Quelle place pour l’Europe dans un monde en mutation ? Par François guinot








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Cultures et technologies : un Progrès à refonder/ François Guinot

Le Rotarien- avril 2009


Cultures et technologies : un Progrès à refonder

Quelle place pour l’Europe dans un monde en mutation ?


Par

François GUINOT


1 – L’Homme, les techniques et les sciences

L’espèce humaine, dans la nuit de son temps, il a plus de deux millions d’années, apparaît comme très fragile et vulnérable. Si elle émerge peu à peu, malgré l’épuisement de plusieurs de ses rameaux, elle le doit beaucoup aux outils, aux techniques dont elle se dote, qui lui permettent d’être plus efficace dans sa protection, dans sa nutrition...

L’émergence de l’homme est liée à sa capacité d’invention. Claude LEVI-STRAUSS parle d’une capacité de prévision et d’inspiration créatrice qui conduit à « la résolution intellectuelle d’un problème impliquant une représentation anticipée de la solution ».

Les spécialistes notent qu’en ces temps reculés déjà, le groupe joue un rôle notable dans l’émergence d’une invention, même si un individu en est l’auteur principal. Certains d’entre eux, à partir d’exemples – outils lithiques, façonnage des os, poteries, polissage sur polissoir dormant, hache polie... – montrent que presque toutes ces inventions peuvent s’analyser comme des combinaisons nouvelles d’éléments déjà présents. « Toute invention, toute innovation, n’est que la combinaison nouvelle d’éléments préexistants empruntés au milieu ambiant, aux techniques déjà connues ». Retenons cette progression par combinaison d’éléments connus.

Grâce à son cerveau, grâce à ses outils, l’homme s’affirme dans la Nature. L’espèce humaine atteint son premier million d’individus à l’ère néolithique. Période marquante de son histoire : le nomade devient sédentaire, le cueilleur devient agriculteur, le chasseur devient éleveur. L’homme redéfinit en profondeur sa relation avec la Nature.

Cette période de forte croissance démographique est aussi une période de très forte innovation technique : métier à tisser, polissage des roches, roue, fourneaux et bientôt les premiers éléments de métallurgie...

C’est un temps où l’espèce humaine donne les premiers signes de domination sur les autres espèces, végétales par les sélections qu’elle opère, animales par la domestication.

L’outil technique est d’ores et déjà ce qu’il demeurera : le prolongement du corps humain, pour en démultiplier les performances physiques.

Il existe un lien charnel entre l’outil technique et le corps humain. Et ce lien se personnalise dans la dextérité, la virtuosité qui varie d’un individu à l’autre. On parle du « savoir-faire », de la maîtrise technique, de l’ébéniste, du souffleur de verre, du forgeron.

N’allons pas mépriser ce que nous croyons être la rusticité des techniques préhistoriques. Le savoir-faire y était grand, exigeait une formation, une transmission. Il était évolutif.

A partir d’un kilogramme de silex, LEROI-GOURHAN nous montre que l’acheuléen obtenait 40 centimètres de tranchant alors que le magdalénien en obtiendrait 6 à 20 mètres, 400 000 ans plus tard, il est vrai.

Cette mutation néolithique touche une multitude de foyers, de sociétés, pourtant très dispersés. Des innovations naissent indépendamment dans plusieurs d’entre eux. D’autres sont transférées d’un foyer à un autre. D’autres encore diffusent de proche en proche. Certaines sont refusées ici, acceptées ailleurs. Le « milieu » joue un rôle essentiel. Partout cette mutation – technique – restructure les sociétés, modifie leurs pratiques, leurs rite funéraires, leurs arts.

En survolant 12000 ans pour parvenir à la mutation suivante, celle de la première révolution industrielle, nous devons nous arrêter un instant sur notre Antiquité. La nôtre, parce que dans d’autres cultures – en Chine par exemple – l’évolution sera mue par d’autres ressorts culturels pour conduire à d’autres situations.

Nous serons durablement marqués par les grands Anciens. Aristote et Platon régneront sur les pensées de nos philosophes et sur tout notre système de formation et de recherche, jusqu’au 16ème siècle.

Notre Moyen Age sera aristotélicien ; l’Église étant parvenue à accommoder Aristote et ses propres dogmes. Seule la contemplation du monde, œuvre de Dieu, pourra conduire à la compréhension de l’ordre divin qui en règle le fonctionnement.

