Comment la France s’est-elle désindustrialisée et pourquoi aggrave t-elle toujours plus son déficit extérieur chronique?








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date de publication03.05.2017
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L’innovation industrielle passe par les PME

A l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage « La France sans ses usines », co-écrit avec la journaliste Marie-Paule Virard, Participer a rencontré l’économiste Patrick Artus, directeur des études économiques à Natixis et chroniqueur pour le magazine Alternatives Economiques.

Comment la France s’est-elle désindustrialisée et pourquoi aggrave t-elle toujours plus son déficit extérieur chronique?
Nos problèmes d’exportation viennent de la taille insuffisante de nos PMI industrielles. Il y a 85 000 entreprises exportatrices en France, et 250 000 en Allemagne. Le nombre baisse en France, il augmente en Allemagne. L’Insee a montré que le volume des exportations est proportionnel au nombre d’entreprises qui exporte. En Allemagne, ils ont trois fois plus d’entreprises exportatrices que nous. Donc ils exportent trois fois plus. Les études montrent aussi que les entreprises qui exportent sont les plus dynamiques et plutôt grosses. En France, les PME sont rachetées par les grands groupes avant de devenir grosses. Selon l’enquête sur les liens financiers de l’Insee, 16,5% des PME de plus de 250 salariés en France sont vendues à un grand groupe. C’est trois fois plus qu’en Allemagne. Pour le Medef, c’est essentiellement lié au coût du travail et aux charges sociales. Mais le coût du travail est le même en France et en Allemagne dans l’industrie. Quant aux prélèvements sociaux, ça joue un rôle, mais pas spécifiquement pour l’industrie, voire même moins dans l’industrie car les salaires pèsent plus dans les services. Je pense moi que la relation de sous-traitance joue un rôle majeur. Les grands groupes allemands essaient de porter leurs sous-traitants et de les faire grandir, de les envoyer à l’export, d’échanger avec eux des innovations. En France, en dehors de certaines régions comme Rhône-Alpes ou les Pays de Loire, des grands groupes se font faire leur trésorerie par leurs sous-traitants alors qu’en Allemagne, les grands groupes sont au contraire les banquiers de leurs sous-traitants. Enfin, en France, les chefs d’entreprise ont d’abord un objectif patrimonial et préfèrent revendre leur entreprise plutôt que la voir grandir. Les entrepreneurs allemands préfèrent remettre l’argent dans leur boîte pour la faire grossir.
A l’échelle de la globalisation, les grands groupes ne sont-ils pas mieux armés que les PME pour le commerce international ?
C’est un vrai débat. Il faut à la fois de très grandes entreprises pour les très gros projets de transport ou d’énergie. Mais chacun sait très bien que l’innovation repose sur les PME en réseau. Le Japon est le seul pays où l’innovation vient des grands groupes. Dans tous les autres pays, les grands groupes établissent des partenariats avec elles. L’innovation vient des start-up, et surtout des start-up en réseau bénéficiant d’un environnement avec des Universités et d’autres entreprises.
C’est ce que la France a fait avec les pôles de compétitivité.
Oui, sauf que la France vient de démarrer ces pôles, alors que l’Italie le fait depuis 20 ans et la Silicon Valley depuis 40 ans. En France, les années Chirac sont encore marquées par l’appui aux grands groupes comme le montre bien le rapport de Jean-Louis Beffa, PDG de Saint-Gobain. C’est la culture X Mines des années 60. Ce modèle a amené des réussites incontestables, mais il ne suffit pas à amener le développement industriel d’un pays. A l’exception du Japon, les pays qui ont maintenu leur industrie sont tous marqués par une logique de réseau, que ce soit l’Allemagne, la Suède ou la Finlande.
Qu’entendez-vous par industrie ?

