Européenne d’Éditions Chrétiennes Mambré 1994








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LA ROSE DE NOSTRE DAME

Félicien

Roman

Européenne d’Éditions Chrétiennes Mambré – 1994

BP 28 – B1200 Bruxelles
La rose de Nostre Dame Félicien

L’homme peut-il acquérir des pouvoirs extraordinaires ?

Seulement ceux que Dieu autorise. Les autres sont illusoires.

– Les secrets « sub rosa » convoités l’homme depuis le Moyen Age existent-ils ? Ils sont un don de Dieu.

– Ces mystérieux secrets ne seraient-ils pas entre les mains d’hommes qui pourraient être les « maîtres du monde » ?

L’avenir nous appartient, Dieu nous l’a remis, – Quels sont ces mystères ?

Ils voudraient être le « mérite » d’une connaissance initiatique ; ils sont la « grâce » réservée aux coeurs humbles et pieux.

– Et la Rose ?

Le cadeau de Dieu à ses enfants de l’an 2 000, remis par la Vierge Marie.

"Il n'y a rien de caché qui ne sera mis au jour, ni rien de

dissimulé qui ne sera connu et ne viendra au grand jour."

(Marc 8, 17)

Ces toutes dernières années, des corpuscules d'hommes se sont mis à regarder le monde avec un oeil nouveau. Un ouvrage LA ROSE DE NOSTRE DAME raconte à la façon d'un roman la prise de conscience d'une poignée d'hommes unis dans la même vocation : la prière incessante.

Ce sont des moines, frères de l'unes de ces communautés nouvelles nées ces dernières années. Il est intéressant de constater qu'à toutes les grandes étapes historiques, depuis 2000 ans, de nouvelles congrégations ont été fondées. Un homme de prière sait que l'Esprit Saint est à l'oeuvre au coeur de ces mouvements. Ils ne sont pas nouveaux pour la novation, mais ils sont un nouveau levain qui mûrit à la lumière des anciens.

L'auteur de ce roman se propose de nous faire partager des connaissances que le commun des mortels ne soupçonne même pas.

Ces moines dont certains sont « bardés » de diplômes, disent humblement que c'est DIEU qui leur a remis ces connaissances pour les partager avec le plus grand nombre. Et qu'en aucun cas ils n'ont cherché quoi que ce soit: « C'est venu tout seul, on n'avait rien demandé » disent-ils.

I


Pierre-Emmanuel avance d’un pas rapide rue Victor Hugo. Il est heureux, il fait beau. C’est un grand jour. En passant devant la Poularde du Roy, il sourit, L’avant-veille il y avait entraîné son ami Albert-Marie. Ils ne s’étaient pas revus depuis la cérémonie d’ordination de ce dernier, il y a 10 ans.

C’était son meilleur ami de régiment.

Lorsqu’ils sont entrés dans la grande salle brouhaha et les cliquetis habituels aux restaurants se sont arrêtés net pendant de longues secondes. L’intrusion du grand moine aux cheveux coupés ras, habillé de sa longue bure marron confectionnée dans un tissu rustique, avait quelque chose d’irréel dans cet établissement de luxe. Albert-Marie est un peu gêné de l’accueil qui lui est réservé. Il le prend avec humour :

Mon petit Manu, je ne sais pas lequel des deux est en état de péché. Toi le tentateur, ou moi, le pauvre moine gourmand qui a eu la faiblesse d’accepter un bon repas pour se distraire de l’ordinaire du monastère.

– On fait moitié-moitié.

Ils éclatent de rire. Ils n’ont pas changé depuis le régiment, à rire de peu de chose comme des collégiens, ils avaient reconstruit le monde en 18 mois d’armée, avec tout le sérieux qu’une telle tâche implique quand on a 20 ans ; mais aussi en riant beaucoup de peur de se prendre trop au sérieux.

Le chef de rang les avait placés à une table à l’écart. Ils disparaissaient ainsi de la vue des autres convives et ne furent plus l’objet des regards interrogateurs. Le brouhaha reprit.

Ce fut tout d’abord le partage joyeux des souvenirs des anciens combattants de la campagne de Verdun 1972-1973. Le summum de leur héroïsme fut la prise de La Bastille qui leur valut les honneurs de 15 jours de trou.

C’était une minable boîte de nuit occupée de force par les paras, auxquels ils s’étaient promis de la reprendre. Le patron avait appelé la Police militaire dès le début de la bagarre. Albert-Marie n’était pas mécontent de cette défaite, il traînait les pieds quand il devait suivre ses camarades dans le bouge.

Pendant la seconde partie du déjeuner Pierre-Emmanuel avait beaucoup parlé de lui. Son exceptionnelle réussite dans l’immobilier, sa vie mondaine. Un instant il avait été gêné d’étaler ce qui ne devait être que des futilités aux yeux d’un religieux ayant fait, vœu de pauvreté. Il n’en était rien, Albert-Marie l’encourageait avec plaisir, il partageait la joie et l’enthousiasme de son ami. D’ailleurs ce dernier n’était pas pingre, chaque année, ayant reçu le Bulletin de la communauté, il avait envoyés un gros chèque. Ça valait bien un peu de condescendance ! Il avait gardé le meilleur pour le dessert.

– Je rentre officiellement après-demain en loge.

Partagé entre son enthousiasme personnel et la réserve — peut-être nécessaire face à un prêtre sur ce sujet — il n’en avait pas dit plus, attendant la réaction de son ami.

Albert-Marie n’avait pas bronché, son visage n’exprimait aucun sentiment. Cette neutralité plaisait à Pierre Emmanuel. Voilà un curé bien de son temps !

– Tu as été coopté ?

– Oui. Après quelques mois de formation je serai initié au 30e degré directement.

– Comme d’habitude tu montes les escaliers quatre à quatre.

