Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








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titreOnzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route
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Les chasseurs d’or


Trois semaines s’étaient écoulées, depuis les événements que nous venons de raconter. Toby et Petit Dadd, campés dans un vallon abrupt des montagnes de la Sierra Madre, non loin des frontières de l’Arizona, étaient occupés à faire cuire leur déjeuner qui se composait d’un plat de ces délicieux haricots mexicains, qu’on appelle des frigeoles, et d’un morceau de lard fumé.

Ils ne ressemblaient plus en rien aux deux vagabonds de grand chemin qui demandaient la bourse ou la vie aux voyageurs. Grâce à l’argent de Mr Clapton, ils avaient revêtu l’aspect d’honnêtes prospecteurs.

De solides souliers ferrés, de larges pantalons, doublés de cuir, et d’immenses sombreros, les rendaient pareils de tout point à ces nombreux aventuriers, qui munis de connaissances géologiques élémentaires, s’adonnent à la recherche des filons de métaux précieux, dans ces régions désolées sans eau et sans arbres que l’on a si bien dénommées « no man’s land », les terres qui ne sont pas faites pour l’homme et où il ne peut pas vivre.

Dadd et Toby s’étaient d’ailleurs pourvus de tout l’attirail indispensable à ces sortes de recherches. Ils avaient emmené deux mulets, dont l’un était chargé de vivres, farine, conserves, tasajo, viande séchée, sans oublier des bidons de caña ; l’autre portait les outils, le lourd marteau, la pelle, le pic, les fleurets, les leviers de fer, et une petite provision de cartouches de dynamite.

Les deux bandits devenus prospecteurs étaient d’ailleurs en excellente santé, en dépit de privations de tout genre, qu’ils avaient eu à essuyer ; le soleil de l’équateur avait bronzé leur teint, les longues marches dans la Sierra et le travail en plein air leur avaient élargi les poumons, durci les muscles, jamais ils ne s’étaient aussi bien portés.

Enfin, ils avaient été pris au charme de cette fièvre de la recherche que connaissent tous les prospecteurs. Ils avaient connu les joies du mineur qui découvre dans le sable noir du torrent, près des rocs de quartz ferrugineux, les premières paillettes, les premières couleurs qui ne l’amèneront peut-être qu’à une poche insignifiante, ne contenant que quelques grammes d’or, mais qui peut-être aussi le conduiront à quelque gisement d’une richesse incalculable, capable de changer en un Vander-bilt ou en un Carnegie, le pauvre coureur du désert.

Dans ce vallon sauvage, bordé de falaises abruptes, couronné de madronos, de lavandes et de grands yuccas aux hampes majestueuses, chargés de clochettes blanches, il ne poussait que quelques maigres arbrisseaux, les mulets, faute d’une meilleure nourriture rongeaient des raquettes épineuses. De temps en temps, ils allaient se désaltérer aux minces filets d’eau qui suintaient du sommet du roc et allaient un peu plus loin se perdre dans les sables noirs, bus par le soleil torride, avant d’avoir pu aller plus loin.

Pendant que Toby entretenait avec des brindilles et des plantes desséchées le brasier allumé sous la marmite où cuisaient les frigeoles, Petit Dadd, accroupi au bord du ruisseau qui en hiver devait être un vrai torrent, se livrait au lavage des alluvions.

Armé de ce plat de fer, que les prospecteurs appellent la « battée », et qu’il avait rempli de sable et d’eau, il l’agitait doucement, enlevant avec précaution les cailloux, puis rajoutant de l’eau qui peu à peu entraînait la terre et les parties les moins lourdes du sable. Au bout d’un certain temps, il ne restait plus dans la battée qu’une couche noire d’alluvions dans laquelle brillaient quelques poussières jaunes qui étaient des particules d’or infiniment petites.

– Des couleurs ! s’écria Dadd avec enthousiasme. Il y a certainement un filon à peu de distance d’ici !

– Je donnerais quelque chose pour le voir, murmura Toby beaucoup plus sceptique. Tu viens manger ?

– Non ! Je veux laver encore une battée. Les couleurs deviennent plus nombreuses, je crois que nous allons trouver quelque chose.

– Fais ce que tu voudras, moi je mange ; hier on n’a déjà pas eu le temps de dîner.

Dadd finit par se laisser convaincre, mais tout en dévorant goulûment sa portion, il consultait un petit bouquin crasseux qu’il avait tiré de sa poche et qui s’intitulait « Le manuel-guide du parfait prospecteur ».

En quelques minutes Dadd et Toby avaient absorbé tout le contenu de la marmite ; ils se remirent au travail avec acharnement.

– Je vais faire ce que dit le livre, s’écria Dadd avec exaltation, il faut continuer à laver le sable en amont et en aval de l’endroit où nous avons déjà trouvé quelque chose. Sais-tu que depuis hier nous avons déjà ramassé pour près de deux dollars d’or.

– C’est peu !

– Mais, animal, ce n’est qu’une indication ! qui te dit qu’avant la fin de la journée nous n’allons pas mettre la main sur une pépite grosse comme ma tête.