Cette philosophie autorisait les sciences d’observation et les mathématiques. Elle rejetait tout acte expérimental, jugé « adultérin » (d’adultérer) et par conséquent sans aucun intérêt pour découvrir les lois naturelles. La structure de l’enseignement était identique à celle qui prévalait pour les fils de l’aristocratie du Bas-empire romain, fondée sur les « arts libéraux » (réservés aux hommes libres). La Faculté des Arts ouvrait l’accès aux trois Faculté supérieures (théologie, droit, médecine). Tout ce qui mettait en œuvre la main ou la matière en était exclu et relevait de l’apprentissage, des « arts méchaniques » réservés aux artisans, de classe sociale inférieure.

La fracture entre les deux mondes sera durablement très profonde.

Écoutez le cri de dépit de Léonard de VINCI. Ingénieur militaire, architecte, sculpteur, peintre, Léonard de VINCI (1452-1519) ne sera jamais admis dans le cercle néoplatonicien de Laurent le Magnifique. « Parce que je ne suis pas un lettré, certains présomptueux prétendent avoir lieu de me blâmer, en alléguant que je ne suis pas un humaniste. Stupide engeance... Ils diront que faute d’avoir des lettres, je ne peux bien dire ce que je veux exprimer 1... Ils sont gonflés et pompeux, vêtus et parés non de leurs travaux, mais de ceux d’autrui, et ils me contestent les miens, moi inventeur et si supérieur à eux, trompeteurs et déclamateurs, récitateurs des œuvres d’autrui et entièrement méprisables »2.
Malgré cette fracture, le progrès technique est considérable durant notre Moyen-âge, au point que l’on a pu parler de la révolution industrielle de cette période3. On y décèle déjà des problèmes d’appauvrissement inquiétant de ressources naturelles.

Au temps des cathédrales – période de forte urbanisation - le déboisement devient préoccupant. Constructions, chauffage, cuisson des aliments, constructions navales, palissades de défense, tonneaux, cuves mais aussi fours des souffleries de verre ou forges consomment des volumes considérables de bois, sans compter les effets de l’essartage, l’abattage des forêts pour gagner des terres cultivables.

En 1140, SUGER, Abbé de Saint Denis (et « Premier ministre » de deux rois) dit sa difficulté de trouver des poutres longues de 35 pieds, nécessaires à la construction de la nef de Saint-Denis. Architectes et compagnons feront des prouesses pour édifier ponts et églises avec des poutres plus courtes.

CHARLES de VALOIS publie un édit pour protéger les forêts. Il crée un corps d’inspecteurs qui a pour mission d’en faire l’inventaire et de veiller à une exploitation qui permette à la forêt de se « soustenir » durablement. Le mot « soustenir » a disparu de notre vocabulaire. Il signifiait que les prélèvements humains devaient trouver leurs limites dans le maintien des équilibres naturels de la forêt … Le « sustainable » anglais, si mal traduit dans le développement «durable », est un emprunt au français de cette époque.

Les premières réglementations environnementales apparaissent. En 1307 en Angleterre, on tente d’interdire l’usage du charbon de mine extrait de puits peu profonds de 6 à 15 mètres, en raison de « l’odeur intolérable qui se répand, de l’air vicié au préjudice de la santé physique des habitants ». En 1366, Paris fait interdiction aux tanneries et aux abattoirs de rejeter leurs déchets dans la Seine : 250 000 têtes de bétail étaient débitées annuellement…

De vrais problèmes apparaissaient localement, sans que globalement l’espèce humaine exerce encore une pression déstabilisante.
Au 16ème siècle, la base exclusivement contemplative et spéculative de l’héritage d’Aristote va exploser. Si comme l’imagine astucieusement DESCARTES, Dieu est « le Grand Horloger », alors, mieux que par la contemplation, la compréhension de l’ordre divin sera accessible à ceux qui sauront démonter le mécanisme de l’horloge, décomposer les interactions entre les différents rouages, ou les reproduire pour les mieux comprendre. La méthode expérimentale, rejetée absolument depuis des siècles, devient permise et prometteuse.

De cette véritable révolution intellectuelle qui réhabilite les techniques naîtront les sciences expérimentales et le concept du progrès.