En se quittant sur le trottoir après une accolade, Albert-Marie a rajouté :

– Pierre-Emmanuel, je vais encore beaucoup prier pour toi, afin que tu réussisses, comme Dieu le veut. Mais promets-moi de venir passer quelques jours au monastère. Notre Père fondateur est considéré comme un saint par beaucoup ; j’aimerais tant que tu le connaisses. Des personnalités du monde entier viennent le consulter.

– Écoute bien mon petit Albert ; la bastide dont je t’ai parlé, qui appartenait à ma famille au début du siècle, l’actuel propriétaire consent enfin à me la vendre. Mes vacances et mes fins de semaines, je les passerai dorénavant à moins d’une demi-heure de ton monastère.

Ils se quittent tout à leur joie, sachant que dorénavant ils se verraient régulièrement. En arrivant dans la cour de l’hôtel particulier de la Loge, il conduit sa Jaguar sur l’emplacement qu’on lui a attribué. La berline roule sans bruit sur l’asphalte tout neuf que ses ouvriers ont coulé il y a quelques jours. En grand seigneur, il avait proposé d’en faire cadeau à la Loge, à l’occasion de son entrée. Le Grand Maître avait poliment, mais fermement refusé. Pierre-Emmanuel avait apprécié cette

honnêteté spontané, si rare de nos jours.

Il est en avance sur l’heure de convocation de Maître François, qui sera son guide jusqu’à son initiation au 32ème degré. Il s’octroie quelques minutes de repos dam sa voiture. L’après-midi avait été fatigant. Alors qu’il n’avait pris aucun rendez-vous, afin de se rendre disponible pour cette soirée, si importante dans son existence, son personnel n avait jamais autant frappé à la porte de son bureau ! Et pourquoi donc Martinez était-il encore venu lui suggérer de vendre son groupe à des Taïwanais ?

Pourquoi vendre ? La crise aura bien une fin. Martinez, son homme de confiance, est : l’ingénieur qu’il a embauché lorsque le groupe s’est lancé dans la construction-promotion d’immeubles de standing.

Intelligent et compétent, il n’a pas cependant ce « petit quelque chose » qui fait d’un bon cadre un homme brillant. Il prend beaucoup de notes, par souvent le soir en emmenant des dossiers.

Consciencieux donc et travailleur. Plusieurs fois Pierre-Emmanuel a eu la bonne surprise de trouver le matin, sur son bureau, des dossiers de Martinez bien « ficelés », contenant des suggestions très judicieuses, avec parfois des astuces légales très fines, alors que manifestement il connaît peu la législation.

Malgré les contrariétés de l’après-midi Pierre-Emmanuel se sent détendu. Un indicible optimisme l’habite depuis quelques minutes. Étonnant, il se sent léger, comme si quelque chose d’indéfinissable s’était dénoué dans son for Intérieur.

Il regarde la montre du tableau de bord, il est temps de rejoindre Maître François dans son atelier (bureau), comme il dit.

En empruntant le hall de l’hôtel particulier, siège de la Loge, il voit Maître François, tout sourire, descendant l’escalier monumental.

– Pierre-Emmanuel, mon frère. Je guettais votre arrivée. J’ai travaillé tout l’après-midi pour vous.

– Bonjour. Pour moi, dîtes-vous ?

– En loge, parce que frères à jamais, on se tutoie.

Ce soir, vous serez admis comme apprenti, on peut dorénavant se tutoyer (c’est la preuve que vous êtes déjà égal de tous). C’est la première fois que dans notre Loge on fait une initiation au 30ème degré, il m’a fallu apprendre.

– Pardonne-moi, mais je n’ai rien demandé, je ne sais toujours pas ce qu’est une initiation d’ailleurs.

– Une initiation ne s’explique pas, elle se vit. Il nous reste deux heures avant l’ouverture du convent à maillet battant, où tu vas être introduit, on va commencer à tailler la pierre dans mon atelier.

Pierre-Emmanuel se retient de justesse. Il allait lui répondre qu’il avait oublié sa caisse à outils ! Genre de plaisanterie facile, dont il est coutumier. Il vient de prendre conscience qu’il devrait Félicien dorénavant tourner sept fois sa langue dans sa bouche, pour ne pas risquer de blesser inutilement son interlocuteur qui place dans chaque phrase au moins un mot du vocabulaire « compagnonnique » sur lequel ont peut facilement faire des jeux de mots. Il se dit tolérant, c’est le moment ou jamais de le prouver, pense-t-il à juste raison. D’ailleurs :

– En loge, nous employons un vocabulaire qui nous est propre. Vous allez l’acquérir peu à peu. Il est la conséquence directe d’un état d’esprit dû à l’intériorité qui se forme tout au long de l’ascension qu’est l’initiation.

Maître François répond ainsi aux questions de Pierre-Emmanuel, ce qui le rassure sur le bien fondé de sa démarche. Effectivement, perce sous les mots un peu de ce « tout autre », dont se targuent discrètement mais fréquemment les membres des loges.

Maître François avant de l’inviter dans son atelier lui fait visiter la bibliothèque :

– Tous ces livres sont à ta disposition. Toutes les questions que tu poseras sur tout ce qui touche aux loges ont ici leurs réponses. Rien n’est caché.

En entrant dans la bibliothèque, Pierre-Emmanuel est agréablement surpris d’y retrouver une odeur de son enfance : l’odeur de la bibliothèque de son grand-père. Il y avait passé de délicieux après midi à feuilleter d’énormes encyclopédies dont chaque page était couverte d’une multitude d’illustrations finement dessinées. À deux reprises, on l’avait autorisé à feuilleter le joyau de la bibliothèque : une Bible du XIVe siècle, dont les pages étaient en peaux de moutons tannée sur

lesquelles étaient peintes des enluminures de toute beauté. À coup sûr qu’il viendrait dans la bibliothèque de la loge ! Voilà un signe de bon augure.

