Littérature québécoise








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II


IXE-13 frappa à la porte de la chambre 327.

– Un instant, fit une voix de femme.

Il y eut un bruit de pas et la porte s’ouvrit.

Le Canadien se trouva face à face avec une négresse.

– Oh, excusez-moi, je dois faire erreur.

– Mais non, pas du tout, vous ne faites pas erreur, entrez. Vous êtes bien envoyé par le Colonel Boiron ?

– Oui.

– Entrez, on vous attend.

IXE-13 entra dans la chambre et la négresse ferma la porte derrière elle.

Elle sortit brusquement un revolver de la poche de son tablier.

– Haut les mains.

– Hein ?

IXE-13 leva les deux bras.

Adossée à la porte, la négresse ne bougeait pas.

– Avancez, dans la porte de la chambre de bain, allons, obéissez.

IXE-13 ouvrit la porte :

– Marius ! Gisèle !

En effet, Marius et Gisèle se trouvaient dans la chambre de bain.

– Bonne mère, on vous a eu, patron.

Arkia Boushi éclata de rire.

IXE-13 se retourna :

– Mais, mais, qui est cette demoiselle ?

– Ça, Jean... c’est la nouvelle amie de Marius.

– Hein ?

Arkia demanda brusquement :

– Vous aussi, ça vous dégoûte que je sois une négresse. Les noires, on dirait que nous sommes un monde à part.

– Mais, pas du tout, voyons, c’est la surprise, je ne comprenais plus... je ne voyais plus rien.

IXE-13 s’adressa à Gisèle :

– Et toi, comment vas-tu ? mieux ?

– Oui, mieux, dit-elle... et je veux reprendre ma carrière d’espionne à tes côtés.

Marius fit signe à Arkia et tous les deux sortirent de la chambre.

– Gisèle, écoute... je...

– Jean, je sais ce que tu vas me dire, tu ne sais plus que penser, tu ne sais pas si tu m’aimes.

– Oui, c’est ça.

– Je ne te demande pas de m’aimer. Je veux simplement vivre à tes côtés, il ne sera pas question d’amour entre toi et moi.

IXE-13 ne disait rien.

Il semblait réfléchir profondément.

– Hum, tu en as parlé au Colonel ?

– Nous lui avons demandé de nous confier une mission, tous les trois. Marius, toi et moi...

– Et puis ?

– Il n’a dit oui ni non. C’est donc que ça ne le dérange pas trop.

– Évidemment, c’est possible.

– Jean, tu ne vas pas me dire de partir, de retourner en France, dis-moi simplement de rester, de continuer mes aventures, à tes côtés...

Un autre long silence, puis IXE-13 releva la tête :

– Reste Gisèle.

– Merci, Jean.

– Et parle-moi un peu de cette négresse. Où Marius l’a-t-elle rencontrée ?

– Sur le train qui l’emmenait à l’hôpital où on me soignait. Ils se sont chamaillés. Puis, quelle ne fut pas la surprise de notre brave Marius, lorsqu’il apprit qu’Arkia était mon infirmière. Petit à petit, ils se sont réconciliés.

– Et tu crois que Marius puisse l’aimer ?

Elle se mit à rire :

– Je ne sais pas... Cette jeune fille a un drôle de caractère. Tout d’abord, elle est très drôle, elle aime à rire, mais elle se fâche facilement, et puis, elle est très chatte... Elle prend des airs de bébé, minouche Marius et ne se gêne pas pour l’embrasser devant tout le monde, quand elle veut obtenir quelque chose.

IXE-13 se mit à rire :

– Pauvre Marius, le voilà encore pris dans quelques histoires.

– Oh, ne crains rien, Arkia ne nous accompagnera pas. Le Colonel va lui trouver une position comme infirmière.

– En parlant du Colonel, il veut que j’aille le voir demain matin, je suppose que c’est pour la mission.

– Oui, et il veut que nous nous rapportions nous aussi demain vers dix heures.

– C’est ça, alors, nous irons tous les trois.

*

Le Colonel décrocha le récepteur :

– Oui ? Faites-les entrer.

La porte du bureau s’ouvrit et le secrétaire annonça :

– Agent IXE-13, Gisèle Tubœuf, et Marius Lamouche.

Nos trois amis parurent.

Le Colonel les regarda d’un air amusé.

– Ça fait plaisir de vous voir de nouveau réunis, tous les trois, le meilleur trio d’espions au monde.

Marius demanda aussitôt :

– J’espère, peuchère que vous ne nous séparerez pas.

– Qui a dit que je voulais vous séparer.

– Alors, Colonel, vous avez une mission à nous confier ? Une mission où nous travaillerons tous les trois ? demanda Gisèle, fort anxieuse.

– Oui, tous les trois.

Marius battit des mains :

– Hourra, peuchère !

– Asseyez-vous, je vais vous expliquer ce dont il s’agit.

Nos amis prirent place dans les fauteuils, en face du bureau du Colonel.