Pour moi, l’industrie, c’est d’abord la capacité à exporter. Les emplois industriels en France au sens strict, c’est 11% et au sens large, c'est-à-dire tous les produits ou services relevant d’une logique industrielle d’innovation, d’emplois à haute qualification et d’exportation ça ne dépasse pas 20%.
Selon vous, la situation de la France s’est aggravée depuis 2002.
Avec un collègue de l’Université Paris I, on a produit un rapport pour le Pemier ministre montrant qu’excepté certaines niches, l’industrie française est positionnée sur le milieu de gamme alors que l’industrie allemande est plutôt sur le haut de gamme. Quand les pays émergents entrent dans le jeu à la fin des années 90 et au début des années 2000, en abandonnant leur taux de change fixe et en dépréciant leur monnaie, la France s’est trouvée tout de suite concurrencée sur son créneau milieu de gamme. Les allemands ne sont pas concurrents des pays émergents. L’euro est le révélateur de la faiblesse du positionnement en milieu de gamme. Quand il monte, les exportations françaises souffrent , mais l’Allemagne n’est pas impactée. Car le client d’une Clio regarde bien plus le prix que le client d’une BMW. Résultat : les allemands sont toujours à 9% du commerce mondial en 1998 alors que les français sont tombés de 6,5% en 1998 à 3,5% aujourd’hui. En France, les seuls créneaux haut de gamme sont le luxe, Airbus, le nucléaire. Même le TGV n’est plus une niche haut de gamme puisque tous se mettent à le faire pour leur pays.

Vous parlez aussi du modèle suédois.
La Suède est un pays industriel que l’Allemagne. Ils ont le textile, l’aliment, le bois, l’électronique, la métallurgie, l’automobile, … Le pays était en extrême difficulté dans les années 90. Et ils ont su redresser la situation. Ils sont montés dans le haut de gamme. Ils ont mis 3,5% du PIB en R & D. Ils ont maillé les entreprises avec les laboratoires de recherche. Elle a un excédent extérieur énorme. Ce qui est extrêmement intéressant en Suède, c’est la réforme de l’Etat. C’est le pays qui a le plus réformé l’Etat pour proposer un service de public de grande qualité en réduisant les coûts. Ils ont fait un énorme effort d’organisation dans l’Etat.
Hormis le positionnement milieu de gamme, y a-t-il d’autres causes à l’aggravation de la situation depuis 2002 ?
En dix ans, les marges bénéficiaires de l’industrie française ont baissé d’un tiers. Les PME françaises se retrouvent coincées dans leur gamme moyenne car elles ne disposent plus des marges pour investir vers du haut de gamme.
Quel est le risque d’un pays à ne pas disposer d’industrie ?
Tant que la zone euro n’est pas une union politique avec du fédéralisme, on a une contrainte d’équilibre extérieur qui nous interdit de nous désindustrialiser. Ou alors on fait comme l’Irlande et on baisse les salaires de 30% pour faire baisser les importations. Personne en France n’est prêt à ça.
On est aujourd’hui en 2012 dans un contexte de crise européenne. Que peut la France ?
Il n’y a plus d’argent public. On l’a utilisé à autre chose qu’à ce qui peut produire de la croissance de long terme. Quand on fait un plan de relance et qu’on met des rond-points partout, on ne peut pas appeler ça de la croissance à long terme. Quand on voit la facilité avec laquelle les collectivités locales dépensent l’argent public alors que l’Etat n’a plus d’argent, c’est choquant. Il y a eu du progrès sur les transports en commun et les collèges. Mais les Universités n’ont pas d’argent, et on refait toutes les mairies et des piscines olympiques. Quant aux PME, si on veut vraiment les aider, il faudrait faire le Grand Emprunt une fois par an et mettre en place des suivis et des évaluations. Au-delà de l’argent public, il faudrait orienter l’épargne là où elle est utile, c'est-à-dire le capital des PME, alors qu’aujourd’hui, on défiscalise tout et n’importe quoi. Je pense qu’il faut raser les niches fiscales et juste en recréer sur certains segments bien identifiés comme les fonds propres des PME. On a fait une estimation avec mes collègues que 70 à 80 milliards d’€ étaient dépensés en pure perte. Il faudrait parvenir à réorienter cette somme sur l’innovation, les PME et le secteur productif. Les projets sont encore peu nombreux aujourd’hui, mais ça viendra doucement. En France, on a en gros deux catégories de PME : les dynamiques qui se font racheter par les grands groupes et celles qui durent longtemps mais qui n’innovent pas et ne grandissent pas. Il faut aussi questionner la manière dont on enseigne les sciences au collège et au lycée. L’industrie, c’est essentiellement de la physique et de la chimie. Et la France fait partie des pays les plus nuls dans ces domaines. On va finir par avoir plus de places au concours d’ingénieurs que de postulants. A l’Université, les places scientifiques sont totalement désertées. Ce qui n’est pas du tout le cas chez nos voisins européens. En Allemagne, vous avez ce qu’ils appellent des universités techniques qui sont pleines de gens qui font de l’industrie. Quand vous faites des sondages auprès des dirigeants d’entreprise sur leur premier frein à la croissance, ce sont les difficultés de recrutement.