Dans l’atelier de Maître François, sur le bureau, un poste de télé et un magnétoscope accrochent le regard de Pierre-Emmanuel.

– Le vénérable Maître, après délibération du collège des officiers, m’a demandé de te présenter à l’initiation au 30ème degré, ce qui est très exceptionnel (1).

Dans le passé, mais moi je n’y ai jamais participé, les 29ème degrés étaient présentés à l’apprenti en une journée par plusieurs frères. Il faut être de son temps, je les ai fait filmer en vidéo, nous allons ensemble en visionner quelques uns aujourd’hui.

– Est-ce que je dois écouter silencieusement ou m’autorises-tu à poser des questions, au fur et à mesure de son exposé ?

– Tu poses toutes les questions que tu veux, à chaque fois que tu le désires.

– La première avant de commencer : mon initiation directe au 30ème degré me pose problème.

Primo : je suis fier, car j’ai l’impression de jouir d’un privilège : secundo : je suis heureux de gagner ainsi du temps, car c’est la seule chose que je ne peux pas acheter. En contrepartie : j’ai l’impression d’être spolié de quelque chose que je ne sais pas définir, qui se situe entre le fameux secret et les épreuves de l’initiation que je ne posséderai pas ainsi pleinement.

– L’initiation ne transmet pas des « secrets » tout simplement parce que ceux-ci n’existent pas (2).

Car, si ce furent des secrets, il y a longtemps qu’ils sont dans le domaine public. Il y a une philosophie à acquérir, un homme cultivé tel que toi n’aura aucune peine à y parvenir. Et il y a un engagement ferme et définitif que tu accompliras à partir du 30ème degré. Si tu veux bien, regardons la vidéo.

– Ce fut tout d’abord un travelling pour visiter la loge. Puis des dessins sommaires donnant la hiérarchie des membres de la loge, chacun portant les attributs de son grade : tablier, cordon, sautoir avec ou sans bijoux (médailles)…

– Puis ce fut l’initiation au premier degré. Le futur apprenti est introduit dans une salle d’attente.

Le frère expert le rejoint, lui demande s’il est d’accord pour subir les épreuves de l’initiation. Il lui 1 Cette initiation – que nous appellerons rapide est de plus en plus proposée ces dernières années. Elle semble réservée aux personnalités en vue qui sont cooptées. Le 11 Janvier 1862 le Maréchal Magnan a reçu les 33 grades dans la journée (cf : la Postérité d’Hiram – Daniel Ligou – Ed Dervy – 1993).

On lui bande les yeux et l’entraîne au sous-sol pour « l’épreuve de la terre ». Il l’introduit dans le « cabinet de réflexion » et lui retire le bandeau. C’est une petite pièce aux murs peints en noir. En couleur argent sont dessinés sur l’un des murs une faux et un sablier entrecroisés, un coq surmontant l’inscription « Vigilance et Persévérance », au-dessus d’une autre inscription V.I.T.RI.O.L. (Visita Interiora Terra, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem : visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la Pierre occulte), en dessous deux tibias croisés, des larmes. La pièce noire est meublée d’une petite et d’un tabouret. Sur la table : un flambeau, un crâne, un miroir, du pain, une cruche d’eau et trois coupes contenant : du sel, du souffre, du mercure. L’homme est invité à rédiger son testament en répondant à trois questions et en finissant par rédiger ses dernières volontés.

Pierre-Emmanuel est surpris, Maître François répond :

– Ceci est symbolique. L’apprenti doit être prêt à mourir lui-même. Tous les objets et dessins du cabinet de réflexion sont des symboles dont il est important de connaître le sens, nous y reviendrons. Le frère expert rapporte en loge le testament, pour le remettre au vénérable maître, à la pointe de son épée.

Àvant d’être introduit en loge, le postulant est invité à se déshabiller entièrement et à revêtir un habit léger, genre pyjama, de chausser une seule sandale au pied droit. Le frère expert lui met un bandeau, puis une cagoule. Il l’invite à dégager le bras gauche de la veste laissant une partie du torse nue et à relever la jambe gauche du pantalon. Puis, il lui met autour du cou une corde, et l’entraîne devant la porte de la loge. Le postulant frappe trois coups. Un long silence et trois coups sont frappés de l’intérieur.

– Qui est là ?

Le frère expert répond :

– Un pauvre candidat aveugle qui désire être conduit des ténèbres à la lumière.

Tout au long de la séance les réponses aux questions du vénérable seront données par le frère expert. Le frère couvreur ouvre la porte et le postulant entre en se baissant.

Le vénérable applique les deux pointes jointes d’un grand compas sur le côté gauche de l’homme. Puis il est invité à s’agenouiller. Quatre officiers lui posent quatre fois les mêmes questions, questions concernant sa détermination à s’engager. Puis, le postulant doit faire face à l’Est en disposant ses pieds à angle droit. La position est inconfortable, le vénérable crie très fort :

– Tenez-vous debout. Et ajoute :

– Pour la première fois de votre vie, vous vous êtres avancé vers l’autel de la loge.

Le postulant s’agenouille devant l’autel sur le genou gauche dénudé. La jambe droite étendue. Sa main gauche est placée sous la Bible, la droite pendant le long du corps.

– Frère, aveuglé que vous êtes que désirez-vous de plus ?

– La lumière.

Tous les membres de la loge se placent en deux rangées face à l’Orient.

– Que la lumière soit.

Les membres applaudissent bruyamment et trépignent des pieds. On enlève le bandeau au postulant :

– Et la lumière fut.

