Littérature québécoise








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II


Le petit Juif Isaac Borkish était inquiet.

Il avait dit la vérité au Général Barkley.

Il était bel et bien entré en communication avec des espions russes en Canada.

Un ami lui avait donné un numéro de téléphone.

– Vous demanderez à parler à Paul, c’est tout.

Isaac avait appelé et Paul avait promis de venir le chercher chez lui pour l’emmener dans un endroit secret.

Le soir, à l’heure fixée, un chauffeur de taxi se présenta à la porte.

– Monsieur Borkish ?

– Oui.

– Je suis envoyé par un monsieur Paul... vous êtes prêt à venir ?

– Oui.

Le petit Juif sortit.

Il monta dans le taxi.

Presqu’aussitôt, quelqu’un l’entoura par en arrière.

– N’ayez pas peur, ne criez pas, ne bougez pas.

On lui mit un bandeau sur les yeux.

– Il ne vous arrivera aucun mal, fit une voix, mais nous voulons garder notre cachette secrète.

L’auto partit.

Elle s’arrêta au bout d’une dizaine de minutes, et on fit entrer Isaac dans une maison.

Là, on lui enleva son bandeau.

Trois personnes se trouvaient devant lui.

Mais, toutes les trois étaient masquées.

– Qu’avez-vous à nous proposer ? Nous vous écoutons.

Isaac parla de son invention.

On l’écouta attentivement.

Lorsqu’il eut fini, les trois hommes l’attachèrent à une chaise, puis se retirèrent dans une autre pièce.

– Nous sommes prêts à payer six mille dollars pour votre invention, fit l’un d’eux.

– Ce n’est pas beaucoup.

– Remarquez bien... cette invention n’est peut-être pas bonne... nous prenons une chance.

– Je ne la laisserai pas partir à six mille.

– Non ? Alors... disons huit mille... c’est notre dernier prix.

Le petit Juif se frotta les mains.

– Écoute, mon bon camarade, si toi, tu veux mettre douze mille, l’invention, elle est à toi.

– Douze mille ? Vous êtes fou.

– Oui... douze mille.

Les trois hommes se regardèrent :

– Dix mille ! fit enfin celui qui semblait le chef du groupe... c’est notre dernier prix.

– Je vais y penser.

– Quand nous donnerez-vous une réponse ?

– Le plus tôt possible... le plus tôt possible... Je communiquerai avec mon ami, Abraham Lohen qui vous connaît.

– Parfait.

On reconduisit Isaac chez lui, de la même manière qu’il était venu

Une fois seul, le Juif se mit à réfléchir.

– Dix mille, ce n’est pas beaucoup... si je disais au gouvernement qu’on m’a offert dix mille pour cette invention.

L’idée lui vint.

Il écrivit une longue lettre au service secret.

Il indiqua plusieurs détails concernant sa nouvelle invention, puis il posta la lettre.

La réponse devait lui parvenir au nom de Monsieur Lebrun, poste restante, Ottawa.

Abraham Lehan appela deux fois son ami Isaac.

– Tu ferais mieux de te décider... mes amis s’impatientent.

– Qu’ils prennent leur temps.

Mais en entrant chez lui, une couple de jours plus tard, Isaac s’aperçut qu’on avait fouillé sa maison de fond en comble.

– Ça va mal, très mal.

Il connaissait les espions russes.

Il savait fort bien qu’ils pouvaient le tuer, s’il faisait affaire avec les Canadiens.

– Je ne sais plus quoi faire.

Le lendemain, la réponse du service secret lui parvenait.

– Vingt mille... et les autres dix mille... mais si je donne mon invention au Canada... je mourrai.

Soudain, petit Juif eut une idée géniale.

– Mais oui, je vais faire trente mille.

Les Canadiens ne le connaissaient pas.

Il garderait son incognito, livrerait une fausse formule à l’agent qu’il rencontrerait, toucherait les vingt mille, puis passerait la vraie formule aux espions russes.

– Comme ça, j’aurai les trente mille.

Il se frotta les mains, d’un petit air connaisseur.

– Isaac, tu es un vrai homme d’affaires.

Il se mit à réfléchir, puis écrivit au service secret.

« Je rencontrerai votre homme demain jeudi, dans le parc national. »

Et Isaac nomma un endroit qu’il savait ne pas être fréquenté.

– Je me cacherai la figure comme les Russes.

« Je remettrai la boule de verre à votre agent, en échange des vingt mille dollars. »

Maintenant, il fallait trouver un moyen pour se faire connaître.

