Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route








télécharger 0.87 Mb.
titreOnzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route
page4/37
date de publication30.04.2017
taille0.87 Mb.
typeDocumentos
c.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   37

Vers le Mexique


L’évanouissement de Marianna avait été de peu de durée, la fraîcheur du sous-bois, humide de rosée, l’avait promptement fait revenir à elle. Mais, en reprenant conscience de sa navrante situation, la pauvre mulâtresse sentit renaître ses angoisses et son chagrin.

L’espoir qu’elle avait un instant caressé de retrouver l’enfant avant qu’on se fût aperçu de sa disparition, s’était évanoui. Le cœur gonflé d’amertume, elle se disait qu’il ne lui restait plus qu’à aller apprendre à Marthe la terrible nouvelle et elle tremblait à la seule pensée de la scène qui allait se produire. Puis, les travailleurs de la plantation battraient le pays dans toutes les directions et, peut-être retrouveraient-ils le petit Georges.

Là-dessus d’ailleurs elle ne se faisait aucune illusion : l’enfant était perdu pour toujours. Ceux qui l’avaient enlevé, avaient dû machiner leur coup de longue date et prendre toutes les précautions pour s’assurer l’impunité.

Elle ne doutait pas que le coupable ne fût Elihu Kraddock, dont elle se rappelait la physionomie sinistre, pour l’avoir vu une ou deux fois au moment du procès et elle n’osait songer à ce que le bandit avait pu faire de l’innocent baby tombé entre ses mains.

Torturée par les horribles images qui se présentaient à son esprit, Marianna pleurait à chaudes larmes. Elle eût voulu mourir ; l’idée d’un suicide qui mettrait fin d’un seul coup aux tortures morales qu’elle endurait se précisait de plus en plus dans son esprit.

Lentement, comme à regret elle se dirigeait vers la porte du jardin, et à mesure qu’elle s’en rapprochait, sa démarche devenait plus hésitante, elle poussait de profonds soupirs.

– Non, c’est impossible ! bégaya-t-elle, je n’oserai jamais...

Elle fit encore quelques pas et se trouva tout à coup nez à nez avec un adolescent dépenaillé et d’une remarquable laideur, dans lequel on a sans doute reconnu Petit Dadd qui, lui aussi, se dirigeait vers la porte du jardin.

En l’apercevant, Marianna avait eu un mouvement de recul. Dadd, dont le coup d’œil perçant avait tout de suite reconnu la femme dans la chambre de laquelle il s’était introduit la nuit précédente, comprit qu’il fallait tout d’abord la rassurer.

– Vous pleurez, lui dit-il de sa voix la plus douce, si vous êtes la personne que je pense, je suis peut-être en mesure de vous consoler.

– Que voulez-vous dire ? s’écria la mulâtresse, se raccrochant avidement au vague espoir que lui suggérait la phrase de l’inconnu.

– Figurez-vous, ajouta-t-il d’un ton persuasif, qu’un de mes camarades et moi – nous sommes deux pauvres diables de tramps – nous avons trouvé un petit enfant...

– Ah ! si vous pouviez dire vrai, fit Marianna en joignant les mains, je crois que je deviendrais folle de joie !... Vous ne voulez pas vous moquer de moi, au moins ? Répétez-moi que c’est bien vrai, que vous avez trouvé un enfant !...

– C’est tout ce qu’il y a de plus vrai, déclara Dadd solennellement, je vous en donne ma parole d’honneur. D’ailleurs vous allez le voir dans un instant, il est ici, à deux pas.

– Où cela ? – non, je ne peux pas croire que c’est vrai ! – Je vous en supplie, montrez-le-moi ! Je meurs d’impatience...

– Calmez-vous, je vous répète qu’il est là. Hé, Toby, apporte le baby !

« Mon camarade, ajouta-t-il, est resté un peu en arrière, il marche très doucement pour ne pas réveiller le petit.