Puis le vénérable lui explique le salut rituel : main gauche sur main droite, puis le signe : un geste rapide la main droite entre les deux oreilles à la hauteur de la gorge comme pour la trancher. L’homme est toujours à genoux. Le vénérable lu fait la poignée de main « secrète » et lui donne le mot de passe secret : « Boaz » (nom de l’une des deux colonnes à l’entrée de la loge. La deuxième est appelée :

… On lui remet son tablier en peu d’agneau. Il est blanc, c’est celui d’apprenti. La bavette doit être relevée (3).

La vidéo se poursuit par la présentation du grade de compagnon et de celui de maître. le schéma des cérémonies est sensiblement le même que la précédente, sauf le salut rituel, le signe, la poignée de main, le secret (3). Mais le vénérable annonce au maître nouvellement initié, qui a remis ses vêtements, son nouveau tablier bleu, son sautoir avec le bijou de maître, et qui se trouve devant l’autel, qu’il doit s’efforcer d’être Hiram. Et il lui remet le bandeau sur les yeux.

Hiram était l’architecte du roi Salomon. À la fin des travaux du temple, il devait remettre le secret de maître à quelques compagnons, les plus méritants. Trois d’entre ex, avant que le temps ne soit venu, veulent obtenir le secret. Il refuse de le leur livre. Ils en viennent aux mains et le tuent. Ils l’enterrent à la hâte, et pour se souvenir de la place de la tombe, ils fichent en terre une branche d’acacia. Les trois hommes ne peuvent pas se sauver à l’étranger. Douze hommes qui avaient renoncé à participer à la conspiration donnent les noms des assassins. La tombe est retrouvée, Salomon ordonne que Hiram

soit déterré. Ce dernier revient à la vie lorsque Salomon lui donne la poignée de main secrète du maître.

Deux hommes auparavant lui avait donné, sans succès, la poignée de main de l’apprenti et celle de compagnon. En le guidant et en répondant à sa place, les membres de la loge jouent avec le nouveau maître la légende d’Hiram. À trois reprises il est frappé. Au cou, à la poitrine et au centre du front. Les coups semblent violents. C ‘est le vénérable qui relève l’homme en lui donnant l’attouchement de maître, « le signe de détresse » : les deux mains enlacées, paumes vers l’avant, au dessus de la tête en disant : « à moi les fils de la veuve ! ».

Pierre Emmanuel est silencieux. Il n’a rien à dire, Il s’attendait à autre chose ; sans pouvoir préciser. Ce « secret » dont on a tant parlé, qu’il fut interdit de révéler avec promesse de mort violente en cas de violation, ne lui inspire aucune réflexion. Pierre Emmanuel est neutre.

La nuit est tombée. Une cinquantaine d’hommes ont envahi le hall de l’hôtel particulier. Ils s’apprêtent à rejoindre le temple pour la tenue blanche ouverte. Maître François demande à Pierre-Emmanuel dans le couloir d’attendre dans le couloir, il l’invitera à rentrer en temps opportun, Il lui avait précisé que l’entrée en loge ne serait pas aussi solennelle que celle présentée sur la vidéo. Pas de gants blancs, pas de tablier, les frères portant seulement leur cordon et les officiers leur sautoir.

Les fauteuils sont placés en rangée le long de l’allée centrale. Le vénérable derrière son plateau (bureau) à côté de l’autel. Il présente le conférencier qui est le vénérable d’une autre loge. Le thème de la conférence : « la fraternité ».

Pierre-Emmanuel est assis au début d’une rangée. Il voit toute l’assistance. Il n’est pas le seul profane, tous sont assis, comme lui, en bout de rangée. D’un coup d’œil circulaire il regarde les visages, il reconnaît trois personnes.

Le dîner aux anciennes Halles, avec Maître François, n’a pas effacé les ides qui bouillonnent dans son esprit depuis le milieu de la soirée. Il est deux heures passées lorsqu’il entre dans son appartement.

Il ne se couche pas, il sait qu’il ne pour pas dormir. Il doit mettre de l’ordre dans ses idées. Il a une vision à prendre.

Il est presque six heures. Le jour se lève. Les bruits de la ville montent peu à peu de la rue. Pour la énième fois, il s’assoit à son bureau, après avoir fait plusieurs fois le tour de la pièce. Faire le point. Cesser toutes les réflexions vagabondes qui ont peuplé sa nuit blanche. Il prend un bloc de petits papiers jaunes autocollants, afin d’y inscrire tous les points sur lesquels il doit réfléchir.

Dès qu’il a inscrit un point de réflexion, il arrache le petit papier jaune et le colle sur son bureau. C’est un puzzle. Il les classe en trois groupes ; vie personnelle, job, loge. Pierre–Emmanuel a une prédisposition d’esprit qui lui permet de faire des synthèses rapides en toute situation. Il relie …. facilement plusieurs idées entre elles, Cette facilité lui permet prendre des décisions rapides et précises.

… Cette description rapide de l’initiation au premier degré est celle du rite employé dans les « loges bleues » américaines. Il existe plusieurs rites, selon les obédiences. À lire sur ce sujet : La symbolique maçonnique, Jules boucher, Ed. Dervy. Symbolisme maçonnique traditionnel, Jean-Pierre Bayard, Ed. Edimaf.
Ce fut son atout premier dans ses affaires. Mais cette fois-ci il prend son temps. Il a des décisions très importantes à prendre. II est fatigué de sa nuit sans sommeil et il est contrarié d’être un peu stressé. Un état qu’il ne s’autorise jamais. Mais aujourd’hui... Le téléphone sonne. Il décroche :

– Bonjour Pierre-Emmanuel.

– C’est…

– Oui, ce n’est que moi.

– Comment s’est passée ton initiation ?

– À cette heure-ci. Je peux...

– J’ai téléphoné par hasard sachant lorsque dors tu coupes la ligne.

– Le début de l’initiation a des côtés positifs, mais d’autres côtés me coincent sec.

– On a prié pour toi toute journée et toute la nuit. Et aujourd’hui tu seras encore dans notre prière.