– Moi je ne demande pas mieux, murmura Toby qui peu à peu se sentait gagné à son tour par la contagieuse fièvre de l’or.

Ils travaillèrent trois heures avec une hâte furieuse. Ils ne se parlaient pas, échangeant seulement de loin en loin quelques rares paroles. Aux couleurs avaient succédé de véritables paillettes, puis aux paillettes, de gros grains de métal.

Dans ces trois heures ils avaient entassé dans la boîte de fer-blanc, où ils déposaient leurs trouvailles, un petit tas de poudre qui pouvait valoir une cinquantaine de dollars.

Ils étaient ivres de joie.

Ce fut bien autre chose quand Dadd, en remontant le ruisseau, atteignit un endroit où la roche étincelait de points brillants. Il courut chercher la pioche.

Le quartz désagrégé par les pluies, cédait par gros morceaux qui, tous, paraissaient incrustés d’or, comme si on se fût amusé à enfoncer des clous d’or pur dans le cristal ferrugineux, couleur de rouille.

Dadd et Toby tapaient à qui mieux mieux, comme s’ils eussent voulu éventrer la montagne.

Sans plus attendre, Dadd voulait faire sauter à la dynamite tout un pan de rocher. Toby eut grand-peine à lui faire comprendre qu’il était plus sage de mettre d’abord en sûreté tout l’or qui se trouvait à portée de leurs mains à la surface. Ce n’était pas la peine d’attirer par le bruit d’une détonation les gambusinos et les rôdeurs de frontières qui pouvaient se trouver dans le voisinage.

Comme pour montrer la justesse de cette observation, Toby finissait à peine de parler qu’une explosion se fit entendre dans le lointain. Cette explosion fut suivie d’une seconde, d’une troisième, puis d’une quatrième et d’une infinité d’autres.

Les deux prospecteurs se regardèrent effarés ; ils étaient à la fois très inquiets et très mécontents.

– Qu’est-ce que cela veut dire ? fit Dadd. S’il y a près d’ici un camp de mineurs nous sommes flambés !

– Ce ne serait pas drôle. Vois-tu que l’endroit où nous avons fait nos découvertes appartienne déjà à quelque société ?... J’ai eu du flair en te défendant de te servir de la dynamite.

– Je n’entends pas me laisser voler ! Nous allons commencer par arracher autant d’or que nous pourrons...

– Oui, mais s’ils nous surprennent en plein travail ?

– Je crois qu’avant tout il faut savoir à qui nous avons affaire. Allons en reconnaissance, et cela tout de suite.

Et comme les coups de feu continuaient à se faire entendre de loin en loin, et arrivaient très nettement aux oreilles des deux amis, répercutés par les échos de la montagne :

– Tu entends, fit Toby, je parie qu’ils ne sont pas à plus d’un demi-mille. Le plus curieux, c’est que ce ne sont pas des coups de mine, on dirait qu’on se sert d’un fusil de très gros calibre.

– Ceux qui s’en servent ne sont pas nombreux, répondit Dadd qui était un observateur très perspicace. Les coups sont espacés, comme s’il n’y avait qu’un seul homme et qu’un seul fusil.

– Tu as raison, je me demande ce que cela peut bien signifier. Si nous allions voir ?

– Allons-y !

Guidés par le bruit des détonations qui continuaient à crépiter, Dadd et Toby franchirent une muraille de rochers et se trouvèrent dans une vallée encore plus désolée et stérile que celle qu’ils venaient de quitter. Des blocs de granit, de quartz et de porphyre formaient des amoncellements chaotiques que n’égayait aucune végétation. Le vallon s’ouvrait sur un vaste espace désertique qui, sans doute, se prolongeait jusqu’à l’Océan Pacifique et où poussaient seulement des cierges épineux et de rares cactus. Mais les deux amis ne prêtèrent pas tout d’abord grande attention au paysage.

Le spectacle qu’ils aperçurent en atteignant le sommet du défilé, qui commandait la vallée, était assez intéressant pour exciter leur étonnement.

Le visage en sueur, un gros homme vêtu de coutil blanc, était armé d’un de ces antiques tromblons fort employés autrefois par les bandits espagnols et qu’on ne voit plus guère aujourd’hui que dans les musées. Le canon évasé en forme d’entonnoir, pouvait recevoir toute une poignée de balles, et la crosse assez courte permettait de résister plus aisément au formidable recul que produisait une pareille arme.

C’étaient les détonations du tromblon que Dadd et Toby avaient entendues, mais le plus singulier, c’est que celui qui en était armé continuait à fusiller consciencieusement la façade du rocher placé en face de lui, rechargeant aussitôt qu’il avait tiré, et si absorbé par cette occupation, qu’il ne s’aperçut pas qu’il avait été vu.

Il était fort occupé à bourrer son arme avec une poudre brillante qu’il tirait d’un sac de cuir pendu à sa ceinture, lorsque Dadd poussa une exclamation de surprise.

– Mais c’est le docteur Klaus Kristian ! s’exclama-t-il. Lui que nous avons si longtemps et si vainement cherché !...

En entendant prononcer son nom, le docteur avait lâché son tromblon et l’avait prestement remplacé par un browning.

