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La poudre à dévoiler les trucs


Au seul aspect du Fils de la Condamnée, tenant son illustre mère sous son bras, tous les malfaiteurs s’enfuirent comme une volée d’oiseaux farouches. Le duc lui-même, dissimulant sa tête de hibou sous l’austère capuchon d’un moine, disparut par le plafond.

Boulet-Rouge avait pris les devants avec un paquet de taille considérable puisqu’il contenait, non seulement le cercueil d’enfant, mais encore l’accouchée de l’allée sombre. Fandango l’aperçut au moment où il s’évanouissait à travers l’épaisseur d’un mur. Un soupçon lui poignarda le cœur.

– Où est Mustapha ! s’écria-t-il de cette voix mâle et sonore que nous avons connue au faux porteur d’eau de la nuit des noces.

Personne ne lui répondit.

Il n’y avait là que Mandina qui cherchait parmi les dépouilles de quoi se composer un deuil pour la mort du gendarme, Olinda en quête de son Frigolin et le jeune Gringalet, lequel n’avait jamais connu les embrassements de l’huissier.

– Je veux Mustapha ! reprit le docteur Fandango. Il est l’homme de la situation. C’est lui qui possède la poudre pour découvrir les passages secrets.

Avec cette poudre, il faut bien le dire, on trouvait aussi les escaliers dérobés, les trappes et les double-fonds. Elle coûtait cher, mais elle était indispensable aux natures généreuses qui poursuivaient le crime à travers les mystères de Paris.

Silvio Pellico prit la parole, quoiqu’il eût des cadavres jusqu’au menton.

– Je ne sais si je m’abuse, dit-il ; peut-être mes malheurs ont-ils diminué ma sagacité, mais il me semble que mes pieds, autrefois si agiles, sont posés, à une grande profondeur, sur une figure connue. La vie sauvage que j’ai menée jadis, dans l’Amérique du Sud, aiguise et développe les sens. Mon orteil, encore très subtil pour son âge, croit reconnaître le généreux nez de Mustapha.

– Déblayez ! ordonna le Fils de la Condamnée. Quiconque me retrouvera Mustapha recevra, franco, tout ce qui a paru de ce roman en cours de publication.

Gringalet aimait les lectures qui exercent l’esprit en fortifiant le cœur. Il se mit à l’œuvre aussitôt, aidé par la jeune Grecque Olinda et Mandina de Hachecor. C’était peu : deux femmes et un enfant, mais Fandango les électrisait du regard et Silvio Pellico les intéressait en racontant ses infortunes.

En quelques minutes, l’atelier de feu les Piqueuses de bottines réunies fut débarrassé de toutes les matières organiques qui l’encombraient. Sous ces ordures, on retrouva, non seulement le noble Mustapha, mais encore le rémouleur, le joueur d’orgues, le gendarme et même Frigolin de Torboy. Ils se portaient tous aussi bien que le permettaient les circonstances.

En les voyant rassemblés encore une fois sous ses yeux, Fandango fit éclater sa joie. Il mit sa mère chérie en bandoulière, pour avoir désormais l’usage de ses deux bras et dit :

– Paris !

Les bons cœurs répondirent :

– Palmyre !

– Je tiens à voir vos cachets, dit encore le Fils de la Condamnée.

Ils se dépouillèrent, sauf Mustapha qui se borna à montrer son oreille de vieillard.

Fandango reprit :

– Je suis satisfait, aucun traître n’a réussi à se glisser parmi nous. Écoutez-moi bien. La Maison du Repris de justice où nous sommes est une des demeures les mieux machinées du Paris nocturne et mystérieux. Le nombre des passages secrets, trappes, pierres de taille montées sur pivot, plafonds mobiles, planches à bascule, murs où l’on marche, cheminées à ressort, armoires à escaliers, sarcophages, oreilles de Denys le tyran et autres oubliettes, y est littéralement incalculable. Nos ennemis sont disparus, mais je suis sûr qu’ils sont tous cachés dans l’épaisseur des cloisons. En conséquence, c’est le moment ou jamais d’utiliser la poudre à dévoiler les trucs !

– C’est le moment ! répliquèrent tous les bons cœurs d’une seule voix.

Et Silvio Pellico ajouta :

– Ou jamais !

Mustapha avait compris. Il sortit de son sein une boîte systématique, analogue à l’appareil connu sous le nom d’insecticide Vicat. Avec une adresse consommée, il mit en mouvement le petit soufflet dont il avait préalablement dirigé la bouche vers un coin de la muraille.