La vérité, c’est que Dadd qui était en toutes choses d’une extrême prudence, s’était dit qu’en arrivant avec l’enfant dans les bras, il risquait tout d’abord d’être pris pour le voleur. De la façon dont il avait arrangé la chose, une méprise, même momentanée, n’était pas possible.

Toby ne tarda pas à paraître portant avec précaution le petit Georges.

Avec la rapidité d’un vautour qui fond sur sa proie, Marianna s’était jetée sur l’enfant, l’arrachant presque des bras de Toby, et elle le couvrait de baisers et de caresses, riant et pleurant à la fois.

Ainsi bousculé, le petit Georges se mit lui aussi à pleurer et la mulâtresse se souvint tout à coup qu’il n’avait pas bu depuis le milieu de la nuit.

– Pauvre chéri ! murmura-t-elle, il meurt de faim, et moi qui n’y pensais pas.

Elle dégrafa précipitamment son peignoir, elle donna le sein à l’enfant qui, aussitôt calmé, se mit à boire avidement.

Assise sur une grosse racine d’arbre et couvant des yeux le cher bébé reconquis, Marianna demeurait silencieuse, toute à la joie immense qu’elle ressentait, le regard perdu dans un rêve. On eût dit que maintenant qu’elle le tenait, il lui était égal de savoir comment il avait été volé, puis retrouvé.

En diplomate avisé, Dadd attendait patiemment qu’elle le questionnât. Il tenait toute prête une histoire suffisamment vraisemblable.

– Mon camarade et moi, raconta-t-il, nous avons passé la nuit dans les bois. Nous cherchions à regagner la grande route, quand nous avons aperçu un homme qui marchait en se retournant fréquemment, comme quelqu’un qui vient de faire un mauvais coup. Il portait ce baby dans ses bras et était suivi d’un grand chien noir.

– Un chien noir, interrompit Marianna, c’est certainement Elihu ! J’en étais sûre.

– Les allures de cet homme nous parurent suspectes. Nous le suivîmes sans nous montrer pour voir ce qu’il allait faire. Il s’arrêta au pied d’un chêne dont le tronc est entièrement creux et y cacha l’enfant après lui avoir arrangé un lit de mousse et avoir dissimulé la cavité avec des branchages.

Dadd aurait pu fournir des détails encore plus circonstanciés, car c’était lui-même qui avait eu l’idée de la cachette et qui avait exécuté tout ce qu’il mettait sur le compte de l’homme au chien noir.

– Vous comprenez, conclut-il, que dès que le bandit a eu les talons tournés, nous nous sommes emparés du petit avec l’intention de le rapporter à ses parents, si nous parvenions à les découvrir.

Dadd ajouta modestement :

– Nous n’avons fait que notre devoir, tous les honnêtes gens, à notre place, auraient agi de la même façon.

– Vous êtes de braves garçons, fit Marianna tout émue et moi qui ne vous ai pas seulement remerciés. Je ne sais pas où j’ai la tête, mais vous n’avez rien perdu pour attendre et, aujourd’hui, vous pourrez vous vanter d’avoir fait une bonne journée ! Grâce à Dieu, vous n’avez pas affaire à une ingrate !...

– Quand on a fait une bonne action, on a fait une bonne journée, répliqua Dadd d’un petit air cafard, sans soupçonner aucunement qu’il rééditait une pensée de l’empereur Titus.

– Venez avec moi, dit la mulâtresse, je vais commencer par vous servir un lunch solide et ensuite...

– Impossible, répliqua Dadd toujours circonspect, il faut que nous prenions le train. J’ai une sœur très malade qui m’attend et de plus on nous a promis du travail dans une usine, à huit milles d’ici.

– Tant pis, lors attendez-moi là, je vais revenir dans cinq minutes, vous serez contents de moi, je vous le promets.

Toute joyeuse, Marianna disparut avec l’enfant par la porte du jardin qu’elle laissa entrebâillée.

Elle ne revint qu’au bout d’une demi-heure et les deux bandits commençaient à trouver le temps long, quand elle apparut, pliant sous le faix de toutes sortes d’objets.