« Je serai là à huit heures précises. Votre agent devra porter un chapeau gris, un paletot bleu et des bottes de fourrure. »

Isaac savait que personne ne portait des bottes de fourrure à la fin du mois d’août.

– Comme ça, je le reconnaîtrai.

Il signa la lettre de son faux nom et la malla.

– Trente mille dollars... ensuite... Isaac, tu iras faire un petit voyage... hi, hi.

Il fabriqua une autre boule de verre dans laquelle il glissa un papier contenant des formules sans suite.

– Je vais les jouer... demain... j’aurai vingt mille dollars... ensuite... je téléphonerai à Abraham et lui donnerai la vraie boule en échange de dix autres mille.

Si le petit Juif avait su ce qui l’attendait, il aurait certes décidé de changer son plan.

*

Une belle et grande jeune fille, les cheveux roux, entra dans les bureau du service secret.

– Mademoiselle ?

– Je veux voir le général Barkley.

– Votre nom ?

– Annoncez simplement l’agent ERRE-19.

– Bien.

Le secrétaire annonça Jane au Général et ce dernier ordonna :

– Faites-la entrer.

Jane passa dans le bureau du grand chef.

– Tiens, vous n’êtes pas allée dans le Nord, mademoiselle ?

– Non, Général, je suis restée chez des amis.

– Mais, vos vacances ne sont pas terminées ?

– Non, mais j’ai réfléchi à plusieurs choses, et j’ai fait une constatation.

– Sur quoi ?

– Avez-vous quelques minutes à m’accorder ?

– C’est quelque chose qui se rapporte au service secret ?

– Oui.

– Je vous écoute.

Jane prit son temps :

– Vous rappelez-vous, Général, que lors de notre dernière conversation, nous avons parlé en riant de mariage futur.

– Concernant IXE-13 ?

– Lui ou un autre, ça n’a pas d’importance.

La jeune fille sortit des papiers de sa sacoche.

– Voici où je veux en venir, ce mot mariage m’a frappée, et j’ai fait des recherches.

– Des recherches ?

– Oui, sur les services secrets de tous les pays.

Le Général était amusé.

– Savez-vous que vous m’intéressez, ensuite ?

– J’ai constaté que les espions mariés devenaient de mauvais espions, et pire que ça, se sont souvent fait traîtres à leur pays.

– Tiens, tiens.

Et Jane commença à citer des faits authentiques.

Des espions avaient en effet trahi leur pays pour plus d’une raison.

Pour sauver leur femme ou un enfant enlevé par des ennemis, ils avaient souvent vendu des secrets.

D’autres avaient laissé leur travail en blanc pour voler au secours de leur femme malade.

La plupart n’avait apporté que des malheurs à tous les services secrets.

– Et c’est tellement vrai, ce que je vous dis là, Général, que plusieurs pays, ne gardent pas dans leurs rangs les espions mariés.

– Oui, je sais ça.

– Dans un temps troublé comme celui que nous traversons... vous ne croyez pas qu’il serait juste de passer un règlement comme celui-là ?

Le Général réfléchit.

– Peut-être que ça fera plus de tort que de bien.

– Comment ça ?

– De futurs agents abandonneront peut-être le service s’ils savent qu’ils ne peuvent pas vivre comme tous les hommes.

Le téléphone sonna :

– Allo ? Oui ? Dans un instant.

Le Général raccrocha.

– Vous m’excuserez, ERRE-19 de couper court à cette entrevue.

– Je vous comprends, Général.

– J’ai quelqu’un à recevoir. Si vous me le permettez, je vais garder vos notes et les étudier.

– Avec plaisir, Général.

– Si nous ne pouvons appliquer votre idée comme règlement général à tous les espions, elle peut être nécessaire dans certains cas... Il y a certains espions qui ne sont pas favorisés par l’amour, par les femmes, et le mariage ne ferait que nuire au service secret.

Barkley se leva :

– En tout cas, je vais y réfléchir.

– Vous savez, Général, je ne parle pas dans mon intérêt. Moi, comme toutes les femmes, j’aimerais me marier, mais je me conformerai à tous les règlements.

La jeune fille salua :

– Au revoir, Général.

– Au revoir, ERRE-19.

Elle sortit.

– Faites entrer le messager.

– Bien, Général.

Barkley raccrocha et murmura :

– Elle a beaucoup de sens, cette petite Jane.

– On frappa à la porte.

– Entrez !

Le messager parut et tendit une enveloppe au Général.

