Essai d’histoire de l’homme








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Conclusion.

Reprenant le critère buffonien de l’espèce tout en critiquant son interprétation par le naturaliste, Kant forge le cadre théorique d’une pensée de l’adaptation articulée à une théorie de l’hérédité en termes de germes et dispositions. En maintenant la souche primitive des races irrémédiablement hors de portée de l’histoire actuelle, Kant pense donc une histoire irréversible des organismes, dans le cadre d’une théorie de la préadaptation. Sur ce point, et dans la mesure où l’irréversibilité est essentielle à l’historicité, il va donc plus loin que Buffon vers l’attribution d’une historicité à la nature organique. La souche humaine est alors sans forme empirique précise : elle désigne le fondement invisible du pouvoir reproducteur par lequel l’espèce humaine se maintient, se propage et s’adapte à ses conditions de vie.


1 Kant, Herder and the birth of anthropology, Chicago : University of Chicago Press, 2002, p.303 ; sur la catégorie de « philosophie populaire » ; cf. aussi Michel Puech, Kant et la causalité, Paris : Vrin, 1990 ; et Frederick Beiser, « Kant’s intellectual devlopement, 1746-1781 », Cambridge companion to Kant, P.Guyer ed., Cambridge University Press, 1992, pp.26-61

2 Zammito, ibid. ; Mareta Linden. Untersuchungen zum Anthropologiebegriff der 18. Jahrhundert, Bern, 1979.


3 Sur ce dialogue, de nombreuses études dont : Timothy Lenoir, « Kant, Blumenbach and vital materialism in german biology », Isis, 71, 1980: 77-108; les réserves de Robert J. Richards, « Kant and Blumenbach on the Bildungstrieb : a historical misunderstanding», Studies in History and philosophy of biology and biomedical science, 31, 1, 2000, pp.11-32; et, Nicholas Jardine, Scenes of inquiry. On the reality of questions in the sciences, Oxford: Clarendon press, 1991, chap. 1.

4Histoire naturelle, Amsterdam, 1766-1785 (12 vol.) (Cité ci-après HN (A)), 14, Nomenclature des singes, p.3.

5Histoire naturelle, Paris, Imprimerie royale, 1769-1770 (Cité ci-après HN), IV, 1753, « Les animaux domestiques », ch. « L’âne », p.143

6 Il est hors de question de discuter ici du supposé « transformisme » buffonien, sur lequel abondent les études, entre autres Jacques Roger, « Buffon et le transformisme », in Pour une histoire des sciences à part entière, Les sciences de la vie..., Paris : Colin, pp. 572-580.

7 Sur la doctrine médicale de cet auteur, cf. Caroline Hannaway, “Environment and miasma”, Cambridge companion of history of medicine, R. Porter, W. Bynum (eds.), Cambridge University Press, II, pp.292 sq.

8 « En établissant le critère d’interfécondité pour la reconnaissance des individus d’une même espèce, Buffon associait le concept de moule intérieur avec celui d’espèce » (Paul L. Farber, “ Buffon and the concept of species ”, Journal of the history of biology, 5, 1972 : 265)

9 HN IV, « L’âne », 144

10HN (A), IX, « Animaux communs aux deux continents », p.31 (1761).

11 Dans « The anthropological theory of Johann Friedrich Blumenbach » (Romanticism in Science, M.Poggi , F. Bossi (eds.), Dordrecht: Kluwer,1994, pp.103-125), Fabbri Bertoletti analyse la doctrine blumenbachienne de l’espèce humaine dans ses relations avec la théorie embryologiques de la tendance formatrice.

12Institutions de physiologie, section 14, §174.

13 Sur le rapport entre l’Appendice et le traitement de cette question dans la Critique de la Faculté de juger, voir Gérard Lebrun, Kant et la fin de la métaphysique, Paris : Colin, 1970; Philippe Huneman, Métaphysique et biologie, Parois : Kimé, 2008, ch 7.

