Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








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Le rêve de Marthe


L’hacienda de San Iago est peut-être un des plus anciens monuments de toute l’Amérique ; elle remonte au temps de la domination espagnole, comme l’attestent l’immense cour carrée entourée d’un cloître à arcades et décorée à son centre d’un jet d’eau, enfin les sculptures de l’antique chapelle, dont la tour renferme encore une cloche et qui a été transformée en magasin à fourrages.

C’est dans cette cour intérieure ou patio, merveilleusement adaptée aux exigences du climat que se déroulait presque toute l’existence paisible des rares habitants de l’hacienda. C’est sous les arcades du cloître, protégée contre l’ardeur du soleil par un rideau de lianes fleuries, que la table était mise à l’heure des repas. C’est là qu’on lisait, qu’on jouait ou qu’on écrivait, là aussi qu’on faisait la sieste, et parfois même qu’on dormait, par les chaudes nuits, dans des hamacs suspendus entre les colonnes de la galerie, au murmure berceur du jet d’eau.

C’est là que, depuis qu’il était né, le petit Georges Grinnel était bercé, promené et allaité par sa nourrice Marianna, une belle mulâtresse aux grands yeux noirs, toute dévouée à Mrs Grinnel dont elle était la sœur de lait.

Encore alitée à la suite de couches laborieuses, Mrs Grinnel, par la fenêtre de sa chambre qui donnait sur le patio, pouvait de son chevet surveiller la nourrice et l’enfant qu’elle ne perdait pour ainsi dire pas de vue.

Il ne s’écoulait pas un quart d’heure sans que Mrs Grinnel n’appelât Marianna.

– Apporte-moi le petit Georges, lui disait-elle.

Et elle caressait précautionneusement le petit être fragile, s’oubliant parfois à contempler cette physionomie à peine ébauchée où elle croyait déjà retrouver les traits d’un mari passionnément aimé, qu’une épidémie de fièvre jaune lui avait ravi, en plein bonheur, six mois auparavant.

Alors des larmes venaient aux yeux de la jeune mère et elle remettait en silence son enfant dans les bras de Marianna.

Mrs Grinnel était riche, très riche même, mais elle n’était pas heureuse. La mort de son mari avait brisé sa vie ; le chagrin avait failli la tuer, ce n’est que depuis la naissance du petit Georges qu’elle avait repris goût à l’existence, en sentant tressaillir dans son cœur une fibre nouvelle.

D’origine française – elle s’appelait Marthe Noirtier de son nom de jeune fille – Mrs Grinnel, à la mort de ses parents, s’était trouvée presque sans ressources sur le pavé de San Francisco. Elle avait dû donner des leçons de français, faire de la couture et finalement, elle était entrée comme dactylographe dans une grande banque, la Mexican Mining bank.

C’est là qu’elle avait fait connaissance de l’ingénieur Grinnel, un Anglais attaché à l’une des exploitations minières que possédait la banque dans l’Arizona.

L’ingénieur, qu’un héritage venait de mettre en possession du magnifique domaine de San Iago, avait donné sa démission et avait épousé Marthe Noirtier, dont il appréciait autant que la beauté de blonde menue et délicate, le courage, la loyauté et la douceur.

Marthe avait gardé à l’homme qui l’avait arrachée à la médiocrité et aux labeurs ingrats, pour lui faire une existence heureuse et large, une infinie gratitude. La tendresse passionnée qu’elle éprouvait pour son mari se doublait de tout ce que la reconnaissance a de plus noble dans une âme généreuse et fière.

La mort de son mari avait porté à la jeune femme un coup terrible, pendant longtemps, elle avait été incapable de s’occuper d’aucune affaire sérieuse. Elle était demeurée des semaines entre la vie et la mort, et pendant qu’elle était ainsi terrassée par la maladie et le chagrin, elle avait failli être dépouillée de la plus grande partie de ce qu’elle possédait.

Des collatéraux avides, entre autres un certain Elihu Kraddock, lui avaient intenté un procès, profitant de ce que la rapidité foudroyante du décès de l’ingénieur avait empêché celui-ci de faire un testament en faveur de sa femme.