La France a pourtant lancé une réforme sur les Universités
On n’en est qu’aux balbutiements. L’argent public en France, c’est 7000$ par étudiant. En Suède, c’est 18 000 et aux USA, 21 000. 30% des chercheurs formés en France s’en vont travailler à l’étranger. Ce nombre est en constante augmentation. Il y a les salaires, mais il y a aussi les moyens mis à disposition. J’ai enseigné 27 ans à Polytechnique. J’ai eu des jeunes étudiants chercheurs qui ont été jusqu’à Bac+10. Le CNRS les a embauchés à 1500€ par mois. Les USA leur proposent 200 000$ par an avec des moyens illimités ou presque pour travailler. La Suède aussi offre de meilleurs salaires. Même la Catalogne paye mieux et rappelle les chercheurs catalans en acceptant de payer le différentiel de salaire. En France, très peu d’Universités font la même chose. Je parle beaucoup avec les chercheurs. En France, il y a une vraie recherche fondamentale. Le problème, c’est que personne en France ne va chercher dans la recherche fondamentale ce qui peut se concrétiser en produits vendables. La responsabilité est collective, y compris des chercheurs eux-mêmes. Le lien recherche/entreprise en France est encore rejeté. Les suédois, les japonais, les canadiens ont pris le virage dans les années 90.
Peut-on encore agir sur l’industrie en France dans le contexte de crise qu’on connaît ?
Ce sont des questionnements très français. En Suède, ils s’attendent à une croissance d’à peine 1% en 2012. Mais personne ne sombre dans la déprime. Certes, notre économie est plus fragile. Mais il est toujours possible, et même nécessaire, de se forger un projet à long terme. Quand j’échange avec les partis politiques, il y a maintenant un diagnostic pleinement partagé. J’ai même été frappé en sollicitant les deux économistes des équipes de campagne de l’UMP et du PS de recevoir exactement les mêmes constats et les mêmes propositions, avec notamment une nécessité de renforcer les fonds propres de nos PME, changer les relations de sous-traitance et la mise en place d’un Small Business Act.
C’est à dire réserver une part des marchés publics aux PME ?
C’est la face la plus visible du SBA, mais ce n’est pas son volet le plus important. Le SBA, c’est aussi la Small Business Administration. Vous êtes une petite entreprise aux USA. Vous avez un problème d’impôt. Vous n’appelez pas l’administration des impôts, mais un interlocuteur dédié qui les suit pour les aider à gérer tous leurs problèmes, notamment administratifs. Faites la comparaison entre une entreprise française qui veut créer une filiale au Canada et une entreprise canadienne qui veut créer une filiale en France. L’administration canadienne vous donne dans l’instant le N° d’une hotline avec quelqu’un qui sera présent 24h/24 pour répondre à vos problèmes. L’administration française vous envoie 20 pages du Code du Commerce avec tous les cas où vous pouvez aller en prison si vous ne vous comportez pas bien. C’est quand même terrible.
Les PME françaises coopèrent-elles assez ?
Les PME en France sont surtout sur des marchés locaux et exportent peu. Elles ont beaucoup de fonds propres, mais c’est du défensif en vue des jours difficiles. Deux modèles me semblent intéressants : les PME familiales et les Scop. Je rencontre des chefs d’entreprise familiales qui pensent à transmettre à leurs enfants. Ils sont à l’affût des innovations et tournés vers le long terme de leur entreprise. Je me souviens de conversations avec une grande entreprise familiale française qui m’expliquait que le capitalisme par actions cotées, ce n’était pas du capitalisme. Pour eux, le capitalisme, c’était investir l’argent de la famille, pas celui d’actionnaires extérieurs. Quant au modèle Scop, il résout le conflit entre actionnaires, salariés et management, qui occupe 98% de la littérature financière. C’est le modèle qui permet aux trois parties prenantes d’agir dans l’intérêt commun qui n’est forcément plus la rente, mais l’entreprise. 
Donc il faudrait encourager la reprise d’entreprise par les salariés ?
Oui, tout à fait. La revente à un grand groupe détruit toute l’originalité d’une PME, ce qui fait sa force d’impulsion, d’innovation. Le PDG de grand groupe me disait lui-même qu’il se demandait comment une PME qu’il rachetait pouvait survivre dans la bureaucratie et la complexité de son groupe. Mais il n’y a pas d’autre moyen de piloter un grand groupe que de mettre en place une organisation structurée et forcément un peu lourde. Qui plus est, au-delà de la normalisation du contrôle de gestion.se pose le problème du leadership. Car le plus souvent, celui qui vend son affaire à un grand groupe quitte son entreprise. Et il n’est pas facile de trouver un dirigeant de remplacement.
Faut-il encourager les regroupements d’entreprises ?

