Littérature québécoise Volume 543 : version 0 Le grand sépulcre blanc Numérisation : Wikisource, Projet Québec/Canada. Relecture : Jean-Yves Dupuis. Édition de référence : Éditions Édouard Garand, 1925. «Le roman canadien»








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À l’ombre d’un glacier


C’est pourquoi il est dit : l’homme quittera son père, sa mère, et il s’attachera à sa femme.

S. Marc. Chap. X. V.



Le 15 mars au matin, Théodore fit ses adieux aux membres de l’équipage du Neptune, reprenant ses explorations de l’automne précédent. Il avait choisi pour l’accompagner dans cette expédition le sorcier du village, Koudnou, dont la réputation de chasseur n’était plus à faire, et Pioumictou. Leurs femmes les accompagnaient afin de s’éviter les ennuis du dernier voyage. Deux cométiques, attelés respectivement l’un de dix chiens, l’autre de huit, devaient tirer les effets requis et le personnel de l’expédition. Théodore changea son itinéraire. Au lieu de gagner le sud par le golfe Admiralty, il se décida à traverser les hauts plateaux de la péninsule Brodeur pour gagner le détroit du Prince Régent, d’où il ferait ses relevés côtiers et topographiques...

Passant par le petit village d’Oulouksigne, il fut enchanté d’apprendre que dix familles esquimaudes, s’en allant chasser l’ours blanc dans le nord de Prince Régent, s’étaient décidées à l’accompagner par voie de terre, au lieu de contourner le nord de la péninsule. Il fut au comble du bonheur, bonheur intime et égoïste lorsque Pacca vint lui dire qu’elle et son père, s’étaient joints à la caravane. Jamais départ ne se fit sous de meilleurs auspices. Les souhaits, les cris de joie, les au revoir s’échangeaient amicalement entre toutes ces bonnes gens que la perspective d’une chasse fructueuse rendait gaies. Un beau soleil froid éclairait cette scène dans un pays uniformément blanc.

Le trajet de la baie Arctic à la pointe Bowen sur le détroit Prince Régent prit douze jours. La caravane traversa d’abord le golfe Admiralty et se dirigea alors vers le sud à la recherche d’un ravin, permettant l’ascension des monts perpendiculaires, d’ une élévation de deux mille pieds, formant la côte ouest du golfe. Après quelques jours de marche, l’on aperçut l’embouchure d’un glacier desséché dans lequel l’on s’aventura. La montée, quoique raide, était facilitée par une épaisse couche de neige durcie, sur laquelle hommes et attelages, s’entraidant mutuellement, avançaient sans trop de peine. L’on gagna ainsi les hauts plateaux de la péninsule Brodeur, région dénudée, balayée par les grands vents et dont la surface caillouteuse rendit la marche très pénible.

Chaque soir le problème des iglous à construire se présentait. Il fallait trouver un endroit où la neige s’était suffisamment amoncelée pour y tailler les blocs requis pour l’érection des huttes. Le nombre de celles-ci étaient forcément limité vu le manque de matière première et l’on s’entassait sept ou huit personnes dans une cabane de quelques pieds de diamètre. Les chiens s’exténuaient vite ; traînant leurs charges sur le roc dénudé et les cailloux. Il fallait même s’arrêter plusieurs fois le jour, et faire subir aux patins des cométiques ce lissage à la glace décrit plus haut. Au prix d’efforts inouïs, l’on ne parvenait qu’à couvrir une distance de sept ou huit milles par jour.

La température se maintenait très froide, de trente-cinq à quarante degrés sous zéro, et lorsque le vent balayait la surface unie de ce haut plateau, hommes et bêtes devaient endurer stoïquement ce déconfort.

Les femmes et les enfants faisant partie de la caravane montraient autant d’endurance et de courage que les hommes. Jamais une plainte, jamais un accès de colère, jamais un découragement. La gaieté, la bonne humeur, régnaient en maîtresse, faisant oublier les tiraillements d’un jeûne forcé. Il avait fallu se munir de provisions suffisantes pour la traversée de ce désert absolument vierge de tout gibier, mais, explorateurs et chasseurs s’étaient trompés dans leur calcul, pensant couvrir ce territoire en cinq jours. Dès les premiers jours, l’on convint de mettre hommes et bêtes à la ration. Lorsque le ventre criait famine, l’on serrait d’un cran la ceinture du pantalon.