C’était d’abord un sac de toile, gonflé de pain, de jambon, de boîtes de conserve sans oublier une petite fiole de whisky, puis un paquet de vieux vêtements encore assez présentables, parmi lesquels il y avait une robe de femme et un corsage pour la prétendue sœur de Dadd, enfin une boîte qui renfermait du savon, du tabac, un peigne et un rasoir.

– Ce n’est pas tout, dit Marianna en leur présentant une enveloppe. Mrs Grinnel vous remercie infiniment et vous prie d’accepter ce bank-note pour vous aider à sortir d’affaire. Elle a été très contrariée que vous refusiez de passer quelques jours à l’hacienda.

Le bank-note était un billet de cinq cents dollars.

– Je suis confus de vos bontés, – s’écria Dadd, avec une émotion réelle, ou, tout au moins, fort bien jouée, – mistress, permettez-moi de vous embrasser.

Marianna s’exécuta de bonne grâce et dut aussi subir l’accolade de Toby qui tenait à se montrer à la hauteur de son compagnon.

Quand la porte du jardin se fut refermée sur la généreuse mulâtresse, Dadd et Toby exécutèrent une véritable gigue, tellement ils étaient satisfaits de la tournure des événements.

L’avenir leur apparaissait sous les plus riantes couleurs.

Tout d’abord ils se jetèrent sur les provisions comme des loups affamés, mangèrent comme des ogres et ne laissèrent pas une goutte de whisky. Ensuite Toby se rasa et revêtit un complet assez propre trouvé dans un des paquets.

– Supprime donc ta moustache, lui conseilla Dadd, tu sais que ton signalement est affiché partout.

– Tu as raison, mais pourquoi ne changes-tu pas de vêtements ? Il y en a là un qui t’irait très bien.

– Moi, j’ai une autre idée, fit le jeune bandit, fort occupé à examiner le corsage et la robe destinés à sa sœur.

– Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Tout simplement me camoufler en petite vieille, comme cela m’est déjà arrivé. Je suis assez laid pour cela. Quant à toi, je vais te passer au jus de tabac et tu feras un mulâtre superbe. Je parierais que la gare, située à deux milles d’ici, est infestée de policemen, il faut prendre ses précautions.

*

Deux heures plus tard, en dépit du policeman installé en face du guichet de distribution des billets, Dadd et Toby, grâce à leurs déguisements, purent prendre place sans encombre dans un train à destination du Texas.

Ils se rendaient à Mexico.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   37

similaire:

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconZone d'incertitude de l'estime. Route de garde Page sur

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconGn beauce présente : Vampire, la Mascarade 2003-12-05

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconConcours régional de danse country
«l’émaux pour le dire» Luzy sur Marne 24 Grand’Rue – Ouvert toute l’année sur rv – Entrée libre – Tél : 03 25 31 16 05

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconAchats groupes de fournitures scolaires
«achats groupés» à la loge du collège (pas d’especes) Par courrier à : Sylvie grangerat, 45 route des Bossonnets 74300 chatillon...

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconAchats groupes de fournitures scolaires
«achats groupés» à la loge du collège (pas d’especes) Par courrier à : Sylvie grangerat, 45 route des Bossonnets 74300 chatillon...

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconPremier épisode

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconMusée d’art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h30 à 18h
«l’émaux pour le dire» Luzy sur Marne 24 Grand’Rue – Ouvert toute l’année sur rv – Entrée libre – Tél : 03 25 31 16 05

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconMusée d’art et d’Histoire – Rue du Palais Tous les jours sauf mardi de 14h à 18h
«l’émaux pour le dire» Luzy sur Marne 24 Grand’Rue – Ouvert toute l’année sur rv – Entrée libre – Tél : 03 25 31 16 05

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconPremier épisode Madame de la Chanterie

Onzième épisode L’arbre-vampire I sur la grand-route iconCritères d'un épisode de dépression majeure








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
c.21-bal.com