Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








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Le prix du sang


Le ciel commençait à peine à blanchir du côté de l’orient, que Dadd et Toby, exacts au rendez-vous qui leur avait été assigné, se trouvaient déjà au bord du marécage, au fond de l’inquiétant ravin où ils devaient rencontrer l’homme au chien noir.

Dans la pâleur du matin, le terrifique paysage brillait de ce genre de beauté sinistre, qui fait admirer les vives couleurs de certains serpents à la piqûre mortelle ; la rosée couvrait les feuilles charnues des plantes grasses d’un glacis d’argent ; à chacune de leurs pointes acérées, tremblait une perle liquide ; partout de larges orchidées ouvraient leur calice aux fantasques découpures, les grands nymphéas étalaient paresseusement sur l’eau noire leurs larges corolles couleur d’or ou d’azur, et la brise du matin murmurait doucement avec des bruits de soie froissée dans le feuillage des roseaux géants.

Une nuée vivante d’énormes moustiques, de libellules rouges ou bleues, de mouches et de coléoptères au reflet métallique, de papillons jaune soufre ou bleu de ciel, tourbillonnait au-dessus du marécage où s’agitait déjà tout un peuple de hideux reptiles.

Les arbres vampires, comme affamés par une nuit de jeûne, happaient avec une rapidité silencieuse les insectes qui avaient l’imprudence de s’aventurer entre les coques hérissées d’épines de leurs larges feuilles.

– Moi, ça me fiche la frousse de regarder ça ! grommela Toby, c’est une vraie hallucination ! Quand je vois ces gueules vertes se refermer sans faire de bruit, que j’entends les insectes bourdonner encore dans l’estomac – si on peut appeler ça un estomac – qui va les digérer, ça me donne le frisson. Je ne puis pas m’empêcher d’avoir l’impression, que cet arbre-là est un être, qui me voit, qui m’entend, qui m’écoute et, vrai, j’en ai peur !...

Dadd se garda bien de répondre à ces observations quelque peu simplistes ; armé d’un caillou tranchant, il était fort occupé à guetter un gros lézard gris et rose, qui, affalé sur une pierre plate, happait béatement des moustiques d’une langue rose, longue et pointue comme une flèche.

Brusquement le bras de Dadd se détendit, le caillou alla frapper le lézard à la tête et le tua net. Quand l’animal ne remua plus, Dadd le prit délicatement par la queue et le déposa avec précaution dans le creux d’une des feuilles de la dionée, non sans avoir laissé tomber de nombreuses gouttes de sang sur les feuilles voisines.

Les mandibules vertes du monstre végétal s’étaient refermées promptes et silencieuses sur le cadavre du lézard.

– Voilà ! fit Dadd en se frottant les mains.

– Écoute donc, murmura Toby, il me semble que j’ai entendu comme un aboiement.

– Ce doit être ce maudit blood-hound, et son damné patron.

– Attention !

– Tu sais ce qui est convenu.

L’homme venait d’apparaître à l’entrée du ravin ; il marchait à grands pas et paraissait inquiet. Il alla droit aux deux bandits.

– Eh bien ? leur demanda-t-il d’un ton menaçant, m’avez-vous obéi ?

– La chose est faite, répondit Dadd, en prenant une mine apeurée, ça n’a pas été sans peine.

– La preuve que tu ne mens pas ?

– Voilà.

Dadd tira de sa poche un médaillon en or auquel pendait un bout de ruban bleu et une minuscule chemise de fine toile, guère plus grande qu’un mouchoir de poche.

– Cela appartenait au baby, déclara-t-il froidement.

L’homme palpa et retourna la petite chemise avec un sourire hideux puis la rendit à Dadd, ainsi que le médaillon.

– Et qu’en as-tu fait ? demanda-t-il, après quelques secondes d’un pénible silence.

– Ce que vous avez dit qu’il fallait en faire, répondit Dadd avec le plus grand calme. Le baby est là !

Il montrait la feuille de la dionée, barbouillée de sang et repliée sur elle-même, entre les lames de laquelle avait été précipité le cadavre du lézard.

L’homme ne répondit pas. Puis, brusquement, devenu furieux sans cause apparente :

– C’est bon : cria-t-il, aux deux bandits, maintenant, foutez-moi le camp plus vite que ça ! Tâchez surtout que je ne vous voie jamais rôder de ce côté-ci !...

– Ce n’est pas ce qui a été convenu, fit Dadd avec le même flegme. Vous nous devez mille dollars !

– Mille coups de pied dans le ventre, si vous ne détalez pas à l’instant même !...

Le reste de la phrase s’acheva en un grognement indistinct. Avant que son adversaire eût pu deviner comment cela avait pu se faire, Dadd avait maintenant en main un superbe browning avec lequel il le mettait en joue méthodiquement.

– Je croyais que tu n’avais pas d’armes, balbutia le bandit pris au piège.

– Il faut croire que j’en ai trouvé, ricana Dadd goguenard, allons haut les mains, vieux sacripant ! Tâche de ne pas bouger, si tu tiens à ta peau. Puis tu sais, pas de blagues avec le blood-hound, s’il remue seulement une patte, c’est sur toi que je tire...

Cette recommandation n’était pas inutile, Bramador grondait sourdement et n’attendait qu’un signe de son maître pour s’élancer les crocs en avant.

– Couchez ! Bramador, couchez... bégaya le bandit d’une voix à peine distincte.

« Vous voyez que je fais tout ce que vous voulez, ajouta-t-il mourant de peur... On pourrait s’entendre... je vous promets...

– Ne promets rien, c’est inutile, je n’ai pas confiance en toi, tu n’es pas un homme de parole. J’aime mieux me servir moi-même. À toi, Toby, regarde un peu ce qu’il a dans ses poches.

