Littérature québécoise








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Firmin Bibeau

Le chaste enlèvement



BeQ

Firmin Bibeau


Grand roman d’amour

Le chaste enlèvement
roman


La Bibliothèque électronique du Québec

Collection Littérature québécoise

Volume 531 : version 1.0

Le chaste enlèvement

I


C’était une belle journée de juillet lumineuse et chaude.

Le soleil se baignait sur les eaux du Lac aux Quenouilles et mettait à la surface de l’onde des reflets d’argent pâle.

Ulric Bertrand goûtait toute la saveur d’une telle journée.

C’était un jeune homme de vingt-cinq ans à peine. Il travaillait à Montréal comme comptable pour une importante compagnie d’assurance.

C’était la première journée de ses vacances, qu’il était venu passer dans ce coin enchanteur de notre beau pays laurentien, sur les bords du Lac aux Quenouilles.

Tout autour de lui, les montagnes se dressaient, barrant l’horizon de leur masse de verdure et de roches.

La chemise ouverte sur la poitrine, le jeune homme agenouillé dans son canot avironnait, se dirigeant vers une pointe qui se dressait à un mille environ devant lui.

Son aviron frappa l’eau qui se déchirait comme une étoffe de soie moirée, pour se refermer aussitôt, en laissant derrière l’embarcation un sillage en forme de V.

Il goûtait pleinement la joie de vivre et pour que son bonheur fut encore plus grand, il pensait à ses compagnons de travail qu’il avait laissés à Montréal et qui, aujourd’hui, pendant que lui se reposait au sein de grande nature, devaient peiner derrière des comptoirs, dans des salles surchauffées à aligner des chiffres et à faire des calculs.

Il n’y avait que quelques embarcations sur le lac.

Elles étaient reconnaissables aux taches multicolores qu’elles faisaient sur le vert bleu de l’eau.

On était encore au début de la journée et beaucoup, d’entre les gens en villégiature aux hôtels et aux diverses maisons de pension, faisaient la grasse matinée.

Soudain l’attention d’Ulric fut attirée par un cri.

C’était un cri de détresse.

Il se retourna et il aperçut à une centaine de pieds environ de l’endroit où il était une embarcation qui venait de chavirer.

Il aperçut en même temps une tête qui émergeait de l’eau et deux mains qui se crispaient sur les bords du canot renversé.

De toutes la force de ses bras il avironna dans la direction du sinistre.

Il parvint en assez peu de temps à rejoindre la naufragée. À présent il pouvait voir ses cheveux flotter à la surface de l’eau.

Il lança un cri d’encouragement, enleva à la hâte ses chaussures et se jeta à l’eau.

Ulric Bertrand était un bon nageur.

Il avait pratiqué cet art à la palestre Nationale avec nos meilleurs instructeurs de natation et comme depuis plusieurs années il passait toutes ses vacances sur les bords des lacs du Nord, il avait eu l’occasion de pratiquer ce sport et de s’y perfectionner.

En peu de temps il rejoignit la jeune fille.

S’aidant du canot, pour nager, il la soutint et se dirigea vers la terre ferme.

*

Avec sa robe collée au corps et qui moulait ses formes harmonieuses et souples, la jeune fille était réellement très belle. Ses lignes étaient celles d’une statue. Elle le regarda et lui sourit. Sa main se tendit dans sa direction. Il la prit et la serra longuement entre ses doigts.

– Je ne saurais comment vous remercier, fit-elle.

Sa voix était harmonieuse et douce et possédait un petit accent berceur :

– Je n’ai fait, mademoiselle, que ce que toute autre personne, à ma place, aurait fait... Je vois que vous tremblez. Je vais essayer de vous faire un bon feu. Vous pourrez vous y faire sécher avant de retourner...

– Chez ma famille...

– Vous ne demeurez pas à l’hôtel ?

– Nous avons ici une villa où nous venons chaque année passer la belle saison... Ça s’appelle les « Bouleaux »...

– Alors vous êtes mademoiselle Pierlot ?

– Jeanne Pierlot...

– Ulric Bertrand, votre serviteur.

Les yeux qui étaient d’une couleur qui tirait sur le violet lui sourirent et il remarqua qu’il y avait au fond des prunelles une lueur de reconnaissance.

Il fouilla dans ses poches et en sortit son allumeur automatique.

Heureusement qu’il put faire fonctionner malgré le bain forcé qu’il avait pris et qui avait mouillé ses vêtements.

Cela ne se fit pas sans difficultés mais à la fin sa patience fut récompensée.

Il ramassa quelques branches sèches et en fit un petit bûcher.

Le feu crépita puis se mit à ronronner à mesure qu’il l’alimentait.

Quand le brasier devint suffisamment ardent il en profita pour se faire sécher également.

De temps à autre, à la dérobée, il regardait la jeune fille. Plus il la regardait, plus il la trouvait jolie, désirable et belle.

Seulement, à deux ou trois reprises, un pli barra son front.

