans, et pas seulement intellectuel, et éviter les excès que sont le freinage ou la sur-stimulation.  Ces enfants sont tels des arbres qui ne demandent qu'à s'épanouir en racines puissantes et ramifications nombreuses.  Les freiner, ce serait vouloir en faire des bonsaïs en les mettant dans des pots trop petits, en taillant leurs racines et ligaturant leurs rameaux (cf. la castration), en ne les arrosant que très peu et en les sortant le moins possible.  Et vous savez la fragilité des bonsaïs ! Les sur-stimuler est aussi nocif, un trop-plein d'engrais les brûlerait précocement.  Il convient d'accompagner l'enfant dans une démarche active d'apprendre et de savoir, sans le priver du plaisir structurant de désirer et de réaliser son désir de manière différée.  Il est nécessaire de ne pas lui mentir, de lui donner ou redonner confiance en lui et en l'adulte et de l'aider dans son apprentissage de la réalité, à savoir qu'il lui faudra surmonter d'inévitables frustrations, se confronter parfois à l'impossible et être rassuré par l'humble aveu de la non-omniscience de l'adulte.
        Dans ma pratique, enfants d'intelligence normale et enfants d'intelligence supérieure sont mélangés, en classe et en dehors des classes.  C'est une préfiguration de leur future insertion sociale et ça se passe très bien ainsi.  On observe d'ailleurs la plupart du temps une certaine solidarité des plus efficients envers les plus faibles.  Ils les « tirent vers le haut » et tout le monde y gagne à une époque où l'on réentend parler du tutorat.  Alors, classes spéciales ? Je ne sais pas.  Il faudra sûrement encore quelques années avant d'avoir une évaluation complète des quelques classes-pilotes qui ont été créées, le plus souvent hélas dans le seul secteur privé.  Elles ont le mérite d'avoir été un défi constructif qui suscitera, espérons-le, d'autres réponses pédagogiques.
       Sans aborder plus avant ici les approches pédagogiques ou éducatives, terminons par quelques notions générales de prise en charge thérapeutique quand, toutefois, elle est nécessaire.  L'inhibition intellectuelle de l'enfant demande de la part du thérapeute une attitude active :
- il doit tout d'abord reconnaître l'inhibition, déterminer son champ d'incapacitation intellectuelle (global ou en secteurs), sa variabilité éventuelle en fonction de facteurs à déterminer et son retentissement sur le développement de l'enfant selon l'âge d'installation.
- il doit rechercher les facteurs déclenchants et les facteurs d'entretien tels que le rôle éventuellement inhibant du milieu familial et/ou scolaire.

- il doit évaluer également les bénéfices secondaires procurés par le symptôme.
- il doit enfin décider de la stratégie thérapeutique en concertation avec les partenaires environnementaux de l'enfant : simple déconditionnement du milieu familial et/ou scolaire traditionnel, psychothérapie de soutien, psychodrame, cure analytique, relaxation, thérapie familiale...
L'inhibition intellectuelle est un symptôme dont dépend l'équilibre évolutif de la personnalité et le pronostic social.  Une psychothérapie permet de replacer la fonction intellectuelle dans la globalité de la dynamique psychique, de resituer son intrication avec la vie instinctuelle.  La réadaptation scolaire sera d'autant plus facile que la prise en charge sera précoce, à un moment où le retard dans les apprentissages ne semble pas encore insurmontable et que le milieu scolaire sera informé, souple et tolérant.

CONCLUSION :

Pour résumer et pour conclure, on peut dire que, dans l'éducation aujourd'hui, le choix accordé au surdoué se résume souvent à la loi du tout ou rien : l'intellectualisation ou l'inhibition intellectuelle.  Cette dernière est bien paradoxale, d'un côté système de défense à visée antidépressive, de l'autre véritable processus dépressiogène.  S'inhiber, en effet, c'est développer un sentiment de frustration mettant en cause le narcissisme du sujet.  Ne pas s'inhiber, c'est se désolidariser de son environnement et développer un sentiment de culpabilité.
Alors, il faut rendre la parole à l'enfant, lui donner la possibilité d'exprimer ses difficultés, de les mettre en mots.  Plus que l'écouter, l'entendre et l'accompagner.  Le prendre tel qu'il vient et lui permettre de montrer, d'épanouir et de solidifier tout ce qu'il y a en lui, non seulement d'intelligence mais aussi d'affectivité et de possibilités physiques.  Tenter en quelque sorte de restaurer une harmonie.  Pour cela il faut que l'enfant puisse bénéficier d'un milieu, qu'il soit familial, scolaire ou institutionnel, suffisamment solide pour qu'il se sente en sécurité et suffisamment souple pour qu'il se sente libre.
Grâce à un soutien bienveillant et actif, l'enfant-albatros ne doit plus se résigner à n'être que le jouet d'un système dont il est actuellement moins l'acteur que l'otage et moins le bénéficiaire que la victime.  Et c'est à nous de décider si ce système doit être celui où il s'emmure ou celui où il se délivre.
La morale de « La légende de l'homme à la cervelle d'or » d'Alphonse DAUDET se termine ainsi : « Il y a de par le monde de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau, et paient en bel or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie.  C'est pour eux une douleur de chaque jour ; et puis quand ils sont las de souffrir... »
Je vous laisse sur ces points de suspension comme l'Albatros suspend son vol, et je vous remercie.
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