– C’est tout ? Je vais avoir une telle auréole que je n’arriverai plus à monter dans ma voiture ! Ça doit trop de prière pour un mécréant comme moi.

– Le Christ ne s’est pas incarné pour les bien, portants, mais pour les malades.

– Dis coquin de moinillon, n’insinuerais-tu pas que je ne suis qu’un suppôt de satan.

– Pas encore.

– Quoi ?

– On m’appelle j’y vais.

– Salut.

Un bon garçon Albert-Marie. Il doit y avoir de la friture sur la ligne quand il « téléphone » au ciel, car pour le moins sa prière n’a pas été exaucée entre hier et cette nuit. Rien ne se passe bien.

– Pourquoi m’a-t-il interrompu les deux fois ou j’allais prononcer son prénom ? Peu importe, j’en suis pas sur, je me fais trop d’idées aujourd’hui Revenons à nos affaires..

Les petits papiers classes sous les yeux, il y voit plus clair.

– Vie professionnelle : R.A.S.

– Loge : le vide. Aucune attirance. Aucun rejet, c’est pas mon truc ! Quelque chose me coince quelque part, sans trop savoir quoi.

– Job : des inquiétudes à cause de la conjoncture, cependant aucun ennui grave en vue. Mais une lassitude du monde des affaires ; trop de requins, il faut toujours être sur ses gardes. Ami un jour, concurrent le lendemain, Suis-je vraiment heureux de faire du fric ?

Âme, il note en souriant : « Albert-Marie s’en Occupe ! »

– Loge/job : c’est là que le bât blesse. Lors de la tenue blanche il a reconnu en premier le P-DG de sa banque principale. Il ne l’avait jamais rencontré, mais sa photo est sur toutes leurs luxueuses documentations Puis, il a reconnu le directeur du service des Constructions urbaines au ministère du Bâtiment, il l’a rencontré une bonne dizaine de fois et à deux reprises, il l’a invité à déjeuner. Et il a reconnu l’ancien directeur des impôts de son district, aujourd’hui technocrate au ministère. Il s’était entretenu longuement avec lui, lors d’un cocktail dressé par le maire de l’arrondissement. C’est ce dernier qui les avait présentés avec insistance. Or, étaient survenus dans l’entreprise, en deux semaines, trois « pépins » qui n’avaient pas attiré plus spécialement son attention.

1. Une inspectrice des services fiscaux avait annoncé sa visite en assurant sur le document administratif que c’était une enquête et non un contrôle. Pierre Emmanuel l’avait reçue personnellement, lui fit visiter ses bureaux sans cacher sa fierté de l’organisation qu’il avait mise en place. La Jeune femme avait été favorablement impressionnée sans sortir toutefois d’une neutralité composée, Elle avait demandé à voir quelques documents et elle était partie. Il n’a jamais compris ce quel était venue faire.

Renseignement pris c’est légal.

2. Sa banque principale, sans prévenir, lui a coupé un matin toutes ses « facilités de caisses » si importantes dans l’immobilier. Plusieurs entrevues avec le directeur d’agence qui lui demandait de nouvelles garanties personnelles. Pierre-Emmanuel a menti en affirmant qu’il ne pouvait rien proposer de plus que ce qui était couché sur le contrat. Et dans les 48 heures est arrivée une lettre signée du P-DG rétablissant la situation Pendant plusieurs jours, avec Martinez, ils ont couru de bureau en bureau au ministre du Bâtiment, afin d’obtenir une autorisation d’ouverture de chantier. Il téléphone au directeur du service des Constructions urbaines qui était absent pour plusieurs jours. Sa secrétaire note sa demande, le lendemain l’autorisation était au coursier.

Pierre Emmanuel en tire deux conclusions qui lui sont désagréables.

Depuis 4 ou 5 ans, on lui facilite certainement ses affaires Il en est d’autant plus humilié qu’il aimait percer : « Je me suis fait moi-même »

– Et les trois incidents surviennent comme pour lui dire : « Sans nous, vous ne pouvez rien. »

Et ces trois messieurs reconnus pendant la réunion qui ne sont pas venus le saluer, Maître François lui avait bien assuré qu’il devait en être ainsi dans sa loge, d’ici son initiation, Pierre Emmanuel ne peut pas l’admettre.

Huit heures, il se prépare pour rejoindre le siège social de son groupe.

Il prend une télécommande à infrarouge, le panneau central de la bibliothèque pivote silencieusement sur lui-même dégageant la porte d’un coffre-fort. Un bruit de mécanique bien huilée et la lourde porte s’entrouvre. À chaque fois qu’il ouvre son coffre il prend un vilain plaisir à caresser quelques lingots qu’il y entrepose : « La poire pour la soif » et à chaque fois il éclate de rire en se traitant d’Harpagon. Cette fois-ci, son enfantillage ne le fait pas rire. Il prend le dossier « holding » et le range dans son attaché-case.

À la surprise de tous, en un mois il a vendu son groupe à une banque taïwanaise. Un seul s’est réjoui : Martinez. Élise sa secrétaire pleurait à chaudes larmes.

Et il est parti, sans regret, soulagé même. Trois visages, un soir, l’avaient éloigné de ce monde des affaires qui avait été toute sa vie pendant 15 ans. Ce soir-là, c’est sa grand-mère et un très vieux moine qui avaient gagné.
I I

La longère est construite au milieu d’un grand jardin bien entretenu, mais peu arboré ; on est à moins d’un kilomètre de l’océan, les vents marins fréquents sur la Pointe du Raz, rendent difficile la croissance des arbres. La maison est en pierre, son toit très pointu est couvert d’ardoises, elle est austère comme toutes les bâtisses bretonnes ; sa seule coquetterie : des rosiers qui portent quelques fleurs. Le docteur Gunther frappe à la porte d’entrée en actionnant le marteau de fer forgé. Au bout de quelques minutes un pas rapide se fait entendre, deux tours de clé bruyants et la porte s’ouvre. Une religieuse sans âge apparaît dans l’encadrement de la porte ; elle est habillée d’une longue blouse grise, serrée â la taille par une ceinture de cuir usagée et elle est coiffe d’un foulard noué derrière la tête. Dès qu’elle reconnaît le vieux médecin, un sourire illumine son visage :

– Toujours à l’heure docteur. Mère Marie des Sept Douleurs vous attend.