– On m’a prié de vous remettre ça en particulier, Général. Si vous voulez signer ici.

Le Général signa dans le livre que lui tendait le garçon.

– Merci.

Le messager sortit.

Le Général ouvrit l’enveloppe et se mit à lire... c’était la réponse du Juif Isaac Borkish.

*

Sing Lee était retourné auprès d’IXE-13 et de Gisèle.

– Qu’a dit le Général ? demanda l’espion.

– Lui, content. Ensuite, il va faire transporter Marius.

– Où ?

– À Ottawa.

– Dans ce cas, nous allons tous partir.

IXE-13 était bien décidé.

Les yeux de Gisèle rirent.

– Alors, Jean... nous pourrons nous marier ?

– Oui, Gisèle, nous pourrons nous épouser, je vais lui parler aussitôt que j’arriverai à Ottawa.

– Il n’aura pas d’objections ?

– Je ne vois pas pourquoi il refuserait.

Marius prenait un peu de mieux.

Les médecins avaient déclaré qu’il avait passé une bonne nuit.

Sa jambe était dans la plâtre et il ne souffrait plus.

– Peuchère, dire que je devrai être au moins deux mois inactif.

Le Marseillais était surtout découragé.

Arkia Boushi essayait de le réconforter de son mieux.

Mais pour un type actif comme Marius, ce n’était pas gai de rester enfermé dans une chambre d’hôpital.

– Dans une semaine, tu pourras sortir.

– Pour marcher avec des béquilles... je me demande ce que je pourrai faire de bon.

Arkia le veillait pratiquement jour et nuit.

Le lendemain, la garde en chef entra dans la chambre du Marseillais :

– Monsieur Lamouche, nous allons vous transporter.

– Me transporter ?

– À Ottawa, oui, les ordres viennent du Général Barkley.

– Ah !

– Mais, vous ne partirez pas en ambulance.

– Non ?

– Vous allez partir en automobile, avec vos amis.

– Bonne mère, je suis content.

– Vos amis sont justement venus vous rendre visite.

– Peuchère, envoyez, faites-les entrer.

IXE-13, Gisèle et Sing Lee parurent.

– Marius, nous venons t’annoncer une bonne nouvelle.

– Encore ?

– Le Général va te faire transporter.

Le Marseillais l’interrompit :

– Je le sais déjà, la garde-malade vient de me le dire, et je sais aussi que c’est vous qui allez me transporter.

– Oui, dans la voiture, tu n’auras qu’à faire attention à ta jambe.

– Je ne puis encore marcher dessus.

– Je te porterai.

Gisèle déclara :

– Dans une semaine, probablement, tu pourras marcher, avec des béquilles, bien entendu, mais tu pourras marcher. Nous attendrons pour...

– Pourquoi ?

Elle prit la main du Canadien :

– Pour célébrer notre mariage.

– Hein ? Quoi ? peuchère... dites-moi pas que...

– Oui, Marius, fit le Canadien, nous allons nous épouser.

– Bonne mère que je suis content.

– Pas moi.

Tous se retournèrent.

C’était Arkia, la petite négresse qui avait parlé.

– Pourquoi, pas toi ?

– Parce que j’aimerais être à la place de Gisèle.

Le Marseillais bondit :

– Ne me dis pas que tu l’aimes toi aussi ?

– Tu sais fort bien ce que je veux dire.

– Bonne mère, je ne suis pas pour t’épouser dans un lit... je ne puis même pas marcher.

– Alors, aussitôt que tu seras guéri, et tu peux être certain que je n’abandonnerai pas la partie.

Marius aurait bien aimé épouser Arkia, mais il avait déjà fait part de ses craintes à son ami, IXE-13 :

– J’ai peur que nos enfants soient des nègres... et ça, je n’en veux pas.

– Nous aurons le temps d’en reparler, Arkia. Alors, patron à quelle heure partons-nous ?

– Nous viendrons te chercher à deux heures.

– Bonne mère, j’ai hâte, ça va me faire du bien de sortir un peu.

Et à deux heures dix, la voiture d’IXE-13 s’arrêtait devant le petit hôpital.

Le Canadien et Sing Lee montèrent à la chambre du blessé.

Marius descendit dans une chaise roulante, jusqu’à la salle d’entrée.

Lorsqu’il fut rendu à la porte, IXE-13 le prit dans ses bras.

– Ne te fais pas trop pesant.

Aidé de Sing Lee, il le transporta dans la voiture.

– Étends ta jambe sur le siège arrière, pour ne pas qu’elle te fasse mal.