La personne qu’il avait devant lui et à qui il venait de sauver la vie était la fille de Jean-Louis Pierlot l’un des hommes les plus riches de Montréal. Elle était surtout la fille de Madame Pierlot qui passait dans la société pour une personne snob et des plus entichés de conventions sociales.

Bien que notre pays d’essence démocratique les classes et les castes n’existent pas la famille Pierlot, qui tenait le haut du pavé, était très jalouse de ses prérogatives. Pour être admis chez les Pierlot il fallait bien des formalités.

Comment lui, simple petit comptable dans une compagnie d’assurances, pourra-t-il franchir les portes d’un salon aussi fermés ?

Car il s’apercevrait que cette jeune fille que la Destinée lui faisait rencontrer ne pourrait jamais lui être indifférente.

Il ne pouvait pas dire encore qu’il l’aimait.

Toutefois l’impression qu’il éprouvait d’être en sa présence ressemblait singulièrement à ce que les romanciers appellent le coup de foudre.

Il la contemplait sans parler.

Parfois leurs yeux se rencontraient. Un sourire alors se dessinaient sur leurs lèvres. Il s’enhardit et lui dit :

– Mademoiselle, j’aimerais que le coin de terre où nous sommes soit un coin de terre éloigné, loin de toute civilisation... Alors je pourrais vous avoir à moi, rien qu’à moi durant des jours. Je pourrais vous servir et vous offrir un dévouement sans bornes.

Elle sourit :

– Monsieur Bertrand, vous êtes un peu romanesque. Dans notre époque si réaliste, le romanesque est vieux jeu.

– Seriez-vous désabusée à votre âge.

– Sachez que j’ai vingt-deux ans, que je suis bachelière es-art et que j’étudie la chimie depuis un an...

– Pourtant vous n’avez pas le physique de ce que Molière appelait les femmes savantes. Moi, je me suis toujours imaginé une femme savante comme un espèce de virago et qui a perdu la plus grande part de sa féminité...

– Comme cela vous ne me considérez pas comme un virago ?

– Si je vous disais ce que je pense véritablement de vous, si je vous donnais mon appréciation franche et nette de votre personne, vous m’accuseriez de vouloir trop vous complimenter...

– Dites-moi ce que vous pensez de moi...

– Je pense que vous êtes la jeune fille la plus adorable que j’aie jamais rencontrée...

– Vous n’avez pas dû sortir beaucoup...

– C’est ce qui vous trompe... Plus que vous ne pensez...

Le feu achevait de faire son œuvre réparatrice.

Une douce chaleur les enveloppait.

Des vêtements détrempés, une fine buée montait.

– Il faut que j’aille à la recherche de mon canot... Quand je dis « mon canot » c’est une manière de parler. Il appartient à l’hôtel où je suis descendu. Je me permets de sauter dans votre embarcation et de courir après la propriété d’autrui que j’ai laissé aller à la dérive. J’étais tellement absorbé dans votre contemplation que j’ai oublié qu’il y avait aussi une paire de chaussure dans ce canot... À tantôt... Heureusement que j’ai eu la bonne idée de garder un aviron avec moi...

– Et qui me dit que vous allez revenir ? Que vous ne me laisserez pas prisonnière sur ce petit morceau de terre isolée...

– Vous connaissez pas vos charmes pour parler ainsi et vous ne savez pas à quel point j’y suis sensible...

– Alors soit ! Partez. Je vous attendrai...

Avant de sauter dans le canot il lui fit signe de la main.

Elle lui répondit.

Il lui semblait qu’il la connaissait depuis très longtemps, depuis toujours.

Pourtant ! si on lui avait dit la veille, ou ce matin même, qu’il connaîtrait bientôt la fille de Jean-Louis Pierlot et qu’il en deviendrait amoureux, il aurait été le premier à sourire d’une telle supposition.

C’était bien ce qui était arrivé.

La seule ombre au tableau était l’ignorance où il était de la réception que lui feraient les parents de la jeune fille.

Serait-il admis au nombre des gens qui fréquentaient les « Bouleaux » ?

Comment le père, et surtout la mère, le considéreraient-ils ?

Allaient-ils le considérer comme un vulgaire aventurier qui voulait forcer leur porte et se faire admettre chez eux.

Allaient-ils lui offrir une récompense pour l’action qu’il venait d’accomplir et lui laisser entendre que, dorénavant, leurs relations devaient en finir là ?

Il chassa ces pensées.

Pour le moment, il ne voulait que s’abandonner à la joie qu’il éprouvait de pouvoir passer quelques heures en compagnie de l’être le plus charmant de la Création.

Jeanne était belle. Elle était très belle. Dans sa jeunesse ardente et qui ne doute d’aucun obstacle et des moyens de les renverser, il songea qu’il viendrait à bout de toutes les résistances.

Tant pis si Jeanne était riche. Il ne l’avait pas recherchée pour sa richesse.

Le hasard seul était l’auteur de leur rencontre,

Il bénit le hasard qui souvent fait bien les choses et espéra.

Qu’espéra-t-il ?

C’était très vague ce qu’il espérait.