Le docteur et Pierre Emmanuel suivent la religieuse dans un couloir étroit ; au fond de ce dernier elle s’efface pour laisser passer les deux hommes, après avoir ouvert la dernière porte. La pièce est dans la pénombre, les volets sont fermés, la seule lumière vient d’une lampe de chevet équipée d’une ampoule de très faible puissance genre « veilleuse ».

– Chère mère, je vous remercie d’avoir accepté de me recevoir. Je vous présente Pierre-Emmanuel que j’ai connu aux Hautes Garrigues. Ce soir je profite de sa voiture pour rejoindre le monastère. Nous avons fait connaissance grâce à notre ami commun, frère Albert-Marie, que vous connaissez bien.

– Bonjour Messieurs, Prenez des chaises et approchez-vous de mon lit.

Pierre-Emmanuel s’accoutume peu à peu à la pénombre, il voit enfin la vieille religieuse. Elle repose dans un lit sans boiserie, recouvert d’un couvre-lit blanc en dentelle. Elle est coiffée d’un foulard noir noué derrière la tête qui recouvre son front jusqu’aux sourcils. Ses épaules sont recouvertes par une grande mantille noire soigneusement croisée sur sa poitrine. Elle repose sur un gros oreiller ; elle doit être légère comme un oisillon, son poids n’imprime qu’un léger creux dans l’oreiller. Son corps qui se dessine sous le couvre-lit est celui d’une petite femme, un mètre soixante au plus, Elle tient dans la main droite un chapelet dont les grains sont en bois. Pierre-Emmanuel est intrigué par les mitaines qui cachent presque ses mains, il fait encore chaud en cette fin septembre. Il n’écoute pas la conversation. Il s’est un peu habitué à la quasi-obscurité, il voit maintenant très nettement le visage de la religieuse. C’est le visage d’une vieille femme qui rayonne une grande paix. Ses yeux sont très brillants, les paupières s’animent vivement au rythme de ses paroles, alors que le reste du visage est presque immobile. Ses lèvres remuent à peine lorsqu’elle parle. Pierre-Emmanuel ne la regarde plus, il la contemple. La vieillesse est belle quand elle n’est pas grimée. Quand elle est elle-même.

– En partant vous reprendrez votre manuscrit sur la table de nuit. Sœur Estelle des Saints

Séraphins me l’a lu, je lui ai demandé de noter au crayon quelques réflexions dans la marge. Ce ne sont que des détails. Ainsi que nous en sommes convenus vous ne pouvez le publier que dix ans après ma mort.

– Les détails et réflexions d’ordre médical sont-ils exacts ?

– Je n’y ai rien compris, je n’ai que le certificat d’études, Si vous avez dit des sottises, vous en porterez toute la responsabilité. Je me suis attachée à vérifier l’exactitude des faits. Ils sont exacts.

– Et pouvez-vous répondre aux questions que je vous ai posées sur Fatima ?

– Comme je vous l’ai déjà dit je n’ai eu aucun message concret depuis 1954. Je ne suis qu’un « humble instrument » du Bon Dieu. Je n’ai rien à demander. Le Ciel m’a confié des « messages » quand cela était utile et depuis : rien. J’ai un semblant de « locution intérieure » en relation avec mes intentions de prière, cela, s’exprime un peu comme un sentiment ou une impression,

– Et, disons personnellement que pensez-vous de mes hypothèses ?

– Vous êtes bien impatients, docteur. Je crois que vos conclusions sont exactes.

– Depuis que je vous ai exposé mes hypothèses, j’ai appris que Sœur Lucie a confirmé que la consécration du monde par le Pape avait été acceptée par le Ciel.

– J’en suis heureuse, mon cœur est dans la joie, Dieu a exaucé nos pauvres prières. Demain notre messe, qui n’a pas encore de dédicace personnelle sera une messe d’action de grâce. On peut donc penser que le Ciel aurait évité à la France une terrible invasion. Ceci prouve bien que les prédictions sont conditionnelles, les mauvaises sont évitées, ou atténuées dans la foi. Mais il, ne faut pas oublier que les Écritures, elles, s’accompliront.

– Pensez-vous que nous soyons dans les Temps de la fin ?

– Parfois je le pense, pas la fin du monde, n’allez pas me faire dire n’importe quoi. Si c’est exact, nous sommes à la veille de tribulations de toutes sortes. Elles seront plus ou moins atténuées : selon notre foi. Il faut relire l’Apocalypse de saint Jean et le Livre de Daniel, ce sont des pages comblées d’Espérance : à toute mort est promise résurrection. Avant que vous ne me quittiez, voulez-vous Messieurs que l’on prie ensemble une dizaine de chapelet ? Je propose que ce soit aux intentions de Monsieur Pierre-Emmanuel.

Ce dernier la regarde goguenard, Prier pour lui ?

– Je... Je vous remercie beaucoup ma Mère.

Pendant la prière, il bredouille quelques syllabes du Notre Père et du Je vous salue Marie « Il est gêné comme s’il craignait que quelqu’un ne le surprenne en train de commettre une piétaillerie de vieille femme. Lui, en train de prier, on aura tout vu ! La prière se termine, tous les trois se signent.

– Merci Messieurs de votre bonne visite.

Les deux hommes se lèvent pour prendre congé.