DESCARTES en 1637 estime que les savoirs devraient nous « rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Cette phrase, si souvent citée, tronquée, sortie de son contexte, ne signifie en rien l’avènement d’un « progrès-puissance » aveugle et destructeur. DESCARTES considère que la connaissance par l’homme des lois universelles de la nature autorise l’utilisation illimitée des techniques, dans la mesure où cette utilisation ne fait pas violence à ces lois.

Pour « commander » à la Nature, il convient « d’obéir » à ses lois. Ne l’aurions-nous pas oublié ?

2 – L’Europe : un pacte séculaire avec le Progrès fondé sur les techniques, les sciences puis les technologies

Le Progrès est exclusivement européen dans sa conception. Il embrasse l’ensemble du genre humain dans son ambition.

Processus d’amélioration cumulatif, continu, irréversible, indéfini de la condition humaine, le Progrès donnait à l’Histoire son sens, dans la double acception de ce terme.

Il lui donnait une orientation : l’Histoire suivait la flèche du temps. Demain était synonyme de plus et de mieux.

Il répondait à la finalité de l’Histoire : vers quels buts filait cette flèche du temps, mue par quelles valeurs ?

Techniques, Sciences puis technologies jouent le rôle de moteur dans la spirale vertueuse du Progrès : elles donnent à l’homme les moyens de lutter contre les menaces de la nature et d’améliorer sa condition. De l’accroissement des savoirs et du bien-être découleraient des hommes meilleurs, physiquement et spirituellement, qui bâtiraient une société plus harmonieuse. Celle-ci irait vers toujours plus de savoirs, et chaque être humain vers la plénitude de son humanité.

« Savoir plus, c’est être plus » disait Pascal.

Les progrès des savoirs sont le moyen privilégié d’accès au Progrès. Mais ils ne sont qu’un moyen. Ils ne sont pas le Progrès.

D’autres civilisations avaient acquis des connaissances et des savoir-faire remarquables. Le travail de la pensée sur elle-même avait ici ou là conduit des individus à d’étonnantes élévations spirituelles. Des sociétés harmonieuses avaient existé, peu durables et peu peuplées. Ces civilisations s’inscrivaient dans le temps cyclique des saisons ou du mouvement des astres. Elles ignoraient la flèche du temps. Elles ne prétendaient pas entraîner tous leurs membres vers une finalité historique dans laquelle chacun pouvait se reconnaître.

Condorcet en 1793 dans son « Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain » décrit la flèche du temps en neuf époques successives de l'histoire humaine4.

Il montre une humanité qui marche, « appuyée sur les Sciences et les Arts », en vacillant parfois, mais qui avance vers une finalité : la Liberté par le Savoir.

Le concept moderne du Progrès est clairement fixé dans le dixième chapitre intitulé « Des progrès futurs de l'esprit humain » : L'espèce humaine doit s'améliorer « soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et dans les arts, et par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particulier et de prospérité commune; soit par des progrès dans des principes de conduite et dans la morale pratique; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut être également la suite, ou de celui des instruments qui augmentent l'intensité ou dirigent l'emploi de ses facultés ou même de celui de l'organisation naturelle 5 ».

La neuvième époque fait l'objet d'un chapitre intitulé : « Depuis Descartes jusqu'à la fondation de la République Française » ; ce qui montre assez, dans un tableau qui embrasse le genre humain tout entier, combien les grands esprits de l'époque voyaient la France comme « Lumière du monde ».

Il faut cependant souligner la note discordante introduite par Rousseau. Pour lui, les progrès des sciences et des arts ne peuvent que corrompre la nature humaine : « Tout est bien dans l'état de nature6 ». Précurseur d'un « romantisme vert intolérant », il aura des descendants7.

Tocqueville situe le triomphe du concept de Progrès en France en 1780 : « C'est alors, dit-il, que la doctrine de la perfectibilité continue et indéfinie de l'homme prend naissance. Vingt ans avant, on n’espérait rien de l'avenir ; maintenant on n'en redoute rien. L'imagination, s'emparant de cette félicité prochaine et inouïe, rend insensible aux biens qu'on a déjà et se précipite vers les choses nouvelles8 ». (Cette phrase fait immanquablement penser à la Chine d'aujourd'hui).

La concrétisation du Progrès commencera en Angleterre, avec la révolution industrielle.