Marianna, très « débrouillarde » comme beaucoup de mulâtresses, avait été voir des sollicitors, des avocats, avait obtenu du tribunal de Los Angeles, un arrêt maintenant Mrs Grinnel en possession de ses biens jusqu’à la fin de la grossesse.

La naissance de Georges, qui héritait naturellement de son père et demeurait confié à la tutelle de sa mère, avait fait rentrer les collatéraux dans le néant et mis fin à toute espèce de procès.

Aussi Mrs Grinnel regardait Marianna presque comme une parente et avait toute confiance dans ses jugements.

Marianna cependant avait ses faiblesses. L’année d’auparavant, une troupe de cinéma, partie de Los Angeles était venue s’installer dans le voisinage de l’hacienda, les opérateurs avaient tourné un film auquel le vieux monastère, avec son cloître et son clocher faisait un « plein air » idéal.

D’une complexion inflammable, comme toutes les femmes de sa race, la mulâtresse avait eu l’imprudence de prêter l’oreille aux galanteries d’un vague cabotin qui l’avait fascinée par sa belle prestance, quand il arborait le col de dentelles, le pourpoint de velours, le feutre à grand plumage et les bottes à entonnoir d’un seigneur du temps de Louis XIII.

Quand le brillant mousquetaire était reparti pour New York avec le reste de la troupe, Marianna était enceinte, et les lettres qu’elle écrivit à son séducteur demeurèrent sans réponse.

L’enfant qu’elle mit au monde ne vécut que quelques jours et Mrs Grinnel, indulgente, fut la première à consoler Marianna de la trahison et de l’abandon dont elle était victime.

La mulâtresse avait reporté sur le petit Georges toute l’affection qu’elle eût eue pour son enfant à elle et avait voulu servir de nourrice au baby qui, à quelques semaines près, aurait été du même âge que celui qu’elle avait perdu.

Marianna occupait une chambre contiguë à celle de Mrs Grinnel et les deux pièces, situées au premier étage, donnaient sur le patio.

L’ameublement de cette chambre était très simple, les murs étaient blanchis à la chaux et le lit de cuivre était entouré d’une moustiquaire de gaze blanche, ainsi que le berceau du baby ; un guéridon supportant un alcarazas plein d’eau fraîche ; un rocking-chair de bambou et une table de toilette avec quelques flacons ; au plafond, un ventilateur électrique, et c’était tout.

La chambre de Mrs Grinnel, plus vaste, offrait le luxe de vieux meubles aux sculptures prétentieusement contournées, aux incrustations d’étain et d’ébène, achetés à la vente d’une vieille famille espagnole.

La jeune femme offrait un fin visage, émacié, comme affiné par la maladie et le chagrin, un profil délicat de vierge gothique, nimbé d’une opulente chevelure blond cendré, naturellement crêpelée.

Qui l’eût vue endormie derrière le rempart de gaze, aux rayons de la lune qui entraient par la fenêtre grande ouverte, eût cru à l’apparition de quelque princesse de légendes, captive dans les filets d’une méchante fée.

Malgré la douceur de cette nuit, dont la brise attiédie était chargée du parfum des orangers en fleur, Marthe dormait d’un mauvais sommeil.

Une expression d’angoisse se peignait sur ses traits, elle soupirait profondément, et des paroles confuses s’échappaient de ses lèvres.

Elle était tourmentée par des cauchemars absurdes.

Elle rêva qu’elle était encore dactylographe à la banque, mais quelqu’un venait de lui voler sa machine à écrire et le voleur n’était autre qu’un cousin de son mari, celui qui avait montré le plus d’acharnement dans le procès, Elihu Kraddock, un vrai bandit.

Elle courait après lui, éperdument, quand elle s’apercevait que ce n’était plus sa machine qu’il emportait, mais bien le berceau du petit Georges.

Elihu s’était fondu dans un brouillard, maintenant, le berceau flottait sur une mer agitée, chaque vague l’éloignait un peu plus du rivage, et l’enfant semblait appeler sa mère à son secours en agitant ses petits bras.