14 Dans « Kant on the history of nature: The ambiguous heritage of the critical philosophy for natural history », Studies in History and philosophy of biology and biomedical sciences, 37, 4, 2006, pp.627-648, Phillip Sloan propose une reconstruction de la place de ce projet d’histoire de la nature dans l’itinéraire kantien – en particulier, il analyse sa perte de crédit ultérieure.

15Sur ce contexte, Adickes, Kant als Naturforscher, II, 445-449. Sur la persistance de difficultés à classer les races humaines et trouver un critère pour cela, entre 1770 et 1900, cf. Dobzhansky, La nature humaine et l’hérédité, Paris, tr. Fr. Gauthies Villars, 1971, pp.86-89.

16 Sur ce projet d’histoire de la nature – Geschichte der Natur opposée à une histoire naturelle comme Beschreibung der Natur - encore dans une ascendance buffonienne, cf. Phillip Sloan, "Buffon, German Biology, and the Historical Interpretation of Biological Species," British Journal for the History of Science 12, 1979 : 109-153; Hans-Peter Reill, “Analogy, comparison and active living forces : late enlightenment responses to the critiques of causal analysis”, The sceptical tradition around 1800, K. van der Zande, R. Popkins (eds.), Dordrecht, Kluwer, 1998 : 203-211

17Ou des genres. Les deux termes, espèce et genre, sont synonymes en histoire de la nature dans la mesure où ils disent tous les deux la communauté de souche (Détermination, Ak.VIII, 100 note).

18 « Si des êtres humains différemment constitués sont mis dans des circonstances favorables à leur croisement, alors si la génération est métissée il y a une forte présomption qu’ils puissent appartenir à des races différentes; mais si ce produit de leur croisement est à chaque fois métissé, alors cette présomption devient certitude. » (Détermination, Ak.VIII, 100)

19 « Il y a tant de caractères au sein de l’espèce humaine, pour une part importants, et parfois héréditaires dans le cadre des familles, et pourtant il ne s’en trouve aucun qui, à l’intérieur d’une classe humaine caractérisée par la couleur de la peau, se transmette nécessairement. En revanche ce dernier caractère, aussi insignifiant qu’il puisse paraître, se transmet universellement et infailliblement, aussi bien à l’intérieur de cette classe que par croisement avec l’une des trois autres. » (ibid)

20La race se distingue par un « caractère que la dégénération a fait naître » et qui « devient nécessairement et inévitablement héréditaire par propagation », à la différence du caractère propre à une variété, comme la blondeur des cheveux (§15). Blumenbach ajoute qu’il est parfois difficile de distinguer espèce et race, dans des caractères dpeuis très longtemps héréditaires. Mais on verra que ceci n’est pas le cas pour Kant, car le caractère qui défnit une race ne devient pas héréditaire « par propagation », il l’est d’emblée, du fait que c’est un caractère adaptatif.

21  « L’homme, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie et rouge en Amérique, n’est que le même homme teint de la couleur du climat. (...) l’influence du climat est la plus forte » (HN (A) 9, « Le lion », p.35)

22 Zammito, Kant, Herder etc., note 1; Huneman, Métaphysique et biologie, note 13; Rachel Zuckert, « Kant’s review of Herder », kant and biology, I. Goy (ed.), Berlin : De Gruyer, 2011.

23 Sur ce point la pensée de Kant a évolué. Il y a deux barrières fondamentales que met en cause l’épigénétisme radical, supposé ici à Buffon ou Blumenbach mais que Kant prêtera ensuite à Herder : entre les espèces, et entre l’organique et l’inorganique. Cette seconde barrière est mise en jeu par la génération spontanée, qui à l’époque allait de pair avec l’épigénétisme. Parce qu’il aura dans la 3ème Critique une théorie sophistiquée de l’organisme, Kant pourra assouplir sa position, en ne conservant comme impossibilité transcendantale que la barrière de l’organisme et de l’inorganique (sur ce point, Mark Fischer Mark Fisher, “Explanatory Natural History: Generation and Classification in Kant’s Natural Philosophy”, in P. Huneman (ed.), Understanding purpose, Rochester: University of Rochester Press, 2007, pp.101-122 ; Huneman, note 13 (ch.9)).

