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Trahison !


Il faudrait la plume d’or des poètes pour vous dire l’effet produit par l’anecdote des aventures du faux fumiste sur les Piqueuses de bottines réunies.

– Aviez-vous cru, s’écria tout à coup mademoiselle de Rudelame en pleurant, fusse pendant le quart d’une seconde, aviez-vous cru, jeunes filles du commun, que la descendante de mes aïeux, l’amante de Coriolan, était coupable ?

La présence seule du prêtre éthiopien doit vous dire avec quelle régularité les choses se passèrent.

Le docteur Fandango ôta son costume de porteur d’eau ; il avait par-dessous des vêtements propres et d’une étonnante magnificence. À son médium était le diamant du Vieux de la Montagne qui lui fut donné par la reine. Tous les ordres étrangers brillaient sur sa large poitrine. Il s’était fait la barbe peu de temps auparavant.

Que dire ? Vous connaissez sa beauté. Tous les jolis garçons qui l’entouraient avaient l’air de ses domestiques.

Il mit un genou en terre devant moi et me passa au cou un joyau en corail aquatique, d’un prix extravagant, aussi précieux par la matière que par le travail, en murmurant :

– Vierge adorée, ceci est la croix de ma mère !

Son émotion était maladive. Il ajouta :

– Grâce aux effets du porteur d’eau, j’ai surmonté tous les dangers inséparables de mon entreprise. Désormais, soyons tout au bonheur.

Sur un geste de lui, les lambris de ma chambre à coucher furent immédiatement tendus de satin vert clair, parsemé de bouquets de topaze. On répandit des parfums sur le tapis, tandis que d’autres aromates brûlaient dans les cassolettes orientales. Un autel se dressa en face de la cheminée à la prussienne.

Simon avait apporté son orgue de barbarie, et c’était justement cet objet qui n’avait pas pu passer par le tuyau.

Il joua dessus plusieurs morceaux tendres et anacréontiques.

Puis, le prêtre mutilé d’Éthiopie nous unit devant Dieu.

Il unit aussi, par la même occasion, le Rémouleur et Olinda, ma première confidente.

La cérémonie se passa très bien, sauf un incident, en apparence vulgaire, mais qui aurait dû nous donner à réfléchir. Au moment où le prêtre nègre prononçait sur nos têtes de saintes paroles, en un langage incohérent, il éternua. Nous nous aperçûmes qu’un vent coulis venait du côté des fenêtres ; elles étaient restées entrouvertes, on courut les fermer, mais il était trop tard. Le prêtre d’Éthiopie qui n’avait qu’un bras, qu’une jambe et qu’un œil ajoutait maintenant un rhume de cerveau à ces fâcheuses infirmités.

Est-ce pour vous entretenir de ce détail que j’ai parlé des fenêtres ouvertes ? Non ! Au travers des carreaux, le noble Mustapha crut voir une tête de hibou.

Il s’approcha pour mieux regarder et aperçut dans le feuillage des sycomores, plantés en rond autour du bassin de Mercure, une multitude d’ombres humaines et fugitives.

La lune qui se cacha sous un nuage opaque, cessa d’éclairer la nature. Mustapha crut s’être trompé. Il ne parla point. Il eut tort. Un seul mot tombant de sa bouche nous eut épargné un épouvantable péril et neuf mois de tortures atroces, qui me furent particulières et privatives, car mon Coriolan resta libre.

La cérémonie achevée, Mandina de Hachecor qui me servait de dame d’honneur, fit comprendre au reste de l’assemblée que l’heure de la retraite avait sonné. Nos amis s’éloignèrent au son de l’orgue de barbarie qui jouait un air connu, dans les corridors, pour étouffer le bruit de leurs pas.

Coriolan était enfin seul avec son Elvire.

Ô jeunes filles, mesurez la nouveauté de cette situation. Nous étions mariés, nous nous aimions avec délire, et c’était la première fois que nous nous rencontrions dans le monde !

Mais il avait acheté ma photographie, et sa brillante renommée me le rendait familier,

Il prit place auprès de moi, sur le sofa, si jeune, si beau et surtout si bon que je m’accoutumai à lui tout de suite, puis le sommeil nous gagna tout doucement.

Puissance divine ! Quel réveil nous attendait !

La vision du noble Mustapha, dont il a été précédemment question, n’était pas une chimère. Le visage de hibou, aperçu à travers les carreaux, appartenait à mon bisaïeul, et les formes sombres, perchées dans les sycomores, étaient celles de ses sicaires.

Une de mes confidentes avait trahi notre secret.

Mon bisaïeul, éveillé en sursaut, vers minuit, avait vu près de sa couche cette fille sans entrailles, Herminie, native du Bas-Meudon, celle-là même qui m’avait apporté le bouquet de fleurs rares, entouré de papier glacé.

– Pendant que vous dormez, lui dit-elle, imprudent vieillard, votre arrière-petite-fille est en train de se mésallier à un porteur d’eau alsacien.

Le duc bondit hors de ses draps, il se trouvait devant une personne de l’autre sexe, n’importe, son grand âge le forçant à porter toujours des pantalons de flanelle, il était en état. Il appela ses valets ; ce fut en vain : le narcotique faisait admirablement son office, les tenant enchaînés dans le sommeil. Alors, sachant bien qu’il ne pouvait s’attaquer tout seul au Fils de la Condamnée, il monta au sommet d’une tour et alluma le phare.

Un quart d’heure après, trente-huit à quarante Pieuvres mâles des divers impasses de Paris, arrivaient à l’hôtel. Vous avez deviné que le phare était un signal.