Des visions indécises de bonheur se profilaient devant ses yeux pendant qu’il voguait sur le Lac à la recherche de son butin perdu.

Il ne tarda pas bientôt à retrouver le canot.

Il le saisit par la corde assujettie à la pince et le remorqua jusqu’à leur asile temporaire.

La jeune fille était remise de ses émotions.

La chaleur du feu avait continué de faire son œuvre.

Les vêtements de Jeanne étaient maintenant sèches.

Le seul souvenir qui restait du bain forcé qu’elle venait de prendre résidait dans les plis irréguliers de sa jupe et le désordre de sa chevelure.

Elle lui sourit, dès qu’il mit pied à terre et ce sourire découvrit deux rangées de dents régulières et blanches.

Il ne put s’empêcher de constater, un peu malgré lui, que ces dents n’étaient pas artificielles.

Elles n’étaient pas l’œuvre d’un dentiste habile, mais l’œuvre de la Nature.

D’ailleurs il n’y aurait rien de factice dans cette jeune fille.

Une idée lui traversa l’esprit.

Il en fit part à sa compagne :

Excusez, mademoiselle, ce que vous appellerez, peut-être mon impertinence. Je voudrais vous poser une question. Je viens de penser à quelque chose qui m’intrigue. Comment se fait-il que vous, qui êtes habituée à passer vos étés ici dans la somptueuse villa de votre père, sur le bord d’un lac, vous ne sachiez pas nager ?

– Mon cher ami, vous êtes indiscret. Je ne dirais pas que vous êtes impertinent... Je n’irai pas jusque là. Pourquoi toujours aller au fond des choses ? Dans la vie, il faut savoir prendre les événements tels qu’ils se présentent... Vous regrettez votre sauvetage ?

– Moi ? Tout au contraire... Je voudrais que vous retombiez à l’eau une autre fois pour avoir le plaisir de vous sauver à nouveau.

– Vous êtes un grand enfant... Vous savez l’heure ?

Il consulta sa montre-bracelet.

– Onze heures et demie...

– Vous allez me reconduire chez moi... Je vous invite à luncher.

– Je ne voudrais pas m’imposer...

– Puisque je vous invite...

– Princesse ! vos désirs sont des ordres.

– Alors nous partons...

Il attacha son canot à l’arrière de l’embarcation de la jeune fille, l’assit en face de lui, et se mit à avironner.

– Je ne suis pas dans un état bien présentable, dit-il, pour accepter à luncher chez des gens aussi haut placés...

– Je suppose que vous allez ajouter : aussi riches... Mon cher ami, les conventions sociales n’existent que dans les romans et encore des romans de la fin du dernier siècle...

Le jeune homme ne répondit rien et s’absorba dans ses réflexions.

À quoi bon se tracasser à l’avance !

À quoi bon songer à demain !

Ne valait-il pas mieux savourer tout ce que la minute présente avait de charmes.

Il avironnait lentement voulant prolonger le plus longtemps possible le plaisir qu’il éprouvait de la contempler devant lui, au milieu de ce décor magique d’une nature en fête ?

Elle laissait pendre sa main hors du canot et l’eau passait entre ses doigts.

*

La Villa des Bouleaux aurait pu s’appeler d’une façon plus appropriée : le « Castel des Bouleaux ».

C’était, en effet, un petit château bâti tout en pierre des champs et flanqué à son extrémité d’une tourelle dont la base sortait de l’eau.

Ulric accosta au quai et aida sa compagne à descendre.

Un chemin gravoyeux serpentait entre les lisières de gazon bien entretenues et que coupaient, par intervalles, des massifs de fleurs.

– C’est joli chez vous, remarqua-t-il tout haut. Vous habitez un vrai petit paradis terrestre.

– Vous trouvez ? Moi je m’ennuie ici. Je trouve ça trop bien entretenu, trop arrangé, trop symétrique...

– Nous n’avons pas les mêmes idées. Moi je trouve que c’est un vrai petit paradis et j’y passerais toute ma vie...

Il n’ajouta pas qu’il posait une condition à ce souhait.

Il passerait toute sa vie au Bouleaux... pourvu que... Jeanne soit là et qu’elle lui tienne compagnie...

Sur le perron de la véranda, une femme fit son apparition.

C’était madame Pierlot.

Elle embrassa d’un coup d’œil le désordre de la toilette de sa fille.

– Maman c’est Monsieur Bertrand,... j’ai chaviré et sans ce monsieur... eh bien tu n’aurais plus de fille ce soir.

Très digne, Madame Pierlot salua le nouveau venu.

– Monsieur, je vous remercie du service que vous avez rendu à ma jeune fille. J’espère avoir l’occasion de vous manifester ma reconnaissance... d’une façon tangible.

Ulric comprit qu’elle faisait allusion à une certaine somme d’argent qu’elle avait l’intention de lui remettre.

De cette façon, les relations se terminaient là et elle ne lui devrait plus rien ayant acquitté sa dette de reconnaissance.