Théodore profitait de tous les arrêts pour s’approcher de Pacca et causer avec elle. Le halage était si difficile qu’il était impossible de se faire tirer par les chiens. Tous deux cheminaient ensemble, le temps s’envolait, les jours succédaient aux nuits, qu’importaient à ces deux êtres ? Chaque matin les réunissait. Leur intimité, discrète d’abord, les enlaçait de mille fils invisibles dont ils ne prévoyaient pas la force le jour où il faudrait les briser. Jeunes, vigoureux, s’adorant mutuellement d’un cœur chaste, ils oubliaient le monde extérieur. La brise glaciale s’adoucissait à leur contact. Au crépuscule, le soleil s’encerclait d’une auréole lumineuse et disparaissait à l’horizon escorté de deux et quelquefois de trois faux-astres. Le soir somptueux descendait sur terre, la couvrant de son grand silence.

Le 25 au soir, la caravane atteignit la tête d’un étroit ravin, dévalant vers le nord. Quoiqu’il ne fût pas dans la direction voulue, l’on se décida à s’y aventurer. La pente assez prononcée qu’il décrivait, son lit étroit recouvert d’une épaisse couche de neige lisse, facilitèrent le travail des minuscules bêtes de somme. Les cométiques glissant bien, tous les membres de la caravane en profitèrent pour s’y placer, abandonnant sans regret la marche exténuante à laquelle ils avaient été forcés de se soumettre.

La neige étant abondante, un village éphémère de dômes blancs s’érigea en deux heures, entre les flancs escarpés et noirs du ravin. L’imprévu arrive toujours, même en des endroits où il semble impossible. Que va penser le lecteur d’un incendie dans une hutte de neige ? C’est pourtant ce qui arriva ce soir. Il était onze heures. Un fort vent du nord soufflait, s’engouffrant entre les parois du canal rétréci où hommes et bêtes harassés, fatigués, dormaient d’un sommeil lourd et réparateur. Depuis le départ du bateau, Théodore avait eu bien des difficultés à faire fonctionner sa lampe à essence sur laquelle il préparait, soir et matin, son café. Un jour de halte, pensant que l’orifice par où s’échappait le gaz était obstrué, il en avait vidé le réservoir d’air comprimé, dévissé et nettoyé tous les tubes. À l’essai suivant, elle ne fonctionnait pas mieux. Ce ne fut que quelques mois plus tard qu’il constata que son mauvais fonctionnement avait été causé par un froid trop intense, le carburant et le métal ne pouvant s’échauffer à la température requise pour l’allumage du gaz.

Le village était endormi, avons-nous dit. Oui, si nous en exceptons Koudnou, le sorcier, engagé comme conducteur de chiens et guide par l’ingénieur Maltais. À la lumière blafarde de la lampe esquimaude, comme un alchimiste penché sur ses cornues, il était très occupé. Il avait pris cette lampe du civilisé, croyant remédier à son inutilité. Armé d’une clef, il en dévissait les parties. Malheureusement pour lui et les dormeurs de la hutte, il avait oublié d’en retirer l’air comprimé forçant l’expulsion du pétrole. Ce dernier jaillit tout à coup. Le jet passant au-dessus de la flamme de la lampe indigène, s’enflamma. Koudnou, très énervé, n’osant jeter par terre sa torche se mit à la brandir dans toutes les directions, semant le liquide enflammé sur les dormeurs. Les couvertures prirent feu, un cri de surprise et d’effroi sortit des poitrines de Pioumictou et de Théodore, éveilla les deux femmes. La sortie par la porte basse était bloquée. D’un coup d’épaule, Pioumictou fit sauter un bloc de neige du mur arrière de l’iglou et s’y enfila. Il fut suivi de sa femme, de celle de Koudnou et enfin de Théodore, tous quatre nus comme des vers, grelottant sous un froid de quarante degrés sous zéro, intensifié par un vent du nord soufflant en ouragan, Koudnou fut stoïque : on n’est pas sorcier pour rien. Il enleva son « coulétang » et en quelques minutes éteignit la conflagration, en somme lilliputienne. Le bruit avait éveillé quelques membres de la caravane, dont quelques-uns mirent la tête à la porte de leurs huttes. Adam et Ève au paradis terrestre, après la chute, ne présentaient pas mine plus piteuse que quatre de leurs descendants à quelques millions d’années d’intervalle. Au lieu des feuilles de vigne la nuit les enrobait chastement. D’ailleurs, l’aiguillon qui mordait leurs membres fatigués n’était pas celui de la chair, car une heure après avoir réintégré leur demeure, ils grelottaient encore sous leurs couvertures de peau de caribous. Le mur de l’iglou avait été vite restauré, le désordre de leur sortie hâtive réparé, et Koudnou lui-même dormait comme un bienheureux.

