Littérature québécoise








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III


EFFE-41 s’était acheté des bottes avec de la fourrure.

Il mit son paletot et ses bottes dans une valise et partit en direction du parc.

Il n’était que sept heures trente, lorsqu’il arriva à l’endroit désigné pour le rendez-vous.

– Ce petit Juif sait choisir ses endroits, c’est sombre, et il n’y a personne.

EFFE-41 se mit à surveiller les alentours.

Borkish ne partit de chez lui qu’à huit heures moins quart.

Il sauta dans un taxi et se fit conduire au parc, près du lieu de rendez-vous.

EFFE-41 vit descendre le Juif.

L’agent secret était caché derrière un arbre.

Borkish regarda autour de lui, comme le taxi s’éloignait.

EFFE-41 sortit son calepin et écrivit :

– TAXI : numéro de plaque : T-07421.

Il remit le calepin dans sa poche.

Borkish alla s’asseoir sur le vieux banc.

EFFE-41 passa derrière les buissons, ouvrit sa valise, et en sortit le paletot et les bottes.

Il endossa le tout, et cacha ensuite la valise dans les petits arbustes.

Lentement, il fit le tour et s’approcha du banc où Borkish était assis.

Le Juif le regardait venir, une petite lueur dans les yeux.

– Pardon... vous n’auriez pas une allumette ? demanda EFFE-41.

– Certainement.

Borkish mit la main dans sa poche.

Mais, au lieu de sortir une allumette, il en sortit une petite boule de verre.

EFFE-41 lui fit un clin d’œil :

– Du feu, s’il-vous-plaît.

Le Juif fit craquer une allumette.

EFFE-41 se pencha pour allumer sa cigarette, et laissa tomber une enveloppe sur les genoux du Juif.

Borkish s’en saisit promptement et remit la boule de verre à EFFE-41.

– Merci.

EFFE-41 vint pour s’éloigner.

Soudain, il entendit une sorte de râle.

Il se retourna brusquement.

Il aperçut un homme penché sur Borkish.

– Mais... on vient de le tuer.

Rapidement, EFFE-41 mit la main dans sa poche.

Mais, juste à ce moment, un autre homme bondit... un gros rondin de bois dans la main.

Il le frappa à la tête.

EFFE-41 s’écroula sans pousser un cri.

L’homme se pencha sur lui et lui asséna de toute sa force une dizaine de coups de rondin en pleine figure.

La tête de l’agent était fendue en trois ou quatre parties.

– Tu l’as, Abraham ?

– Oui... je l’ai frappé plusieurs fois... ne crains rien, il est bien mort.

Rapidement, les deux hommes fouillèrent les poches de leur victime.

– Je l’ai, s’écria Abraham.

– Oui, Isaac doit la lui avoir vendue.

– Regarde cette enveloppe, s’écria Vladimir, elle est remplie de billets.

– Vite, ne nous attardons pas ici plus longtemps.

Ils s’éloignèrent rapidement, laissant les deux cadavres étendus au milieu de l’allée.

À neuf heures, un constable qui passait par là, aperçut les deux hommes.

Aussitôt, il donna l’alerte.

Des policiers vinrent en grand nombre.

On fit les constatations d’usage et on transporta les deux hommes à la morgue.

Le rapport des policiers se lisait comme suit :

– Deux hommes se sont tués dans une querelle.

On n’avait pas du tout pensé à un double meurtre possible.

*

– Jean ?

– Oui.

– Il est neuf heures, va voir le Colonel tout de suite.

– Tu veux dire le Général ?

– Oui, je ne suis pas encore habituée à la mort du Colonel Boiron. Mais je veux que tu ailles voir le Général tout de suite.

– Tu ne crois pas qu’il est un peu à bonne heure ?

– Mais non, plus tu attendras, plus tu risqueras que le Général soit occupé,

– Bon je vais y aller.

IXE-13 embrassa Gisèle et partit.

Il se rendit au bureau de Barkley.

– Le Général est-il là ?

– Je regrette, le Général vient tout juste de sortir.

– Ah ! Savez-vous s’il va être longtemps parti ?

– Je ne puis dire... vous pouvez attendre si vous voulez.

IXE-13 s’assit :

– Je puis attendre quelques minutes.