Il y a des gens qui croient que l’on peut tout faire avec de l’argent, Madame Pierlot était de ces personnes-là.

– Maman ! je me suis permis d’inviter Monsieur Bertrand à luncher avec nous.

La brave dame ne put faire autrement que d’acquiescer au désir de sa fille.

Cette dernière s’excusa pour aller réparer les dommages que le bain forcé avait causé à sa toilette.

Devant l’accueil qu’il devinait peu cordial, Ulric aurait voulu en faire autant.

Une force plus grande que sa volonté le retenait aux Bouleaux.

Cette force, c’était le désir impérieux qu’il éprouvait en lui de prolonger le tête-à-tête avec la jeune fille.

– Vous avez une bien jolie place, dit-il, à la dame de céans.

– En effet, nous avons une belle place.

Il y a des gens roués qui se disent que le meilleur moyen de conquérir une jeune fille est d’abord de faire le siège de la mère.

Bertrand décida de se montrer avec Madame Pierlot aussi aimable que possible.

Que lui dirait-il pour lui être agréable ?

Ne la connaissant pas encore, il ne savait pas quel était son point faible, ce que l’on appelle communément le défaut de la cuirasse.

Il demeura quelques instants sans parler.

Ce fut elle qui brisa le silence.

– Il y a longtemps que vous êtes au Lac aux Quenouilles ?

– Je suis arrivé d’hier seulement.

– Vous avez l’intention d’y séjourner longtemps ?

– Deux semaines environ.

Une légère grimace altéra ses traits. Il était clair que cette perspective lui plaisait médiocrement.

Il se croirait des droits à revenir aux Bouleaux.

Toutefois, elle fut assez maîtresse d’elle-même pour cacher aussitôt ses véritables sentiments.

Elle appuya sur une sonnette.

Une servante apparut.

– Vous me permettez de réparer un oubli. Après avoir été à l’eau aussi longtemps, vous devez avoir besoin d’un cordial. Qu’est-ce qu’on peut vous offrir ? Un verre de scotch ?... Un cognac ? Nous avons encore une réserve d’avant-guerre.

– Un cognac !

– Emportez-nous un cognac, Marie... Ou plutôt emportez en deux, un pour Monsieur, et un pour Mademoiselle Jeanne. Pour moi, une limonade...

– Bien Madame.

La servante sortit et reparut l’instant d’après avec un plateau chargé de verres...

Madame Pierlot servit elle-même son visiteur.

– Je vais attendre mademoiselle votre jeune fille.

Celle-ci arriva presqu’aussitôt ; elle avait revêtu une robe courte qui lui dégageait les jambes et elle avait réparé le désordre de sa chevelure.

Tenant son verre à la main Ulric Bertrand salua et ensemble ils burent à la santé de « nos relations futures » comme avait dit le jeune homme.

Cette phrase n’eut pas l’heure de plaire à la mère. Elle posa quelques questions à Ulric, s’informa de sa famille, de ce qu’il faisait.

Le résultat de son enquête ne lui parut pas des plus satisfaisant.

Un petit comptable dans une compagnie d’assurances, ce n’était pas un compagnon bien idéal pour sa fille, héritière de la fortune Pierlot.

Comme beaucoup de mères, aveuglées par un faux amour maternel, elle veillait elle-même sur les fréquentations de Jeanne et quand un jeune homme ne lui plaisait pas, elle s’arrangeait pour l’empêcher, par un moyen ou par un autre, de retourner chez elle.

*

L’après midi tirait à sa fin.

Ulric Bertrand s’excusa et retourna à son hôtel se promettant bien de revenir le lendemain.

Avant de quitter Jeanne, il lui avait manifesté son intention de la revoir.

– Quand vous voudrez, avait-elle répondu.

– Demain.

– Soit. Je vous attendrai. Ça s’adonne bien. Maman sera absente pour la journée. Elle va à Montréal demain matin. Comme je serai seule il se pourrait bien que je m’ennuie.

– Alors nous nous ennuierons à deux.

– Charmant.

– À demain.

– À demain.

Inutile de dire qu’après une journée aussi remplie et aussi mouvementée, Ulric Bertrand éprouva de la difficulté à s’endormir.

Dans l’obscurité de sa chambre une figure se dressait, un visage adorable et exquis.

Le souvenir de Jeanne l’obsédait.

Il ne pouvait le chasser de sa pensée.

Il voyait distinctement ses yeux lui sourire. Il entendait sa voix, sa voix aux accents berceurs. Il éprouvait le désir de connaître la douceur de ses caresses et la volupté de ses lèvres sur les siennes.

Il dormit mal, ou plutôt il ne dormit pas du tout.

Trop d’émotions, dans une seule journée avaient agité son âme.

Il se roula dans son lit, incapable de fermer l’œil, incapable de jouir du repos bienfaisant que le sommeil apporte.

Il salua l’arrivée du soleil comme une délivrance.

Les rayons de l’astre pénétraient par sa fenêtre et dessinaient des arabesques sur le blanc de la muraille.

