Xxvi le prince de Ligne








titreXxvi le prince de Ligne
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Alexandre Dumas

Le docteur mystérieux



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Alexandre Dumas

Le docteur mystérieux

Tome II

La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 726 : version 1.0



Le diptyque « Création et rédemption » comprend les romans suivants : Le docteur mystérieux et La fille du marquis. Ces deux romans sont ici présentés en quatre volumes.

Création et rédemption I

Le docteur mystérieux

II

Édition de référence :

Paris, Michel Lévy Frères, Éditeurs, 1875.

Nouvelle édition.

XXVI



Le prince de Ligne


Jacques Mérey avait instinctivement trop l’intelligence des accidents de guerre pour communiquer la nouvelle à un autre qu’au général en chef.

C’est, en pareil cas, le sang-froid, la décision rapide et surtout le silence du général qui sauvent l’armée.

Il connaissait la chambre de Dumouriez et s’apprêtait à le faire réveiller par le planton qui veillait dans son antichambre, lorsqu’il vit que la lumière filtrait à travers les rainures de la porte.

Il frappa à cette porte. La voix ferme et nette du général lui répondit :

– Entrez.

Dumouriez n’était pas encore couché. Il travaillait à ses Mémoires, où il avait l’habitude de consigner jour par jour ce qui lui arrivait.

En retard de quelques jours, il se remettait au courant.

– Ah ! ah ! dit-il en voyant Mérey couvert de boue et de sang. Mauvaise nouvelle, je parie !

– Oui, général ; le passage de la Croix-aux-Bois est forcé par les Autrichiens.

– J’en avais le pressentiment. Et le colonel ?

– Tué.

– C’est ce qu’il avait de mieux à faire.

Dumouriez alla en toute hâte à un grand plan de la forêt d’Argonne pendu au mur.

– Ah ! dit-il philosophiquement, il faut que chaque homme ait le défaut de ses qualités. Ardent à concevoir, je manque souvent de patience dans l’exécution. J’aurais dû étudier chaque passage de mes propres yeux ; je ne l’ai pas fait, et, imbécile que je suis, j’ai écrit à l’Assemblée que l’Argonne était les Thermopyles de la France ! Voilà mes Thermopyles forcés, et tu n’es pas mort, Léonidas ?

– Heureusement, dit Jacques Mérey, après les Thermopyles, Salamine !

– Cela vous est bien aisé à dire, fit Dumouriez avec le plus grand calme. Et si Clerfayt ne perd pas son temps, selon son habitude, s’il tourne la position de Grand-Pré, si avec ses trente mille Autrichiens il occupe les passages de l’Aisne, tandis que les Prussiens m’attaqueront de face, enfermé avec mes vingt-cinq mille hommes par soixante-quinze mille hommes, par deux cours d’eau et de la forêt, je n’ai plus qu’à me rendre ou à faire tuer mes hommes depuis le premier jusqu’au dernier. La seule armée sur laquelle comptât la France est anéantie, et messieurs les alliés peuvent tranquillement prendre la route de la capitale.

– Il faut, sans perdre un instant, les débusquer de là, général.

– C’est bien ce que je vais essayer de faire. Éveillez Thévenot dans la chambre à côté.

Jacques Mérey ouvrit la porte et appela Thévenot. Thévenot ne dormait jamais que d’un œil ; il sauta à bas de son lit, passa un pantalon et accourut.

– La Croix-aux-Bois est forcée, lui dit Dumouriez ; faites éveiller Charot, qu’il parte avec six mille hommes, et que, coûte que coûte, il reprenne le passage.

Thévenot ne prit que le temps de s’habiller, s’élança vers le quartier du général Charot, le réveilla et lui transmit l’ordre du général.

Pendant ce temps, Jacques Mérey donnait à Dumouriez tous les détails de ce qui s’était passé sous ses yeux à la Croix-aux-Bois.

Lorsque Dumouriez apprit qu’il était revenu au camp de Grand-Pré par des sentiers traversant la forêt, il lui demanda s’il pouvait par ces mêmes sentiers guider une colonne qui attaquerait en flanc tandis que Charot attaquerait en tête.

Jacques Mérey s’engagea à conduire cette colonne, pourvu qu’elle fût formée d’infanterie seulement ; quant à la cavalerie, il regardait comme une chose impossible de la faire passer par de pareils chemins.

Quelque diligence que l’on y mît, il était grand jour lorsque la colonne fut prête à partir. Mais Dumouriez réfléchit qu’une attaque de jour entraînait avec elle trop de chances diverses, tandis que, attaqué la nuit d’un côté par lequel il ne pouvait pas attendre l’ennemi, et en même temps obligé de se défendre en tête, il y avait lieu de tout espérer.

Il fallait trois heures au général Charot pour faire les trois lieues qu’il avait à franchir par la chaussée de l’Argonne, trajet qui nécessitait un double détour. Il ne fallait qu’une heure et demie à Jacques pour conduire sa colonne à la hauteur de Longwée.

