Littérature québécoise








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L’époque des enfants


Les enfants, c’est tout ce qu’il y a de bon dans la vie. Et parce que les fêtes ce sont spécialement les jours des enfants, ce temps est tout ce qu’il y a de meilleur dans l’année. Leur candeur et leur naïveté sont la vraie Fontaine de Jouvence ; à leur contact on retrouve sa jeunesse. Pendant un mois de l’année, l’imagination adulte n’est hantée que de pensers simples et gais. Elle s’applique à chercher ce qui fera le bonheur des enfants, à deviner ce qui pourra allumer dans leurs yeux l’étincelle de la surprise, quand, pieds nus dans leurs mules, se tenant par la main, cherchant dans la solidarité plus de courage pour affronter la grande joie qui fait peur presque autant que la grande peine, ils s’avanceront vers le sapin magique, dont les fruits sont jouets et sucreries. L’arbre de Noël, pour une petite tête de trois ou quatre ans, c’est, en effet, l’arbre phénoménal, l’arbre qui pousse des jouets.

Quel crayon humoriste saisira les répétitions des grands jours où la barbe des papas se penche sur les locomotives minuscules, où leur mémoire rappelle violemment à elle les vagues notions de mécanique et de physique apprises au collège ; où l’on délibère gravement sur les causes d’un accident de chemin de fer long comme la main, sur l’endroit où doit être déposée la goutte d’huile salutaire ; sur l’inclinaison qu’il convient de donner aux rails pour faire échec à la force centrifuge.

Pendant que les hommes font ainsi étalage de leur science tâtonnante, les femmes, en cercle, admirent, approuvent ou critiquent suivant que le convoi lilliputien obéit à la direction ou fuit sa voie de fer blanc.

Oh ! les efforts maladroits des pères qui éprouvent le mécanisme d’une toupie savante, qui se font la main afin de ne pas « manquer leur coup » quand l’enfant dira, impératif : « Fais-la marcher ! » Oh ! quelle scène affolée quand le commutateur ayant été tourné on s’aperçoit soudain que la guirlande de mignonnes ampoules électriques ne s’allume pas ; la course chez l’électricien ; le vissage et le dévissage des globes jusqu’à ce que jaillisse la lueur multicolore.

L’enfant rajeunit la famille, comme le printemps rajeunit la terre. Avec lui, l’époque des fêtes est gaie ; mais sans lui, quelle tristesse ! Les fêtes, ce n’est plus alors qu’une année qui finit, qu’un millésime qui s’ajoute à trente ou quarante autres, qu’une étape franchie dans la marche vers l’abîme qui, dirait-on, exerce déjà son attirance fatale.

Ceux qui détournent les yeux de la route poudreuse conduisant à la mort et regardent vers la juvénile caravane qui s’avance pleine de joie et d’espoir, peuvent seuls goûter l’époque de Noël et du nouvel an.

Émotions pures et naïves, il faut pour vous ressentir, retrouver son cœur d’enfant au contact des tout petits !

Conte de Noël


En ce temps-là, la Colonie était pauvre, et les artisans manquaient.

Marie, la fille du sonneur, pieuse enfant, ornait l’autel de ses mains potelées. En mai, elle disposait les collerettes blanches des marguerites centrées d’or autour de la statue de la Vierge ; en décembre, elle arrangeait, avec amour, les sombres aiguilles des épinettes pour que Jésus ait moins froid dans sa crèche, car l’église n’avait pas de feu.

Or, à force de bien écouter les homélies de M. le curé, de s’emplir longuement les yeux des images du missel, elle sut bientôt son catéchisme autant que le tabellion, et elle eut un grand désir de communier.

Elle le dit à M. le curé, et celui-ci l’ayant surprise, dans une longue oraison, devant l’endroit où Jésus devait descendre, la nuit de Noël, lui confia :

– Marie, tu es bonne et savante en catéchisme : tu communieras à la messe de minuit. Ce sera une belle fête pour la paroisse.

La petite Marie fut d’abord très contente, mais M. le curé et son père et sa mère lui avaient raconté que, tout là-bas, dans cette France bénie dont le souvenir les faisait souvent pleurer, les fillettes de son âge, pour honorer Notre-Seigneur, se vêtaient de blanc à sa première visite. Marie éprouva beaucoup de peine car elle n’avait qu’une mante bleue et sa mère ni personne au village ne savait filer le lin pour lui faire une robe blanche. Elle avait peur de déplaire à son hôte divin.

Or, la veille de Noël, comme elle plaçait dans la crèche la statue de la Vierge, il lui sembla que la grossière figure de bois peint lui souriait. « Sainte Marie, dit-elle, heureuse, donnez-moi pour recevoir votre fils un voile pur comme ils en ont en France. Voyez, ma sainte patronne, la terre elle-même devient immaculée pour recevoir votre Fils, donnez-moi une robe blanche comme la neige ! »

Mais la clochette de la tour de chaume agitait son faible battant pour la messe de minuit, que Marie, qui cheminait à côté de sa mère, n’avait pas sa robe. Elle oubliait même sa peine tant elle priait avec ferveur, subissant, insensible, la caresse des flocons de neige qui la couvraient, petit à petit, d’une hermine éclatante, étoilée de diamants.

Elle s’approcha de la table divine, les yeux clos et reçut Jésus dans son cœur et Il s’y complut comme en un ciboire d’or. Cependant, quand elle regagnait sa place, des murmures troublèrent son extase : « Miracle ! disait-on, miracle ! »

Et elle vit, émerveillée, qu’elle était vêtue d’une robe étincelante de célestes joyaux, et que sa sainte patronne lui avait donné sa robe blanche.
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