– Haut les mains ! cria-t-il en mettant en joue Petit Dadd qui marchait le premier.

– Pas de blagues ! docteur, s’écria celui-ci. Ne tuez pas votre plus dévoué collaborateur. Je suis donc bien changé que vous ne me reconnaissiez pas ?

– Ah ! c’est toi, fit Klaus Kristian, dont la physionomie se dérida un instant. Et quel est l’homme qui t’accompagne ?

– C’est encore une vieille connaissance. Ce pauvre Toby à qui il est arrivé une foule de malheurs et qui a fait le voyage tout exprès pour se réconcilier avec vous.

– C’est bon, murmura le docteur avec un mauvais regard à l’adresse de Toby. Je veux bien lui pardonner encore cette fois, pour t’être agréable, mais à l’avenir il faudra qu’il marche droit.

– Vous n’aurez qu’à vous louer de son dévouement.

– Mais comment as-tu pu faire pour me retrouver ? J’espérais pourtant n’avoir été suivi de personne.

– Un simple hasard ! Vous savez que nous sommes prospecteurs, nous aussi. Puis j’avais eu de vos nouvelles à la Deutsche Natrona et je savais aussi par votre correspondant de Mexico que vous étiez en voyage du côté de la région minière.

– Je suis très heureux de te rencontrer, je vais avoir besoin de toi, jamais mes opérations n’ont été si prospères. J’ai déjà pris des mesures pour me retirer au Brésil. Je commence à être trop connu dans ce pays-ci. Je n’y suis pas très bien vu et ce sera encore pis dans quelque temps.

– Puis-je savoir pourquoi ?

– Sais-tu ce que j’étais en train de faire ?

– Non !

– Je suis en train d’exécuter une opération que l’on appelle en termes techniques, saler ou fusiller une mine. Ce rocher ne contient pas une parcelle de minerai, alors, c’est bien simple j’y en mets. Ce tromblon est chargé de belle et bonne poudre d’or que j’incruste à la surface du rocher.

« Dans quelque temps d’ici, des ingénieurs officiels viendront, dresseront un rapport favorable sur la quantité et la qualité du minerai, et une société à laquelle je vendrai ce terrain fort cher viendra installer dans ce désert ses batteries de pilons, ses perforatrices, et ses cuves de cyanuration.

– Mais on reconnaîtra bien vite la vérité.

– Cela n’a pas d’importance, j’aurai quitté le pays depuis longtemps. La société d’ailleurs n’y perdra rien ; elle se gardera bien de dire à ses actionnaires qu’il n’existe ici d’autre poudre d’or que la mienne. Elle revendra les actions à une société anglaise ou française qui, elle-même, les écoulera à de petits rentiers, à des policemen en retraite, à des curés de campagne, enfin à des gens ignorant le premier mot de la question.

Dadd eut un moment d’hésitation. Il se demandait s’il devait révéler à Klaus Kristian la découverte du gisement bien réel qu’il venait de faire ; le dévouement et l’admiration qu’il avait pour le diabolique docteur l’emportèrent ; à la grande stupeur de celui-ci, il le mit au courant de ses récents exploits de prospecteur, sans essayer de rien lui cacher.

– Tu as bien fait de parler, répondit Klaus Kristian, car je suis précisément propriétaire de la mine que tu as trouvée. J’ai acheté tout dernièrement et payé au gouvernement mexicain trois milles carrés de ce désert.

Et comme Dadd et Toby en entendant cette déclaration avaient allongé la mine d’une façon significative.

– Rassurez-vous, d’ailleurs, ajouta-t-il ; je n’ai pas l’intention de vous faire du tort ; je suis riche, beaucoup plus riche que vous ne pouvez l’imaginer, et je gagnerai probablement beaucoup plus de dollars, avec mon placer qui n’existe pas, que vous avec le vôtre...

Après une discussion assez animée, on finit par décider que le docteur, en qualité de propriétaire, serait associé pour un tiers aux bénéfices, et que dès le lendemain tous les trois se mettraient au travail et ne quitteraient l’endroit que quand les plus belles pépites seraient en sûreté à la banque de la ville la plus voisine.

Cet arrangement fut du goût de tout le monde, et ce qu’il y a de surprenant, c’est qu’il fut fidèlement exécuté de part et d’autre.

Le gisement découvert par Dadd n’était d’ailleurs qu’une simple poche qui, tout en renfermant quelques beaux échantillons, ne pouvait être regardée comme un véritable placer.

Néanmoins, après un dur travail qui se prolongea pendant trois semaines, chacun des associés se vit à la tête d’une somme de cinquante mille dollars, ce qui pour Toby et pour Dadd représentait une véritable fortune.

Quand cette affaire fut réglée à la satisfaction de tous, Dadd prit le train pour New York, où le docteur l’envoyait en mission confidentielle.

Le jeune vagabond n’était plus reconnaissable, vêtu d’un habit de bonne coupe, le plastron de sa chemise orné de grosses perles, il avait une bague au doigt et brandissait nonchalamment un jonc à pomme d’or. Il avait même fait la folie de s’acheter un monocle. On l’eût pris pour un véritable petit maître.

IV



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