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Catastrophe imprévue


Nous avons ménagé avec soin le crescendo. La situation est de plus en plus tendue.

Ces muettes et terribles menaces n’arrêtèrent nullement les bons cœurs.

Le Fils de la Condamnée fit tourner adroitement sa mère de son dos à sa poitrine et lui tâta le pouls.

– Elle est sur le point de recouvrer ses sens, dit-il. Finissons !

Il arrêta ses compagnons d’un geste et fit trois pas en avant.

– Duc de Rudelame-Carthagène, dit-il, rejeton d’une race souillée par tous les crimes, tu as fait accroire à madame Fandango que notre union était un inceste. Je te donne le démenti le plus formel. Ma jeunesse en sa fleur ne peut pas être le père de ta décrépitude. Veux-tu accepter contre moi un combat singulier ?

– Flûte ! répondit l’ancêtre. On vous prie de repasser !

Il ajouta d’une voix sarcastique :

– Où est ton livre, enchanteur à la douzaine, où est ta fiole qui parle ? où est ton cerf vivant qui a des cornes en strass ? Tu es ici chez moi, et tu vas mourir ! Ces galeries sont inconnues, même aux hommes d’imagination ! Elles sont bâties avec les os de tes clients, médecin de malheur, car tu as soigné et par conséquent conduit au trépas la moitié de la capitale. Regarde une dernière fois ta femme et ton enfant. J’ai à ma disposition le feu (il secoua sa torche) et l’eau (il tira sur la chaînette de platine et quelques chopines d’eau de Seine tombèrent de la voûte). À genoux ! charlatan ! ta dernière heure a sonné !

La princesse Troïka choisit cet instant pour rouvrir les yeux.

De son côté, l’accouchée de l’allée sombre poussa un gémissement étouffé.

– Ma mère !... ma femme !... s’écria le docteur Fandango en levant ses deux bras vers le ciel.

Mais cet homme unique à la volonté de fer ne pouvait se laisser longtemps abattre. Son esprit inventif avait de ces conceptions spontanées, sublimes et renversantes.

Se dressant de toute sa hauteur, son œil lança des flammes quand il dit, répondant à la dernière parole du bisaïeul :

– Je ne plie les genoux que devant le Seigneur...

Et sa voix se fit douce comme le miel quand il ajouta :

– ... et devant ma maîtresse !...

Puis son organe prenant des intonations terribles, il continua avec fermeté :

– Cacochyme et coupable vieillard, la discussion ne peut durer un instant de plus sur ce ton. Rends-moi ma famille, je te l’ordonne... une fois, deux fois, trois fois... alors crains ma colère... En avant tout le monde !

Il bondit le premier.

.........................................................................

À bas les mains ! cria une voix à la porte de la cave.

Deux sergents de ville entrèrent, suivis par quelques infirmiers.

Les fléaux de la capitale et les chevaliers de l’humanité se mirent à courir en tous sens, essayant de se cacher derrière les fagots...

Épilogue



Le Scarificateur


Le lendemain, on lisait dans le Scarificateur, journal général de médecine et de chirurgie :

« L’un de nos plus renommés aliénistes, le docteur Q. K. G... directeur de la maison d’O... T..., nous adresse la lettre suivante :

« Monsieur le rédacteur,

» Les feuilles du soir ont fait grand bruit de certaine aventure tragi-comique qui a mis, hier, en émoi, la tranquille population de la rue de Sévigné.

» On a dit que tous les pensionnaires de mon établissement avaient pris la fuite et porté la terreur dans un quartier de Paris.

» Ceci mérite explication.

» Depuis quelque temps, j’ai été obligé d’ajouter à ma maison principale un pavillon destiné au traitement d’une maladie mentale qui semble affecter plus particulièrement les personnes des deux sexes, livrées à la lecture habituelle de certains récits que j’appellerai les romans saignants.

» Les feuilletons du Petit-Canard, qui se débitent par centaines de mille, me fournissent spécialement la plus grande partie de ces cas particuliers.

» Ce n’est pas tout à fait de la folie, c’est un ramollissement de la pulpe cérébrale qui se rapproche davantage de l’innocence.

» Ces malheureux voient partout des poignards, du poison, des trappes, des pièges, des embûches de toute sorte ; Paris leur apparaît comme une immense ratière où l’on ne peut plus faire un pas sans rencontrer la mort.

» Le feuilleton traitant des avortements, des vapeurs de charbon, des suicides par amour, nous amène quantité de jeunes filles dont l’innocence a été gâtée par ces lectures malsaines.

» Ceux par contre où il est parlé de morts violentes par la noyade, les sauvages embuscades, les morsures d’aspic à tête noire, la strangulation, etc., nous font regorger immédiatement de vieillards et de jeunes hommes idiotisés par ces récits pernicieux.

» D’habitude, mes pensionnaires sont bien tranquilles. Hier, malheureusement, le vieil infirmier qui les garde était de noce. Ils se sont échappés et sont venus jouer dans un taudis une scène de leurs drames favoris.

» En somme, pour tous dégâts, il y a eu un carreau de cassé et le bris d’un loquet donnant accès dans la cave d’un rôtisseur. L’indemnité a été réglée et soldée.

» Je vous prie, M. le rédacteur, de porter ces faits à la connaissance du public, en acceptant l’assurance de ma parfaite considération.

Signé : « Q... K... C..., docteur-médecin,

directeur de l’asile centrale d’O... T...

pour les aliénés des deux sexes. »

Table




  1. Messa – Sali – Lina 11

  2. La machine infernale 20

  3. Les jardins de Babylone 40

  4. Les Piqueuses de bottines réunies 51

  5. L. D. F. E. V. – I. A. T. V. – D. E. J. – T. ! 67

  6. Le porteur d’eau 85

  7. Trahison ! 103

  8. Adultère, inceste et bigamie 115

  9. Le grand chef des Ancas 127

  10. L’eau qui change les physionomies 142

  11. La Condamnée ! 153

  12. Atroce boucherie 166

  13. La poudre à dévoiler les trucs 179

  14. Catastrophe imprévue 192

Cet ouvrage est le 444e publié

dans la collection À tous les vents

par la Bibliothèque électronique du Québec.

La Bibliothèque électronique du Québec

est la propriété exclusive de

Jean-Yves Dupuis.

1 On a sévèrement blâmé cet anachronisme. L’auteur s’en bat l’œil. Il a pour lui ses graves études et sa conscience. Le costume de la vérité, d’ailleurs, ne lui déplaisant point, on ne le verra jamais chercher à la déguiser.

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