Au premier grain de poudre qui toucha le mur une porte apparut.

Mustapha fit glisser le soufflet : une seconde porte se montra, puis deux, puis trois, puis dix ! le mur n’était que portes, conduisant toutes dans des lieux inconnus.

L’assemblée fit éclater sa surprise, et Silvio Pellico s’écria :

– Je n’ai jamais rien vu de pareil, moi qui ai régné sur l’Araucanie.

Mais le docteur Fandango ayant assujetti plus solidement derrière son dos sa mère respectée, réclama le silence d’un geste.

– Partisans de la vertu, dit-il, soutiens fidèles de la probité et de la délicatesse, nous allons entamer une œuvre difficile. Appelez les bons cœurs qui peuvent être restés dans l’escalier et attention au commandement. Je vais passer le premier, tenant d’une main cette torche, de l’autre ce javelot. Ma mère me suivra, puisque je la porte. Mustapha suivra, tenant ma mère par sa jupe. Le Rémouleur suivra Mustapha en le tenant par la queue de son habit. Le Joueur d’orgues... enfin, vous m’avez saisi. Cette façon de circuler que les enfants appellent la queue-leu-leu, nous est indispensable, pour ne pas nous perdre dans les incommensurables détours de cet hôtel. Le but de cette excursion est de trouver madame Fandango et son fils Virtuté. Y êtes-vous ?

– Nous y sommes ! répondit le chœur des amis de la générosité.

Sans plus de paroles, parmi toutes les portes, le Fils de la Condamnée choisit la plus secrète et l’ouvrit à l’aide d’un moyen particulier qu’il serait trop long de décrire. Cette porte était en cœur de chêne, munie de contreforts en acier. Aussitôt qu’elle eut roulé sur ses gonds, un air humide et glacé pénétra dans la chambre.

C’était une immense galerie et dont, certes, âme qui vive ne soupçonnait l’existence dans la rue de Sévigné. La voûte, en plein cintre, était supportée par un quadruple rang de colonnes qui semblaient appartenir à l’époque romane.

Au moment où le docteur Fandango mettait le pied sur la première dalle, des rires aigus éclatèrent à l’autre extrémité de la galerie. Il leva sa torche aussitôt et vit, dans un lointain confus, une sorte de danse macabre.

Parmi les figures qui s’agitaient dans ce sabbat, il crut distinguer une tête de hibou et une emplâtre de dimension inusitée.

C’en était assez. Il précipita sa course, suivi par sa mère et Mustapha. En approchant, il distingua les traits peu réguliers de Carapace et d’Arbre-à-Couche. Il put même voir que Boulet-Rouge portait toujours son paquet considérable.

– Marchons, s’écria-t-il ; à travers la toile de cette enveloppe, mon imagination en délire croit reconnaître le profil de celle que j’aime. Il n’avait pas achevé que tout disparut.

– La poudre !

Mustapha aspergea les dalles.

La composition connue sous le nom de poudre-à-dévoiler-les-trucs a les inconvénients de ses vertus. Elle met à nu tant de mystères, qu’on est souvent très embarrassé pour choisir. Ainsi le loyal Mustapha ayant fait jouer sa petite manivelle, toutes les diverses colonnes montrèrent, à l’intérieur de leurs fûts, des escaliers dérobés. Chaque dalle laissa voir un trou muni d’une échelle, dont quelques-unes pénétraient par leur pied jusque dans les profondeurs des eaux croupissantes.

Mais la sagacité naturelle du Fils de la Condamnée était à l’épreuve de ces détails. Il alla droit à la dernière colonne et la fendit en deux en touchant un bouton de cornaline, travaillé curieusement. L’intérieur de la colonne renfermait des degrés en colimaçon. Le docteur descendit vingt-sept marches et se trouva dans une rotonde en marbre rouge, autour de laquelle étaient rangés vingt-quatre barriques en acajou portant différentes étiquettes, telles que : sang de femme, sang d’enfant, sang d’officier, sang de franc-maçon, etc...

Silvio Pellico ne put s’empêcher de murmurer :

– Ce Paris est vraiment cocasse !

Le docteur Fandango ne s’arrêta même pas. Il en avait vu bien d’autres dans sa carrière agitée.

Il traversa un pont de lianes, jeté sur un torrent tout blanc d’écume et pénétra dans une grotte de vaste étendue, dont les riches stalactites renvoyèrent en gerbes de lumière la rouge flamme de sa torche. Au bout de la grotte, il aperçut encore, au milieu d’une foule, grimaçant, M. le duc de Rudelame-Carthagène, entouré de ses trois Pieuvres mâles.