*

Le Général avait appris avec stupeur le drame du parc.

Mais, il n’était pas certain qu’il s’agisse réellement d’EFFE-41.

L’espion n’avait aucune raison de se quereller avec le Juif.

En arrivant au bureau, à huit heures trente, il s’empressa d’appeler à l’hôtel où EFFE-41 s’était retiré.

Mais, on déclara que l’homme n’était pas entré de la nuit.

Barkley appela alors la police.

– Est-ce que vous avez identifié les cadavres trouvés dans le parc hier soir ?

– Non... aucun des deux hommes ne portaient de papiers sur eux.

– Eh bien, il est fort possible que ce soit quelqu’un que je connaisse.

– Vrai ? Dans ce cas, attendez-moi, Général, je vais passer à votre bureau et vous emmènerai à la morgue.

Quelques minutes plus tard, deux policiers venaient chercher le Général Barkley.

Les trois hommes se rendirent à la morgue.

– L’un des cadavres a été frappé durement à la tête. Il est presque méconnaissable.

– Laissez-moi voir quand même.

On lui montra tout d’abord le cadavre du Juif.

Ce dernier avait été frappé par deux coups de couteau, dans le dos.

– Vous le connaissez ?

– Non, et l’autre ?

On montra le cadavre d’EFFE-41 à Barkley.

Malgré que l’espion était pratiquement tout défiguré, le Général le reconnut.

– C’est un de mes hommes, dit-il.

– Ah !

– Maintenant, je veux que ça reste entre nous, je vais vous donner sa véritable identité.

Le Général nomma EFFE-41 par son vrai nom.

– C’est un veuf, je crois qu’il a une fille qui demeure à Montréal.

– Nous allons nous mettre en communication avec sa famille.

– Maintenant, pouvez-vous me remettre tout ce qu’il avait sur lui ?

– Pas grand-chose, Général, deux dollars, quelques sous, un petit calepin, un mouchoir et un chapelet, c’est tout.

– Vous n’avez pas trouvé une boule de verre ?

– Une boule de verre ?

– Oui... sur l’un ou sur l’autre cadavre, et aussi une enveloppe contenant vingt mille dollars ?

– Non, nous n’avons trouvé rien de ça.

Le Général s’apprêtait à partir.

– Montrez-moi donc le calepin.

– Oui, Général.

L’officier de police tendit le calepin au chef du service secret.

Ce dernier se mit à l’examiner.

Il y avait plusieurs choses écrites au crayon, mais la plupart étaient effacées par le temps.

Soudain, les yeux de Barkley se posèrent sur une page où il y avait d’écrit :

– TAXI : numéro de plaque : T-07421.

C’était écrit au crayon, mais très lisible.

Le Général se tourna vers l’officier :

– Vous avez examiné ce calepin ?

– Oui, Général.

– Vous n’en avez plus besoin, il contient plusieurs secrets importants pour nous.

– Vous pouvez le prendre.

Barkley le glissa dans sa poche.

– Je vous remercie, je retourne au bureau.

– Je vais vous reconduire, Général.

Barkley arriva à son bureau, juste comme IXE-13 s’apprêtait à le quitter.

Le Canadien avait attendu un gros quart d’heure, puis il avait dit au secrétaire :

– Je repasserai cet après-midi.

Le Général sursauta en voyant le Canadien :

– Tiens, vous êtes à Ottawa, IXE-13 ?

– Oui, Général. Marius étant blessé, nous sommes revenus avec lui.

– Je suis bien content. Voulez-vous passer dans mon bureau.

IXE-13 se demandait ce qui se passait.

– Je ne croyais pas mettre la main aussi facilement et sur un aussi bon espion. J’ai une mission très importante à vous confier.

– Ah !

IXE-13 était un peu déçu.

– Ça ne vous dérange pas si j’abrège vos vacances ?

– Mais non, Général.

– D’ailleurs, aussitôt cette mission terminée, vous prendrez la semaine de vacances qui vous reste. Vous pourrez retourner au camp si vous voulez. Marius sera alors sur pieds.

IXE-13 lui tendit un trousseau de clefs.

– Voici les clefs de votre camp, Général... nous vous remercions infiniment.

– De rien, ça m’a fait plaisir. Maintenant, voici de quoi il s’agit.