– Monsieur Pierre Emmanuel, vous étiez, il y a peu, en train de vendre votre âme, au diable, vous avez été sauvé par la prière de vos amis et celle de votre grand-mère paternelle qui veille sur vous au Ciel. C’était une sainte femme. Je peux vous dire une derrière chose ?

– Je vous en prie ma Mère.

– Vous serez un bigot, Monsieur !

Les deux hommes éclatent de rire. La vieille relieuse a dit avec un air malicieux et bon-enfant qu’on ne lui prêterait guère.

Les deux hommes remontent dans la voiture, tout à leur joie.

– Ah ! Elle est extra votre bonne sœur. Mais je Crois qu’elle se trompe. Il peut m’arriver beaucoup de choses, je suis fataliste depuis quelque temps. Mais devenir un bigot, impossible, surtout que c’est assez péjoratif.

– Oh vous savez les miracles ça existe ! Depuis ma retraite J’ai fait un second métier de les constater. Mère Marie des Sept Douleurs ne se trompe jamais

– Pour vous être agréable, je nuancerai mon propos en disant que c’est bien improbable Avez-vous dit au monastère que vous accompagnais ?

– Non. Il n’existe aucun lien entretenu entre le monastère et la communauté des sœurs. Albert-Marie est venu ici deux fois et c`est moi qui l’ai introduit.

– Aviez-vous annoncé ma visite ?

La Mère ne souhaite pas que l’on utilise le téléphone, j’ai reçu par lettre la réponse à ma demande de rendez-vous qui datait de trois semaines et c’est là que je vous ai téléphoné.

– Comment a-t-elle su ce qui me concernait et pourquoi me parler de ma grand-mère ?

– Elle a des dons particuliers. Elle n’a jamais accepté de m’en parler. J’ai noté de nombreux faits analogues à celui sur lequel, vous vous interrogez. De nombreuses âmes privilégiées ont eu ce charisme et refusaient d’en parler. Dans les âmes pieuses contemporaines on peut citer Padre Pio, Marthe Robin.

– Comme les mages, marabouts, initiés qui proposent leurs services dans certains journaux ?

– Mon cher ami vous me faites de la peine.

– Comment un type intelligent comme vous peut-il comparer ces gens qui proposent leurs dons éventuels contre du fric et la totale pauvreté, l’abandon dans lequel vivent les petites sœurs et la Mère ?

– Ça pourrait rendre service à ceux qui sont angoissés.

– Croyez-vous que de connaître leur avenir les éloigne de l’angoisse ? C’est le contraire, je parle en médecin. Si Dieu parfois lève un coin du voile qui recouvre l’avenir c’est pour nous sauver. À Paris, il y a plus de diseuses de bonne aventure que de médecins, On dit que leur « accueil » est réconfortant, à voir. Il y a peu, c’est les curés qui accueillaient les âmes en détresse, ils conseillaient, ils réconfortaient, ils confessaient, ils appelaient à la prière. Et c’était gratuit ! Les six heures de route vers Paris seront une longue conversation passionnée. Pour rejoindre l’autoroute, Pierre-Emmanuel a pris la route que longe l’océan. La Jaguar roule silencieusement, ils se sont tus plusieurs fois pour contempler quelques beaux paysages dont la route, en ses nombreux zigzags, réserve la surprise. Le docteur Gunther raconte tout d’abord sa rencontre avec Mère Marie des Sept Douleurs... II était jeune officier de la Wehrmacht. Il avait reçu la mission de surveiller la petite communauté de religieuses qui était soupçonnée d’accueillir des résistants qui rejoignaient de Gaulle à Londres. Le petit couvent était ta dernière étape avant l’embarquement sur un bateau de pécheur, dans une crique toute proche.

Je n’ai fait aucun prisonnier dans cette affaire. Au débarquement des alliés, ma compagnie, s’est rendue, ce fut la débâcle. J’ai su que des partisans voulaient me faire la peau. je me suis réfugié chez les religieuses. Le plus cocasse, c’est que j’ai pu rejoindre la Suède, où j’avais la famille, par la filière que je devais démanteler. En me débarquant, les deux marins qui ne m’avaient pas adressé une seule fois la parole pendant toute la traversée m’ont dit : « Notre devoir de Français nous obligeait à vous jeter à l’eau, n’oubliez jamais que vous devez la vie aux petites sœurs, ce sont de saintes femmes. » Je suis

revenu voir les religieuses en 1958 pour les remercier. C’est là que j’ai connu Mère Marie des Sept Douleurs. Pendant l’Occupation elle ne quittait déjà plus sa chambre ; depuis 1936 elle porte, dans sa chair, les stigmates du Christ, chaque vendredi. Elle les cache sous ses mitaines et le foulard qui recouvre son front. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’elles avaient fait passer 332 résistants et je n’avais rien vu ! Elles m’ont fait passer car j’étais le 333ème, c’est le chiffre symbolique du Christ.

C’était un signe, m’ont-elles dit.

Depuis 1958, chaque année, le docteur Gunther est venu passer ses vacances prés de la Pointe du Raz, il y a même acheté une petite longère en ruine qu’il a reconstruite de ses mains. Les Bretons l’ont accueilli car il était l’ami des religieuses et Ils se sont souvenus qu’il n’avait fait aucun prisonnier.

Médecin spécialisé en psychiatrie, il s’est peu à peu passionné pour le surnaturel au contact de la religieuse. D’année en année il a constitué un lumineux dossier sur Mère Maire. Pierre-Emmanuel a du mal accepter ce que lui explique l’Allemand, rapidement il saisit qu’il n’y a rien à comprendre, il y a à accepter ou refuser. Il fait confiance à son interlocuteur, car il est médecin et ce n’est pas un exalté. Il agit et réfléchit posément en scientifique.

– Est-ce que vous m’autorisez à vous demander en quoi consistent vos hypothèses sur Fatima, dont vous avez parlé avec la Mère ?

