Littérature québécoise








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Projet candide


À madame Borden,

Madame,

Chez nous, il y a trois petits enfants : Toto, Paul et puis moi. C’est Paul qu’est le plus vieux et Toto le plus fin, mais maman dit que les garçons, c’est toujours en retard et paresseux et que je suis bien plus avancée dans mes classes et que j’écris déjà sans beaucoup de fautes, tandis que Paul a écrit l’autre jour : un bo chapo, ce qui nous a fait rire beaucoup. Paul m’a dit tout à l’heure. « Écris, toi, puisque tu es si fine, moi je ferai marcher les affaires comme dit papa. »

Et voilà, Madame, pourquoi je vous écris. J’aimerais mieux que ça soit Paul, mais si il veut pas, il faut bien que ce soit moi parce que Toto ne fait encore que des bâtons. Je vous écris, et je suis sûr que maman ne serait pas contente, car elle n’aime pas que je fasse des lettres qu’elle ne relit pas. Elle dit que je laisse toujours des fautes de distraction. Et pourtant elle ne peut pas lire cette lettre-ci car elle me trouverait trop effrontée de vous écrire, et vous me trouverez peut-être effrontée vous aussi, mais je ne serai pas là quand vous recevrez ma lettre et j’aurai moins honte.

Je veux vous raconter, Madame, une affaire qu’on a pensée ensemble, mes petits frères et moi. Papa ne part pas avec la conscription, Maman dit toujours : pourvu qu’il n’appelle pas la seconde classe ! Car il paraît que votre mari met les hommes dans des classes pour les envoyer à la guerre, comme si c’était des petits garçons, et que les maîtres sont bien strictes. Mais, mes oncles partent. Il y en a un qui est le frère de papa et deux qui sont les frères de maman. Ils sont venus tous les trois à Noël et notre dîner a été triste à cause de ça. Et c’est pendant ce dîner-là que la même idée est venue à Paul et à moi. Papa dit comme ça : « mes pauvres gas, il va bien falloir que vous partiez, et dire que c’est la faute de ce maudit argent. L’argent est devenu malfaisant. On le retrouve partout. La dernière élection a été faite par les gens à qui la guerre fait faire de l’argent, et ils n’en ont jamais assez. Pour que les commandes de munitions continuent on enverra se faire tuer jusqu’au dernier homme. »

Paul et moi nous avons écouté tout cela, et nous étions bien tristes car papa avait l’air fâché et maman pleurait. Alors nous avons pensé une chose que nous nous sommes dit après. – As-tu compris ce que disait papa, que j’ai dit à Paul. C’est de l’argent qu’il leur faut. – Oui, je leur en donnerais bien si j’en avais, qu’il m’a dit. – Oh ! que j’ai répondu, si on avait écouté maman quand elle nous disait de mettre nos sous dans la belle poire verte avec une fente dedans au lieu d’aller les porter chez les marchands. – Oui, qu’il m’a dit, mais quand même ça n’en ferait pas beaucoup. Il y a un autre moyen. – Quoi ? que je lui ai demandé. – De faire comme pour la Sainte-Enfance. Toi tu vas à une école, moi je vais à une autre, Toto à une autre. On va demander, tous les trois, aux petits élèves de nous apporter tous leurs sous, on les mettra dans la tirelire verte et on les offrira à M. Borden. Et on lui dira : chaque fois que vous voudrez avoir de l’argent faites pas des lois qui font pleurer les mamans ; demandez-nous nos sous, on vous les donnera. Tu sais que la sœur nous a dit que les sous de la Sainte-Enfance ça faisait des millions, au bout de l’année, dans toutes les écoles du monde. En en demandant souvent à nos petits compagnons on aura peut-être des millions plus vite. Tiens, si les élèves avaient été fins comme nous au temps de Judas jamais, il aurait fait ce qu’il a fait à Notre-Seigneur.

Et je vous écrivais, madame, pour vous dire ça. J’ai écrit à vous parce que j’ai vu le portrait de votre mari et que j’ai eu peur de ses yeux, qui sont mauvais, alors ça me gênait trop. J’espère que vous lui ferez notre commission et que vous direz qu’il vaut mieux que les petits enfants soient privés de bonbons pour vous donner votre argent ; les enfants, y pleurent souvent et c’est pas triste, les mamans pleurent pas souvent, mais c’est si triste quand elles pleurent.

JACQUELINE
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