– À moi ! s’écria le Rémouleur.

Il avait fait un faux pas et la basque de l’habit de Mustapha lui était restée dans la main. Il prit l’autre basque et l’incident n’eut pas de suite.

La grotte ne contenait rien d’important, sinon un dépôt de substances vénéneuses à l’état brut. C’était le grenier d’abondance de la pharmacie du mystère. Silvio Pellico toujours soigneux, compta cent quarante-sept caisses d’arsenic et plus de mille bouteilles de strychnine, non encore épurée.

Venait ensuite un long couloir, défendu de distance en distance par des herses et des chevaux de frise. La troupe fidèle eut quelque peine à éviter les bascules, disposées avec beaucoup d’art. Des deux côtés du couloir, il y avait des râteliers pleins d’armes de guerre. Il se terminait par un mur que Mustapha saupoudra. Ce mur n’était qu’apparent, la composition chimique fit voir qu’il cachait un abîme insondable. Mais une sorte de sentier à pic, taillé dans le roc vif s’ouvrait à gauche du précipice.

Le docteur en s’y engageant, ne put s’empêcher de penser tout haut :

– Je ne prendrais pas volontiers cette voie périlleuse s’il ne s’agissait de mon fils unique Virtuté et de la bru de la condamnée.

En effet, à peine nos intrépides amis avaient-ils commencé à descendre que Tancrède, dit Chauve-Sourire et quelques autres mauvais sujets, firent pleuvoir sur eux des fusées, de la poix bouillante, du plomb fondu, enfin tout ce qu’ils trouvèrent à portée de leurs mains.

Les défenseurs de la vertu en éprouvèrent quelques désagréments légers, mais Silvio Pellico qui avait fréquenté des Anglais nomades en Araucanie, ne marchait jamais sans son parapluie, et comme le sentier était vertical, ce meuble protégea toute la troupe.

Ils étaient dans les souterrains de l’arche Notre-Dame !

Après avoir traversé encore de nombreux corridors, au bout desquels ils apercevaient sans cesse les sectateurs du mal, reconnaissantes à la tête de hibou du bisaïeul et à l’emplâtre de Boulet-Rouge, après avoir franchi des précipices, monté et descendu une grande quantité d’escaliers, ils arrivèrent enfin dans un asile pittoresque au plus haut point et fort original qui servira de décor à notre dernier tableau.

C’était une salle en forme de nef ogivale, au-dessus de laquelle passaient les eaux du fleuve. La nuit avait cessé d’envelopper la terre pendant ce long voyage. À travers la voûte de cristal qui recouvrait la nef, à travers les ondes de la Seine qui roulaient au-dessus de la voûte, on pouvait jouir d’un joli effet de soleil levant.

Mais là ne s’arrêtaient point les étrangetés de ce curieux séjour.

La salle était entièrement bâtie avec des squelettes entiers et à jour, posés dans des attitudes variées et reliés ensemble solidement par un ciment peu connu. Il en résultait une architecture vraiment surprenante et qui ne manquait pas de grâce.

Les baisers du soleil marinier, caressant ces dentelles d’ossements, formaient des dessins d’une légèreté inouïe et qui rappelaient les découpures des boîtes de bonbons.

Vous eussiez dit un rêve de poète !

Silvio Pellico essaya de compter les squelettes employés à cette œuvre d’art, mais il n’y put réussir. Il vit seulement à certains signes que c’étaient tous des malades du docteur Fandango.

C’était la fin. Après cette salle magique, il n’y avait plus rien. Aussi les Pieuvres mâles des impasses, chacals, mohicans, casquettes vertes et autres fléaux de la capitale étaient-ils rassemblés en bataille au milieu de la nef.

Devant eux se tenait le duc de Rudelame-Carthagène, vêtu du costume historique de Jean-Bart.

Ce costume était de circonstance. Le bisaïeul tenait en effet dans la main droite une torche allumée et posée au-dessus de quarante tonneaux de poudre fulminante.

Dans la main gauche, il avait une chaînette de platine, correspondant à une large soupape, ménagée dans la voûte de cristal.

Derrière lui, Boulet-Rouge tenait madame Fandango renversée sur une table de marbre.

La jeune femme allaitait son enfant.

Au-dessus de ce groupe, Arbre-à-Couche et Carapace brandissaient leurs stylets damasquinés !

XIV



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