Littérature québécoise








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« Santa Claus »


Hier, mon filleul Toto, ayant cassé un verre de Bohème, inondé de soupe la nappe et maculé de deux taches la jaquette des dimanches à son papa, allait faire la petite scène que Sainte-Beuve aimait parce que c’est le moment où on emporte les enfants, quand sa maman lui dit :

– Va, mon Chouchou, va chercher ta lettre de Noël pour la montrer à parrain.

Toto soudain calmé, me revint, une minute après, tapant le parquet de ses talons neufs et tenant des deux mains une feuille de papier, étoilée de pâtés d’encre, où sa grosse écriture, à peine différente des bâtons primitifs, avait inscrit ses desiderata.

La liste en était longue, la jeune expérience de mon filleul sachant déjà que le Bonhomme Noël est généreux... pour les enfants des riches. Comme je la parcourais, tachant d’y dénicher un cadeau assorti à la bourse du parrain, je remarquai l’en-tête en orthographe réformée : À meusieu Centa-Classe.

– Quel est ce monsieur à qui tu t’adresses ? dis-je.

– C’est lui, tu sais, qui donne les joujoux.

– Mon cher filleul, je croyais que Santa-Claus allait dans Westmount chez les petits Anglais.

De mon temps, les petits Canadiens étaient plus patients que toi. Ils attendaient, huit jours plus tard que le Xmas, le passage du père Noël, un bon vieux type de trappeur. Même on nous racontait que celui-ci était accompagné d’un autre vieillard, bien méchant, le père Fouettard, qui laissait des verges aux enfants pas sages.

Toto, si tu veux que parrain obtienne pour toi un beau cheval mécanique, change l’adresse de ta lettre, et ajoute un post-scriptum où tu demanderas des verges pour papa et maman. Ils le méritent bien, va, pour anglifier ta petite imagination, en profanant nos belles légendes.

Et Toto a tout de suite, devant son père et sa mère vexés, rédigé mon post-scriptum.

Amour maternel


Toutes les mamans étaient rangées près des voiturettes vides. Elles avaient pris leurs poupons au poing. Les uns suçaient consciencieusement leur biberon ; les autres reflétaient l’étonnement le plus complet de cette foule, de ce monsieur nu-tête, qui gesticulait, dans leurs prunelles claires. Il y en avait des blonds joufflus, énormes, comme les bambinos des tableaux des vieux maîtres, d’autres, plus délicats, moins débordants de vitalité, simplement potelés. Il y avait, enfin, une troisième catégorie, la moins nombreuse heureusement, celle des décharnés, des maigrelets. On en remarquait un surtout, au tout premier rang, qui ouvrait une bouche comme un gouffre, montrait le plafond de son palais. Il n’avait pas six mois ; il paraissait quasi centenaire. Sa peau était mince et sèche.

On aurait voulu que la mère gazât cette laideur sous un voile. Elle, au contraire, jeune et belle, vingt-cinq ans à peine, l’étalait. Et je me dis : « Ce n’est peut-être pas la mère. »

Elle goûtait une à une chacune des paroles que le médecin prononçait sur la façon de soigner les tout petits. Elle les enregistrait dans sa mémoire, car il est sûr qu’elle se proposait de faire de cette petite chair malade un gros poupon, comme le blond aux yeux noirs d’à côté qui faisait craquer sa brassière.

Pouvais-je avoir erré à ce point ? C’était bien la maman ! Toute autre qu’elle eût rougi de ce rejeton mal venu. Elle n’apercevait pas sa laideur. Elle savait seulement qu’il était maigre, car cela se sent au poids. Mais les défauts qui se saisissent par les yeux, les mères ne les voient pas.

Dieu, qui n’envoie pas à toutes des enfants également beaux, les aveugle. Ses desseins sont admirables ; car les enfants les plus malingres reçoivent les mêmes cajoleries, les mêmes tendresses que les plus jolis, eux qui seraient délaissés, malmenés peut-être et précocement aigris sans ce bandeau qu’Il a mis sur tous les yeux des mères : l’amour.

La recette


La maman chante bas, très bas, pour habituer, petit à petit, Bébé au silence. Le sommeil ne le tente guère. Au moment, où il semble bercé par les songes, il se raidit et risque un œil sous le bras maternel, comme la tête du poussin jaillit vingt fois de sous l’aile qui l’étreint avant que la chaude torpeur l’insensibilise.

La mélodie languissante finit pourtant par produire son effet. Les conversations qui s’étaient respectueusement éteintes pour permettre le sommeil de S. M. l’Enfant se ravivent et pendant qu’elle l’enroule dans la chaude caresse d’une couverture, la maman dit à ses amis :

– Vous le trouvez beau, Bébé ? Je ne demande cela que pour la forme. Je sais fort bien que si c’était non, vous diriez oui quand même. L’essentiel, n’est-ce pas que moi, sa mère, je l’estime parfait ? Il est sage au point de ne vouloir jamais être malade. En sortant d’ici vous vous gausserez de moi peut-être et vous vous écrirez : quelle naïve ! La perfection de son fils n’existe qu’à ses yeux où la fatuité a mis ses lunettes roses. C’est égal. Le bonheur ne consiste-t-il pas à être content de ce qu’on a, quel que soit d’ailleurs cet objet.

Vous plairait-il de connaître la recette de ce bonheur ?

– Oui, disent trois voix qui n’ont pas envie de rire du tout.

– Elle est bien naïve et bien sentimentale, mais s’attend-on à d’autre chose de la part d’une maman deux fois femme, comme a dit le poète. La voici, la formule magique. Quand Bébé n’était pas encore de ce monde, j’avais des moments de crucifiantes inquiétudes. Comment sera-t-il ? Ne lui arrivera-t-il pas d’accident d’ici la fin de son voyage ? Le garderai-je ? Or, un jour, ayant lu qu’à Montréal, beaucoup de nouveau-nés arrivaient en ce monde sans qu’on ait même pu préparer pour les recevoir des langes chauds et nets, je me figurai ce qu’il en serait de ma douleur si Bébé n’avait pas eu de layette, quand la mienne était terminée bien longtemps avant son arrivée. Alors j’ai pris dans la layette qui, sans être riche, contenait bien plus que le nécessaire, de quoi composer un trousseau sommaire, et je l’ai envoyé à une pauvresse dans le même état que moi. Et depuis j’ai fait, chaque jour, cette prière :

« Seigneur, à moi vous ne devez rien. J’ai trop reçu ; mais à l’enfant de cette pauvre femme, donnez la santé si nécessaire, et qu’il soit pour sa mère, bien loin d’un surcroît de travail, une consolation dans ses peines. Traitez-nous, Seigneur, mon enfant et moi, comme ces deux pauvres que vous ne pouvez abandonner dans votre grande sollicitude. »

« Je suis sûre, bien que je n’aie pas vu depuis l’une ou l’autre, que ma pauvresse et son fils sont pleinement heureux, car ma prière a été exaucée, pour ce qui me concerne », dit la jeune maman.
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