Il fut donc convenu que Charot partirait à cinq heures pour arriver à la nuit close à l’entrée du défilé, et Jacques à six heures et demie. Les premiers coups de canon de Charot, qui amenait avec lui deux pièces de campagne, devaient servir de signal à Mérey pour charger.

Mérey eut donc le temps de changer d’habits et de prendre un bain avant de se remettre en route, et, à six heures et demie, avec son costume de représentant, un fusil de munition à la main, il prit la tête de la colonne.

Le duc de Chartres avait demandé à être de l’expédition. Mais Dumouriez lui avait dit en riant :

– Patience, patience, monseigneur ; attendez une belle bataille à la lumière du soleil, les combats de nuit ne vont pas aux princes du sang.

Puis il avait ajouté à voix basse :

– Surtout quand ils sont aptes à succéder !

À huit heures, Mérey et ses cinq cents hommes voyaient à un quart de lieue, à travers les arbres, les feux des bivouacs qui coupaient la forêt sur toute la ligne du défilé, mais qui se groupaient plus nombreux autour du village de Longwée où était le quartier général du prince de Ligne.

Chaque soldat posa son sac à terre, s’assit sur son sac, mangea un morceau de pain, but une goutte d’eau-de-vie, et plein d’impatience attendit.

Vers dix heures, on entendit les premiers coups de fusil échangés entre les avant-postes autrichiens et l’avant-garde française.

Puis, dix minutes après, le grondement du canon annonça que l’artillerie venait de se mêler de la partie.

Dès les premiers coups de fusil, la petite colonne conduite par Jacques avait vu un grand trouble se manifester sur toute la ligne du défilé ; on voyait à la lueur des feux les soldats saisir leurs armes et courir du côté de l’attaque.

Jacques avait toutes les peines du monde à maintenir ses hommes, mais ses instructions étaient précises : ne pas donner avant le premier coup de canon.

Ce premier coup de canon tant attendu se fit enfin entendre. Les soldats saisirent leurs fusils et, Jacques Mérey à leur tête, s’élancèrent.

– À la baïonnette ! cria Jacques Mérey. Ne faites feu qu’au dernier moment !

Et tous s’élancèrent à ce cri magique de « Vive la nation ! » qui, répété par l’écho de la forêt, eût pu faire croire aux Autrichiens et aux émigrés qu’il était poussé par dix mille voix.

Mais, pour combattre contre la France, les émigrés n’en étaient pas moins braves. Le cri de « Vive le roi ! » répondit au cri de « Vive la nation ! » Et, pareille à un tourbillon, une charge de cavalerie, conduite par un homme de trente à trente-cinq ans, portant l’uniforme de colonel autrichien, habit blanc, pantalon rouge, ceinture d’or, descendit du haut de la colline où le village était situé.

– Feu à vingt pas, et recevez les survivants sur vos baïonnettes !

Puis, d’une voix qui fut entendue de tous :

– À moi l’officier ! cria-t-il.

Et, se plaçant au milieu du chemin, à la tête de la colonne, il attendit que les premiers cavaliers fussent à vingt pas de lui, ajusta l’officier, et fit feu.

Cinq cents coups de fusil accompagnèrent le sien.

Chacun s’était posté le plus commodément possible pour tirer ; chacun avait visé à la lueur du feu des bivouacs. La chaussée ne permettait à la cavalerie de charger que sur huit hommes de front ; mais les balles, en se croisant, avaient plongé des deux côtés dans les rangs ; plus de cent chevaux et de deux cents cavaliers tombèrent.

Quant à l’officier, emporté par le galop de son cheval, il vint rouler auprès de Jacques Mérey, tué roide d’une balle au milieu de la poitrine.

La chaussée était tellement obstruée de cadavres d’hommes et de chevaux, que les derniers rangs ne purent franchir la barricade sanglante qui venait de se lever entre eux et les patriotes.

Quelques-uns des survivants, échappés au massacre, vinrent se jeter sur les baïonnettes et furent tués ou pris.

– Rechargez ! cria Mérey, et feu à volonté !

Les patriotes rechargèrent leurs fusils, et, s’élançant sous bois de chaque côté de la chaussée, ce que ne pouvaient faire les cavaliers, ils les poursuivirent en les fusillant.

Quant à ceux qui étaient démontés, c’était l’affaire de la baïonnette ; tous se défendaient avec acharnement, d’abord parce qu’ils étaient tous braves, ensuite parce qu’ils savaient que tout prisonnier émigré était un homme fusillé.

Donc ils aimaient mieux en finir sur le champ de bataille que dans les fossés d’une citadelle ou contre un vieux mur.

Au reste, on entendait le canon de Charot qui se rapprochait, indication sûre que les Autrichiens battaient en retraite ; ils avaient fait la même faute : la Croix-aux-Bois prise, ils ne l’avaient pas fait garder par un nombre d’hommes assez considérable.