Il se leva, se vêtit et descendit dans le lobby de l’hôtel attendre l’heure du déjeuner.

Il n’y avait encore personne à cette heure matinale.

Il sortit au dehors et se promena sur la large véranda, face au Lac.

Au bout de quelque temps, sa solitude fut troublée par l’arrivée d’un jeune homme qu’il avait rencontré la veille.

On le lui avait présenté sous le nom de Louis Gingras.

Il ignorait tout de lui, sauf que c’était un fils à papa ou un fils à maman. Il possédait un auto de bonne marque, et semblait n’avoir autre chose à faire dans la vie que de dépenser l’argent que d’autres avaient gagné avant lui.

Il pouvait avoir dans les vingt-deux ou vingt-trois ans.

Grand et mince, il était vêtu avec élégance, voire même avec recherche.

Il salua Ulric et engagea la conversation.

Comme il arrive la plupart du temps en pareil cas, la conversation roula d’abord sur des banalités.

– Vous aimez votre séjour au Lac ?

Bertrand sourit :

– Il est un peu tôt pour me prononcer. Je suis arrivé depuis si peu de temps que je ne puis pas dire encore si je vais m’ennuyer ou si je vais me plaire ici... Vous êtes depuis longtemps à l’hôtel ?

– Depuis trois semaines.

– Vous avez l’intention de séjourner longtemps dans ces parages ?

– Chanceux !

Cela fut dit avec une expression de conviction telle que Louis Gingras ne put s’empêcher de regarder son interlocuteur :

– De la manière dont vous venez de dire ce mot, je conclus que vous enviez mon sort.

Ulric Bertrand se mordit la langue. Il venait de se trahir.

– Je dis « Chanceux ». Vous voyez ! c’est une manière de parler. Un homme est toujours chanceux de pouvoir passer quelques mois à ne rien faire.

– Des fois c’est bien fatiguant de n’avoir rien à faire.

– Pas quand on a de l’argent pour satisfaire ses caprices. Je suppose que sous ce rapport vous n’êtes pas trop à plaindre. Si j’en juge par votre auto, vous ne souffrez pas de manque d’argent.

Louis Gingras se contenta de sourire :

– Mes parents sont nés avant moi.

Cyniquement, il avouait son peu de mérite à être possesseur du précieux numéraire qui lui permettait de satisfaire ses caprices.

Subitement, mu par un sentiment de curiosité qu’il n’était pas maître de cacher, Ulric Bertrand demanda :

– Vous connaissez mademoiselle Pierlot ?

– La belle Jeanne Pierlot ? Certainement. C’est une de mes bonnes amies. Nous nous connaissons depuis longtemps. Je vous avouerai même qu’elle constitue la principale raison de mon séjour au Lac Quenouilles.

– Ah !

Et Ulric Bertrand se mordit la langue une autre fois pour n’avoir pas su, plus que tout à l’heure, garder pour lui ses impressions et ses sentiments.

– Vous la connaissez ? demanda à son tour, Louis Gingras...

– C’est-à-dire que je l’ai rencontrée une fois...

– C’est un excellent parti. Très riche. Mais elle a une mère qui veille jalousement sur ses fréquentations. Elle a tellement peur qu’on courtise sa fille pour son argent, et à part cela, elle est tellement à cheval sur les conventions mondaines, que c’est toute une histoire que de sortir avec Jeanne ou même d’aller la voir chez elle.

Trouvant que la conversation avait suffisamment duré, Ulric chercha un prétexte pour y mettre fin.

Il consulta sa montre-bracelet.

La salle à manger était maintenant ouverte pour le déjeuner.

– Vous m’excuserez,... Il faut que je vous quitte... J’espère que nous nous rencontrerons...

– Ici personne ne peut éviter personne.

*

Enfin l’heure arriva pour Ulric où il devait se rendre chez Jeanne Pierlot.

Il traversa le lac en canot et bientôt accostait sur la propriété : « Aux Bouleaux. »

Dès qu’elle l’aperçut, Jeanne vint à sa rencontre.

Elle était exubérante de jeunesse et de gaieté et en l’examinant, le jeune homme la trouva encore plus belle et plus désirable que la veille.

Des bribes de sa conversation avec Louis Gingras revinrent à sa mémoire.

Allait-il passer pour quelqu’un qui recherche une jeune fille à cause de la fortune paternelle ?

Tant pis si elle était riche.

C’était un obstacle qui ne l’empêcherait pas d’aller voir aussi souvent qu’il le voudrait celle qui incarnait à ses yeux l’idéal féminin de la beauté et de la grâce.

– Vous avez passé une bonne nuit ? lui demanda-t-elle ?

– Je n’ai pas fermé l’œil.

Son rire fusa dans l’air, limpide et clair.

– Vous avez eu trop d’émotions hier, je suppose ?

– Vous supposez juste.

À son tour il rit du rire sain de la jeunesse consciente de sa force et des possibilités que l’avenir réserve.

Ils s’installèrent dans un coin du jardin sous une charmille. La vue, de cet endroit, était superbe et féerique.

