Recueil de sept textes d’André breton








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(AEAR), qu'elle désignait comme «le seul de la famille à qui je parlais» ; il lui prêta ‘’Nadja’’ et ‘’Les vases communicants’’. Il renforça aussi son inclination politique vers l'extrême-gauche ; aussi fréquenta-t-elle des étudiants communistes et gauchistes, chez lesquels son apparence physique ainsi que sa personnalité «ardente et forte» lui valurent le surnom de «Quatorze Juillet» auquel fait d’ailleurs mention Breton page 84 ; et elle adhéra même au parti communiste français.

- Elle alla enseigner le français à Cardiff, puis en Grèce.

- Revenue à Paris en 1932, elle avait été engagée comme décoratrice au grand magasin ‘’Les trois quartiers’’.

- La nuit, elle était danseuse dans un ballet aquatique au ‘’Coliseum’’, une ancienne piscine transformée en «music-hall».

- Le 15 décembre 1933, alors inconnue de Breton, elle lui écrivit une lettre pour lui demander de lui prêter l’édition qu’il avait des ‘’Cent vingt journées de Sodome’’ de Sade.

- Le 29 mai 1934, comme Aragon lui avait signalé que pourrait lui plaire une femme «scandaleusement belle», il s’était rendu au ‘’Coliseum’’, où, après avoir entendu une serveuse dire à un client : «Ici l'on dîne !», et avoir compris plutôt : «Ici l'Ondine !», il la vit donner son numéro où, entièrement nue, elle plongeait et dansait dans l'eau, ce qui lui permit de parler de son «air de nager» (plus loin dans le livre est insérée, avec cette légende, la photographie d’une femme nue nageant sous l’eau d’une piscine), de distinguer «’’l'air de danser’’ d'une femme qui marche» et «l'air de danser sous l'eau» (page 87).

- Dans le texte, Breton indique qu’elle était «très jeune» (page 62) alors qu’elle avait en fait vingt-quatre ans. Il confirme ce que lui avait dit Aragon : elle est «scandaleusement belle» (page 62) ; il l’appelle sa «trop belle interlocutrice» (page 67), sa «belle vagabonde» (page 69) ; il indique qu’elle était «si blonde» (page 72), qu’elle était «si physiquement si attirante au crépuscule du matin» (page 72). Mais on ne peut se la représenter vraiment qu’avec ces quelques éléments :

- un «teint rêvé sur un accord parfait de rouillé et de vert», qui «jouait, en se fonçant encore du visage aux mains, sur un rapport de tons fascinant entre le soleil extraordinairement pâle des cheveux en bouquet de chèvrefeuille» (page 61) ;

- des yeux qui «jetaient leur long feu absent d’herbes sèches» (page 64) ;

- un «sourire» qui «laisse aujourd'hui le souvenir d'un écureuil tenant une noisette verte.» (page 65) ;

- des «cheveux de pluie claire sur les marronniers en fleurs» (page 65) ;

- des «boucles charmantes» (page 68) ;

- «le buste le plus gracieux qui soit» (page 64) ;

- des «chevilles pareilles à des boucles» (page 68).

- Il la revit alors que, dans le café ‘’Cyrano’’ de la Place Blanche, elle était en train d'écrire, et qu’il se plut à penser qu’elle lui écrivait, ce qu’effectivement elle faisait, sans que, d’ailleurs, la lettre lui soit jamais parvenue ; il l'attendit hors du café, elle sortit, il l'aborda, Elle lui donna un rendez-vous à minuit, après son spectacle.

- Breton indique alors : «Ma confiance en moi subit une crise assez spéciale» (page 65) ; il se demanda : «De quoi suis-je capable en fin de compte et que ferai-je pour ne pas démériter d’un tel sort?» (page 66) ; il avoue : «Je ne me rappelle pas avoir éprouvé de ma vie si grande défaillance. » (page 67). S’il faut évidemment faire la part de son goût de l’hyperbole, on peut se demander si lui, le séducteur, ne s’est pas senti, un temps, inquiet devant la perspective d’une relation sexuelle avec cette «trop belle interlocutrice» (page 67). Mais, obtenant le secours du «bras» de sa compagne, il se sentit «libéré de ces liens qui [lui] faisaient croire à l’impossibilité de [se] dépouiller» (page 70), eut de nouveau «foi en [son] étoile» (page 70).