Les fuyards arrivèrent sur les derrières de la colonne autrichienne, annonçant que l’armée était coupée, que le corps des émigrés était aux trois quarts exterminé, et que son chef, le prince de Ligne, avait été tué par le premier coup de fusil qui avait été tiré.

Le désordre se mit dans les rangs des Autrichiens et des émigrés ; chacun se jeta dans les bois, tirant de son côté. La résistance cessa ou à peu près ; trois ou quatre cents Autrichiens furent tués, autant pris ; deux cent cinquante émigrés restèrent sur le champ de bataille.

Quelques-uns, après une résistance désespérée, furent conduits à Dumouriez.

Quant à Jacques Mérey, à peine le combat avait-il cessé qu’il songea aux blessés. Les ambulances étaient encore mal organisées à cette époque, ou plutôt elles ne l’étaient pas du tout. Craignant quelque retour offensif de l’ennemi, il fit réunir tous les chevaux sans maître que l’on put trouver, y compris celui du prince de Ligne, que l’on reconnut à sa housse et à ses fontes brodées d’or, et les employa à transporter les blessés à Vouziers, où il établit le quartier général de ses malades, laissant à un plus ambitieux que lui le soin de porter la nouvelle de la victoire au général en chef.

Jacques Mérey ordonna que les Autrichiens fussent amenés avec des soins égaux à ceux qui étaient accordés aux Français ; et, couchés dans les mêmes chambres, ils recevaient les mêmes soins.

Mais, à peine l’ambulance était-elle installée, à peine les premiers pansements étaient-ils faits, que le canon se fit entendre de nouveau, et cette fois en se rapprochant de Vouziers, ce qui indiquait que c’était le général Charot qui à son tour battait en retraite.

En effet, au bout de deux heures, quelques-uns de ces hommes qui semblent avoir des ailes aux pieds pour annoncer les catastrophes arrivèrent à Vouziers, se disant suivis du corps d’armée du général Charot qui battait en retraite.

Clerfayt, comprenant l’importance de la position de la Croix-aux-Bois, était accouru au canon avec les trente mille hommes qui lui restaient, et, avec ces trente mille hommes, il avait renversé tout ce qui s’opposait à son passage.

On annonça à Jacques Mérey qu’un des soldats qui avaient combattu sous lui avait à lui remettre divers objets précieux qu’il ne voulait remettre à personne. Il fit venir l’homme ; c’était un caporal. Il avait fouillé le chef des émigrés, avait trouvé sur lui une bourse contenant cent vingt louis, un portefeuille dans lequel était une lettre commencée pour sa femme, une montre enrichie de diamants et plusieurs bagues précieuses.

Il apportait le tout au docteur, sous ce prétexte tout militaire que, puisque c’était lui qui avait tué le prince, c’était lui qui en devait hériter.

– Mon ami, lui dit Jacques Mérey, je ne me crois aucun droit à tous ces objets, et cependant, comme ils sont entre mes mains, voilà à mon avis ce qu’il faut en faire : il faut faire venir des médecins de Mézières, de Sedan, de Rethel, de Reims et de Sainte-Menehould, accepter le dévouement de ceux qui seront riches, et payer les soins de ceux qui seront pauvres avec les cent vingt louis du prince de Ligne. Es-tu de cet avis ?

– Parfaitement, citoyen représentant.

– Comme le prince de Ligne n’est point un émigré, mais un prince de Hainaut, et que ses biens ne sont pas confisqués, mon avis est encore qu’il faut remettre le portefeuille, la montre et les bijoux trouvés sur lui au général Dumouriez ; il les fera passer à sa femme, qui, quoi que tu en dises, a encore plus de droits à son héritage que moi.

– C’est encore juste, dit le caporal.

– Enfin, continua Jacques, comme il ne faut pas t’ôter aux yeux de qui de droit le mérite de ta belle action, c’est toi qui porteras au général, avec une lettre de moi, le portefeuille, la montre et les bijoux. Après quoi, aussi vite que possible, tu me rapporteras ici la réponse du général, et, comme il faut que cette réponse arrive le plus tôt possible, tu prendras le cheval du prince, que je regarde comme ma propriété, et tu diras au général que je le prie, pour l’amour de moi, de le mettre dans ses écuries.

Quatre heures après, le caporal était de retour sur un cheval que Dumouriez envoyait à Jacques Mérey en échange du sien.

Il était porteur d’une lettre de Dumouriez qui ne contenait que ces mots :

« Venez vite ; j’ai besoin de vous.

» Dumouriez. »

– Eh bien ! dit-il au soldat, tu as l’air content, mon brave.

– Je crois bien, répondit celui-ci : le général m’a fait sergent et m’a donné sa propre montre.

Et il montra à Jacques Mérey la montre que lui avait donnée Dumouriez.

– Bon, dit en riant Jacques, elle est d’argent.

– Oui, répondit le soldat ; mais les galons sont d’or !

XXVII



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