Recueil de sept textes d’André breton








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un reliquat le plus souvent atavique d’éducation religieuse, qui veille à ce que l’être humain soit toujours prêt à différer la possession de la vérité et du bonheur, à reporter toute velléité d’accomplissement intégral de ses désirs dans un ‘’au-delà’’ fallacieux». Mais il reconnaissait qu’il ne pouvait, à lui seul, combattre «la conception moderne de l’amour», qui s’exprime par la «météorologie de pacotille» (page 74) évoquée plus haut.

Enfin, Breton s’affirma bien le chef du surréalisme en se donnant cette haute et impossible mission : «C’est seulement par la mise en évidence du rapport étroit qui lie ces deux termes, le réel, l’imaginatif, que j’espère porter un coup nouveau à la distinction, qui me paraît de plus en plus mal fondée, du subjectif et de l’objectif [dans une note, il renvoie à son texte intitulé ‘’Le Message automatique’’, se trouvant dans son recueil ‘’Point du Jour’’]. C’est seulement de la méditation qu’on peut faire porter sur ce rapport que je demande si l’idée de causalité ne sort pas complètement hagarde. C’est seulement, enfin, par le soulignement de la coïncidence continue, parfaite, de deux séries de faits tenues, jusqu’à nouvel ordre, pour rigoureusement indépendantes, que j’entends justifier et préconiser, toujours plus électivement , le comportement lyrique tel qu’il s’impose à tout être, ne serait-ce qu’une heure durant l’amour et tel qu’a tenté de le systématiser, à toutes fins de divination possibles, le surréalisme.» (pages 74-75).
Dans le texte 4 de ‘’L’amour fou’’, Breton, s’il dévoila «un épisode singulièrement émouvant de [sa] vie», sa rencontre avec Jacqueline Lamba, en nourrit sa réflexion sur l’amour dans l’esprit même du surréalisme.

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Breton raconte l’ascension du «pic du Teide à Tenerife». Elle se fit d’abord par «un ascenseur de plusieurs heures» par lequel on domine de «petites places lunaires». Il parle de Picasso et de «l’inconscient sexuel».

L’ascension continuant, il dépassa «la cime des flamboyants», «les dernières maisons groupées au soleil». Par un retour en arrière, il décrit les mœurs amoureuses du pays ainsi que le sacrifice du «taureau admirable» dans «l’arène» (d’où une réflexion sur le sang et sur le lait, qui est la sève de «cactées»).

Plus haut, il découvrit «la spirale du coquillage de l’île» et «l’assiette aveuglante de la mer». Il se souvint alors de l’espoir, qu’il avait à l’âge de quinze ans, de rencontrer une femme.

Plus haut encore, il vit «les plantations de bananiers noirs», de «grandes étendues de sable noir», «les grandes coulées de lave qui vont se perdre au cœur du volcan» qui lui donnèrent «l’illusion de recréer le monde d’un seul coup».

Il décrit alors, qui se trouve «au pied du Teide», «la vallée de la Orotava», «un pays de rêve», où il fut accompagné d’un «toi» que, plus loin, il appelle «Ondine» [qui était donc son épouse, Jacqueline Lamba]. Il y vit «l’arbre immense» qu’est «le dragonnier» (il compare cette «faune jurassique» à «la libido humaine»), «la tomate lilliputienne du pitanga», «une espèce autochtone de sempervirum» (il la compare à la «volonté [...] surréaliste [...] d’opérer [...] la synthèse du rationnel et du réel»), le «datura», «un banc qui fait le tour d’un arbre de plusieurs mètres de rayon», aux «tiges mi-aériennes, mi-souterraines».