– Vous allez partir pour l’Europe, dès aujourd’hui.

– Bonne mère, nous venons d’arriver.

– Je sais, mais il va falloir que vous vous rendiez tout près du rideau de fer pour accomplir votre nouvelle mission.

– Nous allons... nous allons lutter contre les Russes ?

– Probablement, il s’agit d’une mission fort importante et dont l’avenir de tout le monde peut dépendre.

IXE-13 fit signe à ses amis de se taire.

– Parlez, Colonel, nous vous écoutons.

Le Colonel commença :

– C’est à Cluj, en Roumanie que vous vous rendrez. Il y a là un vieux savant qui vit seul. Un savant très capable qui fait présentement des recherches sur un nouvel appareil qui pourrait voyager beaucoup plus vite que le son, tout en transportant une pesanteur énorme.

– Bonne mère, cet avion pourrait transporter la nouvelle bombe atomique ?

– Oui, plusieurs, même. Le savant, Joseph Rakouf, déclare qu’il peut mener son appareil sans pilote.

– Un pilote robot ? demanda IXE-13.

– Exactement. Vous savez que nous redoutons grandement les Russes.

Gisèle demanda surprise :

– Mais, ils sont nos Alliés ?

– Oui, mais des Alliés qui ne cherchent qu’à mener dans le monde et à étendre leur pouvoir dans tous les pays, si possible. Vaut mieux prévenir que guérir.

Le Colonel alluma un de ses cigares.

– Vous savez qu’il est plus que probable que les Russes en savent long sur la bombe atomique. Nous avons capturé des espions russes aux États-Unis, des espions travaillant justement sur cette fameuse bombe.

– Oui, j’ai lu ça dans les journaux, déclara IXE-13.

– Nous sommes certains que les Russes cherchent à mettre la main sur l’invention de Rakouf. Il faut les en empêcher.

– Si je comprends bien, il va falloir que nous tentions de nous emparer des plans de ce savant roumain ?

– Oui, si c’est impossible, il faut vous arranger de manière à ce que ces plans ne passent pas entre les mains des Russes.

Marius demanda :

– Mais, comment nous y prendre ?

Le Colonel Boiron sourit :

– Oh, tout est préparé, ne craignez rien.

Il se tourna vers Gisèle.

– Vous vous êtes déjà habillée en garçon, n’est-ce pas ?

– Oui, une couple de fois.

– Vous allez renouveler votre expérience. Je calcule que vous ne serez pas trop de trois pour accomplir cette mission.

Il s’adressa ensuite à IXE-13 :

– Vous, Capitaine, vous serez l’oncle de Gisèle. Il y a en France un dénommé Jacques Latreuil, un chimiste assez bien connu. Or Latreuil travaille également pour le deuxième bureau. Rakouf lui a écrit lui demandant s’il aimerait travailler conjointement avec lui, pour mettre son expérience à point.

– Et puis ?

– Latreuil s’est mis tout de suite en communication avec ses chefs. Ces derniers virent là une chance inespérée d’entrer en possession de la nouvelle invention de Rakouf.

IXE-13 l’interrompit :

– Pourquoi ne pas avoir envoyé Latreuil lui-même ?

– Latreuil est un bon chimiste. Il aide le service d’espionnage, mais ce n’est pas un espion proprement dit.

– Je comprends.

Latreuil a répondu à Rakouf qu’il accepterait de se rendre chez lui, à la condition qu’il amène avec lui son petit neveu Roger..

– Rakouf a accepté ?

– Oui, mais non sans avoir échangé quelques lettres avec Latreuil.

Marius demanda brusquement :

– Et moi, peuchère, qu’est-ce que je fais, dans tout ça ?

– Vous, Marius, vous serez le gardien du petit Roger Latreuil.

– Ah !

– Ce n’est qu’à cette condition que Rakouf a accepté que Latreuil amène son neveu. Il fallait qu’il ait un gardien.

– Croyez-vous que Marius et Gisèle pourront m’aider, vu leur position.

– Certainement. Il faudra que Gisèle soit très gamin, qu’elle fouille partout, et j’ai idée que vous pourrez grandement vous servir d’elle...

– Vous avez les papiers nécessaires ?

– Oui, j’ai tous les passeports. Voici tout d’abord une photo de Latreuil. Comme vous voyez, IXE-13, il vous ressemble un peu, vous n’aurez qu’à vous vieillir et à vous poser une moustache, tout comme lui.

– Nous partons aujourd’hui ? demanda de nouveau Gisèle ?

– Oui.

– Dans ce cas, j’ai tout juste le temps d’aller me faire teindre et de me faire couper les cheveux en garçon.

– J’y ai pensé...

– Ah !

– J’attends un barbier d’une minute à l’autre. Je lui ai demandé d’être ici pour onze heures. Il passe dix heures trente.

– Et moi ? Dois-je me maquiller aussi ?

– Non, ce n’est pas nécessaire, Marius. Vous pouvez vous changer un peu, vous mettre des lunettes, par exemple. Lorsque vous aurez terminé vos maquillages, nous prendrons les photos pour les passeports.