- Leur promenade les fit passer «dans les petites rues du quartier des Halles» (page 67 - ces mots sont la légende d’une photographie prise de nuit, qui figure plus loin dans le livre), devant «la Tour Saint-Jacques» (page 69 - avec la légende «À Paris la Tour Saint-Jacques chancelante» est insérée plus loin dans le livre une photographie, prise la nuit, du monument entouré d’un échafaudage) ; allant «vers le Quartier Latin» (page 70), ils traversèrent «le Quai aux Fleurs» (page 71), celles-ci, qui sont passées en revue, qui sont «tout engourdies aussi par la nuit» (ces mots servent de légende à une photographie, où rien n’est très discernable, et qui figure plus loin dans le livre) lui faisant percevoir que s’y «concentre toute la volonté active de demain» (page 71), lui rendant «toute la jeunesse de la sensation» (page 72), lui inspirant «tout le désir de reprendre [avec cette femme] le chemin perdu au sortir de l’enfance» (page 72).

- Si Breton évoqua «l’émotion exprimée, à la nouvelle de cette rencontre, par la femme qui partageait [sa] vie à l’idée qu’[il pouvait] rechercher la société d’une femme nouvelle», tout en «supportant de bonne grâce qu’ [il désirât] revoir une autre femme, à qui [il gardait] une grande tendresse» (page 86), c’est qu’il vivait alors avec Valentine Hugo tandis qu’il n’avait pas rompu avec Suzanne Muzard !

- Le 14 août, à la mairie du IX° arrondissement, Breton et Jacqueline Lamba se marièrent. Giacometti fut le témoin de Jacqueline Lamba, Éluard, celui de Breton, et Ray immortalisa cette journée par une photographie de Jacqueline posant nue au milieu des trois hommes, ce qui était inspiré par le tableau d'Édouard Manet, ‘’Le déjeuner sur l'herbe’’.
Si Breton put se féliciter d’«avoir tout à fait mis en valeur le conditionnement purement spirituel de cette merveilleuse aventure» (page 93), si la rencontre s'était produite dans des conditions si troublantes qu’il avait longtemps hésité à les rendre publiques, il ne rendit pas bien cette trame d’événements pour la bonne raison qu’il écrivit cette fois encore, comme souvent, d’une façon trop brouillonne.

Ainsi, après avoir malencontreusement placée à la fin du texte 1 l’anecdote de «Ici, l’on dine» - «Ici, l’ondine», il ne sut pas mieux la mettre en valeur ici ! Par ailleurs, s’il fut habile de sa part d’introduire brusquement et mystérieusement dans la narration Jacqueline Lamba par la formule «Cette jeune femme qui venait d’entrer» (page 61), il continua cependant à l’employer deux fois plus loin (page 64) pour mentionner qu’elle lui «écrivait», puis qu’elle lui donnait «rendez-vous ce même soir à minuit» (page 65) ; il est vrai que, avec cette répétition, le présent semble aboli : Breton est à la fois dans le temps passé, parce qu’il repense sans cesse à la rencontre, et dans l’avenir car il se projette dans une relation avec elle qu’il espère. On le voit aussi indiquer le pressentiment qu’il avait eu de la venue de cette femme : «Je l'avais déjà vu pénétrer deux ou trois fois dans ce lieu : il m'avait à chaque fois été annoncé, avant de s'offrir à mon regard, par je ne sais quel mouvement de saisissement d'épaule à épaule ondulant jusqu'à moi à travers cette salle de café depuis la porte. Ce mouvement [...] que ce soit dans la vie ou dans l'art, m'a toujours averti de la présence du beau.» (page 62).
D’autre part, si on apprécie quelques pointes de satire (le ‘’coup de foudre’’ et la ‘’lune de miel’’ sont traités de «météorologie de pacotille» (page 74), quelques élans oratoires («Tourne, sol, et toi, grande nuit, chasse de mon cœur tout ce qui n’est pas la foi en mon étoile nouvelle !» [page 70]), quelques éclairs de poésie (Le «sourire» de Jacqueline laisse «le souvenir d'un écureuil tenant une noisette verte.» [page 65] - «La Tour Saint-Jacques sous son voile pâle d’échafaudages» [page 69] - «l’éperdu dans son galop nuageux autour de nous» [page 69] - «Le bon vent qui nous emporte ne tombera peut-être plus puisqu’il est dès maintenant chargé de parfums comme si des jardins s’étageaient au-dessus de nous» [page 71] - la sensation est une «fontaine claire où tout le désir d’entraîner un être nouveau se reflète et vient boire» [page 72]), le style (parfois négligé : «je suis pour qu’on cherche» [page 60]) est marqué de trop d’affectation :