24 L’insistance de Zammito (“”This inscrutable principle of an original organization” : epigenesis and “looseness of fit” in Kant’s philosophy of science”, Studies in history and philosophy of science, 34, 2003, 73-109) sur les réserves de Kant envers l’épigénèse s’appuient à bon droit sur ce point .

25 « Les principes du développement déterminé, qui reposent dans la nature d’un corps organique (animal ou végétal), s’appellent germes lorsque ce développement concerne des parties particulières, et s’il concerne la grandeur ou le rapport des parties les unes aux autres, je les appelle dispositions naturelles. » (Races, Ak.II, 434) Sur les Keime et Anlage cf. Clark Zumbach, The transcendant science. Kant’s conception of biological methodology, La Haye, 1984, ch.4, p.109; et Timothy Lenoir, The Strategy of life. Teleology and mechanism in Ninetenth Century german biology, Dordrecht, Reidel, 1982 ch.1 ; C. Zöller, « Kant on the generation of metaphysical knowledge », Kant : Analysen - Probleme - Kritik, Oberer & Seel ed., Wurtzburg, 1988, 71-90 et la récente mise au point de Phillip Sloan, “ Preforming the categories : Eighteenth-Century Generation Theory and the Biological Roots of Kant’s A Priori ”, Journal of the history of philosophy, 40, 2, 2002, 229-253.

26C’est ainsi que les Noirs, transplantés en Europe, garderont leur couleur de peau, contrairement à ce que pensait Buffon : car si c’est le climat où ils vivent qui a éveillé le germe de la couleur noire, reste que celle-ci se transmet maintenant nécessairement à toute la filiation indépendamment des conditions de vie, dans la mesure où elle relève d’un germe actif dans la force de reproduction des individus de la race noire. Plus généralement, on peut limiter par là la théorie buffonienne de la dégénérescence: « Même si, après une longue période, une nation dégénère pour prendre le naturel propre au climat où elle s’établit, on trouve malgré tout encore bien plus tard en elle la trace de son précédent séjour. Les Espagnols ont encore les caractères du sang arabe et maure. » (Géographie physique, II, 1, §4, Ak IX 318).

27 Sur le « préformisme générique » voir Fisher, note 24.

28On ne cédera pas pour autant à l’illusion du précurseur qui verrait chez Kant un prophète de la génétique en assimilant sa conception des germes non développés à la distinction du phénotype et du génotype - ne serait-ce que parce que le germe kantien, une fois éveillé, se transmet toujours sous la forme active, comme les couleurs de peau, à la différence du génotype des généticiens. Mieux encore, il efface ses concurrents: « une fois qu’une de ces dispositions s’est développée chez un peuple, elle efface entièrement toutes les autres. » (Détermination, Ak.VIII, 105). Le critère kantien des races, à savoir les couleurs de peau en tant que critère relevant de dispositions héréditaires donc indiquant de réelles différences entre sous-espèces, est précisément discrédité dans le cadre de la génétique moderne, puisqu’il n’y a pas de gène décelable qui permette de distinguer les différentes races.

29 Même si Kant est sur ce point précis très hésitant, cf. Huneman, note 13, ch. 2.

30 La meilleure illustration en est les productions de l’école linnéenne : L’économie de la nature, ed. C. Limoges, Paris :Vrin, 1977.

