Littérature québécoise








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titreLittérature québécoise
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Natalité libératrice


Un papa m’a raconté ses méditations au chevet d’un berceau longtemps vide qui, s’anima, un matin béni, des vagissements d’un enfant, robuste et s’accrochant à la vie de toute la poigne de ses menottes crispées. On a de l’orgueil, en ces temps de lutte, où la mitraille fauche tant de jeunesse, en Europe, d’avoir un fils. Et voici ce que ce père me racontait :

« Quand il dort, sous les courtines que la maternelle tendresse a enrubannées, quand à sa bouche tremble un sourire avec la nacre d’une goutte de lait, au risque de chasser par mes austères pensées, les songes gais qui survolent cette couche, je me jure de prendre cette cire molle qu’est un petit enfant et de faire de mon âme son âme, comme j’ai fait de ma chair sa chair, d’y déposer un tel amour de notre langue, de nos libertés et de notre race que jamais les Prussiens d’Ontario n’auront d’ennemi plus acharné. »

Et comme s’il avait compris, même en son sommeil de poupon joyeux, l’enfant crispe, encore plus fort, ses poings menus.

...Dans leurs « moïses » symboliques, 1000, 10 000 autres enfants voguent ainsi, à jamais sauvés des eaux montantes de l’anglicisation. Les berceaux canadiens ne porteront désormais dans leur flanc que des guerriers, comme le cheval de Troie. Nous n’aurons été que l’armée de couverture ; ce sont eux qui remporteront les trophées. De grâce, n’oublions pas que si la langue française vit chez nous, elle le doit à la générosité de nos femmes, qui enseignées par une religion haute, acceptent comme une joie les maternités douloureuses.

Et c’est la réponse à ceux qui veulent séparer la question de la survivance française de la question de religion.

Yeux d’enfants


Pourquoi les yeux des tout-petits sont-ils si beaux ? Pourquoi semblent-ils des firmaments en miniature où reste toujours à son zénith un soleil noir et or, si étrange ?

Bébé ne parle pas, il entend sans comprendre, toute son intelligence s’arrondit dans ses prunelles se posant sur les choses telles des ventouses pour en sucer le sens. Voici qu’elles ont saisi un rayon de lumière qui se brise au biseau d’une glace. La clarté pour Bébé, c’est la joie, et ses bras, bourrelets roses de chair, se sont mis à scander le rythme de cette lumière qui danse ; un sourire écartant doucement les lèvres molles, a formé une fleur mignonne sur l’alvéole des gencives.

Penchons-nous sur des yeux d’enfants. Ils font oublier que les nuages roulent au dehors, que le vent est aigre et les hommes méchants.

Penchez-vous, vous surtout mères que la vie accable. Voyez comme ces yeux reflètent nos misères sans ternir ; penchez-vous quand vous ont épuisées veilles et fatigues.

Le Bon Dieu a fait les yeux des petits si beaux pour qu’on y aperçoive un coin du paradis.

L’acheteur perplexe


Nous entrons dans la période de l’année qui nous rend le plus sensible l’atmosphère d’anglicisation dans laquelle nous vivons. C’est le moment unique où le monsieur grave, qui ne va jamais que chez le fournisseur pour hommes, se risque, l’air un peu ahuri, à la remorque de Madame, dans le grand magasin à rayons. L’estime pour sa moitié se trouve soudain augmentée à constater la facilité avec laquelle elle évolue à travers ce capharnaüm ; elle sait où trouver la bonneterie, le rayon des bottines, le royaume des jouets. Pendant que madame choisit les étrennes sérieuses, qui comprennent celles de la bonne, de la femme de charge et de la petite pauvresse qui ne manquera pas de faire sa visite hebdomadaire dans le temps des fêtes, Monsieur, que cette sélection intéresse peu, lorgne de côté et d’autre, inspecte les étiquettes. Une chose le frappe et le peine qui naguère l’eût laissé froid : sur les boîtes d’où l’on sort les mouchoirs fins, les jabots, les bas de soie, on voit rarement le nom d’un fabricant français ; jamais un mot de français. « Dieu ! se dit-il entre les dents, leur appartenons-nous assez ! Leur donnons-nous assez de notre argent ! N’y aurait-il pas moyen tout de même de fabriquer tout cela chez nous ? »

De spectateur détaché, voilà qu’il devient soudain très intéressé. Il se met à manipuler les objets, à faire jouer les ressorts, à s’amuser des grimaces que font les captifs des boîtes à surprise. C’est qu’on a pénétré dans le rayon des jouets et qu’il faut, cette fois, choisir les étrennes des tout petits. Le monsieur austère s’intéresse à la garniture de l’arbre de Noël : exprime son opinion sur le réalisme des différents échantillons de neige artificielle ; dit que les boules de verre rouges trancheront mieux sur le vert du sapin que les bleues ; assure, au reste, que les enfants aiment bien mieux le rouge comme les sauvages, dont ils sont encore tout proches par la prédominance de l’instinct sur la science acquise.

Monsieur a été distrait pendant un quart d’heure, mais voilà que sa préoccupation de tout à l’heure le lancine à nouveau : neige artificielle, verroterie, jouets, rien de cela ne porte une marque de fabrique canadienne ; tout cela augmentera avant tout et surtout, les profits d’une maison qui n’est pas du Québec, qui n’emploie pas des ouvriers du Québec, rien de cela, au surplus, n’a le moindre cachet canadien. New-York, Londres et Toronto ont remplacé Nuremberg ; mais l’âme de ces jouets, si l’on peut dire, est aussi étrangère au petit Canadien qui s’en amusera que s’ils portaient encore la marque de fabrique allemande. L’enfant qui les maniera ne jouera pas en français.

Monsieur, de plus en plus soucieux, approfondit son enquête. Il s’obstine à chercher quelque chose qui soit neutre, à tout le moins. Il croit avoir trouvé avec ce cheval mécanique qui porte une marque de fabrique bien canadienne ; mais, un examen plus attentif lui révèle [que] l’animal lui-même est baptisé d’un nom anglais. « Bon Dieu, dit-il, on nous anglifie jusqu’au bois de nos forêts ! Je ne prendrai pas cela non plus ; la bonne, les amis, tout le monde voyant ce jouet dont le nom est désormais connu, le souffleront au bébé ; il le retiendra : Ce sera un autre « espion » introduit dans son vocabulaire qu’on ne pourra plus extirper. »

Monsieur rentre chez lui mécontent. Il n’a pas fait d’emplettes. Il cherche depuis une solution. Il tient beaucoup à ce que le sapin poussé en bon terroir québécois, ne porte pas au jour de l’an que les fruits pervers de l’anglicisation. C’est déjà bien d’avoir banni Santa-Claus, d’avoir enjoint à tout le monde à la maison, y compris la bonne, de ne parler aux enfants que du petit Jésus et du bonhomme Noël. Il trouvera la solution promise à tous ceux qui cherchent – il y a encore du temps d’ici les fêtes.

...................................

Monsieur a trouvé, et c’est tout simple. Il donnera les Rapaillages, Autour de la maison, ou quelque autre ouvrage bien canadien. Il n’y a encore que des livres que les enfants ne se fatiguent pas.
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