- Dès le début, on affronte des hyperboles : Breton nous fait part de sa crainte «de tomber dans l’inconnu sans limites», de sa crainte de l’impossibilité pour lui de «frapper d’inconsistance» «toutes sorte d’ombres» (page 57), tandis qu’une «représentation antérieure» (un souvenir) provoque chez lui «un mélange de terreur et de joie paniques» (page 59).

- Alors qu’auparavant, il avait évoqué le bras de Jacqueline qui lui avait «éclairé délicieusement de sa pression le contour d’un sein» (page 67), marchant ensuite avec elle «dans les petites rues du quartier des Halles», il «éprouve d’autant plus rudement l’éclipse de ce sein, commandée par les difficultés de la circulation à deux parmi les camions» (page 67) !

- Il appelle «société d’une femme nouvelle» (page 86) une autre liaison !
Surtout, Breton encombre le texte de trop de lourdes réflexions. On comprend que, dans l’introduction, après un début qui annonce une narration, on lise ensuite une longue dissertation (pages 57-61) sur «l’irrationalité» de «certains événements», sur «la distinction du plausible et du non-plausible», sur la critique de «la pensée rationaliste», sur «la loi de production de ces échanges mystérieux entre le matériel et le mental», sur «la plus grande faiblesse de la pensée contemporaine» qui réside «dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître».

Mais les réflexions sont ailleurs souvent intempestives et lourdes :

- Il fit part de son intérêt pour le poète Lautréamont dont il cite «un passage» en indiquant en note la référence : «‘’Les Chants de Maldoror’’, chant sixième» (page 89).

- Il indiqua «les deux sens en français du mot ‘’tournesol’’ qui désigne à la fois cette espèce d’hélianthe, connue aussi sous le nom de grand soleil, et le réactif utilisé en chimie, le plus souvent sous la forme d’un papier bleu qui rougit au contact des acides» (page 69), signalant plus loin : «Il n’est pas jusqu’au virement du bleu au rouge en quoi réside la propriété spécifique du tournesol-réactif dont le rappel ne soit sans doute justifié par analogie avec les couleurs distinctives de Paris» (page 70). Figure plus loin dans le livre la photographie de la fleur d’un tournesol, avec cette légende : «Cette espèce d’hélianthe».

- En parlant de la Tour Saint-Jacques, il laissa transparaître son goût de l’occulte, car il considérait que «son voile pâle d'échafaudages, depuis des années maintenant, contribue à en faire le grand monument du monde à l'irrévélé» ; que «toute une existence violente s’organise autour d’elle pour nous comprendre, pour contenir l’éperdu dans son galop nuageux autour de nous.» (page 69) ; il se faisait d’elle une «idée complexe», «tant de sa sombre magnificence assez comparable à celle de la fleur qui se dresse généralement comme elle, très seule, sur un coin de terre plus ou moins ingrat que des circonstances assez troubles qui ont présidé à son édification et auxquelles on sait que le rêve millénaire de la transmutation des métaux est étroitement lié.» (pages 69-70), cette dernière notation étant une allusion aux recherches des alchimistes et, en particulier, celles d’un des plus célèbres d’entre eux, Nicolas Flamel, qui a d’ailleurs droit à une notice, page 84, au sujet d’une «fameuse arcade à ses initiales» qu’il «fit dresser à la fin du XIVe siècle», tandis que la Tour ne fut construite qu’au début du XVI siècle.