Puis un étrange monstre, un requin vert, hérissé de piquants comme certains poissons épineux, ouvrit une gueule énorme pour avaler le berceau, et le requin avait le profil sinistre d’Elihu ; la mer s’était brusquement changée en une foule où grouillaient des milliers de faces ricanantes, qui toutes ressemblaient à Elihu.

Marthe s’éveilla, le cœur battant à grands coups, le front baigné de sueur.

Le clair de lune inondait la chambre de sa lueur argentée et sereine et dans le profond silence de la nuit, s’élevaient seulement la plainte lointaine des feuillages agités par le vent et le murmure du jet d’eau.

– Quel vilain rêve, murmura la jeune femme en frissonnant, j’ai la fièvre.

« Marianna ! appela-t-elle.

Pieds nus, la mulâtresse accourut l’instant d’après.

– Que veux-tu, petite Marthe ? demanda-t-elle à sa sœur de lait, en lui parlant avec les inflexions câlines dont on se sert pour parler aux enfants.

– J’ai eu un cauchemar, j’ai soif, donne-moi un peu d’eau et de citron.

Marianna prépara le breuvage rafraîchissant et le fit boire elle-même à Mrs Grinnel avec une sollicitude toute maternelle.

– Dors petite sœur, lui dit-elle, je vais baisser la jalousie pour que la lumière de la lune ne te réveille pas.

Doucement, Marthe ferma les yeux et se rendormit, mais un quart d’heure ne s’était pas écoulé que de nouveau elle se réveilla en sursaut. Il lui avait semblé entendre tout près d’elle chuchoter des voix confuses.

– On dirait qu’on a marché sous les galeries du patio, murmura-t-elle. Il me semble que j’entends un bruit de pas qui s’éloignent dans la campagne. Ou bien est-ce le bruit des battements de mon cœur qui tinte à mon oreille ? J’ai peur, je vais appeler Marianna.

La fidèle mulâtresse, habituée aux caprices des insomnies de sa chère malade, accourut aussitôt.

– Je ne sais ce que j’ai, dit Marthe à voix basse, j’ai le cœur serré comme s’il allait m’arriver un malheur. J’ai peur de tout. Écoute comme mon cœur bat...

– Tu es trop nerveuse, fit doucement Marianna, veux-tu que je te donne une cuillerée de la potion calmante ?

– Non, je veux que tu restes près de moi et que tu me parles. Je veux entendre le son de ta voix. Pourtant il ne faudrait pas laisser Georges tout seul.

– Cela ne fait rien, s’il criait ou même s’il remuait je l’entendrais d’ici, mais il n’y a pas de danger, il dort comme un charme, il n’a pas bougé de la nuit.

– Alors reste près de moi jusqu’à ce que je me rendorme. Je suis si triste quand je suis toute seule et que je réfléchis. Oh ! mon Dieu, il me semble encore entendre des pas et des bruits de voix, très loin, dans le parc !...

– Je t’assure que moi je n’ai rien entendu, dit la mulâtresse avec une inaltérable patience. Tu sais, il y a tant de bruits dans la nuit qui s’expliquent tout naturellement. De qui aurais-tu peur ? Le pays est tranquille, nous sommes trop près de Los Angeles pour qu’il y ait des bandits.

– Tu as peut-être raison, je suis affaiblie, j’ai les nerfs à fleur de peau. Je dois être hallucinée...

– Pourquoi n’as-tu pas voulu prendre ta potion ?

– Non, cela m’assoupit momentanément et je me réveille plus nerveuse encore ensuite ; oh cette fois, je suis sûre que j’ai entendu, un petit cri plaintif comme un cri d’enfant ! Et toujours ces pas qui semblent galoper dans ma pauvre cervelle !

– Tu es folle, petite sœur, c’est le cri d’un oiseau de nuit, d’un chat sauvage ou de quelque autre bête que tu as entendu.

– Je sais bien que tu as raison, mais c’est plus fort que moi... Je vais essayer de dormir. Tiens, prends ma main, que je te sente près de moi.

Mrs Grinnel ferma les yeux et mit sa main blanche dans la longue main brune de Marianna, mais le sommeil ne venait pas.