– Je vous répète ce que je vous ai dit hier : Vous habitez un véritable paradis terrestre.

Le paradis terrestre était bien terne avant la faute d’Adam.

– Vous n’avez pas de pommes à m’offrir ?

– Y mordriez-vous à belles dents comme notre ancêtre commun, Adam ?

– Y a-t-il quelqu’un qui serait capable de résister aux charmes d’une Ève comme vous ?

La conversation roula entre eux, vive, animée, badine, avec de temps à autre une petite teinte de sérieux.

Vers trois heures de l’après-midi elle proposa d’aller se baigner dans le Lac.

– Vous avez apporté votre costume de bain ?

– Oui, il est dons le canot.

Un coin de la plage était aménagé en baignoire.

Il y avait des cabines pour se dévêtir et des tremplins avançaient dans l’eau pour permettre les plongeons.

Sans songer qu’elle ne savait pas nager, il accepta la proposition.

La journée était chaude et l’eau paraissait si bonne qu’il n’y avait pas moyen de refuser.

Une fois qu’ils furent tous deux en costume de bain, elle monta sur un palier à une quinzaine de pieds du sol et de là exécuta le plus beau plongeon que l’on puisse rêver.

Un nageur de profession aurait envié la sûreté et l’élégance de ce plongeon.

Le jeune homme la regarda, comme médusé.

Elle fendait l’eau comme une sirène. La natation n’avait pas de secrets pour elle.

Il se jeta à l’eau à son tour et nagea dans sa direction. Il l’atteignit bientôt et prit plaisir à l’enfoncer sous l’eau.

Puis simulant un sauvetage imaginaire il la ramena vers le rivage.

– Petit diablotin ! dit-il. Et dire qu’hier, vous m’avez fait prendre un bain forcé pour vous sauver de ce qui paraissait une noyade quasi-certaine.

Elle le regarda.

Ses yeux brillaient d’espièglerie.

– C’était le moyen le plus pratique de vous connaître. Je ne pouvais décemment pas me présenter à vous sans aucun prétexte, et vous dire : « Monsieur, je suis Jeanne Pierlot. J’habite aux Bouleaux et je brûle du désir de faire votre connaissance. Me feriez-vous la grande faveur de me dire votre nom. » Vous admettez que je ne pouvais décemment agir de cette façon ?

– Et pourquoi désiriez-vous faire ma connaissance ?

– Parce que je m’ennuyais... et que je voulais quelqu’un pour partager mon ennui.

– Et vous m’avez choisi comme victime ?

La voix devint plus sérieuse :

– Vous croyez que je n’ai qu’à faire un geste, qu’à lever le bout du doigt pour trouver le bonheur ? La vérité est que je m’ennuie terriblement. Les seuls jeunes gens que je reçoive habituellement sont des insignifiants qui n’ont d’autre mérite que d’être nés après leurs parents.

Ulric ne put s’empêcher de songer à Louis Gingras qu’il avait rencontré ce matin sur la véranda de l’hôtel.

En lui-même il éprouva un peu de pitié pour cette jeune fille victime de la vanité maternelle.

En même temps, il éprouvait une sorte de contentement d’avoir été choisi par elle.

S’il est vrai que l’amour est contagieux et qu’il y a une prédestination qui fait que deux êtres sont destinés l’un à l’autre, il ne pouvait s’empêcher de bénir le bienheureux hasard qui lui avait inspiré de venir passer ses vacances aux Lac Aux Quenouilles.

Nous l’avons vu précédemment, Ulric Bertrand aimait Jeanne Pierlot.

L’amour était venu spontanément.

Étendus sur le sable chaud de la grève, ils causèrent longtemps ensemble, oublieux de ce qui n’était pas eux-mêmes.

Il lui raconta sa vie, les aspirations qu’il nourrissait dans le fond de son âme de sortir de la situation médiocre de l’heure présente.

À son tour, elle lui fit part de ce qu’étaient ses journées à elle.

Dès l’automne, elle reprendrait à l’Université ses études de Chimie.

– Il y a longtemps que vous êtes étudiante ?

– J’ai commencé mes études à l’Université l’an dernier seulement.

– Vous aimez la science ?

– Pas outre mesure. Cela me permet de m’évader, de fuir mon milieu.

Elle ajouta avec un soupir :

– Il y a des fois où la tyrannie maternelle me pèse horriblement.

– Rien ne vous oblige de vous y plier.

– Comprenez-moi bien. J’aime ma mère. Je la chéris. Je ne dirai pas que je l’adore. Mais je l’aime sincèrement. Elle est bonne. Seulement son orgueil est tellement grand et elle a la tête tellement enflée par la manie des grandeurs, que souvent elle me rend malheureuse.

– Il me semble qu’à votre âge, vous avez le droit de choisir vous même... vos amis... Vous avez droit au bonheur...

– Le bonheur ? Y croyez-vous au bonheur ?

– De toutes mes forces...

Les yeux de la jeune fille errèrent quelques instants dans le vide. Elle regardait, rêveuse, devant elle.