31Par les migrations et transplantations, apparaissent ce que l’on prend pour des nouvelles espèces d’animaux et de végétaux, qui ne sont en fait que « des variantes et des races d’un même genre dont les germes et les dispositions naturelles se sont occasionnellement développés de diverses manières au cours d’une longue période de temps » (Races, Ak.II, 434, ns). Cf. aussi Usage, Ak.VIII, 173

32Adickes renvoie à Priestley comme source de cette théorie du phlogistique dans le sang (Kant als Naturforscher, II, 423)

33 « Ceci ne se laisse pas comprendre par la diversité de souches originaires. C’est seulement si l’on admet que, dans les germes d’une unique souche primitive, les dispositions à toutes ces différences de classes (...) que l’on comprend pourquoi quand ces dispositions se sont à l’occasion, et diversement selon chacune d’elles, développées, diverses classes d‘hommes sont apparues » (Détermination, Ak.VIII, 98).

34 Dans la phrase citée à l’instant en note, nous omettions précisément ceci : « (dispositions) par lesquelles (la souche primitive) fut apte au peuplement graduel des différentes régions du globe » - la souche primitive est en vérité préadaptée à tous les milieux. Une note de l’Anthropologie fera alors l’éloge de la théorie linnéenne de l’histoire du monde, selon laquelle les premiers hommes auraient été sur la seule terre émergée du globe, puis, avec la descente progressive des eaux, leurs descendants se seraient répandus dans les terres progressivement découvertes, dont les climats variaient en fonction de l’altitude - et ainsi faisaient usage de toutes leurs préadaptations climatiques. Cette théorie n’a pas alors pour Kant une vérité dans l’ordre de l’histoire de la nature, mais est un modèle qui donne à voir l’efficience de la préadaptation de l’homme à tous les climats.

35 Blumenbach et Buffon fondent l’unité de l’espèce humaine sur une théorie de la dégénrescence sous conditions externes ; mais Blumenbach, comme le note Bertoletti (note 11) n’accepte pas le critère buffonien d’interfécondité comme seul critère de l’espèce en général.

36 « Il en est de ces variétés comme de toutes celles qui distinguent un homme d’un autre homme ou une nation d’une autre nation : ce sont des nuances à peine perceptibles et d’après lesquelles on ne pourrait établir que des classes et des divisions arbitraires. » (Institutions de physiologie, section 14, §174; repris à peu près tel quel dans le Manuel d’histoire naturelle section 1, 1).

37 C’est pourquoi une note de l’Usage des principes téléologiques en philosophie précise bien, contre la lecture erronée qu’a fait Forster de l’Essai sur les races, que la souche primitive unique ne signifie pas un unique couple réel, empirique, dont tous les hommes seraient les descendants : l’essentiel est que, s’il y eut multiplicité de couples originels, ceux-ci peuvent être représentés comme issus d’une seule souche, parce qu’ils comportent les même germes donc sont de la même espèce : « Appartenir à une seule et même souche, cela ne signifie pas du même coup être issu d’un seul couple originel. Cela veut simplement dire que les diversités que l’on dénote actuellement dans une certaine espèce animale ne doivent pas être considérées comme autant de différences originelles. Or, si la première souche humaine se composait d’autant de personnes (des deux sexes) que l’on voudra, mais néanmoins toutes de la même espèce (gleichartig), je peux dériver les hommes actuels d’un couple unique tout aussi bien que de couples multiples. » (Usage, Ak.VIII, 178). L’assertion de l’unicité du Stammgattung, encore une fois, n’est pas une vérité empirique, mais un principe transcendantal qui permet le classement et la représentation de l’histoire des races humaines.

38 Avant tout Robert Bernasconi, « Who Invented the Concept of Race? Kant's Role in the Enlightenment Construction of Race, » in Bernasconi (ed.), Race, Oxford : Oxford University Press, 2001, pp.11–36.

i Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (CNRS/Unievrsité Paris I Sorbonne),

13 rue du Four 75006 Paris

Huneman@wanadoo.fr


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