- La traversée du «Quai aux Fleurs» conduit Breton à déclarer, en s’adressant soudain à sa compagne : «Cette profusion de richesses à nos pieds ne peut manquer de s'interpréter comme un luxe d'avances que me fait à travers elle, plus encore nécessairement à travers vous, la vie. [...] Vous ne faites qu'un avec cet épanouissement même.» (page 72).

- Il nous indique que le parcours fut initiatique car, pour lui, la femme lui révéla les secrets enfouis, ceux qui échappent à la logique, et qui relèvent d'une sorte de concordance universelle et magique. La promenade est censée donner sens tant à sa vie qu'à sa poésie, les deux aspects étant d'ailleurs indissociables.

- Il commente ainsi la découverte du sens du poème ‘’Tournesol’’ que lui fait faire le parcours initiatique effectué au côté de la femme : «C'est comme si tout à coup la nuit profonde de l'existence humaine était percée, comme si la nécessité naturelle consentait à n'en faire qu'une avec la nécessité logique, toutes choses livrées à la transparence totale reliées par une chaîne de verre dont ne manquât pas un maillon.» (pages 59-60). Et, même si, plus loin, il fait part de sa répugnance à «l’auto-analyse», qu’il avait pratiquée quand il était soucieux «de l’action pratique» «sur le plan révolutionnaire» (page 90), voilà qu’il déclare qu’il veut «confronter l’aventure purement imaginaire qui a pour cadre le poème et l’accomplissement tardif, mais combien impressionnant par sa rigueur, de cette aventure sur le plan de la vie» (page 80), et qu’il se livre bel et bien à l’analyse de son poème (pages 79-89) qu’on trouvera dans le site (dans ‘’BRETON, ses poèmes’’).

- La réflexion sur l’amour se fit plus générale. Breton, faisant allusion au «texte inaugural de ce livre», rappelant ses dispositions mentales, affectives d’alors : besoin de concilier l’idée de l’amour unique et sa négation plus ou moins fatale dans le cadre social actuel, souci de prouver qu’une solution plus que suffisante, nettement excédente des problèmes vitaux, peut être toujours attendue de l’abandon des voies logiques ordinaires», affirmait : «L’amour, entre tous les états par lesquels l’homme peut passer, est le plus grand pourvoyeur en matière de solutions de ce genre, tout en étant lui-même le lieu idéal de jonction, de fusion de ces solutions», regrettait : «Les hommes désespèrent stupidement de l’amour - j’en ai désespéré - ils vivent asservis à cette idée que l'amour est toujours derrière eux, jamais devant eux : les siècles passés, le mensonge de l’oubli à vingt ans. Ils supportent, ils s’aguerissent à admette surtout que l’amour ne soit pas pour eux, avec son cortège de clartés, ce regard sur le monde qui est fait de tous les yeux de devins. Ils boitent de souvenirs fallacieux auxquels ils vont jusqu’à prêter l’origine d’une chute immémoriale, pour ne pas se trouver trop coupables. Et pourtant pour chacun la promesse de toute heure à venir contient tout le secret de la vie, en puissance de se révéler un jour occasionnellement dans un autre être.» (page 63).

Définissant encore l’amour comme «tout le désir de reprendre à deux [...] le chemin perdu au sortir de l’enfance» (page 72), répétant que «l’amour véritable» est victime de «l’adaptation plus ou moins résignée aux conditions sociales actuelles», Breton ajoutait que «la fantasmagorie [au sens d’«illusion néfaste»] de l’amour est uniquement fonction du manque de connaissance où l’on est de l’être aimé» (car il «passe pour prendre fin de l’instant où cet être ne se dérobe plus») ; victime encore d’«
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