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Adultère, inceste et bigamie


Certes, on ne trouverait pas beaucoup de jeunes dames capables de faire, un quart d’heure après leur accouchement, un récit de cette étendue et de cet intérêt. Ceci est une courte réflexion de l’auteur.

– C’était, poursuivit la bru de la Condamnée, car elle avait droit à ce titre, depuis son mariage avec le docteur Fandango, c’était un papier très fin, couvert d’écriture. Bien que je n’eusse point de chandelle, mes yeux habitués à l’obscurité déchiffrèrent la signature de Boulet-Rouge.

La vue de mes jeunes appas avait adouci cette abrupte nature.

Il me marquait que, si je voulais habiter sa cabane, il consentait à étouffer la mère de ses enfants entre ses deux matelas.

Quel sauvage caractère, je méprisai son ouverture. Coriolan seul occupait mon cœur.

Où était-il ? Que faisait-il ? En quels lieux son cerf l’avait-il transporté ? Telles étaient les questions que je m’adressais dans mon délire. Combien de fois cassai-je mes noisettes avec émotion espérant une lettre de lui ! Puisque l’impur Boulet-Rouge avait bien eu l’idée de m’écrire par cette voie, Coriolan pouvait de même...

Puérile chimère ! Rien ! Ma situation était pénible et monotone. Je ne voyais personne, sinon le malheureux qui m’apportait chaque matin mon pain de munition, mon eau saumâtre et mes noisettes. On l’avait choisi sourd, muet et aveugle pour m’ôter toute chance d’essayer sur lui mes moyens naturels de séduction.

Les jours passèrent. La pensée d’abréger mon existence germa dans mon cerveau. Je la repoussai : j’étais mère !

La nuit de mes noces, au milieu des transports de son amour, le Fils de la Condamnée m’avait adressé ces paroles remarquables :

– Si jamais, madame Fandango, tu te trouves dans un embarras cruel, monte au dernier étage du palais de tes pères. Emporte avec toi sept bougies et allume-les dans les ténèbres. Je les verrai de loin et j’accourrai à ton aide.

Il avait ajouté :

– Moi, si j’ai besoin de toi, je lancerai dans les airs sept petits ballons rouges. Cela voudra dire : « Viens, je t’attends sous les voûtes du bazar Bonne-Nouvelle pour affaires. »

Hélas ! malgré sa capacité, il n’avait pas prévu que je serais enterrée vivante !

Le quinzième jour du quatrième mois, je cessai d’être seule ; mon jeune Virtuté commença à s’agiter dans mon sein.

Le matin du jour suivant, je reçus une lettre du vil Boulet-Rouge. Elle était ainsi conçue :

« Toi qui a repoussé mes caresses, veux-tu connaître toute l’horreur de ton sort ? Compte dix-sept feuilles de parquet, à partir de l’endroit où tu es assise, soulève la dix-huitième planche qui recouvre un puits profond, descends dans le puits, tourne à gauche, prends la onzième galerie à droite, monte treize marches, fais le tour de la colonne et cherche un bouton de métal. Pèse dessus de droite à gauche. La colonne s’ouvrira et tu verras ta destinée ! »

Signé : « Celui dont tu as enflammé les caprices. »

J’attendis le soir, et poussée par une curiosité maladive, je comptai les dix-sept planches, je soulevai la dix-huitième. Le puits profond se présenta à mes yeux. J’y descendis et suivis dès lors de point en point l’itinéraire tracé par cet odieux libertin de Boulet-Rouge.

Quand la colonne s’ouvrit, j’aperçus un spectacle fait pour m’étonner. Un immense corridor souterrain était devant mes yeux. Une lampe sépulcrale l’éclairait de lueurs fugitives et montrait à perte de vue son sol carrelé de noir et de blanc comme un tombeau.

À côté de la galerie était un écriteau qui portait ces mots caractéristiques : Victimes appartenant à la famille de Rudelame-Carthagène.

Au-dessous, et à droite, un second écriteau disait : Côté des hommes.

À gauche, un troisième : Côté des dames.