Plus excruciant avait dû être le supplice d’Otomjua, la femme de Ouming, cette même journée. Sur l’heure de midi, sentant les douleurs de l’enfantement la travailler, elle en avait averti son mari. Il arrêta son attelage, de quelques blocs de neige lui fit un abri sommaire, continuant sa route comme si rien n’était. Seule, isolée au milieu d’une plaine labourée par les ouragans, apparemment abandonnée, elle donna le jour à un fils. Oh ! sublimité de l’amour maternel ! Que de sacrifices n’est pas capable le cœur d’une mère ? Quel réserve d’abnégation ne renferme-t-il pas ? Ce frêle enfant qui venait de voir le jour était à elle, cette femme, et elle le prouverait. Que faire dans un pays où il n’y a pas d’eau ? La nature, marâtre parfois, a tout prévu. De sa langue humectée d’une salive chaude, comme la chatte fait à ses chatons, ainsi lava-t-elle son enfant. Le recouvrant ensuite de quelques fourrures légères et soyeuses, toute frissonnante d’amour, elle le déposa dans le vaste capuchon de son coulétang, où, sur sa chair, il trouverait chaleur et confort. Ce devoir rempli, courageusement elle suivit les traces des cométiques. À neuf heures, ce même soir, elle rejoignait le bivouac, heureuse d’annoncer à son mari, que le ciel lui avait envoyé un fils.

Deux jours plus tard, la caravane au complet débouchait dans une petite baie formée par la pointe Bowen. Gens et bêtes étaient aux abois car la famine se faisait sentir. La fatigue était générale. Un repos prolongé était nécessaire pour le ravitaillement et pour reprendre des forces. Les chiens affamés dévoraient tout ce qui leur tombait sous la dent, fouets, harnais, habits, etc. Du sommet d’une petite éminence, Théodore aperçut au loin une ligne bleue coupant l’immense champ de glaces. Il en fit part à ses gens. Cette nouvelle les remplit de joie. Une fissure s’était produite sur la mer congelée, et en eau libre, des milliers de loups-marins devaient prendre leurs ébats. Sedna leur était favorable ! Les huttes furent bâties avec plus de précautions ce soir-là, car l’on y devait faire une étape de trois jours. Tout ce qui restait de provisions fut dévoré. Même les chiens eurent leur part, car un des Esquimaux, s’étant éloigné du campement, y avait rencontré un ours blanc qu’il avait abattu.

Ces trois jours de repos furent employés à une chasse des plus fructueuses. Quantité de phoques furent tués : les peaux, la chair et le blanc requis pour les lampes, divisés impartialement entre tout le personnel de la bande. Les femmes et les enfants ne s’éloignèrent guère, se contentant de « trapper » le renard blanc aux alentours.