– Vous connaissez Fatima ?

– Ma grand-mère m’en avait parlé et elle m’avait emmené à Lourdes. Mais elle est encore en vie, cette sœur Lucie de Fatima ?

– Oui, des trois pastoureaux qui ont eu des apparitions, en 1917, de l’archange Gabriel et de la Vierge Marie, seule Lucie vit encore. Jacinthe et France sont morts en bas âge ainsi que la Vierge l’avait prédit.

– Mais quel lien avec la Mère ?

– Mère Marie des Sept Douleurs a eu de nombreuses apparitions, surtout dans les années 1950.

La Vierge Marie annonçait la perte de la foi et que se répandraient de fausses croyances qui perdraient une multitude d’âmes. Elle annonçait aussi l’invasion de l’Occident par les communistes unis à des pays arabes, pensait-on. Ses prophéties rejoignaient celles de Fatima.

Le docteur est intarissable sur cette affaire de Fatima. En quelques mots, les faits : la Vierge Marie est apparue du 1 mai au 13 octobre 1917 à trois pastoureaux âgés de 10, 9 et 7 ans, ignorants du reste de monde et illettrés, qui gardaient leurs troupeaux dans une vallée près du village de Fatima : la Cova da Iria (la Combe de la Paix). Le monde est alors en guerre, la Russie est à la veille de la Révolution communiste. Le 13 Juillet, la Vierge prédit la fin de guerre (20 millions de morts) mais en annonce une seconde plus meurtrière « si le monde ne se convertit pas ». Ce fut Seconde Guerre mondiale 50 millions de morts. La Vierge. Marie, avait précisé que cette guerre serait précédée d’un signe : « lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne ». Ce fut l’aurore boréale dans la nuit du 25 au 26 janvier 1938 que toute l’Europe a vue : « La clarté fut si vive dans la nuit qu’à Briançon les postiers travaillèrent une heure durant, les lampes éteintes » (Le Figaro, 26 janvier 1938). Le 11 mars 1938, l’Allemagne hitlérienne envahissait l’Autriche., ce fut !’Anschluss qui est considéré par les historiens comme le début de la Seconde Guerre mondiale. La vierge Marie avait aussi prédit que la. Russie « répandra ses erreurs à travers le monde et des persécutions contre l`Église) » Ce message date du 13 juillet 1917. Il ne faudra que trois mois pour que la révolution d’octobre 1917 éclate. Débute alors la plus grande « erreur » de toute l’histoire humaine : le communisme. Comment des enfants illettrés auraient-ils pu inventer cela ?

– Docteur, n’oublie pas les cinquante ou soixante millions de victimes du communisme, ni qu’il fut une utopie puisqu’il s’est écroulé entraînant dans une, misère noire des centaines de millions d’hommes. Il avait quand même des idées généreuses, d’ailleurs l’intellengentsia s’y est laissé prendre...

– Que l’idée du communisme à sa naissance fut généreuse, en désirant le bonheur de l’homme, je n’en disconviens pas. Une multitude de gens généreux se sont fait piéger Mais on ne change pas le monde en voulant purifier un système, on change le monde en purifiant l’homme Cette Purification c’est l’œuvre d’amour, c’est la conversion. Or, un homme qui se convertit, c’est un homme qui devient meilleur. La Bible, c’est un bouquin de recettes inspiré par Dieu, l’homme ne peut rien, sinon détériorer son environnement et perdre sa dignité. Regardez l’état du monde… un désastre, en tout. On est

proche du chaos.

– Vous êtes bien pessimiste, mais votre façon de présenter les événements de Fatima, en rappelant les prédictions, est plausible. Vous ne m’en voudrez pas si je ne peux adhérer à vos convictions.

– Attendez ce n’est pas fini, je ne vous ai pas exposé mes observations historiques et prophétiques. Vous allez être surpris.

Le docteur Gunther reprend ses explications. La Vierge Marie avait aussi prédit à Fatima : « Finalement mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira ».

Les années passent, Jacinthe et François meurent de la grippe espagnole, Lucie rentre au Carmel. Le 29 mai 1930, elle fait savoir que « Le Bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie » si la Pape et les évêques consacrent la Russie. Plusieurs consécrations ont été faites (la première le 31 octobre 1942, par Pie XII) mais la Russie, par prudence diplomatique, n’avait pas été nommée.. Le 13 mai 1981 Jean Paul II s’écroule victime d’un attentat, une balle dans l’abdomen. Une vague d’indignation soulève le monde. L’attentat a eu lieu le jour anniversaire de Fatima, cela n’a pas échappé au Saint-Père. Sur son lit d’hôpital il réclame toutes les informations connues sur les événements de Fatima. Au sortir de l’hôpital lui est offerte une statue de Notre-Dame de Fatima par Monseigneur Paul Hnilica auquel il confia ; « Paul, pendant ces trois mois, je suis arrivé à comprendre que la seule solution à tous les problèmes du monde, pour le délivrer de la guerre, le délivrer de l’athéisme et de l’abandon de Dieu, est la conversion de la Russie (4) ».

Le 13 mai 1982, en l’anniversaire de l’attentat, Jean-Paul II s’est rendu à Fatima et a prononcé la consécration « de tout le genre humain » au cœur de Marie. Mais les lettres envoyées à tous les évêques du monde pour les inviter à s’unir au Pape pour cette consécration l’ont été trop tardivement, les prélats n’ont pu se joindre à la cérémonie. Et, la Russie n’avait pas été nommée. Le 25 mars 1984, en la fête de l’Annonciation, devant la basilique Saint-Pierre au Vatican, au pied de la statue de la Vierge pèlerine apportée spécialement de Fatima par hélicoptère, Jean-Paul II a renouvelé la consécration en précisant : « nous consacrons et vouons de manière très spéciale tous le peuples de
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