Il signale que Engels et Freud avaient affirmé le progrès, sur les «rapports sexuels ‘’désordonnés’’», qu’est «l’amour sexuel individuel». Et voilà que, les mots «L’âge d’or» lui ayant «traversé l’esprit», il déclare considérer le «film de Buñuel et Dali» comme «la seule entreprise d’exaltation de l’amour total», mais reproche à Buñuel d’avoir accepté d’en donner «une version expurgée» sous le titre : ‘’Dans les eaux glacées du calcul égoïste’’. Il affirme que l’amour éclaire «la marche de la terre».

Il indique que, lorsqu’il pratiqua «l’écriture automatique», il vit revenir «les mots ‘’arbre à pain, à beurre» ; que l’utilisation de «la préposition à» avait été recommandée par Raymond Roussel. Il pense que, dans ce «jardin» qu’est la Orotava, «tous les arbres de type providentiel se sont précisément rendez-vous», et qu’y «périclitent à plaisir les grandes constructions morales et autres, de l’homme adulte, fondées sur la glorification de l’effort, du travail» ; que, parmi ces «grands arbres de rêve», il privilégie «le grand figuier impérial» dont la «vie insolite» l’amène à affirmer que «l’insolite est inséparable de l’amour», et à redire son amour à sa compagne. Devant ce «paysage passionné», il se dit certain de la perpétuation de l’union des deux amants jusqu’au «terme de leur vie même».

Il défend «la sensation» contre «les systèmes rationalistes», «l’invention» contre «la résolution», y voyant «l’attitude surréaliste», citant une justification donnée par un spécialiste des «sciences physiques». Il voudrait que «les contes» se réalisent, que «la surprise» soit «recherchée pour elle-même», que soit atteint l’«état de grâce» qu’est «la continuité parfaite de l’impossible et du possible». Et sa compagne, il veut la «réinventer», se considérant toutefois comme «la cause insignifiante» d’un mouvement se manifestant à travers l’espace et le temps.

Revenant au récit de l’ascension, il indique que, «à quinze cents mètres d’altitude», ils furent «happés par un nuage», ce qui l’entraîne à des considérations sur deux passages de Baudelaire, sur une scène de ‘’Hamlet’’, sur «la leçon de Léonard» de Vinci, sur le surréalisme et son «interprétation paranoïaque», sur les images verbales dont Lautréamont avait donné le modèle.

Le nuage, qui lui semble «une superbe salle de bains de buée», lui fait célébrer «le désir», affirmer qu’il «désire» sa compagne «sans parvenir» jusqu’à elle, espérer la trouver et l’aimer, ce qui éclairerait «le monde entier».

Tout un retournement d’atmosphère survient quand sont traversées «les nappes violemment parfumées des fleurs» du «retama». Mais la terre est «calcinée et craquante», et plane «un milan immobile».

Est faite sur l’amour une longue digression dont on croit pourtant sortir quand est mentionné le «cirque des brumes». Mais non : il est encore question de l’amour et, soudain, de «l’épisode de la ‘’Nouvelle Justine’’ du marquis de Sade qui a pour cadre l’Etna», puis de «l’attitude à avoir à l’égard de la nature», du «problème du mal».

Breton et sa compagne sont sur «le palier supérieur du Teide» et s’y réchauffent à un «feu de brindilles».

Il en vient à célébrer un hymne au Teide, terminant par cette phrase : «À flanc d’abîme, construit en pierre philosophale, s’ouvre le château étoilé».
Commentaire
Ce texte de quarante et une pages est divisé en vingt paragraphes. Mais on ne peut guère en tenir compte parce qu’ils ne structurent pas du tout le déroulement, un nouveau propos intervenant intempestivement à l’intérieur d’un paragraphe, d’une phrase à l’autre, et se poursuivant souvent dans un autre !