– Écoute, dit la jeune mère, si tu m’apportais mon petit Georges. Je crois que quand je l’aurai embrassé, après je pourrai dormir.

– Non, par exemple ! déclara la mulâtresse, impétueusement, il dort d’un bon sommeil, ce serait mal de le réveiller ! Une fois qu’il aurait les yeux ouverts, je ne pourrais plus le rendormir. Dors toi-même, le soleil se lèvera que tu n’auras pas encore fermé les yeux !

Un nuage passait sur la lune ; une brise venue de la mer, rendit tout à coup plus fraîche l’atmosphère embrasée de la nuit. Marthe tout à coup s’endormit, et, cette fois, pour de bon.

Marianna attendit encore quelque temps, pour être bien sûre que sa sœur de lait n’allait pas se réveiller, puis elle retira doucement sa main que Marthe n’avait pas lâchée et rentra dans sa chambre. Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, elle était brisée de fatigue ; elle se jeta sur son lit et presque instantanément tomba dans un de ces sommeils profonds qui ressemblent à la mort.

Les premiers rayons du soleil qui filtraient par les interstices des jalousies mal closes l’arrachèrent à ce repos bienfaisant. Avec des mouvements d’une lente et féline souplesse, elle se détira languissamment, rattacha d’une main négligente sa chevelure éparse et sauta en bas de son lit.

Comme chaque matin, aussitôt debout, elle courut au berceau du petit Georges ; elle fut d’abord alarmée en voyant que la moustiquaire était ouverte.

Un coup d’œil lui révéla la terrible vérité. Le berceau était vide.

Stupide d’étonnement et de chagrin, Marianna s’était affaissée sur un siège, où elle demeura quelques instants, comme anéantie, incapable de réfléchir. Elle ne pouvait se faire à l’idée qu’on eût volé le petit Georges.

– C’est impossible... répétait-elle machina­lement.

Brusquement elle se releva.

– Suis-je donc sotte ! murmura-t-elle. C’est Marthe qui s’est réveillée avant moi et qui est venue chercher son petit comme elle fait quelquefois... Elle m’en a donné une peur...

Presque rassurée, la mulâtresse passa dans la chambre de Mrs Grinnel, mais celle-ci était encore profondément endormie et l’enfant n’était pas auprès d’elle.

Marianna se sentit près de défaillir. Elle tremblait de tout son corps.

– Sainte Vierge ! balbutia-t-elle. Que vais-je devenir ? que dirai-je à la pauvre Marthe quand elle s’éveillera ? que lui répondrai-je quand elle me demandera ce que j’ai fait de son enfant ? Mon Dieu ! je voudrais être morte !

À cette minute d’abattement succéda bientôt un accès de fiévreuse énergie.

– Ce n’est pas tout de me lamenter, murmura-t-elle, il faut que je le retrouve, que je le rapporte dans son berceau avant que Marthe soit levée ! Il ne peut pas être bien loin... Et dire que je n’ai rien vu, rien entendu... Je suis folle, Marthe me tuera si on lui a pris son petit Georges.

Tout en prononçant ainsi ces phrases incohérentes, Marianna avait quitté sa chambre et ses regards éperdus fouillaient les moindres recoins du patio ; puis elle se rendit à la cuisine où Deborah, une vieille négresse au service de la famille depuis vingt ans, préparait le chocolat du premier lunch.

Elle n’osa pas questionner Deborah, ni lui apprendre la funeste nouvelle. Elle s’entêtait dans cette idée, qu’il fallait qu’elle retrouvât l’enfant, avant qu’on se fût aperçu de sa disparition et qu’elle le retrouverait sûrement.

Haletante, affolée, elle parcourut et explora inutilement toutes les pièces de la vaste habitation. Son désespoir, son angoisse allaient croissant de minute en minute.

Elle s’engagea dans le couloir voûté qui faisait communiquer le patio avec le jardin. La porte du jardin était ouverte.

– C’est par là que sont venus ceux qui ont emporté le pauvre petit, pensa-t-elle, on a dû oublier de fermer cette porte hier soir, et ils en ont profité...