La France a commencé à le faire avec les pôles de compétitivité. Mais la mutualisation entre entreprises d’un même secteur n’est pas si simple. Soit vous êtes sur les mêmes produits et vous êtes concurrents. Soit vous faites des produits différents et il n’y a pas de synergies. Donc c’est très difficile. Je crois qu’il faut plutôt des incitations pour que les meilleurs deviennent gros.
La France a-t-elle encore un avenir industriel ?
Notre industrie agroalimentaire souffre beaucoup. La Hollande exporte plus que nous. Et notre balance commerciale avec l’Allemagne est déficitaire, ce qui est quand même incroyable. Pour la pharmacie, la Chine, l’Inde, le Brésil sont maintenant bien présents. Même sur le luxe, nous sommes concurrencés. Il reste les biotechnologies. ________________________________________________________________________________________________________________
N’y a-t-il pas un avenir industriel dans l’écologie ?


Oui, mais la France a raté déjà beaucoup de trains. L’Etat soutient le photovoltaïque et comme il a besoin d’argent, il arrête tout. Résultat : il n’y a plus d’opérateur français. Dans l’éolien, l’essentiel du marché est en Allemagne. Mais l’éolien pose un problème de rentabilité. 70% du temps, une éolienne ne produit pas car il y a soit trop de vent, soit pas assez. Il faut savoir que toutes les grandes éoliennes off-shore en Allemagne sont relayées par le charbon lorsqu’elles ne produisent pas. Restent le solaire et la biomasse de 3° génération, c'est-à-dire la biomasse bactérienne. Il est possible de transformer en hydrocarbure n’importe quelle cellule végétale en la faisant attaquer par des bactéries. Et on peut fabriquer comme ça en trois mois ce que la nature a fait en 300 millions d’années avec le pétrole. Sur la biomasse, le Brésil est largement en avance. II reste peut-être l’isolation des bâtiments anciens. Le secteur est inexistant et le marché potentiel gigantesque.

Propos recueillis par Pierre Liret

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