Théodore passa toutes ces journées auprès de Pacca. Le sport chéri de Nemrod ne lui disait rien. Il sentait trop l’immense vide qui serait son partage, lorsqu’il n’aurait plus sa petite compagne auprès de lui. Comment, sans manquer à son code moral de gentilhommerie, pouvait-il concilier son désir de ne pas s’en séparer et de ne pas déshonorer celle que dans son cœur il appelait déjà sa femme ? Le dilemme dans lequel il se débattait devenait intolérable. Comme la source desséchée du désert appelle le nuage aux seins chargés d’une pluie bienfaisante, ainsi son cœur assoiffé d’amour soupirait-il après le seul être auquel il se sentait attiré. Ce martyre ne pouvait durer. Le 29, il s’éloigna du campement. Il voulait être seul pour réfléchir. Retraçant ses pas à la brunante, il rejoignit ses nomades compagnons, qui, de retour de leur journée de chasse, devisaient joyeusement, ensemble.

Le lendemain, l’on devait se séparer pour longtemps. Les chasseurs, gagnant le nord, s’en allaient tuer l’ours blanc. Théodore, ses deux compagnons et leurs femmes s’en iraient au sud, relevant les côtes encore inexplorées de cette section de l’île Baffin. Le devoir lui apparaissait pénible, mais ne pouvait-il pas le concilier avec son amour ?

Apercevant Nassau qui distribuait la nourriture à ses chiens, il s’avança vers lui.

« Nassau, lui dit-il, j’ai à vous parler seul. Venez à mon iglou, ses hôtes sont tous chez Ouming. »

À quatre pattes, ils entrèrent dans la hutte. La lampe d’Euké brûlait répandant un peu de chaleur. Théodore fit signe à Nassau de venir s’asseoir près de lui, sur l’espace surélevé de l’iglou, formant le lit, et recouvert de fourrures.

« Nassau, lui dit-il, demain nous nous séparerons. Vous avez sans doute remarqué le penchant que j’éprouve pour votre enfant. Je sens que ma vie sans elle sera triste. Voulez-vous me la donner pour femme ? Je lui serai fidèle, dévoué, et je l’aimerai bien. Je sens que je vous fais une injustice, car tout le temps de la chasse vous n’aurez personne pour s’occuper de votre iglou, veiller à l’entretien des fourrures et entretenir le feu sous votre toit de neige. Je la sens tellement mienne que la vie sans elle est sans attraits pour moi. »

« Votre demande m’honore, lui répondit Nassau. Avez-vous bien songé à toutes les conséquences qu’entraînera votre acte ? »

« J’ai pesé le pour et le contre. S’il y a des obstacles, je saurai bien les vaincre. »

« Ces obstacles seront peut être insurmontables. Pacca est d’une race différente de la vôtre. Son genre de vie est tout autre. Malgré l’amour qu’elle vous porte, elle le sacrifiera plutôt que de laisser les siens. Elle serait dépaysée parmi les vôtres. Comme nos pauvres fleurs arctiques qui s’étiolent et périssent lorsqu’elles sont transplantées dans votre pays, ainsi en arriverait-il de mon enfant. »

« Ma décision est prise, lui dit Théodore. J’abandonnerai les miens et je demeurerai en ce pays. Son charme m’a conquis. Quoique je doive mener une vie différente de celle à laquelle j’ai été habituée, je ne regretterai pas mon acte. »

« Mais, demanda Nassau, que feriez-vous en cas où le capitaine du Neptune, refuserait de se rendre à votre désir ? »

« J’ai tout prévu. Si le capitaine refuse de me donner ma décharge, il me faudra bien retourner à Québec ; mais, dès le printemps prochain, j’irai en Écosse et je prendrai passage sur un baleinier en partance pour Ponds Inlet. Mon absence durerait au plus sept mois. »

« Vos intentions sont bonnes, je vous crois honnête. Des cas semblables au vôtre se sont produits. L’avenir de plusieurs jeunes filles de ma tribu a été brisé, car leurs soi-disant maris sont retournés dans leur pays et ne sont jamais revenus.»

« Cela est malheureusement trop vrai, répliqua Théodore, mais vous avez dû constater que ces êtres vils ne cherchaient que la satisfaction des sens. Ont-ils réellement aimé leurs victimes ? Je ne le crois pas. Qu’étaient-ils après tout ? Des gens sans aveu que l’on ramasse sur les quais avant le départ du bateau pour la chasse à la baleine. Vous avez été témoin de mes rapports avec Pacca. Laissez-la se prononcer je me soumettrai à sa décision. »

Nassau sortit de l’iglou ; quelques minutes après, il y ramenait son enfant. Il lui fit alors part de la demande de l’ingénieur, et de ses objections à cette union.