Elle s’élança par les allées, sachant à peine ce qu’elle faisait. Il lui semblait que son cœur allait se rompre dans sa poitrine, tant il palpitait violemment ; une buée de vertige flottait devant ses yeux, elle dut s’appuyer quelques instants au tronc d’un cocotier.

À ce moment, ses regards s’arrêtèrent sur une jeune tige de bananier toute fraîchement rompue, plus loin, les arbustes délicats d’un massif étaient saccagés, foulés comme par le passage d’une bête fauve. La mulâtresse comprit qu’elle était sur la trace des ravisseurs.

Mais de quel genre étaient-ils ? Marianna se rappela avec un tremblement une des histoires que lui contait la vieille négresse qui l’avait élevée et dont la mémoire était abondamment fournie de toute sorte d’anecdotes terrifiantes. Les Noirs de la région sont persuadés que les chats sauvages se glissent dans le berceau des nouveau-nés, leur entourent le cou de leurs pattes de velours et les étouffent ; ensuite ils les emportent pour leur sucer le sang à loisir.

– C’est une de ces horribles bêtes, qui a dévoré le petit Georges ! se dit la pauvre mulâtresse plus morte que vive, voilà pourquoi je n’ai rien entendu.

Elle demeura quelque temps sous le coup de cette affreuse supposition, enfin elle eut le courage de regarder de près les vestiges accusateurs.

Alors elle distingua sur les plates-bandes les empreintes de pas très nettes qui la conduisirent jusqu’au mur assez élevé séparant le jardin du parc. Là les traces d’une effraction étaient nettement visibles, les lianes qui couronnaient la crête du mur étaient arrachées, les branches d’un abricotier étaient cassées et les fruits piétinés jonchaient le sol.

Marianna fut une minute presque consolée, en pensant que le cher petit n’avait pas été la proie d’une bête sauvage, mais presque aussitôt, une autre suggestion presque aussi désolante s’imposa à son esprit troublé. Elle venait brusquement de se rappeler que le browning placé au chevet de son lit avait disparu, ce à quoi, dans son trouble, elle n’avait pas d’abord prêté grande attention, et, en même temps, le procès intenté à Mrs Grinnel par ses avides collatéraux lui revenait en mémoire.

– Ce sont eux qui ont fait le coup ! bégaya-t-elle éperdue. La mort de Georges les mettrait en possession de la propriété... Il y en a un surtout, Kraddock, Elihu Kraddock, un vrai bandit, qui est capable de tout...

Avec la vivacité de sensations particulière aux gens de couleur, la mulâtresse entrevit comme dans un éclair, Marthe pleurant son enfant assassiné et, par surcroît, ruinée, chassée de sa maison, réduite à chercher pour vivre quelque chétif emploi.

– Et tout cela par ma faute, s’écria-t-elle à haute voix, par ma damnée négligence. Si cela est vrai, je n’affronterai pas les reproches de Marthe, je me tuerai ! Cela vaut mieux...

Comme rassérénée par cette farouche résolution, Marianna ouvrit la petite porte qui donnait sur le parc et continua à suivre la trace des ravisseurs. Pendant quelque temps, ce lui fut chose facile, le sol spongieux avait gardé nettement les empreintes, mais un peu plus loin, les aiguilles tombées des cèdres et des séquoias formaient une couche élastique et sèche où toute trace disparaissait.

Désespérée, Marianna continua à errer sous les grands arbres, tournant à droite et à gauche, fouillant les buissons, s’élançant brusquement pour revenir sur ses pas l’instant d’après.

Elle était parvenue à l’endroit le plus épais du bois quand un cri d’horreur et d’agonie, un hurlement qui n’avait rien de la voix humaine s’éleva des profondeurs lointaines et parvint à ses oreilles.

Presque immédiatement, la terrifiante clameur s’était tue ; la campagne déserte était retombée dans le silence.

Glacée d’épouvante, à bout de forces, la mulâtresse s’était instinctivement appuyée au tronc d’un arbre, puis avait glissé à terre, privée de sentiment.

III



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