C’est une révolution technique : apparition des métiers à tisser automatiques, couplée à la machine à vapeur, aux mines de charbon et de fer, aux chemins de fer … En effet les techniques acquièrent de la précision, de la rigueur, avec les tenants de la méthode expérimentale qui font éclore les sciences expérimentales. Les recettes empiriques sont rationnalisées.

Mais cette révolution n’est pas que technique.

Il faut y ajouter le contexte culturel, les élites imprégnées des « Lumières » ; En Angleterre, la réforme agraire (avec la suppression des «  commons », la multiplication des « enclosures ») qui accroît la productivité de l'agriculture ; l'enrichissement des propriétaires terriens prêts à investir dans des activités nouvelles, l'appauvrissement des paysans sans terre … mais aussi la démographie croissante, le déboisement excessif, la géographie avec des villes toujours plus proches de la mer …

Pour que des innovations deviennent composantes du Progrès, un contexte culturel et socio-économique favorable est nécessaire. Toujours et encore, l’influence du « milieu ».

Le même phénomène n'aura lieu en France que vingt ans plus tard. Et le contexte éclaire la question de Joseph Needham : « pourquoi la Chine, qui disposait de la plupart des techniques et de savoirs bien avant le reste du monde, n'a-t-elle pas été la patrie du Progrès? »

Elle incline à définir l'innovation technologique non seulement comme un système nouveau combinant techniques, savoirs scientifiques et savoir-faire, mais comme ce système associé à un contexte culturel et socio-économique.

L'interaction entre ce système et ce contexte fait toute la différence.

Au 14ème siècle, la poudre à canon bouleverse la société médiévale européenne. Elle signe la fin du chevalier, de son armure et du château fort … Le pouvoir royal se renforce, etc. … Bientôt le canon sera d'un concours précieux dans les voyages des européens à la découverte du monde.

En Chine, pays d'origine de cette invention, pouvoirs politiques et militaires sont depuis longtemps centralisés. Lorsqu'elle apparaît, la poudre n'est qu'un élément de plus dans la panoplie des armes. On veille seulement à ce qu'elle ne soit pas exportée vers les barbares du Nord. Cette innovation est socialement neutre.

Au Japon, les shoguns Tokugawa interdisent absolument les armes à feu, après que les japonais les aient pourtant produites et utilisées. Elles menacent un ordre social garanti par les Samouraïs et leurs sabres.

La Chine connaissait la machine à vapeur et la pompe à godets. Rien ne lui manquait techniquement pour exploiter des mines profondes. Mais dans l'Empire du Milieu, où tout est inspiré d'un concept d'équilibre, l'Empereur est le lien entre le Ciel et la Terre et ce serait une impensable transgression d'aller fouiller profondément les entrailles de la terre.

Le concept de Progrès imprègne tout le 19ème siècle. L’épopée technique et scientifique qui le caractérise est époustouflante : de la machine à vapeur, des chemins de fer et des mines, à la théorie atomique de Niels BOHR en 1913, en passant par le second principe de la thermodynamique de CARNOT en 1824 (bien après la machine à vapeur : la technique a précédé la science), par les théories de DARWIN en 1859, la synthèse organique de BERTHELOT en 1860, la naissance de la microbiologie en 1860 et la mort de la théorie de la génération spontanée en 1862 avec PASTEUR, la table raisonnée de MENDELEIEV en 1869, les vaccins avec PASTEUR en 1880, les rayons X de RÖNTGEN en 1895, la radioactivité naturelle avec BECQUEREL et les CURIE en 1896, puis le moteur à explosion, l’électricité, le téléphone, et tant d’autres découvertes et innovations encore … On comprend que la foi dans le Progrès aie pu être la pensée dominante.

Pourtant nombreux sont ceux qui se trouvent écrasés par cette mutation. Le lien charnel de l’homme avec l’outil s’est distendu avec la machine.

Les machines de VAUCANSON seront brisées. Les filatures, les tissages industriels provoqueront la révolte des canuts à Lyon, celle des Luddites9 en Angleterre. ENGELS, qui a connu les conditions inhumaines qui règnent dans les filatures de son père à Manchester, en théorise plus tard, avec MARX, les conséquences. D’autres tenteront d’humaniser cette mutation, mais tous verront cependant en elle, bien qu’elle soit douloureuse, le signe annonciateur de l’avènement du Progrès. SAINT-SIMON, l’anti MARX, veut une refonte de la Société pour entraîner la classe la plus nombreuse et la plus pauvre vers une amélioration physique, morale, intellectuelle10. Auguste COMTE, fonde la sociologie et, dans son cours de Philosophie positive fait du Progrès la religion de l’humanité11.