– Et vous autres ?

– Arkia pourra s’asseoir à tes côtés, il y a de la place... Gisèle et Sing Lee s’assoiront près de moi, en avant.

Le voyage fut long.

IXE-13 n’osait pas rouler trop vite de crainte de blesser Marius.

Enfin, ils arrivèrent à Ottawa.

La garde avait remis à Arkia les papiers nécessaires pour faire admettre Marius dans un hôpital de la capitale canadienne.

Une fois que le Marseillais fut installé, IXE-13 et ses amis allèrent louer des chambres à l’hôtel.

– Quand veux-tu aller voir le Général Barkley ?

– Demain avant-midi... je vais lui faire part de notre idée de nous marier au plus tôt.

– Jean... Jean.

Gisèle se jeta dans ses bras.

– Tu ne peux croire comme je suis heureuse.

*

– Entrez !

La porte du bureau du Général s’ouvrit.

L’agent EFFE-41 parut.

– Vous m’avez fait demander, Général ?

– Oui. J’ai reçu la réponse de notre ami, le Juif.

– Et puis ?

– Il va livrer le document ce soir.

Et le Général lui lut la lettre qu’il avait reçue.

EFFE-41 sursauta :

– Il va falloir que je m’habille comme il le dit ?

– Oui.

– Mais, c’est complètement ridicule... nous sommes encore au mois d’août.

– Je le sais, mais il faut obéir, autrement, nous n’obtiendrons jamais cette invention.

EFFE-41 réfléchit :

– Si cet homme nous trompait, Général.

– Vous prendrez son signalement, et ensuite, vous le suivrez, je veux voir où il demeure.

– Il va me reconnaître. Pourquoi ne pas mettre un autre homme ?

– J’y ai pensé, mais le Juif peut se douter de quelque chose, s’il voit quelqu’un rôder autour de l’endroit.

– Alors, que me conseillez-vous ?

– Je vous conseille de vous rendre à l’avance à l’endroit indiqué.. le Juif arrivera probablement en taxi ou en voiture... prenez le numéro de plaque.

– Il va me voir.

– Il n’est pas nécessaire de mettre votre paletot et vos chaussures de fourrure tout de suite.

– Et si je n’obtiens rien, au début, je le suivrai.

– Oui. Si ce Juif nous a trompés, malheur à lui, mais je crois que nous pouvons avoir confiance. Il n’oserait pas tromper le gouvernement.

Le Colonel tendit une enveloppe :

– Voici les vingt mille dollars.

EFFE-41 la prit.

– Une autre petite précaution... vous voyez, les billets sont tous des billets de cent... et nous les avons numérotés.

EFFE-41 se mit à rire :

– Vous avez confiance en lui... mais vous ne prenez pas de chance.

– Justement.

EFFE-41 se leva :

– Puis-je apporter la lettre du type, avec moi ?

– Oui. Vous suivrez les instructions à la lettre. Mettez la boule de verre en sûreté et venez me la porter demain, à neuf heures.

– Bien, Général.

L’espion sortit.

Pendant que se déroulait cette conversation dans le bureau du Général, un autre drame avait lieu dans la maison où l’on avait déjà emmené Isaac.

Trois hommes discutaient avec animation.

L’un d’eux était un professeur de chimie, employé à l’Université d’Ottawa.

Il travaillait pour la Russie, à l’insu de ses patrons.

Il s’appelait Gérard Frencet.

Les deux autres hommes étaient des aides de Frencet.

L’un des deux n’était nul autre qu’Abraham Lohen, et l’autre réfugié tchèque du nom de Vladimir Sabny.

– Comme ça... Isaac a reçu une lettre du gouvernement ?

– Oui, professeur, répondit Abraham... je le surveille depuis deux jours... il est allé chercher cette lettre au bureau de poste.

– Bon. Donc, nous pouvons conclure qu’il essaie de vendre son invention au gouvernement ?

– Oui.

– Abraham, et vous aussi Vladimir, vous allez le surveiller, nuit et jour... c’est plus que probable qu’Isaac va essayer de passer son invention à un agent secret... contre de l’argent.

– Qu’est-ce que nous devons faire ?

– Tuer ce Juif de malheur et prendre la petite boule de verre... s’il le faut, vous tuerez également l’agent secret.

– Bien, professeur.

Frencet leur serra la main :

– Vous savez que je compte grandement sur vous. Nous travaillons tous pour la cause commune. Vive la Russie.

– Vive la Russie ! firent les deux hommes.
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