Mon bisaïeul les rassembla dans la grotte et leur dit sans préambule :

– J’ai assez vécu pour voir le déshonneur de ma maison. Coriolan Fandango, natif des ruines de Palmyre, en Asie, exerçant la médecine à Paris, sans diplôme, a pénétré dans mon domicile à la faveur d’une veste de porteur d’eau, et s’est uni aussitôt à ma riche héritière.

– Qui vous a révélé ce mystère ? demanda la pieuvre mâle de l’impasse Tivoli.

Mon bisaïeul montra Herminie du Bas-Meudon.

Cette infortunée tomba, frappée de trente-huit à quarante coups de yatagan.

– Comme cela, dit la hyène de l’impasse Tivoli, elle ne fera plus de cancans dans le voisinage.

M. le duc approuva d’un signe de tête et reprit :

– Je suis dans l’embarras. Que chacun me donne son avis avec franchise.

Les Pieuvres s’assirent sur les tombes et la délibération commença.

L’ancien professeur de la cité Jarie proposa d’introduire du méphitisme pur dans la chambre nuptiale, à l’aide d’un tube en gutta-percha ; Carapace offrit d’inoculer aux deux époux une maladie charbonneuse ; la hyène de l’impasse Tivoli conseilla de les étouffer en faisant tomber sur eux le plafond de leur appartement, mais mon bisaïeul repoussa ces divers expédients comme ayant déjà servi.

On pouvait l’en croire, c’était un connaisseur.

– Dans les veines de la trop coupable enfant, dit-il en parlant de moi, est renfermée la dernière goutte du sang de Rudelame-Carthagène. Je veux la garder vivante, afin de la torturer à mon aise. Boulet-Rouge, la principale pieuvre mâle de l’impasse Guéménée, n’a pas encore parlé. Son expérience m’étant connue, je l’adjure de me fournir un truc pour anéantir le Fils de la Condamnée sans exposer les jours d’Elvire.

Boulet-Rouge se leva. Chacun connaît l’emplâtre de dimension inusitée qu’il porte sur son visage pour éloigner tous les soupçons. Il le repoussa un peu de côté et dit :

– En fait de procédés, on n’a qu’à choisir. Les inventions nouvelles offrent un champ fertile. Il suffira de prendre un fil de métal, bon conducteur, et d’en isoler l’extrémité. Vous ferez passer le fil à travers le corps des deux mariés, en ayant soin toutefois que la partie isolée soit seule dans l’estomac de mademoiselle de Rudelame. Vous enverrez alors une dépêche qui ravira le jour à Fandango, en passant, mais qui, arrêtée par la matière isolante, épargnera l’existence de la jeune et belle Elvire.

La simplicité de cet appareil réunit tous les suffrages. On leva la séance pour s’occuper des voies et moyens.

Pendant que, plongés dans une sécurité trompeuse, Fandango et moi, nous dormions, tout conspirait ainsi contre notre bonheur.

À trois heures et demie du matin, je fus réveillée par un léger bruit. Aux lueurs vacillantes de la lampe d’opale, je vis un spectre à la fois fantastique et plein d’une effrayante réalité, Le plafond était ouvert, le plancher était crevé. Trente-huit à quarante Pieuvres mâles surgissaient du sol ou descendaient en rampant le long des lambris, tendus de satin vert clair. Il y en avait qui se glissaient sur le tapis comme des sauriens gigantesques. Il y en avait qui dégringolaient par les colonnes de notre couche.

Au centre de la pièce, mon bisaïeul, que je reconnus seulement à son visage de hibou, car un costume de lancier polonais dissimulait sa vétusté, mettait la dernière main à l’appareil électrique.

Je crus être le jouet d’un rêve jusqu’au moment où on donna le signal, qui était un chant d’alouette, à cause de l’heure matinale.

Mon bisaïeul retroussa aussitôt les manches de son uniforme et se mit en devoir de passer l’appareil au travers de nos corps.

Je ne pus m’empêcher de jeter un cri.

Aussitôt, les trente-huit à quarante yatagans sortirent hors du fourreau, tandis que mon époux, réveillé en sursaut et comparable aux demi-dieux du paganisme, cherchait son revolver afin de se mettre en défense.

Il ne le trouva pas, M. le duc le lui avait volé.

Alors, le Fils de la Condamnée poussa une exclamation terrible, à laquelle répondit le braiment de son cerf vivant qui l’attendait sous la charmille.

– Vampires ! dit-il avec force, coléoptères ! rebuts des civilisations et de l’histoire naturelle, il me reste une ressource.

Et roulant avec rapidité sa cravate autour du cou de l’hyène de l’impasse Tivoli, il l’étrangla comme si c’eut été un enfant naissant.

Les autres conjurés frappés de ce tour d’adresse, reculèrent. Il n’en fallut pas davantage. Fandango s’élança dans la cheminée à la prussienne et disparut à tous les regards.

Presque aussitôt après, on entendit le galop du cerf dans les bosquets, et une voix terrible éclata dans le silence de la nuit. C’était la sienne. Elle disait :

– Je m’éloigne sur mon cerf, natif comme moi, des ruines de Palmyre. Tremblez ! dans neuf mois, l’heure du châtiment sonnera !

– Il est sauvé ! m’écriai-je, je puis m’évanouir.

Et je perdis l’usage de mes sens, au moment où nos ennemis témoignaient de leur désappointement et de leur aigreur.

Quand je revins à la vie, je cherchai en vain la lumière du jour. On avait muré les portes et les fenêtres de ma chambre nuptiale, qui était transformée en tombeau.

Auprès de moi, il y avait un pain de munition, une cruche d’eau saumâtre et des noisettes. J’en cassai une avec indolence. Un papier s’en échappa...

VIII



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