De plus, comme on a pu le constater à la lecture du résumé, ce qui est, à prime abord, le simple récit de l’ascension d’une montagne est marqué par des retours en arrière, est constamment encombré de digressions parfois fort longues (alors strictement organisées : dans celle sur «l’amour», «les deux erreurs fondamentales» annoncées sont bel et bien exposées ensuite [pages 131-132]).
Nous savons que Breton et Jacqueline Lamba avaient fait, en compagnie de Péret et de Dominguez, en mai 1935, ce voyage aux Îles Canaries, pour visiter une exposition surréaliste tenue à Santa Cruz de Tenerife. Les Îles Canaries sont un archipel de l’Océan Atlantique, au large de la côte du Maroc, et sont un territoire espagnol. Ce sont des îles d'origine volcanique dont la plus grande et la plus peuplée est Tenerife, au centre de laquelle se trouve «la vallée de la Orotava» (page 103) où, dès 1788, le roi Charles III créa le ‘’Jardin d'acclimatation de la Orotava’’ («le jardin climatologique de la Orotava» [page 104]) pour y acclimater les plantes récoltées dans les colonies espagnoles du Nouveau Monde, avant leur transfert dans les jardins royaux de Madrid et d'Aranjuez. La vallée de la Orotava est située au pied du «pico del Teide», un volcan qui s’élève à 3 718 mètres, qui a une forte activité éruptive, des coulées de lave très fluides.
De ce fait, bien qu’il ait, dans le ‘’Manifeste du surréalisme’’, violemment condamné la description, Breton s’y livra ici abondamment, donnant même des renseignements précis dont on peut penser qu’ils lui avaient été fournis par le «très savant guide, M. Bolinaga» (page 104) qu’ils eurent. On trouve des notations sur :
- La géographie de l’île qui est découverte au cours de la montée :

Les plages sont composées de «grandes étendues de sable noir» (page 101 - plus loin dans le livre est insérée, avec la légende : «De sable plus noir encore», une photographie peu significative). Quand celui-ci est quitté, «plus on s’élèvera, plus on assistera au resserrement de ses tiges mères, les grandes coulées de lave qui vont se perdre au cœur du volcan» (page 102), comme si elles pouvait échapper à la pesanteur et remonter !

Le volcan qu’est le Teide n’est vu que très partiellement puisque «l’ascenseur» (page 97) permet aux visiteurs d’atteindre aisément l’altitude de 3355 mètres, endroit qui présente une «coque calcinée et craquante» (page 129). Mais Breton fait un aveu d’incapacité physique quand il mentionne «le haut du pic que nous ne saurons atteindre» (page 134). De ce fait, comme l’ascension n’a pas été poursuivie jusqu’au cratère sommital, qui, d’ailleurs, demeure enneigé, le tableau final est avant tout littéraire, la seule mention réaliste étant celle des «fumerolles» qui peuvent être aperçues de plus bas sur la pente, et vont d’ailleurs de soi dans le cas d’un volcan !

On apprend aussi que «le sud de l’île» est «aride et désert» (page 129).

En fait, le décor insulaire échappe à la rationalité de la carte topographique.
- La botanique :

On lit : «Au pied du Teide […] la vallée de la Orotava reflète dans un ciel de perle tout le trésor de la vie végétale, épars autrement entre les contrées.» (page 103). Breton célèbre les «frondaisons de l’âge d’or» (page 107) de ce «jardin» exceptionnel, qui offre «toute une féerie naturelle», qui est «un royaume végétal incomparable», car «le diamant de l’air des Canaries fait un seul bouquet de tout ce qui croît jalousement seul en tel ou tel point de la surface de la terre» (page 108). La végétation lui paraît participer d’une vie sexuelle exubérante.

Dans la vallée de la Orotava, on trouve le «plus grand dragonnier du monde» (page 103). On apprend que «l’’arbre immense, qui plonge ses racines dans la préhistoire, lance dans le jour que l’apparition de l’homme n’a pas encore sali son fût irréprochable qui éclate brusquement en fûts obliques, selon un rayonnement parfaitement régulier. Il épaule de toute sa force intacte ces ombres encore vivantes parmi nous qui sont celles des rois de la faune jurassique.» (page 103).