– Bien, Colonel.

IXE-13 passa dans un bureau avoisinant.

Devant la photo de Jacques Montreuil, le Canadien commença à se maquiller.

Latreuil avait les cheveux coupés en brosse, comme IXE-13.

– Il ne reste plus qu’à me grisonner les tempes.

IXE-13 ne pouvait le faire lui-même.

Il lui fallait de la vraie teinture.

Il attendit l’arrivée du barbier, et lorsque ce dernier fit son apparition, il appliqua un liquide sur les tempes d’IXE-13.

– Prenez cette bouteille, vos cheveux ne changeront pas du tout d’ici 24 heures. Vous avez vu la manière dont je m’y suis pris ?

– Oui.

– Eh bien, faites comme moi. Faites ça tous les soirs et ça ira très bien.

Le barbier commença ensuite à couper les cheveux à Gisèle.

La jeune fille voyait, non sans peine, tomber sa belle chevelure ondulée.

Bientôt, elle eut l’air d’un véritable garçon.

– Maintenant que vous avez les cheveux coupés en garçon, vous faites aussi bien de jouer votre rôle à partir de tout de suite.

Le Colonel lui remit une blouse, un pantalon, un gilet et une casquette.

Gisèle endossa le tout, et enleva le maquillage qu’elle avait sur la figure.

Marius sursauta en la voyant :

– Bonne mère, je t’avais déjà vue en garçon, mais on dirait que tu as l’air encore plus garçon, cette fois-ci.

IXE-13 l’examina à son tour.

– Tu as un peu de noir sur les cils, et tes sourcils sont trop bien travaillés. Tu as l’air d’un garçon un peu efféminé.

– Bah, dans deux jours au plus, si je n’arrange pas mes sourcils, ça ne paraîtra plus.

Elle enleva le noir qu’elle avait sur les cils.

– Maintenant, la photo.

Nos trois amis se firent photographier tour à tour.

– Vous savez ce qu’il vous reste à faire, maintenant. Voici vos passeports.

IXE-13 demanda :

– Je suppose que Rakouf va me mettre au courant de tous ses plans ?

– Non, IXE-13, pas du tout. Il vous donnera du travail spécifique, et j’espère que vous saurez vous tirer parfaitement d’affaire.

– Ne craignez rien, Colonel, je m’y connais un peu en chimie.

– Tant mieux. Selon des agents français qui surveillent le professeur Rakouf, il semble que les deux domestiques...

– Ah, il a des domestiques.

– Oui, un homme et une femme. Ces deux domestiques semblent être au service des Russes. Je vous préviens une fois de plus, travaillez dans l’ombre et ne vous arrangez pas de manière à soulever la colère des Russes contre les pays alliés.

IXE-13 demanda :

– À quelle heure partons-nous ?

– À quatre heures cet après-midi. L’avion vous conduira directement en France, et de là, vous sauterez dans un autre appareil pour la Roumanie, après avoir pris la place de Latreuil.

– Et Latreuil ?

– Il va se réfugier en Angleterre, tout le temps que durera votre mission.

IXE-13 salua :

– Entendu, Colonel, nous serons prêts à partir à quatre heures.

Boiron ajouta :

– Pour plus de prudence, je vous conseillerais, à Gisèle et à vous de demeurer ici. Vous, Marius, vous pouvez aller à l’hôtel chercher vos bagages et dire bonjour à votre petite amie noire.

– Qu’est-ce que vous allez faire d’elle, Colonel ?

– Dites-lui qu’elle se présente à mon bureau, demain avant-midi entre dix heures et midi.

– Je n’y manquerai pas, Colonel.

Marius partit et revint vers midi.

Ils mangèrent dans une petite salle avoisinante du bureau du Colonel.

– Comment est ta petite amie, Marius ?

– Je crois qu’elle regrette...

– Elle regrette quoi ?

– De nous avoir accompagnés ici. Elle croyait qu’elle demeurerait toujours avec vous. Mais je lui ai bien promis de revenir le plus tôt possible.

– Sait-elle que tu fais parti du service secret.

– Oh non, peuchère, je ne prends pas de chances. On ne sait jamais. C’est peut-être une espionne.

IXE-13 et Gisèle sourirent.

À trois heures et trente, le Colonel fit son apparition.

– Alors, vous êtes prêts ?

– Oui.

– N’oubliez pas qu’à partir de tout de suite, vous IXE-13, vous êtes Jacques Latreuil.

– Un chimiste.

– Vous Gisèle, vous vous appelez Roger Latreuil.

– Je suis le neveu de Jacques, un petit espiègle.

– Exactement. Enfin, vous Marius, vous vous nommez César Lampion, vous êtes Marseillais.

– Et bonne d’enfant, bonne mère.

– C’est ça. Et maintenant, en route, mes amis. L’avion vous attend pour vous conduire vers votre nouvelle mission.
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