Grinçant des dents, fou de rage et d’humiliation, le bandit dut se laisser dépouiller de son browning, de ses chargeurs et de son couteau, mais quand Toby voulut lui prendre son portefeuille il le saisit à la gorge et se faisant de son corps un bouclier, en même temps qu’il excitait son blood-hound contre Dadd.

Une minute à peine s’écoula pendant laquelle la lutte se déroula et prit fin avec des péripéties d’une poignante atrocité.

N’obéissant qu’à l’instinct qui le portait à attaquer l’adversaire immédiat de son maître, Bramador s’était jeté sur Toby, au lieu de s’en prendre à Dadd. Ce fut une grande chance pour ce dernier dont le formidable dogue n’eût fait qu’une bouchée.

Demeuré très maître de lui, Dadd logea une balle, presque à bout portant, dans l’oreille du chien qui roula à terre, foudroyé.

Voyant son allié hors de combat et menacé par le browning de Dadd, l’homme lâcha Toby à moitié étranglé et dont les mollets avaient été entamés par les crocs de Bramador.

Pendant que Toby, furieux, reprenait haleine et pansait tant bien que mal sa blessure, Dadd, sans cesser de tenir en joue l’ennemi vaincu, réfléchissait avec ce sang-froid qui, au cours de la lutte, avait sauvé la situation.

– Qu’est-ce qu’on va faire de cette brute ? demanda-t-il distraitement, comme s’il se posait la question à lui-même.

L’homme eut un regard de fauve pris au piège, mais il ne bougea pas, il était devenu d’une pâleur livide, il comprenait qu’il avait perdu la partie et qu’il allait falloir payer.

– Tu t’embarrasses de peu de chose, répliqua haineusement Toby ; tiens, voilà ce qu’il faut en faire !

Et avant que Dadd eût pu deviner ses intentions, il avait foncé sur l’homme comme un taureau furieux et, d’un coup de tête dans le ventre, l’avait lancé dans le marécage.

C’est alors que le misérable lacéré par les aiguilles acérées des plantes mortelles, immergé dans les eaux fétides, pullulantes de sangsues et de reptiles, avait lancé cet appel déchirant que, malgré la distance, avait entendu Marianna.

Un instant, la face blême, fendue par un abominable rictus et dont les prunelles révulsées sortaient de leurs orbites, émergea au-dessus des eaux noires. Puis l’homme – il était sans doute devenu fou instantanément – éclata d’un rire aigu convulsif qui fit frissonner d’horreur ses deux bourreaux. Il fit quelques faibles mouvements pour s’arracher à la vase qui l’engluait et brusquement il s’enfonça et disparut.

Tout à coup, au milieu des cercles qui allaient en s’élargissant sur l’eau dormante, une main noire de fange apparut, chercha éperdument à s’accrocher à quelque chose, se déchira aux épines aiguës des dionées et retomba.

Une minute s’écoula, l’eau était redevenue unie comme un miroir entre les larges feuilles des nymphéas géants.

Dadd et Toby se regardèrent, ils étaient d’une pâleur de mort ; nul des deux n’osait rompre le premier le silence.

– Allons-nous-en, dit enfin Dadd, d’une voix tremblante ; toute ma vie, j’aurai devant les yeux, cette horrible gueule...

Toby ne répliqua rien et tous deux, sans prononcer une parole, s’éloignèrent précipitamment de ce paysage d’épouvante.

Ils ne retrouvèrent leur sang-froid que lorsqu’ils eurent atteint le bois qui s’étendait jusqu’aux murailles du jardin. Ils couraient plutôt qu’ils ne marchaient, et d’instant en instant, ils cédaient à l’irrésistible besoin de se retourner, dans une crainte inavouée et confuse de voir surgir derrière eux l’homme assassiné et son chien noir.

– C’est tout de même une chance, dit enfin Dadd, que j’ai trouvé un browning dans la chambre de la nourrice. Sans ça...

– C’est probablement nous qui servirions à l’heure qu’il est de pâture aux sangsues. Enfin tout est bien qui finit bien ; maintenant nous revoilà en fonds.

– C’est vrai, au fait, nous n’avons seulement pas pensé à regarder ce qu’il y a dans le portefeuille.

Toby exhiba une solide pochette de cuir de bœuf, comme en portent les cow-boys. Elle contenait deux mille dollars, de la menue monnaie et divers papiers, au nom d’Elihu Kraddock, prospecteur. Les deux bandits se débarrassèrent des papiers qui ne pouvaient que les compromettre et se partagèrent loyalement les bank-notes.

– Tout va bien, s’écria Dadd qui, petit à petit, reprenait son entrain, il ne nous reste plus maintenant qu’à exécuter la seconde partie du programme, ou je ne suis qu’un âne, ou nous avons encore aujourd’hui à encaisser « des dividendes intéressants », comme on disait à la banque Rabington.

– Tu crois ? demanda Toby avec hésitation.

– J’en suis sûr.

– Ne serait-il pas plus sage, puisque nous avons de l’argent, de prendre le train immédiatement ? Il me tarde d’être loin de ce maudit pays.

– Quel chien de poltron tu fais, grommela Dadd en haussant les épaules. Je te dis que je réponds de tout.

Et sans plus se préoccuper de son compagnon, Dadd se mit à la recherche de certains arbres dont, quelques heures auparavant, il avait entaillé les écorces et qui devaient lui servir à retrouver son chemin. Les entailles le conduisirent directement au pied d’un vieux chêne dont le feuillage dominait de sa masse imposante les arbres avoisinants.

IV



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