Il y avait à droite trente cellules creusées dans le roc, à gauche, trente. En tout, cela faisait soixante cellules. Dans les quinze premières de chaque côté se trouvaient trente cercueils. Sur les trente autres, il y en avait vingt-neuf qui étaient habitées par des créatures vivantes dont les noms étaient tracés sur les portes.

Mon nom était sur la trentième !

J’eus le courage d’ouvrir tour à tour ces vingt-neuf portes pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. J’y trouvai uniformément, auprès des reclus de l’un et l’autre sexe un pain de munition, une cruche d’eau saumâtre et des noisettes. Seulement, on y ajoutait un casse-noix, quand le captif était d’un grand âge.

Et savez-vous quels étaient les habitants de ces niches ? Les fils, les filles, les gendres et les brus de mon bisaïeul : mon père, ma mère que je croyais décédée, mon grand-père, ma grand’mère dont j’avais pleuré le trépas, l’oncle de Mandina, la tante de Mustapha...

Ils étaient enchaînés étroitement. Aucun d’eux ne me reconnut. À l’aide d’une préparation chimique, on leur avait enlevé la mémoire.

Comme je revenais sur mes pas, car j’en avais assez, une voix moqueuse autant que barbare sortit des profondeurs du souterrain. Elle me dit :

– Eh bien ! Elvire de Rudelame, refuses-tu encore la position modeste mais honorable de ma compagne assassinée ?

Cette voix appartenait à Boulet-Rouge.

J’y répondis par le silence de l’horreur...

Le pénultième jour du neuvième mois qui était avant-hier, ma tombe s’éclaira tout à coup. À sa tête de hibou, je reconnus mon bisaïeul. Il était accompagné de trois médecins habiles qui m’examinèrent avec attention.

– Cette jeune personne, dit le premier, est dépourvue de toute infirmité. Elle accouchera sous quarante-huit heures.

Les autres prononcèrent des paroles scientifiques et l’un d’eux fit remarquer que mes attraits avaient résisté au pain de munition et au reste.

– Ah ! m’écriai-je, ces appas sont mon malheur. Au nom du ciel, donnez-moi des nouvelles de mon époux.

Mon bisaïeul me jeta un regard perçant.

– Qu’on achète une quantité suffisante d’alcool ! commanda-t-il, et qu’on prépare un bocal, afin d’y mettre, aussitôt après sa naissance, le petit-fils de la Condamnée.

Il sortit par la brèche qui avait été pratiquée pour son entrée.

D’après un ordre émané de lui, je fus placée sur un brancard et portée au plus haut étage de la maison, afin d’avoir de l’air pendant mes couches.

Vous l’avez deviné.

Quand l’obscurité eut remplacé la lumière du soleil, j’allumai sept bougies que je plaçai derrière mes carreaux. La nuit m’empêcha de voir si les sept ballons voltigeaient dans l’atmosphère, mais, vers minuit, plusieurs chanteurs tyroliens s’arrêtèrent devant l’hôtel. Mon cœur battit. J’avais reconnu Coriolan parmi eux.

Avec une fronde, il lança un caillou jusqu’à ma retraite. Le caillou était enveloppé d’un papier blanc sur lequel étaient écrits ces seuls mots :

« Approchez-le d’un feu ardent. »

J’obéis, et aussitôt d’autres caractères apparurent, formant un billet ainsi conçu :

« L’encre sympathique est connue depuis longtemps ; ce n’est pas moi qui l’ai inventée, mais la prudence m’a commandé d’en faire usage.

» Pendant ces neuf mois, j’ai été fort occupé.

» Au moment où l’incendie s’allumera, tiens-toi prête à jeter l’échelle de soie. Je monterai te chercher avec Mustapha et le gendarme.

» Tu nous reconnaîtras à ces divers signes : Le gendarme aura une pomme d’amour à la place du cœur, Mustapha, un réséda à sa casquette, et moi, le ruban des saints Maurice et Lazare.

» Nous murmurerons tous les trois en arrivant : Paris !