Saint-simoniens, positivistes, marxistes, auxquels il faut ajouter les Proudhoniens, les scientistes (RENAN, BERTHELOT …), tous, quelles que soient leurs nuances ou leurs oppositions, se reconnaissent dans le Progrès tel que Pierre LAROUSSE le définit dans son premier dictionnaire en seize volumes en 1875 : « Le Progrès est la loi de l’espèce. La foi à la loi du Progrès est la vraie foi de notre âge. C’est là une croyance qui trouve peu d’incrédules. On parle souvent des croyances du genre humain. S’il en existe, celle-ci en est une ».

Foi encore inébranlable lorsque s’épuisent, par surexploitation, le guano du Chili, source naturelle non renouvelable majeure des apports azotés à l’agriculture. Le spectre moyenâgeux des grandes famines ressurgit. Elles sont annoncées, prévues pour 1940 au plus tard.

C’est alors que Fritz HABER réalise la synthèse de l’ammoniac. La maîtrise scientifique de la réaction chimique, la maîtrise technique des matériaux et des gaz sous pression vont conduire à la technologie industrielle de la fabrication de l’ammoniac.

HABER devient un « bienfaiteur de l’humanité ». Il lui donne du pain « à partir d’air et d’eau ». La technologie, la science, ont permis de surmonter les malheurs ancestraux ! La domination de l’espèce humaine ne fait plus de doute.

Cependant, dès la première révolution industrielle, se produit une transgression. Jusqu’alors l’énergie était humaine, animale, renouvelable avec le bois, le charbon de bois, les moulins à vent et à eau. Pour la première fois, l’homme va exploiter massivement des ressources fossiles. Pour la première fois, l’activité humaine provoque une croissance de l’entropie. On vivait sur les dividendes du système fermé « terre-soleil ». On s’attaque désormais au capital. L’humanité vient d’entrer par effraction dans le cycle du carbone. Par la chimie, l’homme devient compositeur de matière, de produits que la nature ne connaît pas ou n’a pas retenu dans ses phylogénèses. Produites en quantités croissantes, ces molécules entreront à leur tour par effraction dans des cycles naturels et les perturberont.

Plus tard dans les années 1970, découvrant que la chimie, langage de la matière, est aussi celui de la vie, l’homme deviendra compositeur de vie par le génie génétique.

Entre temps, les dégâts moraux liés aux guerres et à leurs capacités de destruction rendues monstrueuses par les avancées des sciences et des technologies, ébranleront la foi dans le Progrès.

Fritz HABER deviendra un temps « criminel de guerre » pour avoir, grâce à sa maîtrise de la technologie des gaz sous pression, « inventé » la guerre chimique. EINSTEIN demandera au Président des États-Unis la construction de la bombe atomique…

Sciences et technologies ont perdu leur pureté.

Le Progrès universel aura été trahi par l’Europe, sa terre natale et par ses héritiers d’Amérique.

Dans l’Europe détruite, entièrement tournée vers sa reconstruction, la course au bien-être va masquer la perte de sens.

Les progrès scientifiques et techniques, déboussolés par l’effondrement de la foi dans le Progrès, sont pourtant plus puissants que jamais. Ils n’étaient que le moyen du Progrès. Ils travaillent désormais à leurs propres fins, à leur propre puissance. On feint de croire qu’ils seraient devenus un nouveau Progrès.

Celui-ci n’est que le pseudonyme de croissance.

La consommation devient synonyme de civilisation, donnant raison à un DISRAËLI désabusé qui disait : « L’européen parle de Progrès parce qu’à l’aide de quelques découvertes scientifiques, il a établi une société qui a confondu confort et civilisation. »

Le rêve européen du Progrès universel a sombré.

Certes, il a apporté des niveaux de bien-être, de longévité, de savoirs inégalés dans l’histoire humaine. Mais seuls 20% de l’humanité ont bénéficié de ces bienfaits.

Il a déserté une société obsédée de consommation, tentée par le repli sur soi et habitée de peurs devant l’avenir.
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