En cette minute elle était encore plus belle que jamais.

Le désir s’implanta chez Ulric de presser sur ces lèvres rouges et sensuelles, ses lèvres à lui, de boire ce qui était sa vie, de communier à tout ce qui était son âme.

Il tenait sa main entre la sienne.

La peau était douce, tiède et soyeuse.

Insensiblement, il se rapprocha d’elle. Il l’attira vers lui. Sa bouche se posa d’abord sur les yeux, elle descendit le long des joues puis leurs lèvres se scellèrent dans un baiser passionné et lent.

Il sentit les lèvres frémirent sous les siennes.

Elle répondait à son baiser.

Il desserra l’étreinte et lui dit à son oreille doucement, bien doucement :

– Jeanne, ma petite Jeanne, si vous saviez que je vous aime !

Puis le silence régna entre eux.

Ils n’avaient plus rien à se dire. Ils se comprenaient sans parler. Ils vibraient à l’unisson.

Dans leur cœur une chanson montait ; c’était la chanson de leur jeunesse ardente.

Les destinées à jamais étaient scellées.

Une minute avait suffi pour qu’ils soient l’un à l’autre et cela pour toute la vie.

*

L’on dit couramment que les peuples heureux n’ont pas d’histoire.

Il en est de même des individus.

Ulric Bertrand et Jeanne Pierlot vécurent deux semaines d’un bonheur calme et tranquille dans l’enchantement féerique d’un amour partagé.

Depuis ses années de couvent la jeune fille avait l’habitude d’inscrire dans un cahier qu’elle tenait sous clef, les impressions de chaque jour.

C’était son journal intime.

Depuis qu’elle avait rencontré Ulric, tout ce qu’elle trouvait à écrire chaque soir, c’était ces deux mots : « Bonheur complet ».

Mais comme rien n’est éternel ici-bas et que les plus beaux jours ont une fin, comme les plus beaux rêves ont leur réveil, l’idylle qu’ils venaient de nouer se termina brusquement avec le départ d’Ulric pour la ville.

Ses vacances étaient terminées et il devait retourner reprendre sa prosaïque position dans le Bureau de la Compagnie où il était employé.

Le train qui le ramenait à Montréal partait à dix heures le matin de la petite gare du village de Saint-Luc, à deux milles du Lac aux Quenouilles.

C’était un lundi matin.

Il y avait affluence sur le quai de la gare.

Bien des gens s’en retournaient à la ville, après un « week-end » reposant dans ce pays à l’air vivifiant et aux paysages enchanteurs et grandioses.

Elle était venue le reconduire elle-même, dans le petit Coupé crème que son père lui avait donné l’année précédente, comme cadeau de fête.

Durant le trajet de l’hôtel à Saint-Luc, ils parlèrent peu.

Une tristesse vague les enveloppait. C’était la mélancolie du départ qui les attristait.

Que leur réservait l’avenir ?

Il est toujours triste de partir et chaque séparation d’avec ceux que l’on aime est un arrachement brutal qui blesse et qui meurtrit.

Ils étaient arrivés depuis cinq minutes à peine qu’on entendit dans le lointain le sifflement nostalgique et prolongé annonçant l’arrivée du train.

Puis dans une courbe on vit apparaître la masse de fer de la locomotive traînant les lourds wagons de voyageurs derrière elle et crachant par son unique tuyau des jets de fumée.

Leurs valises à la main, les voyageurs se précipitèrent vers les portes dès que le train eût stopper.

Des poignées de mains, des mouchoirs qu’on agite, quelques yeux qui s’essuient furtivement, quelques embrassades !...

La scène, toujours la même, se répétait à la gare de Saint-Luc, comme elle se répète à toute les gares à l’arrivée et au départ des trains.

Ulric Bertrand étreignit Jeanne Pierlot entre ses bras et la tint serrée sur son cœur.

Que lui importait ce que les gens allaient dire et penser ?

Il n’y avait qu’une personne au monde pour lui. La foule disparaissait à ses yeux.

Il n’y avait qu’elle.

Elle ! c’était désormais sa raison de vivre, son unique raison de vivre.

De nouveau comme il l’avait fait l’autre après-midi sur la grève, il posa ses lèvres sur les siennes :

– Mon cher amour, lui dit-il, je penserai à toi tous les instants de la journée. Je t’écrirai tous les jours.

– Moi aussi, je penserai à toi, tous les jours et à chaque heure du jour. Nous nous rencontrerons cet automne à Montréal. Et s’il y a des obstacles à notre amour, nous nous épouserons... secrètement, s’il le faut.

– Alors ! c’est à la vie à la mort !

– À la vie à la mort.

Il lui murmura une dernière fois à l’oreille :

– Jeanne ! ma petite Jeanne adorée. Je t’aime.

Le conducteur venait de lancer le dernier appel :

– All Aboard... All Aboard...

Ulric Bertrand desserra son étreinte et sans se retourner pour ne pas perdre courage, il sauta dans le train qui, déjà, se mettait en marche.