Il raconta tout ce qu’il savait sur l’affaire et la mort d’EFFE-41.

– Maintenant, je crois que j’ai découvert une piste.

Et Barkley lui parla du numéro de plaque du taxi.

– Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais vu que j’avais demandé à EFFE-41 de prendre le numéro.

– Oui, ce me semble être une piste, en effet.

– J’aurais pu en parler à la police, mais j’ai préféré garder ça pour moi. Justement à cause de la boule de verre et de l’information qu’elle contient.

– Alors, vous voulez que je fasse enquête, Général ?

– Oui, et agissez promptement, vous comprenez ?

– Oui. Car il faut que je retrouve cette boule de verre avant qu’elle ne soit rendue trop loin.

– C’est ça, je compte sur vous, IXE-13.

Le Canadien se leva, mais il hésitait.

– Voulez-vous avoir un autre renseignement ?

– Non, je voulais vous parler d’autre chose.

– Quoi donc ?

– Vu que nous étions en vacances, j’avais pensé, enfin. Vous savez que Gisèle et moi, nous nous connaissons depuis longtemps ?

– Oui, oui.

– J’ai déjà été fiancé à elle... mais les circonstances ont voulu qu’elle épouse un blessé français. Maintenant Gisèle est veuve. Un peu malchanceux en amour... je n’avais pas voulu qu’il soit question de mariage entre elle et moi.

– Je sais tout ça.

– Mais, ces quelques jours dans le Nord, dans votre camp, Général m’ont ouvert les yeux. J’aime toujours Gisèle... et je ne vois pas pourquoi je ne l’épouserais pas. La guerre est terminée.

– Je vois, je vois.

Le Général réfléchissait :

– Écoutez, IXE-13, accomplissez tout d’abord votre mission, et ensuite nous en discuterons, il n’est pas bon de penser à un mariage, quand on a un travail aussi important que le vôtre. Oubliez Gisèle et ne pensez plus qu’à votre mission.

– Bien, Général.

IXE-13 sortit un peu soucieux.

Si Barkley ne s’opposait pas à son mariage, pourquoi avait-il dit :

– Nous en reparlerons.

Pourquoi ne pas avoir donné son consentement tout de suite ?

Mais IXE-13 décida d’oublier Gisèle, son mariage et même Marius.

– Il faut absolument que je retrouve cette boule de verre... et que je pince les assassins d’EFFE-41.

IXE-13 se rendit à l’hôtel où se trouvait Gisèle et Sing Lee.

La jeune Française l’attendait avec anxiété :

– Et puis, Jean ? Il est consentant ?

– Sais-tu avec quoi il m’a reçu ?

– Non.

– Avec une mission, une mission urgente à accomplir.

La jeune fille était fort désappointée.

IXE-13 demanda :

– Tu as lu les journaux de ce matin ?

– Oui.

– Donc, tu as dû apprendre que deux types sont morts, cette nuit, dans le parc ?

– Oui, ils se sont querellés.

– Non.

Et IXE-13 lui répéta ce qu’il savait.

– Il faut que je retrouve cette boule de verre... elle contient un document des plus importants.

– Mais, notre mariage, tu ne lui en as pas parlé ?

– Oui... il a dit d’attendre que cette mission soit accomplie.

– Alors, c’est vrai ? Il veut ?

– Il m’a dit, accomplissez votre mission, et nous en discuterons.

– Alors, au travail, s’écria Gisèle, nous allons tous t’aider.

– Où est Sing Lee ?

– Il doit être dans sa chambre.

– Bon, le plus important, pour le moment, c’est de savoir où demeure ce Juif, la seule chance que j’ai, c’est le chauffeur de taxi.

– Oui.

– Si je trouve l’adresse de la maison, je veux que vous vous y rendiez immédiatement. J’irai vous rejoindre, on ne sait jamais, nous pourrons peut-être trouver une piste qui nous conduira sans doute vers les criminels.

– Je vais chercher Sing Lee.

– C’est ça, tu as un trousseau de clefs et des outils de cambrioleurs, dans mon petit sac brun, dans le premier tiroir du haut.

– Nous allons cambrioler en plein jour ?

– Nous ne pouvons retarder d’une seconde. Tenez-vous prêts à recevoir mon appel.

– Très bien, Jean.