Ses joues se colorèrent délicatement. Baissant timidement les yeux d’une voix où perçait l’émotion, elle dit : « Père j’ai confiance en cet homme. Sa parole est un gage de véracité. Il ne nous trompera pas. Je lui donnerai ma main en toute confiance, car auprès de lui je trouverai le bonheur. »

« Soit, ma fille, si tel est ton désir. Tu as été la joie de mes yeux, puisses-tu être le bonheur de celui que tu choisis librement pour mari. Demain alors tu le suivras. Je recevrai moi-même l’échange mutuel de vos promesses, avant notre séparation. »

La joie fut grande au campement, lorsque la nouvelle se répandit. Nos deux amoureux furent complimentés et fêtés. Les hommes se rassemblèrent et firent cercle autour de Théodore, chantant ses prouesses. Koudnou lui fit des passes sur le front, les bras et les jambes, après quoi il fut reconnu membre de la tribu, sous le nom de Nukaglium (jeune chef). Les femmes étant les mêmes au pôle nord qu’à l’Équateur, quel beau sujet de commérages. Les langues se délièrent : je le savais je m’en doutais, ne vous l’avais-je pas dit, ses visites répétées, etc., etc... Elles avaient entouré Pacca. Les avis, les conseils pleuvaient : ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, les tabous à observer et patata et patati Une avalanche de paroles dont Pacca ne percevait qu’un bruit indistinct, tant son âme était remplie de joie.

Les formes indistinctes s’engouffrèrent par la porte basse des iglous. Les corps se frôlaient plus amoureusement. Les voix avaient de chaudes intonations. Les plus âgés avaient des réminiscences, des frissons agréables. Les yeux brillaient. Dans la nuit claire, bien des serments autrefois donnés se renouvelèrent.

Le lendemain matin eut lieu la cérémonie du mariage. À quelques milles du bivouac, Théodore avait découvert un glacier resserré entre deux cathédrales de pierre. Il voulait un décor grandiose. Un beau soleil d’hiver brillait au-dessus de l’horizon. Ses rayons striaient de couleurs opalines la surface unie du glacier, témoin de cette scène unique. Les Esquimaux se rangèrent en demi-cercle autour de Théodore et de Pacca, adossés au glacier.

Nassau s’avança vers eux. Très ému, il leur posa la question sacramentelle : « Théodore Maltais, prenez-vous pour femme, Pacca Nassau, ici présente devant Dieu et devant les hommes ? » « Oui. » La demande fut alors posée à Pacca, et sa voix claire et cristalline se fit entendre. « Oui. »

Les mains s’enlacèrent.

Nassau, étendant les deux mains au-dessus de leurs têtes, récita en esquimau les versets 1 à 7 du chapitre XIX de l’Évangile selon Saint-Mathieu :

« Jésus, ayant achevé ces discours, partit de Galilée et vint aux confins de la Judée, au-delà du Jourdain, où de grandes troupes le suivirent ; et il guérit leurs malades au même lieu. »

« Les pharisiens vinrent aussi à lui pour le tenter et ils lui dirent : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit ? »

« Il leur répondit : N’avez-vous pas lu que celui qui créa l’homme dès le commencement les créa mâle et femelle, et qu’il est dit : Pour cette raison l’homme quittera son père et sa mère et il s’attachera à sa femme, et ils ne seront plus tous deux qu’une seule chair ? »

« Ainsi ils ne seront plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. »

Ces paroles furent écoutées avec un grand respect par les Esquimaux païens, dont la fidélité conjugale est considérée comme une anomalie.

Immédiatement après cette cérémonie, la caravane se divisa : Nassau et les siens se dirigeant vers le nord où la chasse à l’ours était très abondante, Théodore, Koudnou, Pioumictou et leurs compagnes prenant la direction du sud.

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