Cette vacance venait de marquer l’étape suprême dans sa destinée. Il partait vers la ville avec un grand amour en tête et en emportant le souvenir des heures exquises passées dans l’enivrement d’un amour partagé.

*

Tant que le train ne fut pas disparu à l’horizon Jeanne Pierlot le regarda s’enfuir dans le lointain.

Il emportait dans ses flancs d’acier un peu de son cœur.

Pour la première fois dans sa vie elle avait connu l’amour, le véritable amour, celui qui balaie tout sur son passage et qui s’impose, tyrannique et puissant.

Elle remonta dans sa routière et, lentement, reprit le chemin de la villa paternelle.

Chemin faisant, elle récapitulait les événements qui venaient de se passer et qui devaient être si lourds de conséquences.

Ulric Bertrand était passé dans sa vie au moment même où, se sentant seule et lasse de cette vie qui était la sienne au milieu du luxe et des splendeurs qui l’entouraient, elle désirait s’évader de l’ambiance morale qui pesait sur elle.

Elle l’avait remarqué à l’hôtel, le soir même de son arrivée.

Ce soir-là, le spleen l’envahissait. Elle venait de rompre brutalement avec un jeune homme qui la courtisait depuis deux ans déjà, qu’elle croyait aimer, et qu’elle se rendait compte maintenant ne lui inspirait qu’un sentiment passager.

Elle s’était aperçu qu’elle ne l’aimait pas quand il lui avait proposé d’unir sa vie à la sienne.

Cette perspective de passer une vie entière en cette compagnie ne lui plaisait aucunement. Au contraire. Cela lui causait comme un sentiment inavoué de répugnance.

Il est vrai que Jules Dorval passait pour un beau parti, qu’il était riche et à la tête d’un commerce florissant.

Il avait trente ans.

Cette différence d’âge n’avait contribué en rien cependant dans la décision qu’elle avait prise de refuser l’offre qu’il lui faisait de son nom et de sa fortune.

Après ce refus catégorique, elle avait connu ce que peuvent être les orages domestiques.

Sa mère qui avait déjà accepté Jules Dorval comme gendre, était furieuse de la décision de sa jeune fille.

Elle était d’autant plus furieuse que cette décision, elle l’avait prise sans la consulter.

Elle passa sa mauvaise humeur sur le dos de Jeanne et lui fit d’amers reproches sur sa conduite.

L’amoureux éconduit, pour sa part, avait été parfait dans sa conduite.

Il avait pris congé très dignement, lui demandant de reconsidérer sa décision et l’assurant de son dévouement éternel.

– Je penserai toujours à vous avec douceur, avait-il dit. Je regrette seulement que vous ne puissiez me donner votre cœur en échange du mien. Quoiqu’il advienne, sachez que je serai toujours votre ami et que si jamais vous changiez d’avis à mon endroit, je vous attendrai et j’ouvrirai les bras bien grands pour vous recevoir.

Il lui avait donné la main :

– Permettez-moi de continuer à me considérer comme votre ami et de vous revoir de temps à autre.

Elle ne pouvait faire autrement que d’acquiescer à cette demande, d’autant plus que madame Pierlot insista tout particulièrement auprès de sa fille pour qu’elle se rende à ce désir.

Cela s’était passé au début de l’été.

Jeanne se sentait un peu coupable vis à vis de Jules Dorval. Elle se sentait coupable de l’avoir encouragé en lui permettant de la courtiser depuis si longtemps.

Mais quand elle vit Ulric Bertrand, elle comprit que ce jeune homme jouerait un rôle dans son existence.

C’est alors qu’elle avait machiné le petit complot dont il avait été la dupe.

Toute aventure nouvelle, dans les dispositions d’esprit où elle était, ne pouvait que lui occasionner une digression salutaire.

Ulric Bertrand était un assez bel homme.

Il était grand, taillé en athlète, avec ses cinq pieds dix pouces de taille, ses larges épaules et les muscles que l’on devinait sous le chandail de laine.

Il était sympathique et plaisait au premier abord.

En retournant chez elle Jeanne pensait à tout cela.

Elle pensait également que les semaines qui allaient suivre et qui la séparaient de son retour vers la ville, allaient lui paraître monotones et vides.

Elles croyait l’aimer sincèrement, de toutes les forces de son âme.

Ses yeux s’embuaient à l’idée de sa solitude nouvelle.

Sa solitude allait lui peser doublement parce qu’elle n’en pourrait la réserver à elle seule.

Des intrus, qu’elle devrait recevoir et à qui elle devrait sourire, allaient la profaner, cette solitude.

Parmi ces intrus il y avait Louis Gingras, qu’elle rangeait dans la catégorie des fâcheux et qui, décidément, lui donnait sur les nerfs.

Il y avait aussi Jules Dorval qui reviendrait en week-end.

Se sentant un peu coupable envers lui, il lui faudra se montrer aimable en sa présence, d’autant plus que Jules Dorval était en relations d’affaires avec son père et que sa mère ne renonçait pas à son projet de l’avoir comme gendre...
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