IXE-13 sortit immédiatement.

Il avait gardé la voiture qu’il avait louée pour quinze jours.

Il se dirigea en vitesse vers les bureaux de la police provinciale.

*

Vers neuf heures et demie, le lendemain, de l’attentat, le professeur Frenchet se présenta à la demeure de Vladimir Sabny.

Vladimir et Abraham l’attendaient avec impatience.

– Je vois que vous avez fait du beau travail, fit le professeur.

– Vous avez lu les journaux ?

– Oui, on croit que les deux types se sont querellés.

– Vous, avez la boule de verre ?

– Oui, fit Vladimir.

Il se dirigea vers un petit pupitre.

– Et nous avons aussi autre chose.

– Quoi donc ?

– Vingt mille dollars, nous pourrons nous séparer ça, tous les trois.

Il tendit la boule au professeur et un paquet de billets de banque.

– Vous avez 70 billets de cent dollars chacun. Abraham et moi en avons pris chacun soixante-cinq.

Le professeur prit les billets et y jeta un coup d’œil :

– Avez-vous dépensé de cet argent ?

– Pas encore.

– Tant mieux. Vladimir, tu vas prendre cet argent et le jeter au feu.

– Quoi ?

– Tu m’as fort bien compris, tu vas jeter cet argent au feu.

– Mais voyons, vous n’y pensez pas, professeur.

– Certainement. Regardez, les numéros de ces billets se suivent.

– Et puis ?

– Ce doit être l’argent que l’agent secret a remis à Isaac, n’est-ce pas ?

– Oui, c’est ça.

– Je suis certain que les autorités ont pris ces numéros en note... si nous dépensons un seul de ces billets, nous sommes faits.

Abraham voulait lui aussi, sauver les billets.

– Nous pourrions les cacher, les dépenser seulement plus tard.

– Non.

– Pourquoi ?

– Si nous gardons ces billets, nous serons portés à nous en servir, quand nous aurons besoin d’argent, la tentation serait trop forte.

Les deux autres tentèrent de nouveau de protester.

– J’ai dit non, donnez-moi ces billets.

– Mais...

– C’est un ordre, je veux ces billets.

Vladimir soupira.

Il alla fouiller dans le bureau et sortit deux liasses de billets.

– Je veux que vous les brûliez devant moi.

Abraham pleurait presque.

Vladimir alluma le feu, dans la fournaise, et jeta les billets, paquet par paquet.

– Vingt mille dollars.

– N’en parlons plus, songez que nous en sauvons dix mille... nous n’en avons plus besoin, je vous donnerai chacun deux mille dollars pour votre beau travail.

Ça consola un peu les deux hommes.

– Au moins, nous ne perdons pas tout.

Maintenant, le professeur Frencet examinait la boule de verre.

– C’est une idée originale de cacher cette invention dans une boule.

Il demanda à Vladimir :

– Tu as un marteau ?

– Oui, professeur.

– Apporte-le moi.

Vladimir apporta le marteau et lentement, le professeur commença à briser la boule de verre, morceau par morceau.

Il en retira un petit papier roulé.

Il le déroula.

– Il n’y a que des chiffres, là-dessus.

– Il s’agit de les comprendre, Abraham.

Le professeur commençait à étudier la formule.

Soudain, il poussa un cri :

– Nous avons été trompés.

– Quoi ?

– Cette formule n’est pas la vraie... il doit y avoir deux boules de verre.

– Hein ?

Abraham et Vladimir ne comprenaient plus rien.

– Pourtant, c’est la seule boule de verre.

Le professeur s’écria :

– Je comprends, nous avons été des imbéciles... Isaac voulait faire de l’argent, mais tout en roulant le gouvernement canadien.

– Il nous aurait vendu la vraie formule.

– Oui, et ça lui aurait rapporté en tout, trente mille dollars.

– Mais, alors ?

– Alors, la vraie boule de verre, celle contenant la formule est chez lui et il nous faut la trouver, et au plus tôt.

Il fit signe à ses deux comparses.

– Vite, venez avec moi.

– Où ?

– Chez Isaac. Il nous faut trouver cette boule de verre.

Rapidement, ils sortirent de la maison, sautèrent dans la voiture du professeur et se dirigèrent vers la demeure du Juif.
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