Littérature québécoise








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Noël 1913


Noël ! Noël !

La Terre attend son Roi. Comme une communiante, elle s’est vêtue de blanc. Des fleurs fragiles de neige s’épanouissent dans les arbres, les toits sont tendus d’hermine et les rues voilent leur hideur.

Jésus va naître.

Les cent croix de la ville se dressent comme un acte de foi dans la nuit étoilée. Au-dessous d’elles, les hommes se rappellent un moment qu’ils sont tous frères dans la grande famille de la Chrétienté. Les pauvres mêmes sont heureux, car Noël est leur fête. Les premiers, comme naguère les bergers, ils entendent le carillon de la messe de minuit qui, s’éveillant dans les pierres grises de Notre-Dame, gagne, petit à petit, en une marée montante d’harmonie, les clochers, les dômes et les tours. La voix du bronze vient mourir, contre les vitres hermétiques et les rideaux lourds, mais elle entre, sans peine, gaie et sonore, par les lucarnes disjointes des mansardes.

Les églises, tristement closes par ailleurs, tendent aux guenillous, cette nuit-là, leurs deux battants ouverts, et jusqu’au matin, près de la tiédeur des calorifères, ils pourront voir danser la lumière d’or des cierges, respirer les parfums de l’encens, recevoir dans leurs âmes, enveloppé de la grande voix de l’orgue, l’apaisement des vieux cantiques, et rapprocher avec fierté leurs loques de celles de l’Enfant-Dieu. Et pendant qu’à la douce chaleur, leur viendront avec des somnolences, des rêves de bonheur, peut-être que des anges en robe noire – il en est à Montréal – iront chez les enfants laissés sans crainte au foyer, puisque les poêles sont éteints, emplir les bas pendus que des trous agrandissent.

La neige « pelote »


C’était jeudi et la neige pelotait. Heureuse rencontre qui engendre, pour les enfants, douze heures de bonheur. Leurs instincts batailleurs les font chercher dans cette matière plus malléable que l’argile des munitions. Ils se « garrochent » avec fureur ; puis, lassés de la petite guerre, ils se tournent vers d’autres divertissements.

Un piéton passe près d’un groupe et note l’air amusé et sournois des enfants qui tiennent quelque chose derrière le dos. Dix pas plus loin il reçoit, sur son couvre-chef une boule qui l’ébranle et le jette par terre. Là-bas fusent les rires des enfants qui excitent la colère de la cible et épient ses gestes pour voir si elle leur donnera pas la chasse. Ah ! comme on trouve meilleur le bonheur qu’on cueille au bord du danger ! La colère vous fait voir un moment rouge, ô passant, vous allez vous élancer malgré votre poids et votre dignité pour châtier les petits polissons, mais voilà que toute votre jeunesse vous remonte à la tête à la vue de leurs figures espiègles et vous vous rappelez les boules de neige que vous avez commises. Justice distributive et immanente : à trente ans vous attrapez la correction que vous méritiez à dix.

Dans la rue, jouent d’autres groupes. Ceux-là plus paisibles trouvent dans la neige matière à exercer leurs talents de sculpteurs. L’école sphériste date de la première neige qui a blanchi la terre et de la première main d’enfant qui l’a palpée. Déjà des talents précoces donnent de l’allure et du mouvement aux bonshommes de neige. Et quelle ingéniosité dans la recherche des ingrédients qui imiteront le mieux la vie ! Pas de bonhomme complet sans une pipe qu’un bâton de hockey rompu quelquefois exprès – c’est la maman qui pestera ! – singe à merveille ; les morceaux de charbon font d’excellents boutons qui par les temps actuels ont plus de valeur que ne le pensent les enfants, et le chapeau sera celui d’un des juvéniles artistes qui y pincera un rhume, mais tant de plaisir.

Le soir tout ce monde rentrera l’onglée aux doigts, les pieds gelés comme s’ils trempaient dans l’eau, mais les joues fardées par la santé. Quelle joie ils trouvent à triturer cette blancheur à leur âme pareille, et qu’ils doivent être tristes les hivers noirs des petits négrillons tropicaux.

Les enfants ne seraient sûrement pas de l’avis de M. de Voltaire sur les arpents de neige – une jeudi qu’elle pelote.
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