» Tu répondras à voix basse : Palmyre ! »

» Coriolan, « le Fils de la Condamnée. »

Je baisai ce papier avec ardeur, mais il me jeta dans une perplexité insurmontable. De quel incendie parlait mon époux ? Et s’il mettait le feu au palais, que deviendraient les vingt-neuf victimes du souterrain ?

Un adolescent, nommé Gringalet, qui est le fruit d’une faute commise par l’huissier de notre famille, descendit du toit et frappa trois coups à mes carreaux. J’ouvris ma fenêtre.

Gringalet n’eut que le temps de prononcer précipitamment ces paroles :

– Avalez les papiers. Les voilà !

En effet, j’avais encore le billet dans ma gorge, quand mon bisaïeul entra avec l’huissier de la place des Vosges, porteur d’une liasse de parchemins considérables.

Derrière eux, venaient les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée.

Derrière encore, de nombreux domestiques avec des tables, des tapis, des sièges, une escabelle : tout ce qu’il faut enfin pour meubler une chambre destinée à servir de tribunal de famille.

M. le duc prit place, sur une sorte de trône, les trois Pieuvres mâles l’entourèrent ; l’huissier de la place des Vosges s’installa à la petite table du greffier et moi je dus m’asseoir sur la sellette.

Les valets furent congédiés.

– Messa, Sali, Lina, dit mon bisaïeul, vous êtes les témoins et l’auditoire. Cette coupable enfant est l’accusée. Mon huissier est le greffier, je suis le juge. Nous constituons une cour de haute et basse justice. J’en ai le droit par les chartes des anciens rois de France.

L’huissier frappa sur ses parchemins. C’était vrai.

Au dehors Gringalet, par des menaces et des pieds de nez, témoignait du mépris, que lui inspirait son père naturel.

– Fille ingrate et perverse, savez-vous dans quel abîme de forfaits vous vous êtes plongée ? demanda mon bisaïeul.

– Je sais que je suis innocente, répliquai-je avec l’assurance de la candeur.

– Innocente ! répéta-t-il, vous allez en juger vous-même. Mon grand-père, le premier duc de Rudelame avait un fils adultérin qui se nommait Inaniquet. Ce fils adultérin étant devenu pubère, séduisit la duchesse, ma mère : je suis né de cet inceste. N’êtes-vous pas la fille de mon petit-fils ?

– Si bien ! répondis-je, pour mon malheur.

– Parfait ! ce Inaniquet est marié à une princesse arabe qui vit en Lombardie. On le connaît dans Paris sous le nom du docteur Fandango !...

– Ô ciel ! m’écriai-je.

– Vous êtes, par conséquent, la femme du père incestueux, adultérin et bigame de votre bisaïeul ! Je crois qu’un pareil fait ne s’est jamais produit dans les œuvres d’imagination !

– Mais, objectai-je, l’âge de mon Coriolan...

– Il doit sa jeunesse apparente aux prodiges de la chimie, interrompit le duc. Vous sentez bien que vous ne pouvez rester dans un pareil état... Doutez-vous encore ?... Huissier de la place des Vosges, montrez-lui les papiers qui le prouvent.

C’était exact. On me prodigua les preuves authentiques de ma honte.

Mon bisaïeul poursuivit :

– Heureusement, votre mariage est nul comme ayant été cimenté par une moitié d’ecclésiastique ; le prêtre d’Éthiopie n’a qu’une jambe, qu’un bras et qu’un œil... Voici un homme du peuple (il montrait l’odieux Boulet-Rouge) qui consent à donner son nom à votre enfant. Trop pur pour encourir le reproche de bigamie, il s’engage à noyer sa femme instantanément.

– Avec plaisir, dit Messa.

– Et si vous refusez, acheva mon juge, on va faire sur vous l’essai d’un supplice nouveau consistant à peler la personne comme une pomme, et à saupoudrer sa chair de poivre rouge...

À cet instant précis, des clameurs confuses s’élevèrent au dehors, et les serviteurs épouvantés revinrent, disant :

– Fuyez, mon seigneur, le palais est en flammes !

IX



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