De plus, dans cette région, «tous les arbres de type providentiel se sont précisément donné rendez-vous» : «l’arbre à pain», «l’arbre à beurre», «l’arbre à sel», «l’arbre à poivre», «l’arbre du voyageur», «l’arbre à savon», «l’arbre à saucisses», «grands arbres de rêve» (page 115).

Au cours de l’ascension du pic de Teide, Breton, dans un enthousiasme allant crescendo, put constater que la montagne offre l'exemple de végétation d'étage supraméditerranéen le plus complet qui existe. Il vit :

- Les «flamboyants» aux «mille rosaces enchevêtrées» (page 98).

- «Les floraisons martyres des cactées», «le chandelier à cent branches d’une euphorbe à tige aussi grosse que le bras mais trois fois plus longue, qui, sous le choc d’une pierre lancée, saigne abondamment blanc et se macule» (page 100), les «superbes hydres laitières» (page 101) car les enfants leur font répandre leur sève blanche, leur «lait» (Breton considéra que : «Rien de plus impossible que de ne pas y associer à la fois l’idée du lait maternel et celle de l’éjaculation» [page 100]), qui sont «exposées à tous les affronts et disposant d’un si terrible pouvoir de cicatrisation pour entretenir la pensée de la misère» (page 100).

- «Les plantations de bananiers noirs, aux fleurs d’usine» (page 101).

- Les «forêts que chaussent ici les variétés multicolores d’orchis», qui «tournent rapidement à la brousse» (page 102).

- «La tomate lilliputienne du pitanga, au goût exquis de poison» (page 104).

- Une «espèce autochtone de sempervirum» [ce mot latin, qui signifie «toujours vivant», désigne la joubarbe] qui jouit de la propriété effrayante de continuer à se développer en n’importe quelle condition» (page 105).

- «Les lointaines lampes trop blanches du datura» (page 107), sa «fleur fascinante et fatale» (page 109).

- «Le grand figuier impérial, escaladé des racines au faîte par une procession de petites montgolfières qui prennent selon leur exposition au soleil tous les tons de l'anémone de mer» (page 116).

- «L’herbe fine qui court […] à l’arborescence. » (page 118)

- Cette «herbe d’énigme» qu’est «la sensitive» (page 119), qui mérite bien son nom car, comme elle est du «vif-argent» (page 121), «un contact involontaire avec un seul rameau» provoque «un abattage en règle» (page 121).

- «Les nappes violemment parfumées des fleurs d’un genêt blanc, le retama, seul arbuste qui croisse encore à cette hauteur», qui «accroche à la coque calcinée et craquante de la terre ses magnifiques bancs contournés de moules blanches qui dévalent à petits bonds vers le sud de l’île aride et désert» (page 129) ; qui «fait à profusion boucler ses fleurs» ; qui présente «cette floraison unique qu’on est tenté de prendre pour le bouillonnement radieux de la destruction» (page 130).

- Du «palier supérieur du Teide, l’œil ne découvre plus la moindre herbe» (page 137).
- La faune :

Alors qu’elle est, paraît-il, très particulière, Breton ne vit en altitude qu’un oiseau bien connu : «Tout là-haut, un milan immobile, les ailes déployées, semble être là depuis toujours pour proclamer l’impossibilité de toute vie parmi ces pierres.» (page 130).
- L’ethnologie : Après s’être amusé du «petit poignard de plaisir que les jolies femmes de Tolède gardent jour et nuit contre leur sein» (page 97) car, selon une tradition bien établie, il est entendu que les Espagnoles sont prêtes à se venger rapidement de l’amant incompétent ou infidèle, Breton donna, au passage et souvent par des retours en arrière, quelques touches d’un tableau de mœurs des Canaries qui, pour lui, étaient un pays où «l’âge d’or» semblait s’être perpétué, où l’être humain se sentait toujours plus proche de ses instincts les plus profonds :

- Il nous montra les femmes de Santa-Cruz, qui sont «
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